Toutes les critiques de « CC.RIDER »

J'ai choisi d'être libre (2016) ajoutée le 10 déc. 2018

D’origine algéro-tunisienne, Henda Ayari est née en France. Chaque été, elle va passer ses vacances en Tunisie. À neuf ans, elle se retrouve victime d’une tentative de viol de la part d’un de ses cousins. Un peu plus tard, elle découvre l’Islam Salafiste par le biais de converties d’origine française. Elle se recouvre alors du voile intégral par conviction alors que sa famille est assez peu pratiquante. Elle n’a pas encore terminé ses études de sociologie quand ses proches organisent son mariage avec un Tunisien salafiste nettement plus âgé qu’elle. Il lui fait croire qu’il a un emploi dans un magasin de matériel informatique et qu’il aménage un appartement pour leur future vie de couple alors qu’en réalité il vit d’aides sociales et de petits trafics et habite toujours chez ses parents. Mais quand Henda découvre la triste vérité alors, il est trop tard. Elle se retrouve mariée et quasi prisonnière d’un homme lâche, menteur et hypocrite. De plus, elle est bientôt enceinte de son premier enfant et, pour ne rien arranger son mari commence à la frapper…

« J’ai choisi d’être libre » est le témoignage émouvant et même bouleversant d’une femme dont on a abusé de la naïveté. Elle s’imaginait par exemple que porter le nicquab était le plus sûr moyen de gagner le paradis d’Allah. La route pour récupérer sa liberté fut un long chemin semé d’embûches et de difficultés de toutes sortes. Heureusement pour elle, la République fut bonne fille. Elle fut soutenue par avocats et assistantes sociales et eut même droit à un emploi réservé au Ministère de la Justice. La lecture de ce livre bien écrit et facile à lire grâce au style de la co-auteure, Florence Bouquillat, apprendra sans doute énormément aux lecteurs non avertis sur les mœurs étranges des tenants du salafisme. Son combat fut exactement le même que celui d’une adepte voulant échapper à l’emprise d’une secte. On ne peut qu’admirer le courage et la détermination de cette femme !




Notre-dame de l'apocalypse (2008) ajoutée le 6 déc. 2018

À Fatima (Portugal) en 1917, la Vierge apparut plusieurs fois à trois jeunes enfants ce qui finit par rameuter de grandes foules. Ainsi, plus de 70 000 personnes furent témoins d’un phénomène naturel incroyable : le soleil se mit à danser dans le ciel avant de foncer vers la terre, devenir immense et soudain reprendre sa place. Comme il avait beaucoup plu auparavant, le sol était boueux, les gens étaient trempés. En quelques secondes, tout redevint sec et propre… Pourquoi le Vatican a-t-il fait édifier aux Etats-Unis un observatoire astronomique extrêmement sophistiqué pour observer le soleil ? Pourquoi a-t-il présenté au monde en 2000 une version manifestement fausse du troisième secret de Fatima qui aurait déjà dû être révélé en 1960 ? Autant d’éléments troublants comme les larmes du portrait de la Vierge à Akita (Japon) et son message corroborant celui de Fatima qui ont à voir avec l’Apocalypse au sens premier de « révélation » mais aussi de fin du monde ou plutôt de fin d’un monde…

« Notre-Dame de l’Apocalypse » est à la fois une enquête sur les apparitions de la Vierge un peu partout dans le monde et un essai sur la spiritualité et l’eschatologie. Le lecteur en découvre de belles et de surprenantes dans ce livre bien écrit et passionnant qui se lit comme un roman. Nous sommes certainement à la fin d’un cycle long avec collision de météorite et changement d’axe de rotation à la clé. Le soleil avec ses taches qui sont des éruptions parfois violentes a une influence déterminante sur le climat de notre planète. Les scientifiques ont découvert que toutes les planètes même les plus lointaines étaient en train de se réchauffer. En 2003, le soleil a envoyé une flamme éruptive cinq mille fois plus puissante que d’ordinaire, heureusement dans le sens opposé à la Terre. Que se serait-il passé si elle avait été dirigée vers nous ? L’astronomie, la sagesse des anciennes civilisations et les messages de la Vierge, tout concorde : l’humanité va devoir affronter ou plutôt subir les cataclysmes annoncés. Comment la nature se vengera-t-elle ? Saura-t-on se repentir et faire machine arrière avant l’Apocalypse ? Un livre passionnant, instructif qu’il faut lire absolument si on ne veut pas mourir idiot.




Que ton règne vienne (2007) ajoutée le 2 déc. 2018

Avril 1453, la ville de Constantinople, ultime bastion de la chrétienté est assiégée par une armada turque beaucoup plus nombreuse que la flotte byzantine censée la défendre. Devant se battre à un contre dix, les défenseurs de la cité se lancent dans un combat désespéré. Quelques chevaliers génois sont venus en aide aux Byzantins alors que l’immense majorité de l’Occident est restée sourde aux appels au secours de la nouvelle Rome. Alors que la ville va succomber, Constantin XI est entraîné contre son gré par Arius, grand Maître des chevaliers du Christ-Roi, et quelques-uns de ses sbires dans les catacombes du Martyrium. Ils forcent la sépulture de Constantin, fondateur de la dynastie et premier empereur chrétien, pour en extraire une pierre précieuse d’une valeur inestimable, la pierre « chrismale ». Le Basileus parvient à fausser compagnie à ses kidnappeurs tout en conservant le joyau alors que le condottiere Giustinianni se bat comme un lion pour que la ville ne tombe pas aux mains des Ottomans…

« Que ton règne vienne » est un roman historique « new age » car fortement teinté de fantastique et d’ésotérisme à la Dan Brown, c’est-à-dire confinant au révisionnisme dépourvu de fondement et même de simple vraisemblance. Alexandre Barthélémy profite du fait que l’on ne sait quasiment rien de la mort et du lieu de sépulture de Constantin XI pour échafauder une histoire d’immortel passant des siècles à courir derrière une pierre précieuse qui lui permettrait de libérer de son tombeau un antéchrist de ténébreuse origine. Bien évidemment, cet aspect de l’ouvrage est particulièrement agaçant et sans véritable intérêt vu qu’il détonne avec le reste de la narration. En effet, les deux morceaux de bravoure, la prise de Constantinople avec ses conséquences pour les populations chrétiennes (décapitations à la scie, mise en esclavage de certains survivants et viols systématiques des femmes) ainsi que le siège de Belgrade et son dénouement surprenant méritent l’attention du lecteur en raison de la qualité des descriptions et de la documentation. L’auteur domine parfaitement un sujet assez peu abordé. Heureusement que cet aspect plus « historique » compense avantageusement les élucubrations fantaisistes et autres débordements dans une magie de pacotille. Le style de l’auteur est plutôt bon. Sa prose n’est pas désagréable à lire malgré des approximations dans la construction de quelques phrases et un certain nombre de coquilles et fautes d’orthographe ici ou là. Dans l’ensemble, un premier roman assez réussi.




Dealer du tout-paris (2018) ajoutée le 27 nov. 2018

Né au Maroc de mère maghrébine et de père français, Gérard se révéla très vite un garçon difficile et rebelle à toute autorité. Bien qu’issu d’une famille très aisée, son père médecin était un intime du roi, très jeune, il commença à fuguer, à trainer avec des voyous dans les rues de Casablanca et même à voler. Il se fait la main en pillant les troncs des églises et commence très jeune une vie de délinquance. Il se lance dans le trafic de cannabis, fait de la prison. Devenu tireur d’élite suite à son passage dans l’armée, il exécute quelques basses œuvres comme l’élimination de terroristes de l’ETA pour le compte du SAC de Charles Pasqua avant de devenir un des proches de grands truands comme Gaétan Zampa et Francis le Belge. C’est le faussaire Fernand Legros qui l’introduira dans les milieux parisiens les plus huppés où il deviendra le dealer préféré de la jet-set, des artistes et des hommes politiques…

« Dealer du Tout-Paris » est un témoignage relatant toute une vie de truanderies diverses et variées. Fauré a sévi dans bien des domaines et dans pas mal d’endroits (Maroc, Espagne, Pays-Bas et France). Il a payé sa dette avec 18 années de prison et semble maintenant décidé à se ranger des voitures, du moins le déclare-t-il en fin d’ouvrage. Le lecteur qui s’attend à des révélations croustillantes sur les grands de ce monde en sera un peu pour ses frais. En dehors de Chirac, Pasqua, Philippe Léotard, Hallyday, de Niro, Grace Jones, Fiona Gélin, Sagan, Mourousi ou Delarue, il n’implique en fait que très peu de « people », la plupart du temps décédés. Lesquels pourront donc difficilement contester s'être approvisionné chez lui. C’est d’ailleurs le point faible de ce récit qui se lit comme un roman malgré un style peu travaillé. Tout y semble rocambolesque, incroyable et parfois même invraisemblable. Ces aventures sont tellement extraordinaires qu’elles en deviennent difficilement crédibles. Même en se disant que la réalité dépasse souvent la fiction, on ne peut s’empêcher de se demander si l’auteur ne serait pas un tantinet mythomane sur les bords en plus d’être « un voyou infréquentable », comme il se qualifie lui-même.




Des pensées sans compter (2009) ajoutée le 24 nov. 2018

« Le métier d’homme politique repose sur l’art de se rappeler périodiquement au bon souvenir de concitoyens dont on tire ses revenus en écornant les leurs. »

« La vie : ce dérisoire et prétentieux ballet dansé par des condamnés à mort. »

« Les affaires d’abus de biens sociaux : on ne divise pas pour régner, on additionne pour nuire. »

« Travaille qui veut. Travaille qui peut. Travaille qui ne sera pas remplacé par un robot. Travaille qui ne pense pas à ses impôts. »

« Le népotisme constitue la seule arme absolue contre le chômage de certains jeunes. »

« Des pensées sans compter » est un recueil de bons mots, de maximes, d’aphorismes, de traits d’esprit et autres trouvailles langagières surgies de l’esprit malicieux et observateur de leur auteur, un certain Philippe Bouvard, plus connu comme présentateur-animateur télé que comme écrivain. Tous sont marqués au coin de l’humour, de la dérision, de l’auto-dérision et du bon sens. Quel plaisir de pouvoir se régaler de ces petites pépites d’intelligence et de finesse digne des plus grands (Courteline, Allais ou Guitry) ! Le délicieux auteur, esprit brillant et ironique porte un regard aigu et parfois désabusé sur la réalité de notre société, sur les travers de nos contemporains et sur ses propres faiblesses ou incertitudes. Un ouvrage à lire, relire, consulter, picorer avec toujours autant d’appétit. Comme quoi la sagesse et l’acuité de l’analyse peuvent aussi se nicher dans les couloirs de l’abêtissant média boursoufflé.




Bubu-de-montparnasse (1901) ajoutée le 23 nov. 2018

Pierre Hardy, 20 ans, à Paris depuis six moins, est un modeste employé de bureau. Il n’a qu’un seul ami, Louis Buisson, 25 ans, dessinateur et collègue de travail. Un soir de 15 juillet, alors que Pierre se promène sur le boulevard Sébastopol, il rencontre Berthe Méténier, jeune femme au physique agréable et au maintien modeste. Il l’invite à boire un verre, discute longuement avec elle et obtient ses faveurs contre la modeste somme de cent sous. Berthe est une fille publique qu’un certain Maurice Bélu, dit Bubu-de-Montparnasse, ancien ébéniste au chômage, a mis sur le trottoir après l’avoir déflorée…

« Bubu-de-Montparnasse » est un roman social publié en 1901 par Charles-Louis Philippe auteur un peu oublié de nos jours, issu d’un milieu des plus modestes et donc très proche des petites gens. À son époque, il obtint un grand succès avec ce livre qui a très bien vieilli. En effet, il pose l’éternel problème de la prostitution, de la misère sexuelle (Berthe attrape la syphilis), et de la quasi-impossibilité pour la femme de s’affranchir de la tyrannie d’un souteneur violent et paresseux. Thème éternel, la prostitution étant le plus vieux métier du monde surtout quand elle est exercée pour tenter d’échapper à la misère. Il y a du Zola pour le côté naturaliste et du Maupassant pour le côté désenchanté et sans espoir de Philippe. Si on y ajoute une belle écriture simple, agréable et aisée à lire, nul doute que cet ouvrage, sans être un immense chef-d’œuvre, peut se classer parmi les romans importants du début de l’autre siècle.




Maria de la luz (1936) ajoutée le 19 nov. 2018

Les accords de 1926 entre les révolutionnaires mexicains et le Saint-Siège, dans le dos de l’Armée Cristera, volent à celle-ci une victoire complète qui s’annonçait imminente. Le franc-maçon Portes Gil, promet d’appliquer la loi antireligieuse et de faire cesser les persécutions. Dès la reprise du culte, les Cristeros déposent naïvement les armes. 5000 d’entre eux seront lâchement assassinés peu de temps après. Fort de la faiblesse de l’Eglise, le gouvernement anticlérical accorde au peuple un semblant de liberté de culte. La jeunesse mexicaine se réorganise autour de l’Action catholique qui prend un essor extraordinaire dans tout le pays. Ce récit nous montre la figure attachante et édifiante de Maria de la Luz Camacho, jeune fille mexicaine grandie dans une atmosphère de catacombes de persécution et d’héroïsme ; ses joies, ses peines et comment elle a su faire fructifier les talents reçus de Dieu. Pour défendre les fidèles, dont beaucoup d’enfants, elle n’hésite pas à affronter les révolvers des jeunes révolutionnaires qui veulent brûler l’église pendant la messe.

« Maria de la Luz » est un ouvrage historique sur la période la plus sombre de l’Histoire du Mexique, celle des années 20 et 30 au cours de laquelle des gouvernants communistes et socialistes fanatiques tentèrent d’extirper toute trace de religion de la société mexicaine. Lors de cette terreur rouge, on ne compta plus le nombre d’églises saccagées, profanées et brûlées, de prêtres, évêques, religieux et religieuses bannis, emprisonnés, torturés et exécutés souvent dans les pires tortures. C’est sur ce fond de peur et de haine que se dressa la figure admirable d’une humble et héroïque toute jeune fille, Maria de la Luz, militante exemplaire de l’Action Catholique qui mourut martyre sous les balles d’un groupe de miliciens rouges venus perturber une messe et brûler une église. Un témoignage émouvant. Une page d’Histoire particulièrement sinistre à ne surtout pas oublier. Les victimes du communisme ne se comptèrent pas qu’en URSS, en Chine et au Cambodge, mais dans bien d’autres lieux. Ils furent des millions et même des centaines de millions. On attend toujours le procès du communisme.




Sur les chemins de france (2017) ajoutée le 16 nov. 2018

Les modestes chemins, les humbles sentiers qui autrefois reliaient villages, hameaux et lieux dits sont devenus terrains de jeux des randonneurs, des promeneurs et autres pèlerins maintenant que l’automobile, cette caisse de fer qui isole définitivement l’homme de son milieu naturel, a détrôné les autres moyens de transports. Pourtant si toutes les pierres, les mousses ou les boues des chemins pouvaient parler, elles témoigneraient sur ce que furent les Cathares, les Vendéens, les Jacquets marchant vers Saint Jacques de Compostelle, les légionnaires romains, les sages, les fous et les saints. Depuis les hommes préhistoriques aux Eyzies de Tayac à R.L. Stevenson sur la Grande Draille du Mont Lozère en passant par Roland au col de Roncevaux, par Saint Louis à Aigues-Mortes, par Jeanne d’Arc à Domrémy ou par Cadoudal à Locoal-Mendon. Que de magnifiques endroits, que de belles randonnées à faire ou déjà faites…

« Sur les chemins de France » est un de ces beaux livres qui font la richesse d’une bibliothèque et qu’on aime consulter quand le besoin s’en fait sentier. Chaque chemin ou sentier est présenté par le biais d’une anecdote historique, d’un conte ou d’une légende connue ou non. Les magnifiques photographies du co-auteur Bruno Colliot l’illustrent richement. En dépit d’utiles notes cartographiques et bibliographiques en fin d’article, ce bel ouvrage très agréable à lire n’est cependant pas vraiment un guide de randonnée, car il ne propose aucune carte ou croquis comme c’est l’usage dans de genre particulier. C’est un peu dommage mais compréhensible car l’auteur a basé son discours sur l’Histoire avec un grand H ou un petit h et c’est sans doute là le principal intérêt de cette lecture bien instructive au bout du compte. Le lecteur y apprendra mille détails sur divers sujets comme les voies romaines, le canal du Midi, le Mont-Saint-Michel ou la forêt de Brocéliande pour ne citer que quelques lieux méritant le détour.




Lettres à la terre (2017) ajoutée le 12 nov. 2018

La Terre est-elle au centre de l’univers ? Comment peut-on en mesurer l’étendue ? Le Soleil est-il le centre du mouvement de la Terre ? Peut-on s’élever dans les airs en se couvrant de fioles emplies de rosée du matin ? Les eaux de la mer se retrouvent-elles sur le sommet des montagnes ? La Terre vogue-t-elle dans une immensité sans fin ? Pourrait-on se servir du Kilimandjaro comme du plus grand canon jamais construit ? La Terre souffre-t-elle d’un développement humain désordonné ? La planète est-elle comme malade du genre humain ? Peut-on vraiment agir de façon positive pour la Terre ?

« Lettres à la Terre » se présente comme une anthologie rassemblant 35 textes d’auteurs aussi différents et éloignés dans le temps ou l’esprit qu’Aristote, Chateaubriand ou Jean-Marie Gustave Le Clézio. Le fil rouge de ce recueil assez surprenant est l’intérêt que tous portèrent à notre planète. Autant les Anciens cherchaient à la connaître, à comprendre son positionnement astronomique, son mode de fonctionnement, autant les Modernes et tout particulièrement les auteurs du XXIème siècle se songent qu’à la défendre contre les agressions humaines et à la protéger pour éviter les conséquences catastrophiques d’une probable vengeance de Gaïa. Rassemblées par Stéphane Tirard, ces « lettres » sont d’un intérêt inégal pour le lecteur. Elles permettent surtout de découvrir qu’au fil de quelques millénaires, les humains se sont polarisés sur des sujets forts différents. La plus poétique est celle de Saint-Exupéry, la plus sociale, celle de Zola et la plus émouvante, celle de Marc Bloch, la plus surprenante, celle de Jules Verne et la plus révoltante celle de John Steinbeck. Au total, une impression plutôt mitigée.




Applaudis lorsque les morts s'animent (2014) ajoutée le 11 nov. 2018

Quelque part dans les bas-fonds, l’homme aux semelles qui couinent deale pour le compte du Fourbe, parrain du quartier, toutes sortes de « broches » permettant à de nombreux paumés de fuir une réalité plutôt glauque… Deuil retrouve son petit ami qui n’est plus que l’ombre de lui-même. Junkie en phase terminale, à trop abuser des substances, il ne lui reste plus que la peau et les os… Apu vit en colocation dans un appartement délabré. Ce soir, il doit jouer de la fracabasse au « Cocoloco », la boite à la mode au sein de son groupe « Les culs trempés ». Mais, s’il ne trouve pas « d’accelerator », il sera incapable de monter sur scène et d’assurer le show…

Cet ouvrage qui devrait pouvoir se classer dans le registre de l’anticipation se compose de dix épisodes qui n’ont d’autre lien entre eux que quelques personnages récurrents. L’ensemble ne forme pas du tout un roman au sens classique du terme, car il n’y a pas vraiment d’intrigue qui se tienne ni même de fil rouge entre les différentes parties si ce n’est une succession de scènes de drogue, picole et castagne sans rien pour les relier entre elles. Pris séparément, chaque épisode ne peut pas non plus relever de la nouvelle vu que la trame de construction « normale » avec exposition, dramaturgie et chute n’est jamais respectée. Pour faire simple, on dira que du début à la fin le lecteur attend en vain que l’action démarre et qu’il se passe vraiment quelque chose. Si on y ajoute un nombre incalculable de coquilles, fautes d’orthographe, de français et autres barbarismes, on se retrouve avec un style approximatif et de très basse qualité rempli de phrases bancales ou mal construites (Exemple : « Ce type se balade en slip géant où ça qu’il y aurait des poches ») et de vocables inventés et jamais explicités du genre « buldovite », « éclatobulle », « synthor », « métaklliques », « magnétifieur » ou « cortcam » pour n’en citer que quelques-uns. Des notes de bas de page ou un glossaire auraient facilité la compréhension du pauvre lecteur déjà bien déboussolé par cet ouvrage paradoxal et assez peu attrayant.




Allo, major tom (2017) ajoutée le 7 nov. 2018

Le jour de la mort de David Bowie, Thomas Major, un quarantenaire britannique totalement inconnu, s’apprête à être le premier homme à partir vers Mars en solitaire. Il devra y préparer la colonisation future de la planète rouge à lui tout seul. Simple technicien chimiste, Thomas s’est juste trouvé là au bon moment pour remplacer au pied levé le cosmonaute prévu pour cette difficile mission. Loser bougon et misanthrope, il n’a pas le profil idéal pour réussir vu qu’il a quasiment tout raté dans sa vie. Il est juste heureux de prendre ses distances avec une humanité qu’il n’apprécie guère. Mais tout va changer quand une erreur de numéro de téléphone lui fera croiser la route d’une vieille dame un peu dérangée et de deux petits-enfants de milieu modeste…

« Allo, Major Tom » est plus un roman social et sentimental qu’un véritable roman de science-fiction. Le voyage interplanétaire n’est qu’un prétexte pour dérouler une histoire non chronologique, distillée à petites touches et amenant le lecteur à la conclusion que même l’humain le plus solitaire a un jour ou l’autre besoin des autres. « Comédie irrésistible et totalement décalée » clame la quatrième de couverture. C’est beaucoup dire et trop promettre tout comme le célèbre « humour anglais » également annoncé. Il est assez peu présent et plutôt par la loufoquerie, l’invraisemblance et le cocasse des péripéties que par la drôlerie ou l’ironie auxquelles le lecteur pourrait s’attendre. Au total, un ouvrage sympathique, gentillet, plein de bons sentiments et plutôt agréable à lire.




Les sept jours où le monde fut pillé (2018) ajoutée le 31 oct. 2018

En 1933, Ignace Rough, puissant homme d’affaires américain, invite à bord de son majestueux trois-mâts, le « Flamingo », quatre de ses pairs ainsi que l’ingénieur Corvin, grand spécialiste de balistique et d’astronomie. Il leur propose d’organiser un complot qui devrait les rendre immensément riches et puissants en fort peu de temps. Il leur suffirait de profiter du passage de la comète de Biela pour envoyer un tir groupé de fusées bourrées d’explosifs en direction de la lune, laquelle ne devrait pas manquer de se disloquer. Il n’en faudrait pas plus pour que la panique soit totale dans la population et que les cours des bourses du monde entier s’effondrent. Les cinq milliardaires n’auraient plus qu’à racheter pour une bouchée de pains des millions d’actions et ainsi devenir les maîtres du monde. Mais rien ne va se passer comme prévu…

« Les sept jours où le monde fut pillé » se présente comme un court roman de fantaisie, une sorte d’uchronie ou plutôt de dystopie qui tient surtout du conte philosophique dans un contexte de science-fiction à la Jules Verne ou à la Méliès. L’auteur, apparenté à l’illustre Léon Tolstoï, d’abord émigré en Angleterre et en France puis communiste de la meilleure eau stalinienne, s’est attaché à démonter les mécanismes de prise de pouvoir d’une minorité de financiers sans grande moralité, juste occupés à accroître leur fortune et à accaparer le pouvoir. Condamnation sans appel du capitalisme trouvant son apothéose dans le mondialisme. C’est par ce côté « politique » que ce récit plein de naïveté et d’erreurs astronomiques ou techniques bien excusables vu l’époque est le plus intéressant. Le lecteur remarquera également le côté visionnaire de cette fable d’une prise de pouvoir totalement illégale en vue de l’instauration (déjà) d’un nouvel ordre mondial avec gouvernement centralisé entre les mains de cette « Union des Cinq » qui aura une fin aussi courte que surprenante.




Nouvelles vagabondes (2013) ajoutée le 28 oct. 2018

De juillet 2010 à mars 2012, Julien, 29 ans, et sa compagne Marion, 24 ans, ont parcouru 22 000 kilomètres sur leurs vélos prénommés Teresa et Maïdo soit plus de la moitié d’un tour du monde. Ils ont traversé trois continents, l’Europe, l’Asie et l’Océanie et visité pas moins de vingt-deux pays. Partis de l’Auvergne, ils ont inauguré leur voyage par une ascension du Mont-Blanc. Il leur a fallu 700 jours pour atteindre leur destination, la Nouvelle-Zélande pour y assister à la coupe du monde de rugby. Un peu partout, ils en profitèrent pour faire la promotion du don de sang. Une transfusion de sang lui ayant sauvé la vie, Julien est particulièrement attaché à cette noble cause…

« Nouvelles vagabondes et autres petites histoires cyclopédiques » n’est pas, comme son modeste titre pourrait le laisser penser, un simple recueil de nouvelles ou d’anecdotes, mais un véritable journal de bord détaillé relatant une expédition hors norme menée par deux jeunes gens courageux. Le texte est vivant et bien écrit et la description de leurs aventures précise et minutieuse. Le lecteur passe allègrement de la pluie suisse, aux roses italiennes puis à l’accueil yougoslave marqué de pauses raki obligatoires alors que celui des Turcs se fait tout aussi chaleureusement, mais avec du thé. La curiosité indiscrète des masses indiennes leur rend la vie particulièrement pénible puis ils goûtent la gentillesse et la tranquillité thaïlandaise, subissent l’ennui laotien, la pauvreté cambodgienne, la déforestation malaisienne, la surpopulation indonésienne, l’immensité australienne et la beauté sauvage de la nature néo-zélandaise. Cet ouvrage permet de revenir sur certaines idées reçues comme celle de la spiritualité indienne ou du « 100% pure New Zealand » respectant l'environnement. Pour rêver au grand vent de l’aventure tout en restant assis dans son fauteuil !




Pleure, geronimo (1991) ajoutée le 23 oct. 2018

Geronimo, chaman de guerre des Apaches, commença par s’appeler Gokhlayeh jusqu’au jour de la San Geronimo 1859 où les tribus Apaches Chiricahuas ravagèrent le village mexicain d'Arispe pour se venger du massacre que les Mexicains avaient précédemment perpétré sur un de leurs villages. Cet acte marqua la fin des accords de paix acceptés par les chefs Cochise et Mangas Coloradas. Il faut dire que les guerres indiennes allaient vers leur fin. Beaucoup de tribus et même de peuples entiers s’étaient soumis et avaient accepté d’être parqués dans des réserves. Humiliation, famine et esclavage en avaient été pour eux les terribles conséquences. Seul Geronimo brandissait encore l’étendard de la révolte. Douze années d’expéditions punitives, de représailles et de désolation s’ensuivirent. Les Tuniques Bleues enférocés par l’audace des coups de main réussis par Geronimo et ses poignées de guerriers n’hésitèrent pas à pratiquer la guerre totale, pour ne pas dire le génocide, tuant hommes, femmes, enfants et vieillards sans la moindre pitié…

Ecrit par un Indien cherokee, « Pleure Geronimo » peut aussi bien se classer dans les romans historiques, les biographies comme dans les ouvrages ethnographiques voire poétiques. La langue est fleurie, les concepts pas uniquement rationnels. Quelques plongées dans la mystique indienne permettent d’ailleurs de mieux comprendre la façon de raisonner et de se comporter d’hommes que l'on qualifiait de « sauvages ». Dès le début, le lecteur comprend que cette révolte est désespérée, sans issue, un baroud d’honneur en quelque sorte. À quoi sert-il de sauver son corps si on perd son esprit et son âme ? Cette très belle œuvre, à la fois lyrique et écologique, repose malheureusement sur une narration non chronologique. Bonds en avant et retours en arrière se succèdent allègrement, ce qui n’aide pas à la mise en ordre et à la compréhension de cette tragédie qui tourne vite au drame monstrueux. Autre surprise : la fin assez inattendue et plutôt éloignée de l’image du pauvre Peau-rouge croupissant dans sa réserve, sorte de camp de concentration à la mode yankee, et se laissant mourir dans l’oisiveté et l’alcoolisme. À lire pour qui s’intéresse aux peuples dépossédés, pillés et remplacés sur leur propre terre par de nouveaux venus sans scrupules…




Bad amour interdit (2016) ajoutée le 17 oct. 2018

À The Point, Shane Baxter, 23 ans, est ce qu’on appelle un « bad boy », un voyou. Un type pas facile à aimer et avec lequel il n’est pas simple non plus de sympathiser. Il vient de se taper cinq longues années de cabane et voudrait retrouver Race, le seul et unique pote sur lequel il puisse encore compter. Mais qu’est-il devenu ? Novak, l’affreux parrain de la zone l’a-t-il fait disparaître ? Et que s’est-il passé la fameuse nuit où tout a mal tourné pour Baxter ? De son côté, Dovie, étudiante, barmaid et assistante sociale stagiaire, sait ce que c’est que d’arriver à survivre en milieu hostile. Elle s’habille en homme, se fait discrète, évite de sortir avec les tocards du coin et surtout ne veut rien devoir à personne… Jusqu’au jour où sa route croise celle du « bad boy »…

Premier tome d’une série, « Bad, amour interdit » se veut roman noir tout en restant quand même bluette et romance. La vie n’est pas facile dans les bas-fonds. Jay Crownover rend très bien l’ambiance glauque de ce milieu. Elle use d’un langage parlé assez proche de celui des voyous et sait donner un certain rythme à sa narration toujours présentée en deux temps. Un chapitre vu du point de vue de Baxter, un de celui de Dovie et alternativement. Le tout bien mené et sans trop de redites. L’intrigue n’est pas des plus travaillées ni des plus originales avec cette affaire de truand faisant deux fois de la taule pour quelqu’un d’autre. À noter et peut-être à déplorer une certaine tendance à trop privilégier les scènes torrides (un peu répétitives) et surtout le côté sentimental de l’affaire. Le thème du gangster amoureux d’une oie blanche, thème usé jusqu’à la corde, ne sera pas renouvelé cette fois encore.




Le dragon de cracovie (1998) ajoutée le 11 oct. 2018

A Berchtesgaden, en novembre 1937, Adolf Hitler sympathise avec une jeune infirmière blonde qui, bizarrement porte le même nom que lui. Il finit par se jeter sur elle et par la trousser comme l'eût fait un feldwebel. De cette étreinte furtive, neuf mois plus tard, naîtra un gros bébé qu'on prénommera Richard et qui n'aura aucune ressemblance avec son géniteur. Il devint boucher, se maria et eut lui-même en 1970 un fils qu’on prénomma Adolf et qui se retrouva doté de nombreux points communs avec son tristement célèbre grand-père. Tout jeune, il commença une carrière de tueur sadique et sans le moindre état d'âme en trucidant le riche homosexuel qui l’avait recueilli chez lui avant de le mettre dans son lit. La suite de l’histoire se résume à une accumulation de cadavres jalonnant le parcours de ce psychopathe qui finira par intéresser la redoutable Camorra sicilienne…

« Le dragon de Cracovie » se présente comme une sorte de thriller parodique doublé d’uchronie, car il va sans dire que Frédéric Dard se permet bien des fantaisies avec l’Histoire tout au long d’une intrigue alternant lourdement copulations et liquidations pour finir sur une fin en apothéose abracadabrante. Le lecteur cherchera en vain l’humour et le picaresque présents dans de nombreux autres titres. Ils ont totalement disparu et c’est bien dommage car seuls le sadisme, la paillardise et une sorte de désenchantement généralisé subsistent. Aussi répétitifs et lassants les uns que les autres. Au total, pas le meilleur titre du grand Frédéric Dard, et de très loin.




Les secrets d'un guérisseur (2014) ajoutée le 7 oct. 2018

Jean Daurillac est un guérisseur généreux et talentueux. Il est capable par imposition des mains de « barrer le feu » c’est-à-dire de soulager les souffrances d’une personne brûlée. Il sait utiliser les pouvoirs de l’argile, recueillir la rosée qui lui permettra de préparer onguents, baumes et élixirs floraux. Il a une parfaite connaissance des vertus des plantes qu’il propose en macération, décoction ou infusion et sait user de toutes sortes de méthodes ancestrales pour magnétiser et calmer toutes sortes de maux. Modeste, il déclare vouloir se consacrer à réduire les douleurs et non pas à soigner. Il sait renvoyer les malades vers les médecins classiques quand c’est nécessaire. En un mot, c’est un guérisseur exemplaire qui ne veut pas que l’on dise qu’il a un don. Pour lui, tout le monde pourrait en faire autant. Il suffirait d’en prendre conscience et de travailler.

« Les secrets d’un guérisseur » se présente comme une sorte de longue interview menée par une journaliste qui reste anonyme du début à la faim. Daurillac explique ses pratiques qui peuvent paraître aller du vérifiable et quantifiable au plus ésotérique. Le lecteur rationaliste ou cartésien pourra aisément douter de l’efficacité réelle de certaines d’entre elles. L’intérêt du livre réside dans la révélation de « secrets » (ou plutôt de pratiques voire de trucs) que guérisseurs, magnétiseurs ou rebouteux aiment plutôt garder pour eux. « Un guide indispensable pour ceux et celles qui veulent apprendre comment soigner, se soigner et guérir autrement », proclame la quatrième de couverture. Il semble plutôt que ce soit une initiation, une présentation sommaire de méthodes qui mériteraient une étude et un développement plus important. Néanmoins agréable et facile à lire pour qui s’intéresse un peu au sujet.




Le testament d'allan berg (2018) ajoutée le 6 oct. 2018

Allan Berg, professeur d’histoire dans une université américaine, mène une vie tout ce qu’il y a d’ordinaire. Il est amoureux d’Anna et son meilleur ami n’est autre que le frère de cette dernière. Tout son petit univers bascule le jour où un inconnu vêtu de gris et portant un col de clergyman l’interpelle à la fin d’un cours pour lui confier un livre intitulé « 1944 Onward II ». Il lui semble être un ouvrage de prospective historique très différent de la réalité politique de l’Amérique telle qu’il la connaît, c’est-à-dire en proie à un totalitarisme radical depuis ses accords de collaboration avec l’URSS. À peine a-t-il pris connaissance de quelques pages du livre que les ennuis commencent pour lui. Des agents du FBI font irruption dans sa vie et commencent à l’importuner. Ils veulent à tout prix récupérer l’ouvrage…

« Le testament d’Allan Berg » est un livre difficile à placer dans une catégorie bien définie. Ce n’est pas vraiment un livre d’anticipation ni de science-fiction. Il se situerait plutôt aux confins de l’uchronie ou de la dystopie et à ceux de l’onirique, du fantastique et surtout de la fable ou du conte philosophique. Il pose le problème du totalitarisme, de la pensée conforme et des moyens de coercition de masse et de manipulation des opinions publiques. Les mouvements clandestins de résistance sont systématiquement assimilés à des entreprises de terrorisme. Seule une infime minorité résiste alors qu’une écrasante majorité collabore. Le héros, citoyen très ordinaire, se retrouvant pris dans un engrenage aussi inattendu que dangereux, est attachant car bien pétri d’humanité avec ses faiblesses et ses hésitations. Très inspiré du monde d’Orwell (1984), ce livre bien écrit et fort intéressant se lit avec un réel plaisir. La fin onirique et poétique en surprendra plus d’uns !




Arca (2016) ajoutée le 2 oct. 2018

Au XXIIème siècle, Sorany découvre dans les déserts glacés de la planète Encelade une étrange substance, l’Artefact qui, quelques années plus tard, permettra aux humains de dépasser la vitesse de la lumière et de naviguer bien au-delà du système solaire. Il est grand temps, car les Terriens, ayant épuisé les ressources de leur planète d’origine, peinent à terraformer Mars transformée en colonie pénitentiaire. Troubles divers et révoltes des esclaves s’y produisent. Tous les espoirs de l'humanité reposent sur « L'Arca », immense vaisseau spatial sorte de moderne arche de Noé, qui devrait permettre à près de 4000 passagers d’atteindre une planète habitable située à vingt-quatre années-lumière de la Terre, la « Griffe du Lion ». Le voyage devrait durer huit années. Mais rien ne va se passer comme prévu. Parvenus à la hauteur de Saturne, 800 adeptes de la secte d'Enlil dirigée par la machiavélique Ireen Tsei veulent déclencher une mutinerie générale…

« Arca » se présente comme un roman de science-fiction version space-opera fantastique pour ne pas dire onirique tant l’intrigue se permet de licences poétiques frisant souvent l’invraisemblance scientifique. Partie sur le thème ultra-rebattu de la conquête d’une lointaine exoplanète, tout finit par tourner autour de la maîtrise d’une substance magique permettant des vitesses phénoménales. Les personnages sont assez stéréotypés, le plus intéressant restant celui de Sorany, le seul, avec celui de son compagnon Franck, à avoir une certaine épaisseur. L’intrigue qui part sur de bonnes bases, s’enlise malheureusement assez vite. Le rythme ralentit avec de trop nombreuses redites, répétitions et retours sur les chapitres précédents. Si on y ajoute une narration alternée sur deux périodes (2147 et 2157) puis sur trois (date indéterminée), un agacement et un certain ennui s’installent sur une bonne moitié du livre. La fin rachète un peu cette faiblesse dans la mesure où elle explique enfin certaines circonstances importantes pour la compréhension tout en laissant le lecteur sur sa faim. Le plus intéressant aurait pu être à venir, la colonisation de la « Griffe du Lion ». Mais c’est peut-être l’intention du jeune auteur pour un tome 2. En résumé, pour un coup d’essai, cet ouvrage est loin du coup de maître. Juste un honnête ouvrage de divertissement sans grande ampleur.




À chacun son dû (1966) ajoutée le 28 sept. 2018

Dans une petite ville de Sicile, Manno, pharmacien de bonne réputation reçoit une lettre anonyme fort inquiétante. Ne se connaissant pas d’ennemis et pensant n’avoir rien à se reprocher, il croit à une plaisanterie de mauvais goût. Mais quelque temps plus tard, au cours d’une partie de chasse, il est assassiné ainsi que son partenaire, le bon docteur Roscio. Craignant que l’enquête ne mène à rien, Laurana, professeur de son état et grand ami du docteur, décide de rechercher le coupable. Il fait alors quelques découvertes étonnantes sur la vie privée des deux notables et n’est pas loin de confondre le coupable du double meurtre. Mais rien ne se passe comme prévu.

« À chacun son dû » est plus une parodie de roman policier qu’un authentique « whodonit » style Agatha Christie. Sciascia se sert du motif criminel pour nous dépeindre une société sicilienne d’après-guerre gangrénée par les diverses mafias et apparemment encore nostalgique de l’époque mussolinienne. Sa plume est acérée et son esprit sarcastique a quelque chose de Simenon bien que lui-même soit plus influencé par Pirandello, auteur auquel il semble vouer une grande admiration, au point d’en imiter le style et même de mettre en scène le maître par le biais d’un personnage secondaire, Don Luigi. Ce dernier a même le tout dernier mot : « C’était un crétin ! » en parlant du pauvre Laurana. Humour et désenchantement sont au rendez-vous. Un bon moment de divertissement.




Confession d'un porte-drapeau déchu (1992) ajoutée le 26 sept. 2018

Dans une banlieue défavorisée de Leningrad, deux jeunes garçons, Kim et Arkadi, vivent une enfance et une adolescence de pionniers, pleine de rêves et d’illusions socialistes. Piotr et Iacha, leurs pères, sont d’anciens combattants de la seconde guerre mondiale. Piotr, ancien tireur d’élite de l’armée rouge a eu les deux jambes sectionnées, suite à un bombardement venu de son propre camp. N’ayant été doté ni de fauteuil roulant ni d’appareillage, il n’a que les épaules de son ami Iacha pour se déplacer. Malgré un dénuement certain, la vie reste insouciante, solidaire et communautaire dans ce petit monde un peu à part de la ville entre les parties de dominos des hommes, les bavardages des femmes et les parades guerrières des jeunes pionniers. Jusqu’au jour où Kim, devenu militaire doit partir risquer sa vie en Afghanistan…

« Confession d’un porte-drapeau déchu » est un roman autobiographique sur une jeunesse pauvre mais heureuse vivant en Union soviétique sur une période allant de Staline à Gorbatchev en passant par Kroutchev et Brejnev. D’une guerre l’autre, deux générations sacrifiées. Quelques épisodes comme celui des gamins déterrants des dépouilles de soldats allemands pour les écrabouiller sauvagement sont assez pénibles à lire. L’ambiance dans ce petit quartier un peu à l’écart est fort bien rendue. Mais la fin ouverte et se voulant poétique laisse une impression assez bizarre. Pas un mot sur les méfaits du communisme. Une sorte d’indulgence un brin suspecte. Oeuvre de jeunesse ? Texte ayant obtenu l’imprimatur du conseil des écrivains bolcheviques ? Le lecteur ne peut pas savoir. En conclusion, pas le meilleur des ouvrages de Makine qui nous a habitué à beaucoup mieux comme dans « Le testament français » par exemple.




Ma vie en van (2017) ajoutée le 21 sept. 2018

Florent Conti est un jeune canadien francophone très attiré par une vie hors normes. Déjà à 22 ans, au sortir de sa grande école, il refuse d’assister à la fête de remise des diplômes. Puis, après trois années de travail classique en open-space, il donne sa démission et décide de tout quitter et de partir découvrir le continent à bord d’un van. Etant cinéaste et musicien (il joue fort bien de la guitare et du banjo), il compte vivre de contrats épisodiques et de woofing. Il s’est constitué un petit pécule pour les coups durs. Et le voilà parti vivre à plein temps à bord d’un Dodge 1997 Roadtrek d’occasion. À lui les immensités du Canada, la liberté, en un mot la retraite à 25 ans ! Très vite, il se fait connaître par ses reportages postés sur Youtube où il est suivi par plusieurs dizaines de milliers de personnes.

Bien que classable dans la catégorie « Voyages et aventure », « Ma vie en van » se présente un peu comme un livre hybride. En effet, la première partie qui représente environ la moitié du livre est consacrée à sa philosophie de la vie, aux raisons qui l’ont poussé à opter pour cette vie de bohème minimaliste. La seconde partie est constituée du journal de bord de sa première année de vie en van. On y découvre un Florent qui quitte une petite amie plus toxique qu’autre chose, qui se pose plein de questions et semble en perpétuelle recherche de lui-même. Dans l’ensemble un ouvrage bien écrit, très agréable à lire (il se dévore en deux petites après-midis) qui permet de mieux connaître le sympathique Youtuber même s’il n’entre que très peu dans les détails de ses périples ni dans les côtés techniques et pratiques de ce mode de vie nomade. Avec une grande franchise et une totale sincérité, Florent Conti met le doigt sur le malaise qui ronge plus ou moins tous les représentants de la jeunesse actuelle tiraillée entre l’être et l’avoir qui découvre que tout ce qu’on possède enchaine sans vraiment satisfaire et que pour vivre heureux, il vaut mieux vivre légers…




Pie xii et la seconde guerre mondiale (2007) ajoutée le 11 sept. 2018

Ayant longtemps séjourné en Allemagne alors qu’il était cardinal, Pie XII connaissait parfaitement la situation politique du pays et en particulier les dangers que représentait la montée du nazisme pour la religion catholique. Ce dernier était totalement anti-religieux et n’allait pas hésiter à persécuter prêtres, évêques et religieux, les envoyant en camps de concentration où des milliers moururent. Dès les années trente, Pie XII savait qu’il fallait empêcher que le monde ne bascule dans une guerre qui s’annonçait aussi cruelle qu’injuste. Il tenta à de nombreuses reprises d’amener Mussolini à user de son influence pour freiner Hitler dans ses désirs d’expansion. Mais cela échoua. Pie XII multiplia ensuite les exhortations et les demandes de retour à la paix et cessation des persécutions des chrétiens allemands et polonais. Il fut injustement accusé d'indifférence voire de complicité après guerre.

« Pie XII et la seconde guerre mondiale » est un ouvrage historique basé sur de nombreux documents (correspondance du Vatican, encycliques et autres). Tous établissent solidement que ce pape, odieusement calomnié, n’eut de cesse d’œuvrer pour la paix et de lutter avec ses faibles moyens contre le nazisme. Livre intéressant pour rétablir la vérité historique en dépit d’une certaine lourdeur stylistique et d’une réelle aridité de lecture.




Le bouddha bigouden (2010) ajoutée le 11 sept. 2018

Ancien journaliste devenu écrivain public, Gwenn Rosmadec se voit confier par une jeune femme prénommée Lenaïg la mission de raconter la vie de son père à titre de cadeau d’anniversaire. L’homme ayant passé de nombreuses années en Inde et ayant eu une existence riche en péripéties avant de regagner Sainte Marine, à l’embouchure de l’Odet, elle souhaite que l’ouvrage devienne un témoignage et serve de référence pour les générations suivantes. Mais Goulven de Kerdoncuff est un personnage bourru et pas particulièrement coopératif. Gwenn va devoir user de tout son charme et de toute sa diplomatie pour amener le vieux hobereau breton à collaborer…

« Le bouddha bigouden » se présente comme un roman policier classique avec une mise en place plutôt longue puisque le seul et unique crime n’intervient que vers la deux centième page. Cette histoire de bouddha de jade volé semble plus un prétexte que le nœud véritable de l’affaire. En effet, l’auteur se montre plus intéressé par nous décrire ce charmant petit coin de Bretagne que de ciseler une intrigue type Agatha Christie. Résultat : cette histoire se retrouve un tantinet cousue de fil blanc. Tout est évidemment révélé dans le dernier chapitre. Au total, un roman agréable et divertissant bien que manquant un peu de peps et d’originalité.




Les récits de la demi-brigade (1972) ajoutée le 11 sept. 2018

À l’époque de la Restauration, en Provence et sur les collines du Luberon, le capitaine de gendarmerie Martial Langlois a la rude tâche de maintenir l’ordre en des temps particulièrement troublés. La Révolution est terminée, l’épisode napoléonien s’est achevé de la manière que l’on connait. La monarchie peine à retrouver sa légitimité et son autorité. Les campagnes sont infestées de bandits de grands chemins. Des déserteurs, des demi-soldes, d’anciens bagnards et autres gens de sac et de corde n’hésitent pas à trucider à tout-va pour quelques pièces. Des paysans ensauvagés, des aubergistes louches et même des aristocrates se mettent même de la partie. Avec sa dizaine de gendarmes, Martial n’en finit pas de sillonner le pays et l’arrière-pays, de se faire tirer dessus et de réaliser néanmoins quelques jolis cartons…

« Les récits de la demi-brigade » est un recueil rassemblant six nouvelles écrites par Giono à diverses époques. De la plus ancienne (« L’Ecossais ») et sans doute la plus intéressante, car elle se présente comme un court roman ou comme une novella, à la plus récente, dix années se sont écoulées, ce qui explique les différences de ton et presque de style entre les unes et les autres. Reste l’unité de lieu, de temps et le maintien du personnage principal dans chacune d’elles. On remarquera que celui-ci est également le héros d' « Un roi sans divertissement » et que la jolie petite marquise de Théus qu’il affronte dans « L’Ecossais » est également l’héroïne du « Hussard sur le toit ». Ces histoires toujours agréables à lire mais qui ne sont quand même pas du niveau des grands titres du maître de Manosque valent surtout par le style inimitable et par les descriptions du cadre et de l’époque.




La conspiration mondiale (1958) ajoutée le 19 août 2018

Il s’agit pour les forces occultes agissant depuis la nuit des temps et tout particulièrement depuis la création de la société secrète des Illuminati d’Adam Weishaupt de mettre à bas les monarchies, les religions et les états-nations pour en arriver à l’objectif ultime, à savoir la constitution puis le contrôle du premier gouvernement mondial établi sous la férule de l’idéologie luciférienne imposée à la race humaine par le moyen du satanisme despotique et universel. Peu à peu, ces conspirateurs au premier rang desquels se trouvent les Rothschild, Rockefeller et quelques autres banquiers, tissent leur toile, augmentent leur pouvoir, prennent le contrôle des états, déclenchent des conflits permettant de renouveler la donne. Rares sont les pays qui aujourd’hui ne sont pas sous leur influence pour ne pas dire sous leur joug. Ils doivent se compter sur les doigts d’une main et comme par hasard, ils sont désignés sous le nom d’états-voyous, de « rogue states » et des fins cruelles sont réservées à leurs dirigeants.

« La conspiration mondiale » est un court essai basé sur des faits historiques avérés qui présente une thèse bien connue des « conspirationnistes ». Quelques hommes puissants agiraient en coulisses, en se servant du double levier d’une part des hommes politiques corrompus et d’autre part des médias tout acquis à leur cause et rabâchant à l’unisson une vulgate calibrée pour formater l’opinion publique. Il est étonnant de constater que cet ouvrage publié en 1958 reste encore d’actualité. Les évènements politiques et militaires intervenus depuis n’ayant d’ailleurs fait que conforter cette « théorie ». Seul correctif à apporter : l’évolution du communisme russe qui fut différente des prévisions de Carr. Un court ouvrage intéressant pour ceux qui ne s’arrêtent pas à l’apparence des choses. Les autres, c’est-à-dire, les bien-pensants, les adeptes du « politiquement correct » pourront faire un détour en se pinçant le nez !




K.o (2018) ajoutée le 14 août 2018

Quelque part à Paris, Sitam, ancien barman, traine sa déprime et son ennui en compagnie de sa bonne amie Capu et de ses compagnons de galère Benji et Archibald. Apprenti écrivain, il peine à essayer de terminer son premier roman jusqu’au jour où Benji se fait surprendre par sa patronne alors qu’il tente de voler la caisse du bar où il travaille. Elle lui tire une balle dans le buffet. Témoins de la scène, Sitam et Capu s’enfuient en laissant leur copain pour mort puis disparaissent discrètement en Hollande pour se faire oublier. Sitam trouve du travail dans une imprimerie où il rencontre un autre Français, Lariol, grand spécialiste de charades, contrepèteries et autres jeux de mots. Il semblerait que cet original ait ses entrées chez un éditeur susceptible de s’intéresser au bouquin de Sitam. Mais la santé de ce dernier se dégrade très rapidement…

« K.O. » n’est ni un thriller, ni un roman policier, ni un roman noir (ou alors gris tout au plus). C’est plutôt une sorte de long monologue, une auto-analyse un tantinet thérapeutique et complaisante. L’auteur, Mathis, semble s’être beaucoup impliqué dans son avatar, Sitam (Mathis en verlan). Il s’épanche longuement sur son triste sort, pleurniche sur sa vie d’écrivain maudit et geint sur ses ennuis de santé. Les personnages secondaires manquent nettement de consistance. Ils sont insuffisamment décrits. On peine un peu à se les représenter. L’intrigue aurait pu être nettement plus travaillée. En dehors de la fusillade dans le bar, il ne se passe pas grand-chose. Le lecteur a même parfois une impression d’artificialité voire d’irréalité. Des attentats se produisent un peu partout en France et en Europe, mais on se sait pas qui fait quoi, comment ça se passe, au nom de quelle idéologie ces évènements inquiétants se produisent ou par quelles voies on va en arriver à la guerre civile. Seule information : les rues sont pleines de policiers et de militaires qui pratiquent des contrôles d’identité incessants. Est-ce dans cette forme d’indifférence, voire d’autisme que le lecteur doit trouver le côté poétique et musical vanté en quatrième de couverture ? Un premier roman qui ne vaut que par un style très célinien, tout en éructations, invectives et lamentations…




Saveurs d'ortie (2007) ajoutée le 12 août 2018

Considéré de nos jours comme une mauvaise herbe ou comme une plante détestable car urticante, elle figura longtemps au menu de nos ancêtres avant que les nouveaux légumes venus du nouveau monde et d’ailleurs ne la chasse définitivement de leurs assiettes. Et pourtant, l’ortie oubliée, méprisée et redevenue sauvage ne manque pas de charme : elle est une source de fer exceptionnelle, elle regorge de minéraux et d’oligo-éléments. Prise régulièrement crue ou en infusion, elle peut aider à soigner les anémies chroniques et toutes sortes d’autres affections. Nous aurions tout intérêt à lui redonner la place qu’elle mérite.

« Saveurs d’ortie » est un charmant petit ouvrage consacré à une plante méconnue et pourtant fort répandue et difficile à ignorer ne serait-ce qu’en raison de ses piqures peu agréables. Les auteurs commencent leur ouvrage en présentant succinctement l’histoire de l'ortie, ses propriétés diététiques et thérapeutiques et, dans un deuxième temps, en proposant une série d’une trentaine de recettes de cuisine de tous ordres qui vont de la soupe, aux tourtes, aux quiches et autres tians en passant par une glace à l’ortie et au chocolat, des confits d’ortie et même des confitures d’ortie ! Etonnant. Chaque recette bénéficie d’une magnifique photo d’illustration et d’une maxime, d’un dicton ou d’une courte anecdote sur le sujet. Un livre qui donne envie de cueillir, de cuisiner et même de se soigner avec cette belle urticante ! Cerise sur le gâteau, cet ouvrage est en libre accès sur internet.




Un amour extraordinaire / yvonne-aîmée de malestroit (1990) ajoutée le 11 août 2018

Yvonne Beauvais, (1901 – 1951) entrée dans les ordres en 1927 sous le nom de sœur Yvonne-Aimée de Jésus, fut la fondatrice et la première supérieure générale de la fédération des monastères de son ordre. Pendant la seconde guerre mondiale, elle soigna les blessés des deux camps, sauva les vies de nombreux résistants ainsi que de deux aviateurs anglais. Pour ces faits d’armes, elle se vit remettre la Légion d’honneur par le général de Gaulle. Attirée très tôt par l’amour du Christ, elle commence très jeune à pratiquer la charité auprès de pauvres gens de la ceinture des « fortifs » de Paris qu’elle soigne et assiste du mieux qu’elle peut. Atteinte de paratyphoïde, elle est soignée chez les Augustines de Malestroit, en Bretagne. Elle accepte de subir l’épreuve des stigmates. Très vite, elle se lance dans la création d’une clinique moderne et dans toutes sortes de travaux d’aménagement de son couvent. Elle écrit une série romancée sur son expérience mystique qu'elle intitule « Monette ». En 1931, elle fonde un journal « La jeunesse augustinienne » qui rencontre un joli succès. Chargée de la formation des novices, elle est tellement aimée qu’elle est élue à l’unanimité supérieure de son couvent à 33 ans. Mais sa santé reste fort précaire. Albuminurie, tuberculose, problèmes cardiaques, fibrome utérin, cancer du sein plus une hypertension qui entraina l’hémorragie cérébrale dont elle mourut.

« Un amour extraordinaire » est la biographie non romancée d’une religieuse tout à fait exceptionnelle. L’auteur s’est astreint à ne relever que les faits, rien que les faits, sans beaucoup s’attarder sur le merveilleux voire le surnaturel ou le paranormal qui a marqué sa vie (stigmates, effusion de sang, visions…). Il a collecté une très importante documentation (répertoriée en fin d’ouvrage). Pratiquement toute sa narration repose sur de très larges emprunts aux carnets intimes d’Yvonne-Aimé. Le lecteur a ainsi l’impression qu’Yvonne lui parle, se confie à lui en totale sincérité. C’est particulièrement remarquable quand elle décrit les souffrances et les injustices qu’elle doit supporter. Au total, une humble vie de prière, de dévouement et d’ascèse qui fait penser à celle de la petite Thérèse de Lisieux ou à celle de Bernadette de Lourdes. Malgré tout ce qu’elle subissait, elle gardait perpétuellement sa bonne humeur, sa joie de vivre et son souci des autres. De très nombreuses photos et documents illustrent cet ouvrage fort bien réalisé et écrit d’une plume alerte. En ces temps d’indifférence et de refroidissement de la ferveur religieuse, il peut être agréable de lire ce genre de récit de vie extraordinaire et pourquoi pas d’essayer de s’inspirer de tant de vertus.




De gaulle / la statue du commandeur (1998) ajoutée le 27 juil. 2018

À partir de 1963, la France n’est plus en guerre nulle part, mais diverses affaires viennent assombrir l’actualité : enlèvement et « saucissonnage » en Allemagne du Colonel Argoud, liquidation de Ben Barka par des agents marocains aidés de truands… En politique étrangère, de Gaulle, qui a toujours soutenu Israël, veut l’empêcher de se lancer dans la guerre des Six jours. Il lui retire son appui et décrète un embargo sur les armes. Au Canada, il lance le fameux « Vive le Québec libre », pensant sans doute que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes n’était pas réservé au seul Tiers-Monde. Puis arrivent les évènements de Mai 68. L’ambitieux Mitterand se voit déjà en train de s’emparer du trône du monarque républicain. Après une rapide visite héliportée à Massu à Baden-Baden pour s’assurer de la fidélité des cadres de l’armée, de Gaulle arrive à reprendre les choses en main. L’opinion qui veut partir en vacances et qui en a marre de la chienlit le remet en selle lors des élections qui suivent. Mais rien n’est plus comme avant. Le commandeur est las de ferrailler toujours seul contre tous. Il organise un calamiteux référendum sur la régionalisation et la réforme du Sénat qu’il sait perdu d’avance. Et pourtant, il y met son départ sur la balance si le non l’emporte…

« De Gaulle / La statue du commandeur » est le quatrième et dernier tome de cette biographie du général toujours très favorable au personnage et même quasiment vu par ses yeux. Plus de la moitié de l’ouvrage consiste en reprises, redites et rappels des épisodes précédents entrelardés de quelques éléments nouveaux. Cela donne une impression d’ennui et même que l’auteur pratique le remplissage et tire pas mal à la ligne. Nettement plus intéressant est la suite traitant des évènements de Mai 68. La période est correctement relatée, mais sans qu’on entre dans les détails. Peu de choses sur le rôle de l’URSS, sur la stratégie du parti communiste français qui, craignant d’être débordé sur sa gauche et pour d’autres raisons, siffla la fin de la récréation. La fin de l’ouvrage plus mélancolique donne une certaine humanité à cet être aussi exceptionnel que controversé qui partit persuadé de laisser son pays retourner à ses mesquineries et à ses turpitudes avant de sombrer dans la décadence. Le recul historique nous permet de bien comprendre qu’il fut un véritable visionnaire en dépit de toutes ses erreurs et de tous ses défauts. Au total, une biographie de bon niveau mais un peu trop « gaulliste » pour parvenir à une véritable objectivité.




De gaulle : le premier des français (1998) ajoutée le 24 juil. 2018

En 1946, profondément déçu par l’attitude des politiciens français, Charles de Gaulle quitta le pouvoir, persuadé que les Français ne tarderaient pas à le rappeler. En fait, il dut subir une longue traversée du désert qui dura une douzaine d’années et qu’il passa dans sa propriété de La Boisserie à rédiger ses « Mémoires de guerre » avant de revenir aux affaires en 1948 à la faveur de la calamiteuse situation en Algérie. Dès le début, bien que certain que l’Empire était sur sa fin et qu’il n’y avait d’autre issue que l’indépendance, il sut jouer sur l’ambiguïté et alla même jusqu’à lancer le cri « Vive l’Algérie Française ! » qui trompa pas mal de monde. On sait comment s’acheva cette sale guerre et quelle somme d’horreurs, de souffrances et d’injustices elle provoqua. Au moment du putsch d’Alger, il sut tenir la dragée haute au « quarteron de généraux factieux » qui tenta de le renverser, survécut à plusieurs attentats dont celui du Petit Clamart. Pendant cette période, il fit rédiger une nouvelle Constitution, instaurer l’élection du Président de la République au suffrage universel, le tout approuvé par des référendums, même pour l’auto-détermination algérienne lequel était joué d’avance, les Européens étant dix fois moins nombreux que les Maghrébins. Il dota la France de l’arme nucléaire, lui permettant d’intégrer le cercle restreint des grandes puissances mondiales. Il posa les bases de la réconciliation franco-allemande et tenta d’orienter la construction européenne vers une Europe des patries et non vers une fédération sous domination américaine…

« De Gaulle / Le premier des Français » est le troisième et avant-dernier tome de cette importante biographie historique. La période traitée va de l’après-guerre à la fin du conflit algérien, autant dire des heures particulièrement sombres de notre Histoire. Les faits sont respectés, leur chronologie également. Mais leur présentation peut donner sujet à discussion. En bon gaulliste, Max Gallo exonère pratiquement l’armée de toute responsabilité dans la fusillade de la rue d'Isly à Alger et passe complètement sous silence celles d’Oran perpétrées par les tirailleurs du général Katz. Dans les deux cas, l’armée française fit délibérément tirer à balles réelles sur des manifestants pacifiques et non armés. Le lecteur aurait aimé un peu plus de compassion et d’objectivité sur des évènements peu glorieux de l’Histoire de France. Même impasse sur la guerre secrète entre l’OAS et les commandos de barbouzes qui furent lancés à leurs trousses. Et bien entendu, rien sur le grand jeu et les manœuvres des deux grands (USA et URSS) qui furent partie prenante non négligeable dans cette pénible affaire. Au total, le volume le plus faible et le plus discutable de cette quadrilogie, Gallo ayant trop poussé sur la légende dorée et pas assez poussé la recherche dans les coulisses. Même les plus grands hommes ont leurs moments de petitesse et de mesquinerie. L’ironie de l’Histoire ou la justice immanente firent que de




De gaulle / la solitude du combattant (1998) ajoutée le 23 juil. 2018

Le 17 juin 1940, Charles de Gaulle, n’ayant plus de rôle à jouer dans le nouveau gouvernement, obtient de Paul Reynaud 100 000 francs prélevés sur les fonds secrets et réussit à repartir à Londres en compagnie de son aide de camp Geoffroy Chodron de Courcel à bord du « de Havilland Flamingo » affrété pour le général Spears. Le lendemain, il lance son fameux appel du 18 juin dans lequel il exhorte tous les officiers et les soldats à le rejoindre pour continuer les combats. Considéré comme traitre et déserteur, il sera condamné à mort par contumace. Winston Churchill le reconnaît comme chef des Français libres dès le 27 juin 1940. Mais son but est beaucoup plus ambitieux que de mettre en place une légion de volontaires qui continuerait la lutte aux côtés de l’Empire britannique. Il s’agit pour lui d’ignorer purement et simplement le traité d’armistice et de poursuivre la guerre contre Hitler, en créant une armée et un contre-État doté de tous les attributs de souveraineté et légitimité avec comme base les territoires français de l’Empire colonial, future plate-forme de la reconquête. Après un échec devant Dakar, il réussira à rallier le Cameroun, le Tchad, le Congo et le Gabon, permettant ainsi de lancer les premières offensives de Leclerc. Mais la lutte sera longue et semée d’embûches avant la victoire finale.

« De Gaule / La solitude du combattant » est le second volet de la quadrilogie consacrée à ce grand personnage historique. Il ne recouvre que la période 1940 – 1946, soit toute la seconde guerre mondiale plus une année difficile de gouvernement du pays. Soutenu au début par Churchill qui se préoccupe surtout des intérêts de la Grande-Bretagne, il est rapidement en butte à l’opposition de Roosevelt qui lui préfèrerait Giraud, sans doute plus malléable et moins tranchant que lui. Les Alliés voulaient ménager les anciens de Vichy et obtenir la création d’un gouvernement d’union nationale dans lequel les communistes auraient été neutralisés. Ils prévoyaient même la mise en place d’une sorte de protectorat provisoire (AMGOT) avec mise en place d’une nouvelle monnaie. De Gaulle ne cède sur rien, il rejette tout en bloc et finit par s’imposer avec mille difficultés en s’appuyant sur sa popularité en France, sur la Résistance grâce à Jean Moulin, sur le soutien de Staline et sur les succès militaires des généraux Leclerc et Juin. Le lecteur suit toutes les péripéties de cette longue lutte pour le pouvoir et pour le retour de la France dans le camp des vainqueurs. Max Gallo quitte parfois un peu trop l’objectivité de l’historien pour tomber dans les travers du panégyriste en particulier dans sa façon de traiter de l’Epuration presque comme un mal nécessaire. L’assassinat de l’amiral Darlan, le retour en France de Thorez, ainsi que les exécutions de Chack et de Brasillach sont traitées avec un peu trop de légèreté. Ceci mis à part, cet ouvrage reste intéressant, bien écrit et de fort bonne qualité.




De gaulle / l'appel du destin (1998) ajoutée le 20 juil. 2018

Charles de Gaulle naquit le 22 novembre 1890 à Lille dans une famille de la grande bourgeoisie du nord. Très jeune, il est marqué par les valeurs traditionnelles : catholicisme légitimiste, patriotisme, goût des études et du service de l’Etat. Après l’école primaire chez les Frères des écoles chrétiennes, il continue sa scolarité chez les Jésuites où il a son propre père comme professeur. En 1908, il entre à l’école militaire de Saint-Cyr, après une année de préparation au collège Stanislas de Paris. À sa sortie en 1912, classé 13ᵉ, il est affecté au 33ᵉ régiment d’infanterie stationné à Arras. Lors de la première guerre mondiale, il est blessé trois fois, d’abord à la jambe le 15 août 1914 à Dinant, puis à la main gauche en Champagne, le 10 mars 1915. Un an plus tard, il est à nouveau blessé, mais cette fois à la cuisse gauche d’un coup de baïonnette. Fait prisonnier par les Allemands, il tente à cinq reprises de s’évader de toutes les forteresses où il est détenu. Finalement, il ne réussira à rejoindre la France qu’une fois la guerre terminée…

« De Gaulle / L’appel du destin est le premier tome d’une importante biographie qui en comporte quatre, soit un important ensemble de plus de 1600 pages. Un destin aussi exceptionnel n’en nécessitait sans doute pas moins. Ce premier opus couvre la période 1890-1940, soit de la naissance du grand homme jusqu’à l'humiliante défaite de juin 40. La narration est précise et non romancée. Max Gallo s’en tient aux faits sans négliger la psychologie du personnage souvent solitaire, un brin hautain et persuadé d’avoir raison seul contre tous et de devoir assumer un destin hors normes. Ainsi préconisa-t-il l’usage de formations de blindés en corps constitués, menant l’offensive avec l’appui de l’aviation à une époque où la tendance était plutôt à la guerre de position, bien à l’abri derrière la ligne Maginot que les Panzers teutons se firent un plaisir de contourner. Sur ce coup, de Gaulle prêcha dans le désert. Un des nombreux autres intérêts de cet ouvrage est le rapport de rivalité entre l’ancien (Pétain) et le nouveau (de Gaulle). Les deux hommes se connaissaient de longue date. De Gaulle travailla dans le cabinet de Pétain lequel le soutint jusqu’à ce que leurs divergences de vues et d’ambitions éclatèrent au grand jour. Un ouvrage historique de qualité qui se lit comme un roman.




Harlot et son fantôme (1992) ajoutée le 17 juil. 2018

À Mount Desert (Maine, Etats-Unis), Hugh Tremont Montague, nom de code « Harlot », membre important de la CIA, mais plutôt en fin de carrière, a divorcé de Kitteredge qui l’a trompée avec son collègue Harry Hubbard, fils de Cal, autre agent de la CIA. Après une longue attente, Harry et Kitteredge ont fini par se marier. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, Harlot s’est retrouvé sur un fauteuil roulant suite à un très grave accident de voiture. Harry de son côté, en est réduit à produire textes, articles de journaux et romans d’espionnage jusqu’au jour où Harlot lui propose de travailler avec lui sur une mission secrète. Mais un jour, on retrouve le corps d’Harlot au fond d’un lac, le crâne explosé. Tout se complique… Quelques années auparavant, Harry avait commencé sa carrière à Berlin, puis à Bogota et l’avait poursuivie à Miami et à Paris…

« Harlot et son fantôme » se présente comme un très gros et très lourd roman d’espionnage de 1044 pages grand format, petits caractères, soit l’équivalent du double dans une présentation classique. Un défi de lecture. Un vrai marathon obligeant à y rester une dizaine de jours minimum ! Mais est-ce que le jeu en vaut la chandelle ? Rien n’est moins sûr ! Peu d’action, guère de suspens, aucune progression dramatique. On est très loin des maîtres du genre comme John Le Carré ! Mailer se rattrape-t-il par l’enquête d’investigation (il se targue d’une énorme recherche. Une bibliographie de quatre pages en atteste) ? Pas vraiment. Le lecteur n’apprendra pas grand-chose d’inédit sur les méthodes de la CIA, l’arrivée au pouvoir de J.F. Kennedy et son assassinat, la mort de Marilyn Monroe, l’affaire de la Baie des Cochons à Cuba, les tentatives ratées d’assassinat de Castro. Avec Tom Wolfe entre autres, on fait beaucoup mieux dans le genre. Et comme de nombreuses pages sont consacrées à des séquences « hot », on ne peut s’empêcher de penser que Mailer n’y fait que du sous-Miller ! Reste le style, l’écriture que certains critiques ont jugée « alerte, inspirée, géniale ». Sans doute n’ai-je pas été touché par la même grâce. Cette narration qui ne mène à rien m’a semblé laborieuse, pesante, pleine de détours et de digressions. Presque ennuyeuse. Le tout pour raconter quelques années d’un certain nombre de ronds de cuir, relativement nuls, sorte de pieds nickelés ou de bras cassés qui ratent à peu près tout ce qu’ils entreprennent. Au total, un pensum sans grand intérêt… (Mais ceci n’est que mon avis personnel bien entendu.)




Marlène dietrich (1993) ajoutée le 7 juil. 2018

Marie Magdalene Dietrich, dite Marlène Dietrich, fut une actrice et chanteuse allemande naturalisée américaine, née le 27 décembre 1901 à Schöneberg et morte le 6 mai 1992 à Paris 8e. Après s’être destinée à une carrière musicale, elle se tourna vers le théâtre et le cinéma au début des années 1920. Lancée par le film « L’Ange bleu » de Josef von Sternberg, produit par la UFA en 1930, elle fut repérée par le studio Paramount et poursuivit une longue et brillante carrière à Hollywood. Sept films dirigés par le même metteur en scène dont « Morocco » (1930), « Shanghaï Expresse (1932) ou « L’Impératrice rouge » (1934), firent de l’actrice l’incarnation parfaite de la femme fatale de cette époque. Elle tourna ensuite avec les plus grands réalisateurs, dans divers genres de films. Elle s’engagea contre le nazisme et son pays d’origine dès les années 1930, et participa activement à la Seconde Guerre mondiale entre 1944 et 1945, rendant célèbre la chanson « Lili Marleen », et obtenant en 1947 la « Medal of Freedom », plus haute distinction militaire américaine que peut recevoir un civil. Alors que ses rôles au cinéma se faisaient moins nombreux, elle se tourna vers la radio puis vers le music-hall, faisant le tour du monde avec son tour de chant entre 1953 et 1975. Les quinze dernières années de sa vie, pour protéger son image, elle vécut recluse et alitée dans son appartement du 12, avenue Montaigne à Paris.

« Marlène Dietrich » se présente comme un énorme pavé de 866 pages relativement indigestes. Il est écrit par sa fille unique, Maria Riva, laquelle a une fâcheuse tendance à raconter la vie de sa mère en fonction de la sienne propre (rapports dominante-dominée avec sa mère, viol, alcoolisme, etc). Son style assez peu léger donne une narration plutôt poussive et même fortement alourdie par une abondance de citations (souvent fort longues et pas forcément pertinentes) de lettres d’amour, d’extraits de journaux intimes et autres articles de journaux. Trois cahiers de documents photographiques illustrent cet ouvrage consacré à une star, longtemps idolâtrée et finalement déchue et recluse. Pour ne rien arranger, le personnage de la star des années trente se révèle au fil des pages de moins en moins sympathique. Si l'on en croit Mme Riva, l’icône hollywoodienne fut en réalité un montre d’égocentrisme, de narcissisme, d’autoritarisme, une méchante femme obsédée par son image, travaillant son apparence dans les moindres détails et ne vivant que pour le paraître. Elle collectionna un nombre incroyable d’amants et d’amantes. La liste de ses conquêtes acteurs célèbres comme Maurice Chevalier ou Jean Gabin, écrivains comme Erich-Maria Remarque ou Hemingway, voire chanteurs ou chanteuses comme Franck Sinatra ou Edith Piaf, sans parler des généraux, hommes politiques, est si longue qu’elle finit par ressembler à un bottin mondain). Elle multipliait les caprices de diva au point de se montrer odieuse avec tout le monde, petit personnel comme metteurs en scène, cos




Mémoires barbares (1989) ajoutée le 30 juin 2018

Né en 1907 à Rovigo (actuellement Bougara) en Algérie, Jules Roy, enfant illégitime, passa son enfance à la campagne avant d’entrer au petit séminaire où il restera huit années. Il intégra le corps des tirailleurs algériens puis celui de l’armée de l’air. D’abord pétainiste (il publia un livre à la gloire du maréchal), il change de camp en 1942, passe en Angleterre et entre dans la Royal Air Force. Il effectuera plus de 36 missions de bombardement de nuit sur la Ruhr en Allemagne. Il poursuit sa carrière militaire en Indochine à titre d’officier de communication. Mais en juin 1953, il démissionne alors qu’il est colonel, car il estime que l’armée se déshonore à vouloir rétablir la colonisation par la force. Parallèlement, il commence à publier des ouvrages de témoignage qui déplaisent à l’armée et est envoyé en mission d’enquête en Algérie et en Chine pour le compte de l’hebdomadaire « l’Express ». Il n’arrive pas à rencontrer Mao Tsé Toung pas plus qu’à suivre les étapes de la « Longue marche » et rentre très déçu de ce qu’il a vu. À la fin de sa vie, il se retire sur la colline de Vézelay, non loin de la basilique de Sainte Madeleine…

« Mémoires barbares » est un livre de souvenirs en forme d’autobiographie qui se veut honnête et qui reste assez discrète sur la vie sentimentale assez compliquée de l’auteur. Le lecteur suivra avec grand intérêt tous les évènements auxquels Jules Roy se trouva mêlé : seconde guerre mondiale, (le récit des bombardements au phosphore des villes allemandes est proprement hallucinant), la guerre d’Indochine, celle d’Algérie, le retour du général de Gaulle sans parler des arcanes du monde littéraire parisien pendant un demi-siècle. L’auteur ayant rencontré la plupart des auteurs de l’époque en trace une série de portraits souvent au vitriol. Il fut un habitué des soirées de Florence Gould et de Louise de Vilmorin. La liste est longue des écrivains et des hommes politiques qu’il dépeint : Morand, Nimier, Léautaud, Paulhan, Montherlant, Mauriac, Malraux, Camus, Kessel, Saint-Exupéry, de Gaulle, Mitterand. Personne n’échappe à son regard acéré voire impitoyable. Malraux est sans doute celui qui en prend le plus pour son grade pour sa mythomanie. Seul Camus et Saint-Exupéry trouvent grâce aux yeux de Jules Roy. Le style est bien entendu, de fort belle qualité. Les analyses sont fines et intelligentes. Au total, un livre absolument passionnant.




California saga (1990) ajoutée le 23 juin 2018

En 1886, le jeune James Macklin Chance, 17 ans, part de Pennsylvanie pour fuir la misère et ne pas finir mineur comme son père. Il rêve de faire fortune en Californie alors que la ruée vers l’or est achevée depuis un certain temps. Après une longue marche en direction de l’Ouest des Etats-Unis, il finit par atteindre la côte Pacifique à Oakland. Il tente de profiter du ferry de San Francisco sans prendre de billet. Sans ménagement, il est jeté à la mer par les contrôleurs alors qu’il ne sait pas nager. Heureusement pour lui, il est vite repêché par un brave pêcheur chinois qui deviendra son premier ami californien. Et ce n’est que le début d’une longue suite de tribulations dans cet eldorado où ne se trouvent que deux sortes d’individus, ceux qui prennent et ceux à qui l’on prend…

« California Saga » se présente comme un énorme roman historique de 662 pages, ce qui, au premier abord, pourrait sembler assez indigeste. Mais il n’en est rien tant les aventures, péripéties et rebondissements sont nombreux. Toute l’intrigue repose sur 35 années de la vie d’un jeune homme pauvre mais non dépourvu d’ambition. Le lecteur le suit pas à pas dans son ascension sociale, laquelle est longue et pénible vu le nombre de catastrophes et d’embûches qu’il doit traverser. Si les épisodes amoureux laissent assez indifférent et peuvent même lasser vu qu’il passe son temps à osciller tout au long de cette histoire entre trois partenaires, le contexte historique (fin de la ruée vers l’or, boom immobilier, découverte de l’or noir, cataclysmes, apparition du cinéma, de l’automobile et de l’aviation) sont beaucoup plus intéressantes car fort instructives. Entre mille autres choses, le lecteur y découvrira que le problème de l’immigration mexicaine ne date pas d’aujourd’hui ni d’hier. On sera plus réservé sur l’apparition ici ou là de personnages réels comme W.R Hearst, Charlie Chaplin, Jack London, James Corbett, John Muir ou Ambrose Bierce car aucun n’apparait comme crédible. Au total, malgré tout, une belle réussite, si l’on passe sur le côté manichéen de la présentation (des bons très bons, voire excellents et même christiques comme le prêtre défroqué et des méchants très très méchants, monstrueux, intolérants, racistes) et sur une fin décevante, car en happy end très (trop) américain.




L'aventure de leclerc (1984) ajoutée le 17 juin 2018

Né le 22 novembre 1902 à Belloy (Somme), Philippe de Hauteclocque commença sa carrière militaire dans la cavalerie puis fut instructeur à Saint Cyr. Il participa à la guerre du Rif au Maroc où il se distingua par son courage, son sens tactique et sa bravoure. En mai 1940, pour ne pas être capturé, il traverse les lignes allemandes et essaie de s’échapper à bicyclette. Il sera arrêté puis relâché par erreur. Il retourne au combat, est blessé et s’échappe de l’hôpital où il était soigné er gardé. Il ne peut pas se résoudre à la défaite de la France. Il rejoint le général de Gaulle à Londres après un long périple à travers la France, l’Espagne et le Portugal. Il part ensuite au Gabon avec pour mission de rallier l’Afrique équatoriale française aux couleurs de la France Libre. Ainsi débute une véritable épopée qui le mènera avec une première poignée d’hommes à Fort-Lamy puis à s’emparer de Koufra, du Fezzan, à aider les Alliés à chasser l'Afrika Korps de Rommel d’Afrique du Nord puis à débarquer en Normandie, à libérer Paris, puis Strasbourg et porter le drapeau tricolore jusqu’à Berchtesgaden, le nid d’aigle d’Adolf Hitler…

« L’aventure de Leclerc » est la biographie parfaitement documentée d’un héros de l’Histoire de France, une icône de la seconde guerre mondiale, un être d’exception, au caractère bien trempé, capable de toutes les audaces et de toutes les folies, n’ayant qu’un seul objectif : servir sa patrie. Le livre très bien écrit, illustré de nombreuses photos et croquis permettant une bonne compréhension de la stratégie de Leclerc (pseudo qu’il dut prendre pour protéger sa famille restée en Picardie), se lit très facilement et très agréablement tant cette vie brisée dans un accident d’avion au Sahara fut remplie, foisonnante et exemplaire. Le lecteur apprendra énormément de choses non seulement sur l’épopée du héros et de sa fameuse 2ème DB, mais aussi sur les prémisses de la guerre d’Indochine, sur le rôle fort louche des Chinois et des Anglo-saxons qui se permirent d’organiser une sorte de Yalta asiatique dont la France aurait été la victime si Leclerc n’était pas intervenu. Malheureusement le départ de celui-ci suite à des divergences avec l’amiral d'Argenlieu et l’arrivée des socialo-communistes au pouvoir à Paris changea complètement la donne. On sait la triste tournure que prirent ensuite les évènements. Un livre de référence absolument passionnant. À conseiller aux amateurs d’Histoire et d’Histoire militaire tout particulièrement.




Oxygène (2002) ajoutée le 14 juin 2018

Enseignante anglaise en retraite, Alice souffre d’un cancer assez avancé. Elle a déjà dû subir une lourde chimiothérapie. Elle y a perdu ses cheveux, mais ils ont fini par repousser complètement blancs. Son fils Alec lui rend visite, s’occupe de la maison, du jardin. Son autre fils, Larry, acteur de série B intermittent et ancien joueur de tennis classé, ne va pas tarder à prendre l’avion avec sa fille depuis la Californie pour le rejoindre. Arrivé de Hongrie suite aux dramatiques évènements de Budapest, Laszlo est un auteur dramatique qui commence à rencontrer un certain succès. Sa dernière pièce, intitulée « Oxygène » relate un accident dans une mine quelque part en Europe de l’Est. Un jour, il fait une étrange rencontre et se retrouve chargé d’une mission tout à fait particulière.

« Oxygène » est un roman intimiste qui fait la part belle à la psychologie de toute une galerie de personnages. Le style d’Andrew Miller est quasi pointilliste. L’auteur s’attache aux mille détails de la vie quotidienne et parvient à donner de l’intérêt à une banalité qui devrait ne pas faire rêver, mais qui finit par intéresser quand même. Les développements sur la triste réalité du cancer en phase terminale tout comme le récit de la normalisation de Budapest par l’armée rouge en 1956 sont particulièrement émouvants voire instructifs. Les personnages sont des messieurs ou mesdames tout le monde, de parfaits anti héros. Sans doute est-ce la raison pour laquelle ils nous semblent si proches et finalement bien attachants en dépit de leur médiocrité. Un seul regret : rien ne parvient à un achèvement. Tout reste ouvert. Au lecteur de se substituer à l’auteur volontairement défaillant…




Pour l'amour de l'inde (1993) ajoutée le 12 juin 2018

Le 4 février 1922, à Chauri-Chaura (Inde), un rassemblement pacifique et non-violent inspiré par Gandhi s’achève dans le calme. Mais des policiers, croyant entendre quelques moqueries, commencent à taper sur les trainards. La foule se rebiffe. Les flics commencent par tirer en l'air puis sur les gens. Arrivés à court de munition, ils finissent lynchés. Gandhi est désespéré. L’indépendance de l’Inde qu’il appelle de ses vœux ne suivra jamais le cours d’un long fleuve tranquille… 1947 : Lord Louis Mountbatten, petit-fils de la reine Victoria, est intronisé dernier vice-roi des Indes. Son épouse, la frivole lady Edwina, va devoir l’épauler dans la lourde tâche de négociation qui lui échoit. Comment satisfaire les ambitions des musulmans de Jinnah, les désirs des Hindous de Nehru et Gandhi sans parler des prétentions des Sikhs ? Comment éviter l’atomisation du sous-continent et réduire le bain de sang qui s’annonce ?

« Pour l’amour de l'Inde » est avec « Cette nuit la liberté » le meilleur texte sur cette période troublée. Ce gros pavé parfaitement documenté (567 pages) se dévore comme un roman tant les faits sont parfaitement décrits et tant les principaux personnages, les Mountbatten, Nehru, Jinnah et surtout Gandhi sont rendus vivants. Tous les évènements étant authentiques, on ne peut pas parler de roman historique, mais plutôt de fresque, voire d’épopée véridique. L’idylle, sans doute platonique, entre Edwina et Nehru n’est même pas romancée et, heureusement, ne représente pas l’essentiel de l’intérêt du livre. L’Histoire se taille la plus belle part. En fin d’ouvrage, le lecteur trouvera tout un chapitre sur les sources et commentaires, ce qui est assez rare et montre l’honnêteté de l’auteure ainsi que son désir de coller au plus près de la réalité historique. La réalité dépassant souvent la fiction, il n’est nul besoin d’inventions ou de travestissements de la vérité pour produire une belle œuvre de référence.




Un siècle de témoins (2000) ajoutée le 8 juin 2018

À cause du nazisme, du communisme, des conflits ethniques ou tribaux sans oublier l’intégrisme islamique, notre époque a connu un nombre incroyable de martyrs ou de confesseurs de la foi. Un martyr chrétien est une personne persécutée, emprisonnée, souvent torturée et assassinée en raison de ses idées religieuses. Un confesseur de la foi subit les mêmes persécutions mais sans finir exécuté. Des camps nazis au goulag soviétique, du lao-gaï chinois au Sud Soudan, du Liban à la Turquie sans oublier l’Afrique du Nord (moines de Tibhirine), l’Afrique noire, l’Inde ou l’Amérique du Sud, les territoires sont innombrables où le sang des martyrs a coulé, coule et coulera. Un martyr est un témoin du Christ. On pourrait également l’appeler un « soldat du Christ ». Son sang est réputé semence de chrétien. En effet, chaque tuerie n’a fait que rendre plus vigoureuse et dynamique l’église visée…

« Un siècle de témoins » est un essai consacré aux « Martyrs du XXème siècle » comme l’indique son sous-titre. L’auteur a voulu présenter un panorama exhaustif du phénomène. Mais celui-ci est d’une telle ampleur et les exemples sont si nombreux qu’il ne peut présenter chaque fait qu’en quelques très courtes lignes voire au maximum en un paragraphe. La lecture de cet ouvrage qui cherche également à élaborer une théologie particulière sur cette réalité est un tantinet laborieuse, toujours émouvante et peut arriver à vous mettre les larmes aux yeux et même vous donner la nausée. Il faut dire que le mal est partout, que l’abjection des tortionnaires n’a pas de limites. Un seul exemple : dans l’Albanie du monstrueux Enver Hodja, ses nervis étaient capables après avoir copieusement battus et torturés de malheureux prêtres, de les achever en les noyant dans une fosse remplie de matières fécales. Dur, dur !




Famille parfaite (2015) ajoutée le 4 juin 2018

Ancien marine, Justin Denbe a fait fructifier la puissante entreprise de BTP dont il a hérité à la mort de son père. Avec sa compagne Libby, ils ont eu Ashlyn, fille âgée aujourd’hui de 15 ans. Leur couple tient la route depuis 18 années et à première vue, à eux trois, ils donnent l’impression d’une famille exemplaire, bien que Justin ait donné quelques coups de canif dans le contrat. Un soir, de retour d’un repas au restaurant devant sceller leur réconciliation, le couple trouve ouverte la porte de sa riche demeure. Un colosse qui les attend à l’intérieur les neutralise à coups de taser pendant que deux complices maîtrisent Ashlyn. La disparition des trois membres de cette famille surprend tout le monde. Mais la détective privée Tessa Leoni est persuadée qu’il s’agit d’un enlèvement et non d’une fuite volontaire. Pourtant, on ne trouve ni effraction, ni vol, ni demande de rançon. Et pas le moindre témoin. L’affaire s’annonce compliquée : vengeance, extorsion de fonds, acte gratuit ?

« Famille parfaite » est un roman présenté comme un thriller alors qu’il ne respecte pas vraiment les critères du genre, à savoir présence d’un serial killer psychopathe, accumulation de cadavres et autres scènes de sadisme ou de tortures. Cousue de fil blanc, toute l’intrigue repose sur une histoire d’infidélité conjugale. Très vite le lecteur devine quelle sera la chute et perd ainsi la majeure partie de l’intérêt pour ce long pavé de 571 pages qui auraient largement pu tenir dans un volume trois fois moindre et même dans une nouvelle resserrée d’une quarantaine de pages. Trop de redites, trop de pages inutiles, en particulier tous les chapitres délayant à plaisir les états d’âme de Libby, la femme trompée partie à la dérive. On a même l’impression que l’auteur tire un tantinet à la ligne. Trop peu de péripéties, trop peu de rebondissements. Des personnages convenus : le patron ripoux, les mâles machos et violents et les femmes, pauvres victimes innocentes. On se demande comment pareil navet a pu figurer comme numéro un sur la liste des best-sellers du « New York times ». Toujours se méfier de la pub, même déguisée.




En crevant le plafond (1956) ajoutée le 1 juin 2018

Harry Griffin, pilote d’avion licencié par sa compagnie pour un comportement déplacé avec une hôtesse de l’air, n’a pas envie de se contenter de petits boulots pour survivre. Il préfère tenter un gros coup et ramasser le magot. Trois millions de dollars de diamants industriels vont transiter entre New-York et San Francisco à bord d’un avion de son ancienne compagnie. Avec quelques comparses, il pense être en mesure de braquer l’équipage et de filer avec le butin après avoir atterri quelque part dans le désert. Mais pour espérer une réussite complète, il a besoin de l’aide de Ben Delaney, un parrain de la mafia capable de fourguer les cailloux mieux que lui. Par chance, Glorie Dane, petite amie de Harry, est également une ex de Delaney. Elle les met en relation, force Harry à se grimer et à changer d’aspect physique pour ne pas être reconnu de ses anciens collègues. Malheureusement, rien ne se passe comme prévu. La présence d’un convoyeur de fonds n’ayant pas du tout l’intention de se laisser faire va complètement changer la donne…

« En crevant le plafond » est un roman noir d’excellente facture du prolifique auteur britannique. L’écriture est classique, de belle qualité et très agréable à lire. Bien que le lecteur se doute dès le début que tout ne peut qu’aller de mal en pis dans cette histoire, il reste accroché du début à la fin, car les péripéties ne manquent jamais jusqu’à une fin assez surprenante. Les personnages sont bien campés, bien pétris d’humanité et tout à fait crédibles. On tremble pour Harry même si le personnage n’est pas particulièrement sympathique. On remarque également l’importance de la psychologie féminine avec les deux héroïnes, aux antipodes l’une de l’autre mais réagissant de semblable manière devant la dérive du héros, tirer au mieux leur épingle du jeu. Finalement, elles sont les plus fortes, car les plus intelligentes voire les plus sournoises. Bien que datant un peu (1956), cet ouvrage permet encore de passer un très bon moment de divertissement.




Présence de satan dans le monde moderne (1959) ajoutée le 29 mai 2018

Qu’en est-il de Satan et du satanisme à notre époque qui ne croit plus à rien, ni à Dieu, ni, par conséquence évidente, à Diable ? On connait la célèbre phrase de Baudelaire : « La plus grande ruse du Démon, c’est de nous persuader qu’il n’existe pas. » Dans cet ouvrage, l’auteur s’efforce de nous démontrer que l’existence du Malin, du grand Menteur est réelle et que sa puissance plus grande qu’on ne l’imagine. Pour ce faire, il commence par en référer à la Bible et aux Evangiles qui ne manquent pas d’exemples comme la tentation du Christ et la réponse bien connue : « Vade rétro Satanas ! » ou comme les possédés qui sont libérés au détriment de porcs qui vont se jeter du haut d’une falaise. Il y ajoute le cas du curé d’Ars et de ses nuits à batailler contre le « Grappin » surnom qu’il donnait au diable ou ceux de tous les faux voyants qui apparurent à Lourdes pour ridiculiser le témoignage de la petite Bernadette Soubirous. Les preuves de possessions ou d’infestations diaboliques sont innombrables aussi bien tout au long de l’Histoire que de nos jours. Les aspects lucifériens de la révolution française, du nazisme, du bolchévisme ou du communisme chinois en sont quelques exemples…

« Présence de Satan dans le monde moderne » est un essai de vulgarisation théologique et sociologique particulièrement bien étayé. Les faits sont incontestables et la réalité bien sinistre, n’en déplaise aux sceptiques et aux ricaneurs. L’auteur démontre qu’il ne s’agit pas de confondre possession relevant de l’exorcisme et simples troubles mentaux. Ni les symptômes, ni les remèdes, ni les résultats obtenus, ne sont les mêmes dans les cas de folie et dans ceux de possession. Dans la maladie mentale, on ne trouve jamais les marques de présence d’une intelligence préternaturelle et visiblement étrangère à celle du sujet que l’on constate chez les possédés et dont l’Eglise exige les signes pour autoriser la pratique de l’exorcisme. Un livre d’une lecture fascinante, d’une grande érudition et d’une absolue nécessité pour qui veut se faire une opinion sur ce sombre sujet. Les descriptions d’exorcismes sont particulièrement frappantes. Même chose sur certains côtés obscurs de l’Histoire ou de l’actualité (sorcellerie, Illuminatis, Rose-Croix, maçonnerie…)




Tonton bob (2018) ajoutée le 21 mai 2018

Un psychiatre, Pierre Bertillat, convoque dans son bureau Lemonnier, un de ses patients, pour qu’il lui dise tout ce qu’il sait sur un certain oncle Bob, personnage aussi dangereux qu’irascible… L’oncle Toto, chef de chantier de son état, et sa femme Kiki la brune ne sont pas des gens très intéressants. Elle est d’une grande vulgarité. Lui, d’une honnêteté toute relative : il n’hésite jamais à détourner du matériel pour ses propres besoins… Sur la base de quatre photos, un homme essaie de s’imaginer ce que put être la vie d’un oncle qu’il n’a jamais connu… En Ouganda, Louis, volontaire français, doit être exfiltré, car il a commis une grosse bêtise… Un libraire désenchanté se pose des questions sur sa condition… Au centre commercial avec les enfants de sa maîtresse, Guiseppe a décidé qu’on n’achèterait rien… Payée par la mairie, une comédienne propose des animations dans un cimetière, histoire de rendre l’endroit plus accueillant…

« Oncle Bob » est un recueil de dix nouvelles d’autant d’auteurs, toutes tournant autour du thème de cet oncle dont le lecteur doit se demander qui il est : aliéné, maffieux, beauf, mondialiste ou fasciste, abruti ou intellectuel, homo ou hétéro, etc. Il n’en finit plus de se poser la question sans d'ailleurs jamais trouver la réponse, les textes étant tous différents d’esprit, de registre et de styles. Comme toujours dans ce genre de compilation, le meilleur côtoie le pire. Dans le cas précis, ce serait plutôt le très moyen pour ne pas dire le médiocre qui reste majoritaire face à l’acceptable et au (très rare) bon et agréable à lire. Nous aurons l’indulgence de passer sur les huit textes relevant de la première catégorie pour n’insister que sur les deux qui sortent du lot et méritent très certainement le détour : « Oncle Bob » de Fabrice Décamps pour son côté équivoque et « La boîte en bois et la boîte en carton » d’Antonin Crenn, un petit bijou de fantastique du quotidien.




Les fusiliers marins dans la division leclerc (1947) ajoutée le 20 mai 2018

En novembre 1942, une poignée de jeunes Français d’Afrique du Nord veulent en découdre avec les nazis. Armés par les Anglo-américains fraîchement débarqués, ils deviennent le « bataillon Bizerte », puis le RBFM, (régiment blindé de fusiliers marins). Ils sont formés au Maroc, dotés de matériel puis intégrés dans la 2ème DB du général Leclerc, sous le commandement du capitaine de frégate Maggiar, auteur de l’ouvrage. Cette unité regroupera environ 300 véhicules, des chasseurs de chars, des tanks destroyers, des Half-tracks et des chars Sherman qui feront merveille contre les Panthers et autres MarkIV teutons. Dans la nuit du 3 au 4 août 1944, ils seront débarqués en Normandie, à Utah Beach. S’ensuivra une véritable épopée avec la libération de Paris où ils prendront une part décisive, les combats acharnés en Lorraine et en Alsace (libération de Strasbourg) puis la réduction de la poche de Royan et finalement le rush vers le nid d’aigle d’Hitler, Berchtesgaden.

« Les fusiliers marins dans la division Leclerc » est un témoignage quasiment heure par heure de tous les combats menés par cette troupe de marins et d’engagés volontaires (ils furent nombreux à s’enrôler au fur et à mesure de l’avancée victorieuse de Leclerc !). Ecrit à chaud et publié en 1947, cet ouvrage porte la marque de l’enthousiasme et du patriotisme magnifique de ces jeunes Français qui partis de rien, du fin fond d’une oasis (Koufra), prêtèrent le serment de rendre sa dignité à la France humiliée en se lançant à corps perdu dans les combats et de ne cesser que quand le drapeau tricolore flotterait sur la cathédrale de Strasbourg. Un bon nombre n’en revint pas. Une magnifique page d’histoire. Un témoignage honnête et sincère d’une grande utilité pour les passionnés d’Histoire militaire.




Le livre des maîtres du monde (1967) ajoutée le 18 mai 2018

En se basant sur les observations d’objets volants non identifiés, d’étranges monuments dont personne ne peut dire la destination, de constructions enfouies n’appartenant à aucune civilisation connue et de tablettes ou hiéroglyphes censés représenter des cosmonautes ou des vaisseaux spatiaux, Robert Charroux bâtit une thèse selon laquelle les débuts de l’humanité seraient bien antérieurs aux Sumériens ou aux Egyptiens. Pour lui, 12 000 années et plus avant notre ère, des voyageurs extra-terrestres sans doute venus de Vénus auraient fondé l’Atlantide et le continent de Mu, lesquels auraient fini par sombrer dans un grand cataclysme tellurique ou nucléaire. Tout le savoir venu du cosmos se serait perdu dans les masses d’eau du déluge. Pire, les rares rescapés n’auraient eu de cesse de nier et de diaboliser l’apport technologique dont les humains auraient profité auparavant…

« Le livre des maîtres du monde » est un essai de « Prim-histoire » (néologisme inventé par Charroux), période antérieure à la proto-histoire et parallèle à la préhistoire, mais bien différente, car elle suppose l’existence de civilisations avancées (maîtrisant le feu nucléaire, les voyages dans le cosmos, la radio ou la télévision, etc), ce qui n’a jamais été prouvé. Et c’est bien là que le bât blesse ! Qu’il y ait des pyramides (modestes) en France à Falicon (Provence) ou à Autun, des tours hermétiques (sortes d’énormes menhirs ou de massifs obélisques sans la moindre ouverture) à Saint Romain de Benest ou à Ebéon (Charente-Maritime) ainsi que d’étranges grimoires maya voire de curieux témoignages dans de vieux manuscrits chinois ou tibétains ne permet quand même pas de conclure que nous descendons tous des extra-terrestres. Un ouvrage un peu bâti de bric et de broc surtout vers la fin où les anecdotes curieuses se multiplient sans jamais rien prouver d’ailleurs. Un cahier de photos et de nombreuses illustrations voudraient étayer cette curieuse théorie sans vraiment y parvenir. Même peu versé dans l’archéologie, le lecteur a très vite l’impression d’être dans une rêverie pour ne pas dire « fumisterie », en un mot, plus dans la fiction que dans la science. Cartésiens et rationalistes pourront aisément faire un détour…




Dieu, mon premier amour ajoutée le 15 mai 2018

Né le 12 septembre 1935 à Rochefort-sur-Mer en Charente-Maritime, le père Guy Gilbert, surnommé « le curé des loubards », est un prêtre catholique français, éducateur spécialisé et écrivain prolifique. Il est issu d’une famille ouvrière de quinze enfants où il a trouvé beaucoup d’amour. Désirant très tôt être prêtre, il entre en 1948 au petit séminaire à l’âge de 13 ans. Alors qu’il est séminariste, il part en 1957 pour accomplir son service militaire en pleine guerre d’Algérie. C’est à Alger qu’il finit son séminaire et qu’il est ordonné prêtre. Il reste auprès de Monseigneur Duval de 1965 à 1970. De retour à Paris, il exerce son activité de prêtre dans la rue et devient éducateur spécialisé pour les jeunes délinquants dans le 19e arrondissement. En 1974, grâce à un legs, il achète une ferme à La Palud-sur-Verdon, « une ruine loin de Paris », pour y installer un lieu d’accueil, la « Bergerie de Faucon » où, avec une équipe d’éducateurs, il tente de réinsérer des jeunes en difficulté, par le travail et le lien avec les animaux.

« Dieu, mon premier amour » se présente comme un essai de vulgarisation sociologique, théologique voire philosophique très facile d’accès. Avec des mots simples, Guy Gilbert nous partage ses réflexions sur son engagement, sur sa vocation, sa foi, son amour de Dieu et son ministère auprès des plus humbles. Le tout est présenté sous la forme d’une série d’articles, de portraits, d’anecdotes sans lien chronologique ni thématique, un peu comme une compilation. Lire cet ouvrage permet de mieux comprendre la démarche de ce religieux atypique qui sous des dehors rebelles (perfecto, jeans et santiags) cache un esprit évangélique parfaitement dans la ligne de l’Eglise. Il a compris qu’il ne pouvait pas donner sans lui aussi recevoir. Aussi s’accorde-t-il des pauses de retraite spirituelle de trois jours tous les dix jours dans un monastère et des breaks de six jours par mois dans sa bergerie. Un ouvrage abordable et qui interroge pour qui s’intéresse à la charité et à la spiritualité chrétienne.




Jean villemeur (1950) ajoutée le 11 mai 2018

Seul maître à bord après Dieu, Jean Villemeur, capitaine très respecté du Vulcain, robuste chalutier au long cours, emmène son épouse Hélène et son fils Jean jusqu’à Boulogne, port de départ de sa nouvelle campagne de pêche prévue pour durer quatre longs mois. Sa femme doit y retourner à terre. Il espère que son fils en fera autant, car il ne souhaite pas qu’il prenne sa suite dans ce métier de marin pêcheur ingrat et difficile. Mais le jeune s’obstine et impose sa présence à bord. L’ennui c’est que le métier ne rentre pas. Il souffre atrocement du mal de mer et n’arrive pas à trouver le moindre intérêt pour la pêche au chalut. Arrivés en vue de l’Islande, il leur faut y faire escale pour permettre à un matelot de se faire soigner les dents. Villemeur voudrait en profiter pour y laisser son fils qui pourrait ainsi rentrer en France au plus vite. Mais celui-ci refuse à nouveau…

« Jean Villemeur » est un roman maritime datant de 1950. Malgré l’outrage des ans et un style précis mais un peu ampoulé, il reste intéressant à lire même aujourd’hui, à la fois à titre de document sur les conditions de vie des marins-pêcheurs de l’autre siècle mais aussi pour l’histoire finement contée qui se développe en huis-clos, à bord du Vulcain. L’intrigue a quelque chose d’un antique drame qui s’établit graduellement, par petites touches, pour exploser dans les dernières pages de façon aussi logique que tristement humaine. Le héros, Jean Villemeur, est une sorte d’archétype de capitaine solitaire, fier, dur à la peine, peu causant, mais admiré de son équipage. L’obstination du fils qui est loin d’avoir la carrure et la fermeté de son père, ne s’explique elle aussi qu’en toute fin. Un ouvrage sur la mer, intéressant et émouvant, à classer avec ceux de Conrad, Melville ou Quéffelec.




Bonsaï passion (2007) ajoutée le 9 mai 2018

Cultiver les bonsaïs, ces arbres nanifiés et élevés dans des poteries, demande du soin, de la minutie et un grand respect des équilibres naturels. C’est un art qui apparut d’abord en Chine avant d’être introduit au Japon et d’être maintenant répandu partout dans le monde. L’auteur de cet ouvrage est lui-même un passionné d’origine britannique, un des plus grands spécialistes des bonsaïs, juge de la Royal Horticultural Society et lui-même exposant à huit reprises au Chelsea Flower Show où il reçut six fois la médaille d’or. C’est dire si ses conseils peuvent être précieux !

« Bonsaï passion » est un traité d’horticulture qui, par son volume et ses très nombreuses et spectaculaires photographies peut se classer dans les livres de collection. Un néophyte dans cette culture particulière y apprendra tout ce qu’il faut savoir sur le sujet. Après une introduction et un historique, il trouvera toutes les indications sur les dimensions, les proportions, l’esthétique, les techniques de culture, les obtentions par greffe, semis ou bouturage, les présentations. Les chapitres les plus importants sont sans doute ceux consacrés aux soins et entretiens au fil des saisons et le répertoire de toutes les sortes de bonsaïs. On déplorera que toutes n’aient pas une photo dédiée. Très complet et richement illustré, l’ouvrage s’achève sur un glossaire et un très utile carnet d’adresses. Un peu moins complet que le « Larousse des Bonsaïs », cet ouvrage de grande qualité intéressera sans nul doute les amateurs du genre.




Être parent, la boîte à outils (2018) ajoutée le 8 mai 2018

Le métier de parent est, sans aucun doute, le plus difficile et le plus exaltant qui soit. Quand un petit être vous arrive et que la responsabilité de son avenir vous tombe sur les épaules, on se sent plutôt démuni. Comment se comporter ? Quelle est la limite acceptable entre le rigorisme et le laxisme ? Comment s’y prendre pour élever correctement un enfant, c’est-à-dire l’amener à se réaliser, à devenir autonome et accompli pour ne pas dire heureux et équilibré ? À toutes ces questions et à quelques autres, Ariane Hébert, psychologue canadienne, apporte des réponses sous la forme de dix principes, de dix commandements que tout parent devrait appliquer s’il veut mener à bien sa délicate mission.

« Être parent, la boîte à outils » est un essai de vulgarisation psychologique et pédagogique présenté de façon particulièrement plaisante. Ariane Hébert ne se paie pas de mots. Elle ne théorise pas. Elle reste dans le concret et ne se laisse pas influencer par toutes les théories fumeuses à la mode. Son discours est basé sur le bon sens et l’expérience de sa pratique. Chacune de ses affirmations est étayée par une anecdote (souvent amusante) intitulée « Dans la vraie vie ». Assez loin des Dolto, Spock et autres pédopsys, l’auteure nous ramène à la réalité avec ses dix principes : donner un cadre, des règles, des limites, oser être source de frustration, ne pas oublier que l’enfant est calculateur, qu’il sait parfaitement à qui il a affaire, admettre que l’apprentissage de l’autonomie peut être douloureux, se rappeler qu’une pensée n’est pas un fait, ne jamais acheter la paix, apprendre à l’enfant comment se comporter, favoriser l’estime de lui-même et surtout ne jamais se payer de paroles, toujours passer à l’action. Un livre tonique, optimiste, agréable à lire et plein d’amusantes illustrations. À conseiller aux jeunes parents et aux autres…




Des babouches à esquibien (2015) ajoutée le 6 mai 2018

À Saint Renan, au nord de la Bretagne, un tueur à gages provoque délibérément un accident envoyant au fond d’un étang une voiture avec son malheureux conducteur. Puis il abat d’une balle de révolver entre les deux yeux une vieille dame, chez elle, dans son jardin. Gwenn Rosmadec, ancien grand reporter devenu écrivain public et son épouse Soazic, par le biais d’un texte à fournir sur un étrange bienfaiteur de la commune, se retrouvent mêlés à cette affaire qui les mènera jusqu’en Arabie Saoudite où l’homme en question a longtemps travaillé et fait fortune avant de prendre sa retraite à Esquibien.

« Des babouches à Esquibien » est un roman d’aventures policières tilisant la plupart des codes du thriller. Il s’agit pour les deux héros d’empêcher que se produise un attentat contre un monument emblématique des Cornouailles. L’intrigue est bien menée quoi que le pot aux roses soit assez énorme et moyennement vraisemblable. L’auteur, grand amateur d’une certaine marque de whisky breton à base de blé noir, citée si souvent qu’on se demande s’il n’en est pas sponsorisé, connait parfaitement son sujet. Il décrit son petit coin de Bretagne avec autant de soin que la réalité de Djeddah. Rien que pour le dépaysement, cet ouvrage agréable à lire mérite le détour.




Maurin des maures (1908) ajoutée le 1 mai 2018

Au siècle dernier, en Provence, dans le massif des Maures, Maurin, braconnier facétieux aussi porté sur les femmes que sur la galéjade, et son ami Parlo-Soulet, grand gaillard taiseux, se retrouvent dans une auberge de campagne devant un auditoire de paysans à qui ils racontent des histoires en présence de deux gendarmes venus de Cogolin. Aussi inconscient que taquin, Maurin décide de jouer un tour qui ridiculisera les deux pandores ceci pour se faire valoir aux yeux d’une très jolie Corse qui plait beaucoup au coureur des bois. Les deux compères profitent d’un moment d’inattention pour s’emparer des chevaux des pandores, filent dans les bois avant de finalement les renvoyer à leurs propriétaires humiliés…

« Maurin des Maures », paru en 1908, est un roman de terroir comme on n’en écrit plus de nos jours. Il est très long, pas moins de cinquante chapitres et la bagatelle de 463 pages. Ça tire un peu à la ligne et donne l’impression d’une sorte de feuilleton écrit autour de la personnalité attachante de ce Provençal rebelle, républicain un tantinet anarchiste, toujours prêt à jouer des tours à la maréchaussée qui n’a de cesse de le pourchasser sans jamais parvenir à le coincer. Il y a du Jacquou le croquant et du Robin des bois chez Maurin et bien sûr ce gros plus méridional, vantardise, jovialité et tartarinades incluses. Toute l’intrigue tourne autour de l’idylle contrariée avec la belle Tonia promise au gendarme Alessandri. Le récit est entrecoupé des récits et commentaires du taiseux compagnon de Maurin ainsi que de quelques contes et anecdotes provençales servant en quelque sorte d’intermèdes. Très bien écrit, cet ouvrage n’est pas désagréable à lire. Il peut encore intéresser les amateurs de folklore méridional. Aicard, poète parnassien, ami de Verlaine et Rimbaud, est malheureusement un peu oublié de nos jours.




Mémoires de sept vies / croire et oser (1995) ajoutée le 26 avr. 2018

Au cours d’une existence incroyablement remplie, Jean-François Deniau fut chargé par plusieurs hauts dirigeants français ou étrangers des missions les plus diverses et les plus périlleuses. Il fut entre autres négociateur pour la Commission Européenne, homme des missions les plus secrètes et les plus délicates comme (par exemple) libérateur d’otages en Bosnie pour des pilotes capturés ou en Afrique noire pour une religieuse embastillée par les soins des sbires de Bokassa. Tour à tour marin, ministre, diplomate, baroudeur (il a passé clandestinement d’innombrables frontières pour rejoindre des maquis), envoyé spécial, écrivain ou académicien, il se retrouva défenseur du Liban, spécialiste de la Yougoslavie et expert de la politique agricole commune à Bruxelles. Véritable homme-orchestre qu’aucune détresse ne laissait indifférent, on le retrouva sur tous les théâtres d’opérations du Liban à l’Afghanistan, en passant par la Tchétchénie, la Bosnie et tant d’autres…

Avec pudeur et élégance, il nous livre une deuxième fournée de ses Mémoires, faites de rencontres exceptionnelles, de combats toujours pour la bonne cause, de réflexions politiques aussi élevées que désabusées, de rêveries et autres réflexions plus ou moins philosophiques. Personnage extraordinaire de courage et de générosité, chevalier des temps modernes, Deniau devait peut-être à sa foi et à ses lointaines origines irlandaises et serbes, ce goût de l’aventure sous toutes ses formes, cette passion dévorante d’aider les plus démunis et cette volonté de s’intéresser à tout. Rien ne l’arrêta, ni la maladie qui le frappa cruellement à de très nombreuses reprises, ni l’incompréhension de ses pairs, ni les basses manœuvres de la politique politicienne. Il voulut réaliser son rêve d’enfant : aller au bout de ses sept vies. Une magnifique leçon de courage, de volonté, d’altruisme et d’abnégation. Un ouvrage intéressant pour les amateurs d’histoire et de géopolitique contemporaine (sur la période 1945-1995), écrit au fil de la plume, sans souci d’ordre chronologique et sans jamais tomber dans les travers de l’effet facile ou de l’indiscrétion.




Mémoires de sept vies / les temps aventureux (1994) ajoutée le 21 avr. 2018

Issu d’une famille de viticulteurs et de forestiers, établie depuis plus de quatre siècles en Sologne sur le domaine de Chambord, Jean-François Deniau eut une vie des plus aventureuses. Il fut étudiant pendant la seconde guerre mondiale et volontaire pour l’Indochine, homme politique, ambassadeur, ministre, commissaire européen, député, président du Conseil général du Cher, essayiste, romancier et membre de l’Académie française. Il fut aussi navigateur émérite, envoyé spécial dans des zones de combats et soutien de peuples opprimés tels les boat people. Il échappa onze fois à la mort et subit un très grand nombre d’interventions chirurgicales particulièrement lourdes. Hors normes dans le paysage politique français, et même carrément électron libre pour les partis de droite, il faisait de la politique en ne se souciant que de servir et non de se servir et sans jamais chercher à faire carrière. Un juste, une sorte de chevalier des temps modernes.

« Les temps aventureux » est le premier des deux tomes de ses mémoires. Il relate la première partie de sa vie, sa jeunesse, ses études et ses premiers pas dans la carrière. Il comporte sept chapitres qui, même s’ils suivent un relatif ordre chronologique n’en demeurent pas moins écrit apparemment un peu au fil de la plume. Deniau reste d’une grande discrétion en ce qui concerne sa vie privée. Il préfère nettement relater toutes sortes d’anecdotes réelles ou inventées. (Difficile avec lui de savoir où se situe la frontière entre réalité et fiction). Il faut dire qu’avec une vie aussi riche et aussi remplie en aventures et rencontres (l’auteur a côtoyé les grands de ce monde Adenauer, Pompidou, Giscard, Kissinger, Jean Monnet, Kroutchev, Louise de Vilmorin, François-Poncet et tant d’autres), il y a forcément ample matière à raconter. Ce touche-à-tout de génie, membre de l’Académie Française, qui fut aussi un grand romancier, se révèle également excellent mémorialiste même si son élégance et sa discrétion pourront décevoir les amateurs de révélations inédites.




Les montagnes mouvantes (1971) ajoutée le 17 avr. 2018

Sur la Terre désolée du XXXème siècle, la vie est redevenue depuis longtemps sauvage et primitive. Onde, femelle de la tribu des Alertes, s’est mise à l’écart pour pouvoir accoucher d’un petit mâle. Mais elle meurt en mettant au monde son enfant dans une solitude totale. Pour respecter la tradition, Kasseur le fort, Tac-Tac, Taboun et la plupart des chasseurs de son clan doivent abattre un taure, sorte de taureau géant doté de cornes énormes, et oindre de son sang le nouveau-né pour qu’il puisse devenir un futur grand chef. On l’appèlera Criss. Toute sa destinée a été tracée par les Scienceux, sorte de chamans détenteurs de la connaissance des traditions et du passé des Alertes. L’initiation de Criss sera un moment clé de sa jeune existence…

Paru en 1971, « Les montagnes mouvantes » fait partie de la collection « Anticipation-Fiction » du Fleuve Noir. Ce n’est pas vraiment un roman de science-fiction, pas de voyage dans les étoiles, pas de space-opéra, pas de grande avancée technologique, mais plutôt de l'archéo-futurisme c’est-à-dire un retour en arrière suite à un grand cataclysme très vaguement évoqué. L’humanité ou ce qui en reste est revenue à l’âge de pierre. Cette histoire se réduit à un récit de chasses à l’ours, au tigre à dents de sabre et autres animaux préhistoriques (excepté les dinosauriens). Le lecteur se retrouve projeté dans un univers genre « La Guerre du feu » de Rosny Aîné ou « Les enfants de la Terre », la fameuse saga de Jean M.Auel. L’écriture est agréable pour de la littérature de divertissement. On regrettera tout de même un manque d’originalité. Les rebondissements attendus finissent par lasser un peu. Evidemment, on préfère les originaux à cette pâle copie.




Les croisés de mara (1971) ajoutée le 15 avr. 2018

Après un long périple en galère galactique, Laur le Négociateur fait escale à Vasa, la Cité des boues où les populations vivent une sorte de Moyen-Âge barbare et cruel sous la coupe du tyrannique Honorat. Aux jeux du cirque, il assiste au supplice infligé à quatre malheureux Ganathiens brûlés vifs, mais ne supporte pas qu’un sort semblable soit réservé à son ancien maître Cydras le Reclus. Il échoue à le faire évader et se retrouve dans un cul de basse fosse en compagnie d’un certain Buch l’Educateur. Laur s’attend à être exécuté à son tour. Mais il est stupéfait quand l'Honorat-Major lui assigne pour mission d’assassiner Dorle le Prophète ainsi que ses principaux lieutenants ganéthiens. La vie et la libération de Cydras est à ce prix.

« Les croisés de Mara » est un roman de science-fiction paru en 1971 aux mythiques éditions du Fleuve noir. L’intrigue se présente comme une lutte entre deux tyrannies, deux totalitarismes, l’un totalement matérialiste, l’autre nettement plus religieux et même carrément fanatique. Le lecteur pourra y voir une allégorie du bolchevisme et de l’islamisme. Inutile de dire qui l’emporte des deux. L’esprit est nettement moins optimiste que dans la SF des années cinquante pleines de confiance en l’avenir. Déjà pointait le pessimisme et les ambiances sombres et plus ou moins désespérées. Arnaud entrevoit l’importance des énergies nouvelles, le solaire en particulier, l’arrivée des androïdes quasi-humains, et des intelligences artificielles, mêmes si toutes ces nouveautés techniques n’ont que peu d’importance dans cette histoire assez bien écrite mais pas spécialement originale. Pas le meilleur opus du prolifique auteur.




Le petit larousse des bonsaï (2017) ajoutée le 13 avr. 2018

Le Bonsaï est un arbre miniaturisé cultivé dans une poterie, en intérieur ou en extérieur. C’est une pratique orientale très ancienne. Le mot lui-même signifie « arbre sur un plateau » ou « arbre dans un pot ». Historiquement parlant, il est né en Chine. On en retrouve ses prémices au IIIème siècle avant J.-C. Il aurait ensuite été introduit au Japon au XIIème siècle et ne serait apparu en Europe au XIXème siècle grâce à des voyageurs qui découvraient l’Orient et commençaient à mettre l’art oriental à la mode. Le lecteur se doute que c’est tout un art délicat de faire vivre un arbre même nanifié dans de telles conditions.

« Le petit Larousse des bonsaï » est une somme, une belle réussite éditoriale des éditions Larousse. C’est un peu la bible de l’amateur de bonsaï. Il est composé d’une présentation des pratiques de cultures. Comment en créer ? À partir de quoi ? (semis de graines, bouturage, marcottage, greffage) Comment l’entretenir ? (Rassembler les meilleures conditions de culture, taille, rempotage, arrosage, vaporisation, ligaturage…) Comment diagnostiquer et soigner les principales maladies. Les principales espèces sont présentées avec toutes leurs caractéristiques et leurs particularités de culture. De très nombreuses illustrations, photos, dessins agrémentent cet ouvrage très complet qui ravira aussi bien les simples amateurs que ceux qui voudraient se lancer dans cette culture particulière. Un incontournable.




La dynastie des forsyte / le chant du cygne (1970) ajoutée le 13 avr. 2018

Nous sommes maintenant en 1926. La Grande-Bretagne vit une réalité sociale difficile et chaotique. Les mineurs et les cheminots se sont embarqués dans une grève interminable. L’économie du pays est impactée en raison de la pénurie de charbon et des chemins de fer qui fonctionnent au ralenti. Craignant pour l’avenir, Tante Winifred a fait des stocks de nourriture. Avec quelques-uns de leurs amis artistes et membres de la haute société, Fleur et Mickaël ont décidé de créer une cantine pour distribuer des repas aux ouvriers nécessiteux. Le nouveau député tente également de collecter des fonds pour transformer en logements corrects et dotés de l’électricité toutes sortes d’habitations ouvrières insalubres. De son côté, June continue à vouloir lancer de jeunes peintres inconnus…

« Le chant du cygne » est le dixième et dernier tome de la saga des Forsyte. C’est le plus sombre et le plus social de la série. On y voit la montée en puissance du syndicalisme et des idées communistes, l’importance de la question sociale et l’évolution des mœurs. En bon conservateur, Soames ne voit rien de bon dans tout cela. Quand on lui propose d’intégrer un comité pour l’électrification des taudis, il refuse d’y participer. Il ne comprend pas grands choses aux nouvelles mœurs (coupe à la garçonne, danses « modernes » comme le charleston) et rejette l’art nouveau, la peinture moderne, lui qui fut un collectionneur averti d’œuvres d’art. Sans dévoiler le final, on dira simplement que la saga s’achève sur un terrible drame. Le lecteur quitte avec un certain regret le personnage principal qu’il côtoie depuis le début et auquel il a fini par s’attacher. Une saga magistrale, très bien écrite, plus intimiste que sociale dans son ensemble, qui, vu sa longueur demande une certaine constance au lecteur.




La dynastie des forsyte / la cuillère d'argent (1970) ajoutée le 9 avr. 2018

Mickaël, qui a abandonné ses responsabilités dans le monde de l’édition et la plupart de ses espoirs littéraires, décide de se lancer dans la carrière politique. Son père use de son influence pour lui obtenir un poste de député conservateur alors que le cœur de son fils pencherait plutôt du côté du socialisme et du travaillisme. Mickaël consacre d’ailleurs son premier discours au Parlement à exposer la doctrine « foggartiste », du nom d’un théoricien prônant le retour à la terre et l’envoi d’un maximum de jeunes gens dans les colonies britanniques, histoire de résorber le chômage. De son côté, Soames se retrouve avec une mauvaise affaire sur les bras. Une certaine Marjorie Ferrar, petite-fille d’un lord désargenté, s’étant ouvertement moquée de Fleur lors d’une réunion mondaine, son père a pris sa défense, l’a insultée et jetée dehors. Il est menacé d’un procès s’il ne présente pas d’excuses. Fier et sûr de son bon droit, Soames refuse…

« La cuillère d’argent » qui représente le huitième épisode de « La dynastie des Forsyte », est un tome nettement plus social que d’autres. L’auteur dépeint en parallèle les milieux les plus aisés, ceux qui naissent avec une cuillère d’argent dans la bouche, et les plus démunis, ceux qui croupissent dans les ruelles les plus sordides de Londres. Il nous offre une scène de « comédie » (dans le sens de la « Comédie humaine » de Balzac) judiciaire avec ce procès ridicule impliquant Fleur et Marjorie, deux égéries « libérées » du milieu artistique et littéraire en vogue dans la capitale. Le regard de Galsworthy est aussi amusé que désenchanté sur le milieu judiciaire que sur les tentatives maladroites de réinsertion à la campagne de pauvres bougres bien peu à la hauteur du défi que cela représente. Encore un tome bien intéressant autant par la qualité du style (quelque part entre Dickens et Zola) que pour les intrigues croisées et les personnages bien pétris d’humanité.




La dynastie des forsyte / déclaration sans parole (1970) ajoutée le 7 avr. 2018

En février 1924, en Caroline du Nord, le jeune Jon Forsyte, après un échec en Colombie britannique, s’est lancé dans la culture des pêches. Au cours d’une partie de campagne dans son cercle d’amis, il fait la connaissance d’une jeune et jolie Américaine, Anne Wilmot, sœur de son ami Francis. Le pique-nique se passe au mieux. Le groupe continue en direction de tumulus indiens. Jon et Anne se proposent de rentrer à cheval à l’hôtel. Ils finissent par se perdre et par se laisser surprendre par la nuit. Jon ressent une attirance immédiate envers la jeune fille. Va-t-il lui déclarer sa flamme ? Osera-t-il se lancer, faire le premier pas ?

« Déclaration sans parole » représente le septième épisode de la dynastie des Forsyte. C’est une sorte d’intermède ensoleillé entre deux séquences dramatiques. John Galsworthy nous offre une charmante parenthèse romantique dans un décor de grands espaces et dans une ambiance de vie libre et sauvage. Cela lui permet de faire un parallèle avec l’atmosphère plus confinée, autant dans les décors que dans les esprits, de la vieille Angleterre. Au passage, il n’oublie pas d’évoquer tous les problèmes du sud profond : la ségrégation raciale, la justice expéditive, les lynchages, etc. Un ouvrage court mais intéressant qui permet au lecteur de reprendre son souffle avant la suite des évènements de cette saga à la fois intimiste et sociale.




La dynastie des forsyte / le singe blanc (1970) ajoutée le 7 avr. 2018

La saga reprend en 1926 dans une atmosphère de crise un peu délétère. Fleur et Mickaël ne sont mariés que depuis deux ans. Leur salon sert de base à bon nombre d’artistes de l’avant-garde : peintres, romanciers, poètes, sculpteurs, etc. L’un d’entre eux, Wilfrid Desert, qui fut le compagnon d’armes et le témoin de mariage de Mickaël Mont, s’aperçoit qu’il est en train de tomber amoureux de la trop charmante Fleur. N’étant pas payé en retour, l’artiste envisage de partir courir le vaste monde, histoire d’oublier cet amour impossible. Suite à son alliance avec les Mont, Soames se retrouve au Conseil d’administration d’une compagnie d’assurances fort mal gérée. Un administrateur-délégué s’est permis de graves malversations. Soames refuse d’étouffer l’affaire…

« Le singe blanc » est le sixième épisode de « La dynastie des Forsyte ». Très habilement, John Galsworthy en profite pour faire évoluer ses personnages et la situation. L’honnêteté et la rigueur ne semblent plus de mise dans une époque d’avidité et de profit. La saga évolue plus nettement vers le roman social. Le tableau est assez noir. Les gentlemen de la City laissent apparaître leur lâcheté et même une certaine forme de malhonnêteté. Un petit couple de prolétaires, Victorine et Tony Bicket, luttent pour leur survie. L’un en vendant des ballons de baudruche dans la rue et l’autre en posant nue pour des peintres plus ou moins respectueux. Et là, il y a du Dickens ou du Zola sous la plume de Galsworthy. L’épisode se termine assez mal pour Soames qui prend de plus en plus une stature de Commandeur, de dernier témoin d’une autre époque. Décidément, le lecteur ne se lasse pas de cette longue saga, car évolutions et rebondissements ne manquent pas cette fois encore.




L'œuvre des pieux (2017) ajoutée le 4 avr. 2018

Ayant à peine résolu une affaire dans la ville de Quimper, le commissaire Velcro est aussitôt récupéré par Delcourt, son collègue de Rennes alors qu’il espérait enfin rentrer à Paris pour profiter un peu de son canapé et de sa clarinette. Sur le lieu du crime, un appartement inoccupé, Velcro découvre un homme torse nu, agenouillé sur le sol, un rabot à la main, dans la posture d’un ponceur de parquet. Un pieu planté dans sa poitrine le maintient dans cette position particulière. La victime se révèle être l’adjoint du ministre de la Culture. Cet assassinat risque de faire du bruit en haut lieu. Ainsi démarre en terre bretonne une nouvelle enquête qui s’annonce compliquée pour Velcro.

« L’œuvre des pieux » est un roman policier de facture tout à fait classique avec un petit côté thriller très bienvenu dans la mise en scène des crimes. L’intrigue est menée de main de maître. Le lecteur se perd dans diverses pistes très plausibles mais qui toutes ne mènent à rien avant que ne soit révélée en toute fin la clé de l’énigme tout à fait inattendue. Il y a de l’Agatha Christie chez Valérie Lys. On ne lit pas son ouvrage, on le dévore, tant le rythme est soutenu et l’intérêt jamais pris en défaut. L’écriture est limpide, fluide et agréable. Les personnages sont intéressants. Velcro bien sûr, mais aussi Déborah, la stagiaire, hyper efficace et presque surdouée et même Gustave le photographe philatéliste. Ils sont même attachants parce qu’ambigus. Livre à conseiller à tous les amateurs de bons polars qui font bien travailler les petites cellules grises !




La dynastie des forsyte / à louer (1970) ajoutée le 3 avr. 2018

La saga redémarre en 1920. Suite au premier conflit mondial, la situation politique et sociale a beaucoup évolué en Angleterre. Soames voit ses impôts augmenter considérablement. Il découvre que les socialistes voudraient procéder à des prélèvements sur le capital, ce qu’il considère comme une idée folle, tout à fait dans la ligne de la démence générale qui, à ses yeux, s’est emparée du pays. Sa fille Fleur poursuit ses études dans un pensionnat des plus huppés. Et voilà que dans une exposition de peinture, Soames fait la connaissance du jeune Michaël Mont, un baronnet. Sans trop réfléchir, il l’invite chez lui. Par son entremise, Fleur rencontre Jon, son cousin germain dont elle ignorait l’existence. Les deux jeunes gens tombent éperdument amoureux l’un de l’autre, ce qui n’est pas du tout du goût de leurs parents qui voient leur douloureuse histoire ressurgir sous une forme inattendue avec la nouvelle génération.

Nouvel épisode de la « Dynastie des Forsyte », « À Louer » tourne autour des amours contrariées de Jon et de Fleur, nouveaux Roméo et Juliette victimes du passé de leurs parents respectifs. Ce tome est un peu moins sombre que le précédent à ceci près que les histoires d’amour finissent mal en général. John Galsworthy l’illustre parfaitement avec cette romance douce-amère. Nouvelle génération, même trio perdant. Mêmes erreurs ! L’expérience des parents ne sert en rien celle des enfants. L’ensemble est magnifiquement observé et décrit. Le style très descriptif, minutieux, pointilleux, quasi proustien, porte une histoire bien construite et surtout pleine de personnages criant de vérité. Plus le lecteur avance dans la saga, plus il s’attache à ces Forsyte plein de défauts et de qualités. Et surtout humains, si humains.




La dynastie des forsyte / l'aube (1970) ajoutée le 2 avr. 2018

1909. Soames s'est marié avec Annette surtout dans le but d’avoir un héritier à qui il pourra transmettre sa conséquente fortune. Mais, à l’issue d’un accouchement dramatique, sa jeune épouse met au monde une fille qui sera prénommée Fleur. De son côté, Irène a refait sa vie avec Jolyon Forsite, l’artiste de la famille. Ensemble, ils ont eu un enfant, le petit Jolyon, surnommé « Jon ». À huit ans, c’est un bambin solitaire et imaginatif qui vit dans ses rêveries et qui s’invente des histoires inspirées de celles de Tom Sawyer et Huckleberry Finn ou du roi Arthur et des chevaliers de la Table Ronde…

« L’aube », bref épisode de la « Dynastie des Forsyte » se présente comme une sorte d’intermède chaleureux, agréable comme un matin d’été entièrement centré sur un petit personnage charmant. Une ode à l’enfance, à son monde aussi enchanté que terrifiant. En effet, comme il est hypersensible, le petit Jon est sujet à de terribles cauchemars. Ses parents sont souvent partis en voyage à Paris et un peu partout en Europe. Il passe donc son temps à les attendre, gardé par sa nurse et par sa tante June. Il voue un véritable culte à sa maman Irène. Une très jolie parenthèse, toujours parfaitement écrite. Rarement le monde de l’enfance n’a été aussi magistralement décrit.




La dynastie des forsyte / aux aguets (1970) ajoutée le 1 avr. 2018

Trois années plus tard, en 1895, Susan Hayman, celle des sœurs Forsyte qui était mariée, meurt et est incinérée. Quatre ans plus tard, en 1899, c’est le tour de Roger Forsyte de quitter cette terre. Ruiné en raison des performances décevantes d’un pur-sang, Montague Dartie doit s’enfuir de chez lui comme un voleur quand sa femme, Winifred Forsyte découvre qu’il lui a également dérobé un magnifique collier de perles. Soames lui conseille d’en passer par le tribunal dans le but d’en arriver à un divorce en bonne et due forme, seule manière de se débarrasser de ce boulet impécunieux. Lui-même a fait la connaissance d’Annette, fille d’une restauratrice française. Il songe à refaire sa vie avec elle malgré les 25 ans qui les séparent, mais cela risque d’être compliqué car depuis des années, il n’est que séparé de corps et non divorcé d’Irène.

« Aux aguets » représente le troisième volet de la « Dynastie des Forsyte ». L’accent est mis cette fois encore sur Soames, honnête, rigoureux, toujours amoureux de sa femme, et à qui tant de choses résistent. Pour lui, comme pour beaucoup d’ailleurs rien ne se produit comme il le voudrait et pourtant ce n’est pas l'argent qui lui manque. Dans cet épisode, les évènements extérieurs et en particulier la guerre des Boers en Afrique du Sud précipitent les choses. Val et Jolly s’enrôlent dans une sorte de surenchère un brin ridicule. La conséquence ne tardera pas. À cette époque, se produit également le décès de la reine Victoria. C’est toute une époque qui s’achève et un monde nouveau qui apparaît avec les premières automobiles et surtout une nouvelle mentalité. Dans cet opus, l’intrigue prend un tour nettement plus dramatique, ce qui maintient l’intérêt et incite à poursuivre une lecture agréable surtout pour les personnages attachants car très humains.




La dynastie des forsyte / dernier été (1970) ajoutée le 29 mars 2018

En 1892, le gros Swithin qui s’est laissé mourir à l’âge de 79 ans, quitte la scène en jetant un doute sur la longévité indéfinie des Forsyte. Tante Ann l’avait d’ailleurs précédée dans la mort en 1886, date d’ouverture de la saga. Le vieux Jolyon qui a racheté la maison de Soames vit maintenant à la campagne avec ses petits-enfants et son fils Jo qu’il a institué comme seul et unique héritier de ses biens. Un jour, alors qu’il se promène dans le bois de Robin Hill, Jolyon se retrouve face à Irène, la réprouvée, la rejetée et l’invite à dîner. Maintenant séparée définitivement de Soames, elle lui apprend qu’elle vit seule dans un modeste appartement de Chelsea et qu’elle donne des leçons de musique pour subvenir à ses besoins.

« Dernier été » représente le seconde épisode de « La dynastie des Forsyte ». C’est un court roman ou une sorte de longue nouvelle (novella) en forme de point d’orgue dans le déroulé des évènements. Six années ont passé. Les passions se sont apaisées avec la disparition de Bosinney, le divorce et la nouvelle vie d’Irène. Le lecteur sent que l’histoire prend un tournant plus dramatique. C’est le tout dernier été du patriarche qui va tirer sa révérence de manière particulièrement poétique. La belle Irène, femme adultère source de scandale, va égayer les derniers instants du vieil homme qui, sous des dehors un peu rugueux, montre de belles qualités de cœur. Il est humain, très humain. Emouvant même quand on le voit essayer de réchauffer ses vieux os au spectacle de la jeunesse et de la beauté. On attend la suite en se doutant que l’intrigue va prendre un nouveau cap après ce moment dramatique.




La dynastie des forsyte / le propriétaire (1970) ajoutée le 28 mars 2018

Le 15 juin 1886, la famille Forsyte, roturiers enrichis dans les affaires, est réunie dans la maison de son chef, le vieux Jolyon pour y célébrer les fiançailles de June, sa petite-fille, avec Philip Bosinney, architecte fantasque et désargenté. Autant dire une mésalliance. Pour être certain que le fiancé sera capable de subvenir aux besoins de sa future femme, Jolyon a exigé que le mariage ne soit pas célébré tant que l’impétrant ne soit capable de gagner au minimum 400 livres par an, ce qui risque de prendre pas mal de temps. Un jour, Soames, l’un des frères Forsyte, décide néanmoins de confier au jeune architecte la responsabilité de la construction d’une somptueuse maison de campagne. Mais rien ne se passe comme prévu. Le montant du devis initial est largement dépassé. Et pour ne rien arranger, son épouse Irène se montre de plus en plus distante et commence même à s’intéresser un peu trop au nouveau venu dans le clan…

« Le propriétaire » est le premier tome de « La dynastie des Forsyte », une saga qui en comporte dix. Le lecteur y découvre la vie d’une famille de la haute bourgeoisie dans l’Angleterre de la fin du règne de la reine Victoria. Partis de rien, leur ancêtre n’étant qu’un modeste fermier, ces gens ont gravi un à un tous les échelons d’une société en pleine expansion. Ils sont devenus négociants (comme Jolyon), notaires (comme James), administrateur de sociétés foncières (comme Swithin) ou propriétaires d’immeubles (comme Roger). Ils fréquentent le meilleur monde et ne pensent qu’à une chose, conserver leur patrimoine et, si possible, encore et toujours le faire prospérer. Aussi quand l’un des membres du clan sort un peu des rails, tel le jeune Jolyon qui se voudrait artiste peintre, il est rejeté sans la moindre pitié. Cette situation est très minutieusement décrite. Les personnages et tout particulièrement Soames, June, Bosinney, Irène et le vieux Jolyon sont tous criants de vérité. Ça sent même terriblement le vécu. Le style est ample et particulièrement soigné. On trouve comme une parenté avec Balzac, Zola et même Anatole France chez Galsworthy (qui ne fut pas honoré du prix Nobel de littérature sans raison). On quitte ce premier opus tout à fait passionnant avec un très fort désir de découvrir la suite des aventures de ces gens.




Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas (1879) ajoutée le 24 mars 2018

Que deviendraient les vitriers si personne ne cassait de vitres ? Quand il change une vitre, le vitrier gagne six francs. Il s’en réjouit. L’industrie vitrière profite. C’est ce qu’on voit. Mais les six francs dépensés pour réparer cette vitre ne peuvent plus l’être dans d’autres secteurs comme celui de la chaussure, du textile ou de l’édition. C’est ce qu’on ne voit pas. En fait, la société perd la valeur des objets inutilement détruits. Destruction n’est pas profit… L’Etat doit-il subventionner les Arts ? On ne saurait stimuler par le biais de l’impôt donc de l’argent du contribuable les industries du luxe sans léser les industries de nécessité, car toute somme d’argent ne pouvant être dépensée deux fois, ce qui est attribué au théâtre a forcément été pris ailleurs. La subvention qui prive le particulier d’une part de ses possibilités d’échange est-elle au moins efficace ? Les théâtres subventionnés ont-ils des finances équilibrées ? On peut en douter quand on sait que ce sont les théâtres privés, qui ne vivent que de leurs ressources propres, qui ont les meilleurs résultats. Bastiat démontre que le choix, l’impulsion et l’initiative doivent venir du bas, du citoyen/consommateur et non du haut, du législateur/prédateur. Selon lui, il en va de la liberté et de la dignité humaine.

« Ce que l’on voit et ce que l’on ne voit pas » se présente comme un essai d’économie politique clair et d’abord aisé. L’auteur en bon économiste libéral entend démontrer la nocivité des entraves apportées à l'économie réelle. Ses cibles principales sont la subvention, la réglementation abusive et bien sûr le gaspillage de l’argent public pour des projets qui sont bénéfiques en apparence et nocifs en réalité. Cet ouvrage publié en 1879 reste facile et agréable à lire. Les démonstrations de Bastiat sont claires nettes et sans bavure et toujours illustrées par des exemples concrets. Tout ce qui est expliqué n’est finalement que simple bon sens et parfait réalisme. On s’étonne que cet économiste, révéré dans le monde entier, soit si peu connu dans son pays d’origine. En fait, on ne s’étonne plus quand on admet que depuis Colbert et même avant, le dirigisme et le centralisme démocratique ou non ont toujours tenu le haut du pavé. Un classique à lire par tous ceux qui s’intéressent au sujet.




Propriété et spoliation (1848) ajoutée le 24 mars 2018

En 1848, les économistes socialistes ou anarchistes comme Proudhon remettent en question la légitimité même du principe de propriété privée. Frédéric Bastiat estime lui, que ce qui les dérange vraiment est en réalité ce qu’on peut appeler « la rente », c’est-à-dire le fait que les propriétaires semblent disposer à leur profit exclusif des biens que Dieu ou la nature ont offert gratuitement à l’ensemble de l’humanité. L’économiste libéral, référence mondialement reconnue sauf en France, croit que cette question essentielle sera résolue de manière satisfaisante pour tous s’il peut prouver que la propriété non seulement laisse à ceux qu’on nomme les prolétaires l’usufruit gratuit des agents naturels, mais encore le décuple ou le centuple. Il se dit « prêt à apaiser les prétentions de toutes les écoles économistes, socialistes et même communistes. »

Ecrit sous la forme de cinq lettres, « Propriété et spoliation » se présente comme un court traité ou un bref essai de théorie économique de grande qualité. Les arguments s’enchaînent avec la précision d’un mouvement d’horlogerie. Les rapports économiques sont en réalité une suite d’échanges de services dans lesquels seuls sont facturés les efforts des humains et non les biens naturels. Quand on vous fait payer l’eau, il s’agit de rémunérer l’effort de l’homme qui l’a tirée du puits et qui l’a amenée jusque chez vous et non l’eau elle-même qui est toujours restée gratuite. La plus percutante des lettres est sans doute la cinquième, celle qui traite des impôts qui, eux, représentent la véritable spoliation, car ils ne procèdent pas de l’échange de services vu que ce sont toujours les mêmes qui paient et toujours les mêmes qui reçoivent. Ils sont même pernicieux dans la mesure où chacun essaie d’en payer le moins possible tout en cherchant à récolter le maximum d’allocations, subventions et services. Un ouvrage incontournable pour qui s’intéresse aux principes économiques.




Le retour à la santé par le jeûne (1950) ajoutée le 24 mars 2018

Le jeûne apporte aux hommes un moyen infaillible et économique de rétablir leur santé dégradée par toutes leurs erreurs alimentaires, hygiéniques et autres. Bien entendu, cette pratique exige une adhésion, un effort et pas mal de volonté au départ. À première vue, il semble tellement plus simple d’avoir recours à une pharmacopée chimique souvent inopérante quand elle n’est pas carrément nocive, directement ou par ses effets secondaires. Les dangers du jeûne, — affaiblissement généralisé, amaigrissement et mise en danger vital — ne sont que craintes irrationnelles et mythes entretenus par des ignorants ou par des gens qui ont tout intérêt à ce que cette thérapeutique naturelle, radicale et efficace ne se généralise d’aucune façon, car de gros intérêts sont en jeu : multinationales pharmaceutiques, professionnels de la santé, etc.

« Le retour à la santé par le jeûne » est un essai de vulgarisation médicale assez bien construit et argumenté quoique de lecture un peu laborieuse. Le lecteur y trouvera tout un corpus doctrinal dans la ligne des travaux des docteurs Carton et Shelton. L’auteur commence par rappeler que les pratiques de jeûnes ont de tous temps existé, que toutes les religions sans exception l’ont prôné pour purifier autant le corps que l’âme du fidèle. Il rappelle qu’il ne faut surtout pas confondre faim et appétit et martèle de nombreuses fois que nous mangeons trop, beaucoup trop et que notre gourmandise a les pires effets sur notre santé. Il illustre son propos de nombreux exemples de cas cliniques. Les plus frappants sont ceux relatant les records de durée de vie sans absorber de nourriture comme celui de ce yogi hindou qui se fit enterrer et resta dix mois sans manger ni boire ou de ce bonze qui tint 26 jours ou de cette femme, surnommée « la jeunesse de Bourdeilles » qui s’abstint de nourriture pendant la bagatelle de 125 jours. Le docteur Bertholet expose également les méthodes de plusieurs de ces prédécesseurs comme Dewey, Carton ou Guelpa. L’ouvrage s’achève sur une très importante bibliographie. À lire par ceux que cette pratique interroge ou intéresse.




Le docteur oméga (1902) ajoutée le 21 mars 2018

Retiré dans son cottage normand, le violoniste Denis Borel est témoin d’un incident surprenant. Il aperçoit un éclair suivi d’une énorme explosion en provenance d’une propriété voisine, celle du docteur Oméga. C’est son laboratoire de recherches qui vient d’exploser dans la nuit ! Le lendemain, Denis tente de rencontrer l’étrange personnage qui souffre d’une sulfureuse réputation dans toute la région. Il découvre que l’homme travaille sur la gravité des métaux. Il aurait même réussi à en produire un si réfractaire à la pesanteur qu’il pourrait permettre de s’élever tout seul jusqu’à l’espace. Il l’a appelé « Répulsite ». Il veut s’en servir pour fabriquer un engin en forme d’obus lui permettant d’atteindre rien moins que la planète Mars. Il propose à Denis de l’accompagner dans cette extraordinaire expédition.

« Le docteur Oméga », publié en 1906, est un roman d’aventures et de science-fiction tout à fait charmant et fort agréable à lire, même aujourd’hui. Le style est excellent, l’écriture impeccable. Ah ! Comme on savait bien écrire au début de l’autre siècle ! Comme la langue était belle, fluide et précise ! Assez proche de celle de Jules Verne, l’inspiration de Galopin profite d’une imagination débordante bien qu’un peu naïve. Il faut dire que les connaissances scientifiques de l’époque étaient moins développées que celles de maintenant. Et pourtant, on se régale en découvrant tout ce qui arrive à ce malheureux équipage. Tous les éléments de la future science-fiction sont déjà là : le voyage dans l’espace avec rencontre d’astéroïde, l’environnement hostile de la planète Mars avec une kyrielle d’animaux plus monstrueux les uns que les autres, et, comme point d’orgue, les démêlés avec les Martiens (décrits presque comme l’homme de Roswell) qu’il ne faut pas raconter pour ne pas déflorer une intrigue aussi foisonnante que passionnante car riche en rebondissements et incidents de toutes sortes. À lire pour découvrir quel génial précurseur fut ce prolifique auteur français un peu oublié.




Les chroniques de tellus / l'éveil des guerriers (2017) ajoutée le 19 mars 2018

Dans les temps anciens, Solstyce, dompteuse de dragons morte et réincarnée, a aimé Kadicha, vaillant guerrier de modeste origine. Tenylessia, impératrice du ciel et des océans et également dragonne immortelle, se demande comment va redémarrer l’éternel combat contre les forces maléfiques emmenées par le Dieu-Démon. Pour savoir qui mènera le combat, elle rend visite à Mârh, le haut mage. Elle voudrait qu’il lui révèle les noms des successeurs de Solstyce et Kadicha. Pour Mordreka, l’impératrice de la mort, ce devrait être Arion, jeune homme de basse extraction, qui doit d’abord contacter les trois sœurs de Mordreka : Terra, impératrice de la Terre, Océania, reine des océans et Célesta, impératrice de la vie et maîtresse des cieux. Puis, en compagnie de Sam, son père, Arion part à la découverte de la ville royale et fortifiée de Daroh où il rencontre Sir Daktiro qui l’introduit au palais du roi Balgar.

« Les chroniques de Tellus/ L’éveil des guerriers » est le premier tome d’une trilogie de pure dark-fantaisie. Tous les éléments du genre se trouvent réunis dans leur recette habituelle : rois, impératrices (fort nombreuses), elfes, nains, dragons, béhémots, mages, sorciers, etc. L’intrigue de ce premier opus se résume à une présentation de nombreux personnages qui font une courte apparition avant de disparaître et aux amours naissantes entre un vaillant roturier (Arion) qui a été adopté mais doit bien avoir un peu de sang bleu dans les veines, et une charmante princesse au caractère bien trempé (Larya). On assiste aux premières escarmouches et à la préparation d’une guerre qu’on nous promet terrible. Le style de l’auteure n’est pas désagréable en dépit d’une trop grande importance accordée aux dialogues, d’une certaine faiblesse dans les descriptions (pourtant primordiales dans ce genre particulier) et de quelques tournures ou expressions malheureuses ou hasardées. Au final, un demi-succès qui n’incite pas trop à continuer dans cet univers plutôt glauque.




Les femmes (1853) ajoutée le 16 mars 2018

De tous temps, les hommes ont dit du mal des femmes. Depuis Salomon (« la grâce de la femme est trompeuse et sa bonté n’est que vice ») jusqu’à Socrate (« Il vaut mieux demeurer avec un dragon qu’avec une femme ») en passant par Sénèque (« La seule chose qui puisse faire supporter la vertu chez une femme, c’est sa laideur ») et combien d’autres. Alphonse Karr, lui, souhaite en prendre le contrepied, en dire tout le bien qu’il en pense. Leur rendre hommage, ou à tout le moins justice. Mais, comme qui aime bien châtie bien, cet esprit brillant est quelquefois aussi capable d’avoir la dent dure…

« Les femmes » est un essai, une étude sans ambition scientifique, sur le comportement des femmes tout au long de leur vie. Le propos se veut objectif, réaliste et se retrouve quelquefois teinté de pessimisme voire d’ironie grinçante. La plupart des thèmes sont illustrés de quelques poèmes ainsi que d’anecdotes cruelles ou amusantes, véritables petites nouvelles finement ciselées. Alphonse Karr s’attarde sur de nombreux thèmes, légers comme la beauté, son importance, sa relativité, la mode, les chiffons, le maquillage ou plus graves comme la guerre, la condition dramatique de la fille-mère en milieu ouvrier ou l’éducation des enfants. Il démontre que dès l’enfance, la fille domine le garçon autant au niveau de l’intelligence que du courage. Cet ouvrage publié en 1853 par un brillant auteur, ami de Victor Hugo, journaliste, auteur de bons mots et écrivain prolifique, est encore agréable à lire de nos jours, surtout pour les chapitres sur l’éternel féminin, par principe intemporel, un peu moins pour les parties datées qui permettent, elles, de mesurer l’évolution des mœurs (baise-main, marques de politesse, etc.)




Le joyau des amazones (2017) ajoutée le 14 mars 2018

Emily Minerald, quinze ans, et son ami Frédéric sont deux lycéens orphelins qui, faute d’avoir connu leur passé, rêvent de se bâtir un avenir. Un jour, Emily est invitée par une société secrète, les « Albescens Veritas », lesquels se réunissent dans une cachette et lui proposent de lui apprendre les arcanes de la sagesse et de la tolérance. Elle fait la connaissance du charmant Jonathan Leduc. Mais bientôt, les méchants Ourobouros attaquent les gentils Albescens. Frédéric est blessé. Jonathan découvre son vrai visage. Quant à Emily, elle est capturée, envoyée en Allemagne, gardée prisonnière puis déportée sur une île mystérieuse à des milliers de kilomètres…

« Le joyau des Amazones », contrairement à son sous-titre qui pourrait faire penser à une suite de « La panthère des brumes », est un roman d’aventures et de fantaisie avec des personnages jeunes, ce qui donne envie de le classer dans la littérature ados. L’intrigue est bien menée, pleine de rebondissements, nettement moins répétitive que l’autre opus. L’auteur a multiplié les allusions et autres rappels de diverses mythologies avec une prépondérance pour la grecque, ce qui n’est pas désagréable et donne une touche d’originalité dans un genre plutôt axé sur un Moyen Âge ou une Préhistoire fantasmée. Il revisite également l’Atlantide, la légende des Amazones et quelques autres mythes. Le style est agréable en dépit de petites faiblesses de-ci, de-là. Le caractère des personnages n’est pas très nuancé avec des bons très gentils et des méchants très mauvais. L’ensemble a un petit côté BD qui aurait pu agacer. Mais la qualité du style, le rythme de la narration (beaucoup et peut-être trop de dialogues, fort peu de descriptions) et l’originalité de l’histoire emportent finalement l’adhésion.




La panthère des brumes (2017) ajoutée le 14 mars 2018

A New-York, Lyona surnommée Lady Uncia ou Black irbis, est une mercenaire qui accepte de remplir diverses missions en échange de fortes sommes d’argent. Quand elle ne sert pas de garde du corps pour des célébrités, elle s’introduit dans un building pour y voler une clé USB pour le compte d’un commanditaire concurrent. Elle se considère comme une « Dominatrix »… De son côté, le narrateur se pose beaucoup de questions sur le « Noir », le mal, le côté sombre, ténébreux de l’âme humaine. Il fréquente des vampires qui, au premier abord, lui semblent des gens quasiment normaux.

« La panthère des brumes » est plus un roman d’aventures qu’un véritable roman de science-fiction, fantaisie ou même fantastique. L’intrigue est malheureusement très répétitive. L’héroïne entre par effraction dans un immeuble, s’empare d’un document quelconque et se retrouve aux prises avec des kyrielles de sbires qu’elle liquide un à un en se servant de son arme secrète, le mystérieux rayon bleu. Aucune progression dramatique, mais une suite de séquences de jeu vidéo. Une superwoman digne d’un James Bond en jupons en lutte contre de machiavéliques forces des ténèbres dont le lecteur ne comprend pas bien les motivations. Une histoire genre BD Marvel simpliste. Le style de l’auteur n’est pas désagréable en dépit de certaines faiblesses. Ce premier tome en annonce un second qu’on espère mieux construit et plus captivant. Quoi de plus lassant qu’une longue suite d’escarmouches et de bagarres dont on connait d’avance l’issue ?




Déviants, tome 1 : innocence (2017) ajoutée le 14 mars 2018

A Lake Road, non loin de Los Angeles, Gaby Sawyer rentre à la faculté de médecine de Darken en section neurologie. Elle y rencontre Noah, autre étudiant qui veut se spécialiser dans la cardiologie. Mais pour un retard au premier cours de l’année, elle se fait remarquer par son professeur, Matthew Baker qui la prend de haut. Pourtant, tous deux ont un point commun : un don paranormal. Celui de lire dans les pensées pour Matthew et celui de s’introduire dans les rêves des autres pour Gaby. L’ennui, c’est que l’URS, un service secret impitoyable traque sans relâche toutes celles et tous ceux qui sortent de la normalité. On les appelle les « Déviants ». Nul ne sait ce qu’il advient d’eux quand ils sont arrêtés par l’URS.

« Déviants » est un roman qui allie sentiments et paranormal sous la forme d’un cocktail réunissant ¾ de fleur bleue pour un petit quart de fantastique. C’est un peu dommage, car le résultat manque d’action et de rebondissements. Le début est lent à se mettre en place et heureusement la fin relance l’intérêt. Mais c’est uniquement pour donner envie de lire la suite. Comme de bien entendu, le lecteur reste avec ses questions. Sinon, l’écriture est fluide, agréable et assez efficace. La romancière ne s’embarrasse pas trop de descriptions, préférant user et abuser des dialogues. Les personnages sont un peu stéréotypés comme le prof jeune et craquant à souhait. Nul doute que « Déviants » trouvera un public, celui de la chick-lit et autres lectrices « d'After » ou « Twilight ».




Marie-julie jahenny, la stigmatisée bretonne (1977) ajoutée le 13 mars 2018

Née le 1é février 1850 près de Blain, dans un petit hameau, Marie-Julie Jahenny est l’aînée de cinq enfants issus de Charles et Marie, couple de très modestes paysans bretons. Très pieuse, elle se recueille souvent pour prier dès sa première communion. À vingt-trois ans, elle reçoit les stigmates qui sont des plaies placées en divers endroits du corps : front, mains, pieds, côté, en tous points semblables à celles du Christ. Ces signes sont accompagnés de très violentes souffrances physiques et morales. Des évènements extraordinaires se produisent : un tableau représentant une crucifixion se met à exsuder du sang. Et en 1880, son état s’aggrave. Marie-Julie déclare que Dieu lui demande de sacrifier ses oreilles, ses yeux, sa parole et sa motricité. Elle passe d’abord 94 jours sans manger, puis plus de cinq ans. Extases et visions se multiplient…

« Marie-Julie Jahenny, la stigmatisée bretonne » est une courte monographie sur une mystique de très modeste extraction et de très grande humilité. La première partie de l’ouvrage est consacrée à une courte biographie qui manque un peu de détails et de précisions. La seconde partie, nettement plus longue que la première, s’attache aux visions, révélations et prophéties dont bénéficia Marie-Julie. Le lecteur découvrira toute une description des fins dernières, le déclin, la mort de l'Eglise catholique et sa résurrection par la grâce d’un saint pape et d’un grand monarque. Tout ceci relève de la pure eschatologie, registre sensible et délicat s’il en est, car on entre dans le domaine de l’interprétation de visions pour la plupart assez terrifiantes d'ailleurs. À rapprocher des vies d’autres grands mystiques stigmatisés comme Padre Pio ou Marthe Robin. Pour une première approche du phénomène.




Les aventures de cagliostro (1855) ajoutée le 12 mars 2018

Joseph Balsamo, qui se fera également appeler Alexandre, comte de Cagliostro, est un aventurier et escroc de haut vol né à Palerme le 18 juin 1743 d’honnêtes et très catholiques marchands drapiers. Il a 13 ans à la mort prématurée de son père. Ses oncles le placent au séminaire dont il s’enfuit très vite, car il ne supporte aucune contrainte. Le père général tente alors de lui faire intégrer un monastère où il apprend l’herboristerie et diverses notions de médecine et de chimie. Mais suite à une nouvelle effronterie, il s’évade à nouveau et retourne à Palerme où, en compagnie de quelques petits voyous, il se livre à l’ivrognerie, au jeu et au libertinage. Après un certain nombre d’escroqueries, recherché par tous les polices, il embarque pour Messine pour échapper aux foudres de la justice. Un jour, il rencontre un certain Altotas, alchimiste arménien qui lui servira de premier initiateur en ésotérisme avec lequel il file en Egypte. Et ce n’est que le début d’une vie riche en aventures…

« Les aventures de Cagliostro » se présente comme la biographie parfaitement sourcée et documentée d’un personnage aussi sulfureux que controversé qui fut une riche source d’inspiration pour Alexandre Dumas et bien d’autres auteurs. Très bien écrit, ce récit, édité en 1855, n’a pas pris une ride en dépit de son grand âge. Saint Félix s’est voulu objectif quand il nous décrit un personnage peu recommandable, prêt à toutes les turpitudes (il ira jusqu’à prostituer son épouse), à toutes les lâchetés et à toutes les compromissions pour faire fortune en trompant le pigeon le plus haut placé possible dans la société : l’impératrice Catherine II de Russie, Potemkine et le cardinal de Rohan et beaucoup d’autres furent du nombre. Disciple du fameux « comte » de Saint-Germain, faiseur d’or, fabricant d’élixir de longue vie, devin et nécromancien, il ne fit pas illusion à Marie-Antoinette pendant l’affaire du collier de la reine (très minutieusement décryptée d’ailleurs) ni à Louis XVI auquel l’auteur rend justice en en dressant un portrait plutôt honnête et pondéré. Au total, un ouvrage historique excellent, de très belle facture et fort intéressant pour les passionnés d’Histoire. Cerise sur le gâteau : ce texte, tombé dans le domaine public, est disponible gratuitement sur la toile.




Retour à shangri-la (2008) ajoutée le 11 mars 2018

En exil depuis des années aux Etats-Unis, le vieux général Teng Tao, chef de la rébellion des Méos du Laos cherche à organiser un coup d’état dans son pays. Il s’agit de s’emparer du pouvoir à Vientiane en se débarrassant de la dictature communiste qui y règne depuis l’abandon des Américains à la fin de la guerre du Viet-Nam. Tao espère profiter d’un changement d’attitude de la CIA, laquelle commence par lui faciliter la tâche pour l’approvisionnement en armes de ses combattants. Pour mener à bien sa tentative, il compte également sur la passivité naturelle des Laotiens et surtout sur l’usure d’un régime au bout du rouleau. Malko Linge se retrouve à devoir faciliter la tâche du général en se faisant passer pour un marchand d’armes nommé Max. Mais il sait très bien que la tâche va être tout sauf aisée…

« Retour à Shangri-La » est un roman d’espionnage et d’aventures basé sur un complot mené sous fausse bannière dont les services secrets américains sont friands. Gérard de Villiers, en fin connaisseur de la situation du Sud-Est asiatique, nous entraine dans cette histoire pleine de coups tordus qui donne une bonne idée des capacités américaines en matière de trahison. Cet ouvrage a surtout le mérite d’évoquer le long calvaire des Méos, peuple fier et courageux, harkis de l’Asie, sacrifié deux fois sur l’autel de la « real politik ». Comme à son habitude, Villiers entrelarde son récit de scènes de sexe particulièrement torrides qui apportent un brin de piment mais sont loin d’être d’un intérêt exceptionnel.




À cœur ouvert (1974) ajoutée le 9 mars 2018

À Houston (Texas) dans les années 60/70, deux grands spécialistes de la chirurgie cardiaque rivalisent d’efficacité et de virtuosité. Ils reçoivent des patients venus du monde entier. D’un côté, le docteur Michael Ellis DeBakey, d’origine libanaise, petit, maigre et plutôt tyrannique, qui fut l’un des premiers en 1964 à pratiquer le pontage aorto-coronarien. De l’autre, le docteur Benton Cooley, ancien adjoint du premier, plus jeune, grand, beau, impassible et d’une puissance de travail incroyable. Il pouvait réaliser onze opérations à cœur ouvert dans la même journée ! Et, en 1967, la chirurgie cardiaque fait un bond de géant quand Christiaan Barnard réussit la première transplantation cardiaque dans un hôpital du Cap. Les deux grands patrons américains se lancent immédiatement dans son sillage. Les interventions se multiplient, les transplantations de cœur également. Avec quelques succès, mais aussi beaucoup d’échecs.

« À cœur ouvert » est un ouvrage d’histoire médicale bien documenté et facile d’accès retraçant les énormes progrès réalisés par la chirurgie lors de cette décade. L’histoire des débuts du cœur artificiel est particulièrement intéressante et même émouvante par son aspect dramatique. En effet, en 1969, le docteur Denton Cooley posa le premier cœur artificiel total sur un patient mourant à qui l’on ne trouvait pas de cœur de donneur. Ce cœur était un système de circulation externe à l’étape expérimentale, un dispositif très lourd comportant un compresseur de 250 kg fonctionnant par commande pneumatique et deux prothèses ventriculaires en plastique. Après 64 heures, ce cœur artificiel fut retiré et remplacé par un cœur humain. Malheureusement, 32 heures après la transplantation, le patient décéda. Plus tard l’on comprit que c’était dû à une infection pulmonaire aigüe certainement aggravée par des médicaments immunosuppresseurs. Pour ceux qui s’intéressent à l’histoire de la médecine, un ouvrage essentiel, vivant, bien écrit avec de nombreux cas étudiés et des solutions osées (cœurs de chimpanzés, chiens ou cochons, pontages, détournements d’artères, envoi de gaz carbonique, pose de valvules en matière synthétique, etc.)




France, réveille-toi (1997) ajoutée le 8 mars 2018

À l’occasion de son quatre-vingtième anniversaire, le général Bigeard, militaire le plus décoré de l’armée française fait un bilan de sa vie, pousse quelques coups de gueule et esquisse des perspectives dans diverses directions. Il faut dire que son expérience est assez unique. Il a connu vingt années de guerre, des groupes francs en 1940 jusqu’à la fin de la guerre d’Algérie, en passant par un parachutage en zone occupée et une décennie consacrée à celle d’Indochine où il connut l’enfer de Dien Biên Phu, la captivité, une évasion ratée et une condamnation à mort par le tribunal militaire Viêt-minh. Blessé à cinq reprises, il a monté tous les échelons de celui de simple bidasse au grade de général. Il fut même un temps secrétaire d’Etat sous Giscard d'Estaing et plusieurs fois député dans sa région d’origine, la Lorraine.

« France, réveille-toi » se situe à la limite entre l’essai de géopolitique et les mémoires d’un homme qui eut une vie bien remplie et toute au service de la patrie. Bien qu’écrit un peu au fil de la plume, l’ouvrage est assez bien structuré autour d’une petite dizaine de lettres d’abord adressées à trois présidents français : Jacques Chirac en qui Bigeard avait mis pas mal d’espoir et qui le déçoit déjà. Valéry Giscard d’Estaing pour qui il a eu un réel coup de cœur et qu'il estime avoir été le meilleur des trois. Et François Mitterand dont il trace un portrait fort peu flatteur. Dans le registre des remontrances, le lecteur trouvera aussi la lettre à Mobutu, pitoyable tyran et piètre gouvernant, prétexte à une fine étude de la situation africaine (toujours d’actualité d’ailleurs). Ayant longtemps séjourné là-bas, Bigeard en était un véritable connaisseur. Les deux lettres adressées à ses vainqueurs, Ben M'Hidi Larbi et Giap sont des modèles de sincérité et d’honnêteté. Elles permettent de mieux comprendre comment s’articulèrent ces deux désastres. Le livre s’achève sur une lettre au dernier appelé du contingent. Il va sans dire que Bigeard n’était guère partisan d’une armée de métier et craignait le pire pour l’armée. Et sur une toute dernière lettre à ces femmes qui réveilleront la France, dont fait partie la meilleure, la sienne bien sûr.




Je veux vivre en démocratie (2017) ajoutée le 7 mars 2018

Quand un petit prof de maths honnête et tenace comme Hervé Lebreton met son nez dans les finances de nos élus, ça fait mal et même très mal. Au début, il doit faire face à une résistance incroyable quand il ose demander qu’on lui communique la réalité des comptes et pourtant il ne fait qu’exercer son droit et même son devoir de simple citoyen. Ainsi, avec son « Association pour une démocratie directe », il arrivera à lever le voile sur le scandale des généreuses retraites des parlementaires, sur les mystérieux arcanes de la réserve parlementaire, cette caisse noire alimentée par nos impôts qui permet de dépenser sans le moindre contrôle plus de 150 millions d’argent public pour améliorer le quotidien dans certaines villes et de s’assurer en toute illégalité des voix aux prochaines élections. Il lui a d’ailleurs fallu en passer par une longue bataille judiciaire devant le tribunal administratif pour obtenir la publication d’une partie des dotations, celle concernant les associations restant hors de portée ! Même chose pour l’enrichissement personnel des députés et sénateurs qui utilisent leurs indemnités parlementaires pour financer leur permanence, faire des achats immobiliers ou même acquérir des SICAV…

Le lecteur comprendra aisément que « Je veux vivre en démocratie » est à la fois un essai, un témoignage et un grand cri d’espoir lancé par un simple citoyen qui ne peut plus se satisfaire de glisser à intervalles réguliers un bulletin dans une urne et ensuite de ne plus jamais pouvoir rien contrôler. Le livre est absolument passionnant. Il se lit comme un roman. On peut même dire qu’il se dévore et que le lecteur va de découvertes en découvertes qui ne feront que conforter ses réticences vis-à-vis de certaines pratiques peu recommandables. D’aucuns pourraient se résigner et considérer que c’est une lutte totalement inégale, celle du pot de terre contre le pot de fer, que le citoyen n’a qu’à la fermer et supporter toutes ces dérives qui, à terme, ne peuvent qu’être mortelles pour une réelle démocratie, tant elles alimentent la défiance et même le rejet d’un pareil système. La grande force et le mérite de cet ouvrage réside dans le fait qu’il montre tout ce qu’un simple citoyen résolu peut réaliser en s’armant de patience et en s’appuyant sur notre constitution et sur la déclaration des droits de l’homme (en annexe avec une lettre au président pour participer à l’action). Un bel exemple à suivre si nous voulons reprendre en main une démocratie confisquée au profit d’individus qui se servent au lieu de servir !




Diffiné, fils du bon dieu, fils du bon peuple (1982) ajoutée le 6 mars 2018

Fils unique de parents alsaciens réfugiés à Paris en 1871, Henri Diffiné nait en 1890 dans le XVIIIème arrondissement. Jusqu’à sa majorité, il habite avec eux dans une loge exiguë de concierge dans un triste immeuble du boulevard Magenta (Xème). Après de courtes études, il devient métreur en peinture. Dès 1908, il passe ses soirées comme adorateur à la basilique de Montmartre. En 1911, il est appelé sous les drapeaux. En 1914, il part à la guerre avec un enthousiasme juvénile. Puis il part pour Salonique avec l’armée d’Orient. Blessé à deux reprises, il est démobilisé en 1919. Il entre alors dans la Compagnie de Jésus et est ordonné prêtre à l’âge de 39 ans. Emule du Curé d’Ars et nouvelle image de Saint Vincent de Paul, il consacre le reste de sa vie à un grand nombre d’œuvres sociales pour les petites gens. Il sera enfin le conseiller spirituel de nombre de prêtres, de religieux ou d’évêques. Autant contemplatif qu’actif, il savait être aussi proche des petites gens que des grands de ce monde…

« Diffiné » est à la fois la biographie, l’anthologie et le portrait vivant d’un être exceptionnel. Cet humble jésuite, fils d’une concierge et d’un ouvrier du bâtiment, fut en effet une grande figure de la spiritualité française. Il vécut pauvre comme Antoine Chevrier et simple comme Thérèse de Lisieux. Il sut conserver précieusement un esprit d’enfance et pratiquer une charité évangélique en action. Très documenté, cet ouvrage se compose de deux parties : la description de son itinéraire peu ordinaire. Le lecteur remarquera qu’il fit tout à fond qu’il fut ouvrier, puis militaire, puis religieux. La seconde partie est consacrée à ses écrits et à sa démarche spirituelle, celle de l’oraison perpétuelle qui avait bien des points commun avec celle des grands mystiques orthodoxes. L’auteur souligne d’ailleurs qu’à la fin de sa vie, Diffiné avait les allures d’un vieux staretz que les gens venaient consulter bien volontiers. Une magnifique icône qui mérite le détour…




Compagnons de plongée (1974) ajoutée le 4 mars 2018

À la fin de l’hiver 1967, la « Calypso » se retrouve au sud de l’Océan Indien, en route vers le Cap. Cousteau et son équipe explorent l’île Bird, refuge d’une impressionnante colonie de fous de Bassan, puis l’île Sainte-Croix, abritant de nombreux manchots. Le 29 février, elle croise devant l’île Geyser qui est le domaine particulier des otaries. Les mauvaises conditions météorologiques et les nombreuses autres missions prévues obligent le commandant à quitter prématurément les lieux, non sans devoir prendre une décision difficile : capturer deux otaries prénommées « Pepito » et « Christobald » qui seront « apprivoisées » avec plus ou moins de réussite.

« Compagnons de plongée » est le récit très vivant d’une expédition maritime entre l’Océan Indien et le détroit de Béring avec traversée de l’Atlantique (escale à Sainte-Hélène), passage du canal de Panama et finalement, remontée du Pacifique avant d’atteindre les glaces de l’Arctique. L’intérêt de cet ouvrage édité en 1974 est autant écologique que biologique. Cousteau s’intéresse tout particulièrement à la faune : oiseaux, otaries, morses, éléphants de mer avec une légère prédilection pour ces derniers. Il cherche déjà à alerter l’opinion publique sur les atteintes à l’environnement. Lire ce livre aujourd’hui permet de mesure le chemin parcouru (certains diraient en direction de la grande catastrophe…). La rencontre finale avec de véritables esquimaux vivant encore de manière traditionnelle et chassant dans leurs embarcations carénées en peau de morse femelle en est l’exemple le plus frappant. À noter également une abondance de belles photos en couleur. Cet ouvrage fait d’ailleurs partie d’une importante série, véritable encyclopédie de la mer, la collection « Odysée ».




Le vagabond de dieu (1982) ajoutée le 1 mars 2018

Benoît-Joseph Labre, né le 26 mars 1748 à Amettes, du diocèse de Boulogne et décédé le 16 avril 1783 à Rome, fut un pèlerin mendiant français qui parcourut les routes d’Europe et se fixa à Rome et à Lorette vers la fin de sa vie. Surnommé le « Vagabond de Dieu », il est considéré comme un mystique. Son errance perpétuelle, son absence d’hygiène étonnent, voire indisposent, ses contemporains et suscitent la méfiance des pouvoirs locaux. Fréquentant chacun dans un esprit fraternel, il est parfois maltraité ou brocardé par ses compagnes et ses compagnons de route, par les enfants ou les gens de rencontre, mais, toujours vêtu d’un manteau de bure et d’un chapeau de feutre, avec pour seul bagage un bréviaire, un bourdon de pèlerin et une gourde en bandoulière, il préfère leur sourire plutôt que se défendre. À sa mort, une foule innombrable se rassemble pour vénérer sa dépouille et proclamer sa sainteté. On en appelle à l’armée pour rétablir le calme à Rome.

« Le vagabond de Dieu » est la biographie précise et documentée d’un personnage hors norme qui vécu dans l’humilité et dans la contemplation et que certains pourront qualifier de témoin de la foi ou de saint d’un calibre proche d’un François d’Assise, d’un Alexis ou d’un Vladimir alors que d’autres le relégueront au rang d’exalté pour ne pas dire de simple fou. N’ayant pas trouvé son compte ni à la Trappe ni dans d’autres monastères tout aussi austères, il choisit cette condition de pèlerin perpétuel, de mendiant partageant ses aumônes avec plus pauvres que lui et de pénitent passant ses jours et une partie de ses nuits à prier dans diverses églises. Plutôt moqué de son vivant, il fut idolâtré dès sa mort. L’Eglise catholique mit un siècle à consacrer ses vertus et à le canoniser. Le livre en fait d’ailleurs une assez longue recension (presque la moitié du texte). Ouvrage bien écrit, intéressant, permettant de découvrir un être extraordinaire, attachant, épris d’absolu et voulant en tous points imiter son divin Maître. Admiré par Paul Verlaine qui lui dédia un poème, il eut aussi deux « imitateurs », Germain Nouveau et Charles Maire, mais ne fonda pas d’ordre religieux, son exemple étant par trop radical, même pour son époque.




L'homme qui marche (2016) ajoutée le 26 févr. 2018

Le 18 août 2000, Jean Béliveau quitte le Québec avec 4000 $, un petit tricycle à bagages et le rêve fou de faire le tour du globe à pied. Quelque 75 500 km, 4077 jours et 64 pays plus tard, le marcheur de 55 ans termine son incroyable voyage. Après une marche de 11 ans et 2 mois, Jean Béliveau rentre à Montréal, le 16 octobre 2011. Tout avait commencé par une terrible tempête de glace et le ralentissement de son affaire d’enseignes lumineuses. Puis une lente dépression et un jour, pendant un jogging, cette question : « Combien de temps lui faudrait-il pour rejoindre New-York, le Texas, le Mexique en courant ? Très vite, sa décision est prise. Plutôt que de se suicider, il va partir traverser les cinq continents. Et là, il a senti la force se répandre en lui…

« L’homme qui marche » est le récit d’une expédition hors norme, d’un voyage au bout de soi-même, aux confins de la solitude et de la folie. Combien de traversées de déserts, combien de souffrances, de peines, de larmes mais aussi de rencontres, d’accueil, d’entraide, de solidarité de la part d’inconnus rencontrés un peu partout. Le lecteur découvrira nombre de pays sous un aspect bien différent que celui renvoyé par les médias. Une Afrique du Sud bien éloignée du mythe de la nation arc-en-ciel, une Egypte où des patrouilles de police l’escortent tout au long de son périple, mais aussi un Iran hospitalier et chaleureux dans lequel les jeunes sont curieux de tout ce qui se passe en dehors de leurs frontières. Sans parler des « sauts de puce » obligatoires pour raisons de conflits ou de situations politiques délicates comme l’impossible traversée de la Libye, de l’Afghanistan ou du Pakistan. Un ouvrage bien écrit, passionnant, magnifique, qui se dévore littéralement en laissant un peu le lecteur sur sa faim. Il comprend que l’auteur ait dû condenser onze années de vie intense en 247 pages et ait dû élaguer. Un cahier avec quelques photos aurait été le bienvenu également.




L'esprit du chemin (2016) ajoutée le 25 févr. 2018

Grand marcheur devant l’éternel, Edouard Cortès, écrivain et journaliste, a de nombreuses expéditions à son actif. Une traversée du Caucase à pied, un pèlerinage à Saint Jacques de Compostelle en solitaire en 1999, puis un autre en Terre Sainte avec son épouse en 2007 et, pour finir, un dernier à Rome, en famille avec leurs trois filles en 2012. Ainsi, à titre de jacquet, romieu et paumier, s’interroge-t-il sur l’esprit du chemin. Qu’est-ce qui pousse tant d’êtres humains à prendre sac, bourdon et calebasse et à partir à pied sur d’interminables kilomètres vers l’un des hauts lieux de la chrétienté ? Pourquoi souffrir du froid, de la chaleur, endurer la fatigue, attraper tendinites ou ampoules et supporter de précaires conditions d’hébergement ? Et comment vivre cette expérience unique, faire des rencontres et finalement rentrer au bercail bien différent de l’être qu’on était au départ et arriver à réintégrer l’agitation de la vie ordinaire ?

« L’esprit du chemin » n’est pas vraiment un témoignage, ni un récit de voyage, ni une transcription de journal de bord, mais plutôt une suite de réflexions philosophiques ou théologiques et d’anecdotes tirées du vécu de l’auteur. Lequel n’hésite pas à prendre à témoin toutes sortes d’autres pèlerins ayant témoigné dans les temps anciens. Ainsi découvre-t-on au fil de cette lecture que finalement peu de choses ont changé le long de tous ces pèlerinages. Les hommes sont restés les mêmes. Leurs motivations ont peu changé. Plus de 40% des arrivants à Santiago déclarent avoir marché pour des raisons religieuses encore aujourd'hui. Le chemin continue à appeler. Ces paysages, ces cailloux, ces sanctuaires modestes ou majestueux attirent toujours autant. L’essentiel reste pourtant le chemin, le « Camino » et son esprit qui reste magique, essentiel, que l’on soit croyant ou non. Le secret n’est-il pas de chercher à vivre l’instant présent, de lâcher prise au rythme lent de la marche et d’en revenir aux besoins essentiels de la condition humaine ? Livre agréable à lire, bien écrit et plein de références intéressantes. (Une importante bibliographie en fin d’ouvrage permettra d’approfondir la question).




Fleur australe (2016) ajoutée le 23 févr. 2018

Le 1er juin 2010, « Fleur australe » après avoir traversé l’Atlantique, remonté vers le Groenland et réussi le passage du Nord-Ouest en 2009 (narré dans les précédents ouvrages), repart pour une expédition dans le Pacifique. Leur but, les îles Marquises (escale à Hiva-Oa), puis les Tuamotu, l’archipel de la Société (Tahiti, Moorea, Bora-Bora), les îles Australes et les îles Gambier. À son bord, le skipper Philippe Poupon, Géraldine, son épouse, ex-actrice et narratrice, leurs quatre enfants âgés de deux à treize ans, deux équipiers servant également d’instituteur et de nounou sans oublier Beti, leur chienne Jack Russell qui aura des petits pendant le voyage…

« Fleur Australe » est le récit très vivant et très honnête d’une croisière qui n’a rien d’une partie de plaisir. Le bateau essuie des tempêtes, des vents contraires, le pot au noir. Les enfants et les équipiers souffrent du mal de mer. Géraldine tombe à l’eau et n’est pas loin de se noyer et pour finir, tous échappent à un redoutable tsunami qui fera de gros dégâts aux Marquises. Géraldine Danon sait parfaitement rendre l’ambiance à bord, souvent électrique du fait de la promiscuité et du manque d’intimité, et joliment décrire les décors sublimes de ces endroits paradisiaques. De plongées dans des eaux aussi cristallines que poissonneuses, d’observation des baleines, dauphins et requins en invitations diverses et variées chez les nombreux amis du couple, ce voyage est une mine de découvertes et d’apprentissages pour les enfants et, par la même occasion pour le lecteur qui s’offre ainsi une jolie part de rêve et d’aventures. Aussi agréable à lire que les ouvrages d’Antoine ou du célébrissime Moitessier. Un seul regret : l’absence d’un album photo dans la version poche.




L'agenda kosovo (2008) ajoutée le 21 févr. 2018

En 2007, au Kosovo, non loin du village de Decani, un monastère abritant quelques moines d’origine serbe est protégé par un détachement de bersaglieri italiens de la KFOR. Une nuit, Adile, une jolie kosovare, monte au monastère rejoindre un certain Beppo Forlani qui finit par lui faire l’amour dans un cabinet de toilettes. Pendant ce temps, un commando albanais, « les loups noirs du Kosovo » profite du relâchement de surveillance de Beppo et de son collègue Vanzetti pour s’introduire discrètement dans le monastère, kidnapper cinq moines, les emmener dans la forêt et les décapiter à la scie circulaire. Cet acte barbare déclenche immédiatement l’intervention magistrale du prince Malko Linge…

« L’agenda Kosovo » est un roman d’action et d’espionnage basé sur des faits réels et particulièrement bien documenté. L’intrigue n’est malheureusement pas très originale. Malko, pour tenter de découvrir qui a commandité le crime, doit remonter toute une filière en passant de témoin en témoin. La seule surprise réside dans le fait que cette affaire fonctionne sous « fausse bannière » et donc que les apparences peuvent être trompeuses. Sinon, le procédé de fabrication repose sur l’éternelle même recette : pas mal de violence entrelardée de scènes de sexe censées pimenter le propos. L’ennui c’est que les descriptions sont quasiment tirées au kilomètre au mot près et que la monotonie ne peut qu’engendrer l’ennui. Chacun sait ce qu’il peut attendre de ce genre de « littérature », autrefois dite « de gare » et ne doit pas s’attendre à autre chose qu’un peu de divertissement facile et sans conséquence.




The favorite game (1988) ajoutée le 19 févr. 2018

À Montréal, vit une importante communauté juive qui s’estime être la plus influente du Canada. Et, en son sein, une famille se considère comme tenant le haut du pavé, les Breavman. Le dernier descendant de la dynastie s’encanaille avec quelques amis. La liste de ses conquêtes féminines est assez impressionnante (Heather, Bertha, Lisa, Tamara, Norma, Shell…) Dans une boîte de nuit, il est à l’origine d’une bagarre générale. En s’aidant d’un livre d’hypnotisme, il parvient à prendre le contrôle mental d’une fille un peu naïve et à abuser d’elle. Il aime beaucoup fréquenter de jeunes militantes communistes et gauchistes…

« The favorite game » est un roman composé par une suite d'anecdotes non chronologiques et reliées entre elles de façon assez lâche. Le thème servant de fil rouge est la recherche de l'amour plutôt physique. Pour Léonard Cohen, c'est une quête sans grand espoir, désenchantée et quasi désespérée. À cette problématique s'ajoute celle de la condition juive. Hitler, le nazisme et les camps de concentration sont évoqués à diverses reprises. Quelques pages pour un portrait de la mère juive et un peu plus pour la musique, les débuts du folk avec Leadbelly, Pete Seeger, les Weavers par exemple. Breavman joue de la guitare. Le lecteur doit-il en déduire qu'il est plus ou moins un avatar de l'auteur. Le style littéraire est simple et sans afféteries. Cet ouvrage sans grande envergure ne laisse pas un souvenir très marquant. Nul doute que Cohen est meilleur chanteur qu’écrivain !




Curieuses histoires de l'histoire (1988) ajoutée le 19 févr. 2018

À Jérusalem, Lazare, revenu de la mort grâce à un miracle du Christ, sa famille et ses amis chrétiens, sont détestés par les Juifs et trainés devant le grand prêtre, lequel prononce une sentence de bannissement à leur encontre. Ils sont placés sur une barcasse sans voile, ni mât, ni gouvernail et sans eau, ni vivres et poussés vers la haute mer. Un vent favorable leur fait traverser toute la Méditerranée. C’est ainsi que Lazare, Trophime, Maximin, Marie Salomé, Marie-Madeleine et leur petite servante Sara (les Saintes Maries de la mer) débarquent en Camargue… Une jeune et belle reine éthiopienne se présente à Jérusalem avec toute sa cour. Le roi Salomon, fils de David, tombe immédiatement amoureux de la belle étrangère. Après une torride nuit d’amour, Makeda, reine de Saba, rentre dans son pays où elle accouchera neuf mois plus tard d’un fils nommé Ménélik… Pendant des siècles, les professions d’apothicaires et d’épiciers furent confondues ou interchangeables…

« Curieuses histoires de l’Histoire » est un recueil comprenant 24 anecdotes amusantes et surprenantes de l’Histoire proche ou lointaine. L’ensemble est pétillant, plein d’humour et impeccablement écrit. Le lecteur apprendra énormément de choses tout en s’amusant. Par exemple qu’une jolie Anglaise aida Napoléon III à réussir son coup d’Etat avant d’être fort inélégamment remerciée… Que les maréchaux d’Empire exigeaient de grosses sommes d’argent de Napoléon 1er avant d’engager le moindre combat et que ses nombreuses maîtresses ne se gênaient pas pour en faire autant. Que Gustave Eiffel, de son vrai nom Gustave Bonikausen, dut vaincre une formidable opposition à l’édification de sa fameuse tour. Pas moins de trois cents personnalités (Sully Prudhomme, Leconte de Lisle, Coppée, Maupassant, Gounot, etc.) signèrent une pétition contre elle. Verlaine demanda même qu’on abatte cette « horreur » après qu’elle fut construite. Certains allèrent jusqu’à parler de monument anticlérical, car sa hauteur dépassait celle de la cathédrale Notre-Dame. Ouvrage intéressant et divertissant. Que demander de plus ?




La guerre politique (1985) ajoutée le 14 févr. 2018

Pour Raymond Marcellin, ministre de l'intérieur en mai 1968, la guerre politique est celle que mène l’URSS à l’endroit des démocraties sans jamais avoir recours au choc des armées. Il s’agit de les subvertir, de les affaiblir par un certain nombre de procédés idéologiques utilisés par son ambassade largement pourvue en agents du KGB, par le parti communiste « français » totalement inféodé à Moscou et par des syndicats comme la CGT et avec la complicité active de divers compagnons de route : intellectuels, journalistes et artistes divers et variés. C’est une guerre froide, souterraine, diligentée par les services spéciaux, dont l’action dépasse largement le simple espionnage pour aller jusqu’à la manipulation des masses et l’instrumentalisation de groupes révolutionnaires, autonomistes et/ou terroristes. Cette subversion venue de l’étranger a pris des proportions inquiétantes, devant lesquelles toute nation libérale est pratiquement désarmée sur tous les plans, psychologique, politique, juridique, militaire et administratif. « Son caractère insidieux facilite ses entreprises et rend aléatoire les mesures prises pour les combattre par les nations qu’elle mine à la façon des termites », lit-on.

« La guerre politique » est un essai géopolitique particulièrement bien écrit et bien documenté. Son auteur fut tout à fait bien placé pour comprendre la situation, l’analyser et apporter des solutions. Sait-on que des groupuscules gauchistes avaient le projet de s’emparer des urnes à la fin de mai 68, ceci pour fausser le résultat des élections ? Marcellin, en organisant un énorme coup de filet dans ces milieux, fit avorter cette tentative peu connue. L’intérêt de ce livre, au-delà du fait qu’il est daté et plus tout à fait d’actualité, est sa parfaite analyse des rouages d’un phénomène que l’observateur a vu croitre, s’affiner et embellir même après la fin de l’URSS. Les mêmes procédés, améliorés au fil des années, amenant les mêmes résultats et minant de plus en plus une société en pleine déliquescence. L’auteur ne se contente pas de faire un diagnostic, il fournit en plus l’ordonnance pour contrer le phénomène. Il faudrait de la fermeté, du bon sens et avoir le courage de regarder la réalité en face, ne plus se payer de bons mots, de beaux sentiments et de slogans plus ou moins pipés.




Dieu, malgré tout (2005) ajoutée le 12 févr. 2018

Un tsunami en Asie, une inondation à la Nouvelle-Orléans, un cyclone en Haïti, un ouragan, un tremblement de terre, une éruption volcanique. Des milliers de morts, des dégâts par millions. Comment un Dieu bon peut-il permettre le mal, les souffrances d’un enfant atteint du cancer ou celles d’un peuple injustement persécuté. Jacques Duquesne constate que le Mal semble être partout. « À tous ceux qui crient et se révoltent, il faut dire qu’ils ont raison de crier », dit-il. Dès le départ se pose le problème du péché originel qui aurait été à la source de tous les malheurs du monde. Sans parler qu’on peut même aller jusqu’à se massacrer pour la plus grande gloire de Dieu. Et pourtant, il y a la théorie de l’évolution. Le monde est en perpétuelle création. L’avenir serait donc plein de promesses car Dieu est perpétuellement à l’œuvre et aurait même besoin des hommes…

« Dieu, malgré tout » se présente comme un essai de vulgarisation théologique d’abord facile et compréhensible. L’auteur part des catastrophes naturelles, de tous les ratés de la création, continue sur la condition humaine, sa capacité au pire comme au meilleur et finit par poser le problème de la présence du mal. Pourquoi Dieu le permettrait-il ? Serait-il un Dieu vengeur ? Un Dieu se satisfaisant de sacrifices ou châtiant aveuglément l’innocent comme le coupable ? Aucun philosophe, aucun théologien n’a jamais pu résoudre ce problème. Après un détour par Darwin et Teilhard de Chardin, Duquesne en vient aux conclusions ultimes. Dieu n’est qu’amour et humilité. Il souffre et crie avec les souffrants. Il n’est pas tout-puissant et ne veut pas l’être car s’il l’était nous ne serions pas hommes. Et notre « liberté » ne vaudrait pas bien cher. Un livre qui donne à réfléchir tout en secouant quelques vieux dogmes au passage.




Les chiens d'himmler (1945) ajoutée le 11 févr. 2018

En juin 1940, dans une France battue et envahie, François-Albert Viallet est arrêté par des agents de la Gestapo en compagnie d’un camarade. Commence alors pour les deux Français un long périple, en voiture et en train, qui les mènera jusqu’à Berlin, après plusieurs étapes dans diverses prisons (Wiesbaden, Mayence et Francfort). Dans la capitale du Reich, le narrateur se retrouve dans la prison de la préfecture de Police, à l’Alexanderplatz. Pendant plus de quatre mois, il croupit dans le dépôt numéro 1, surnommé « la cuisine du diable », avec 400 autres prisonniers « politiques » dans des conditions effroyables de crasse et de promiscuité, les lieux étant prévus pour une vingtaine de détenus. Torturé par la faim et rongé par la vermine, l’auteur observe que tout le monde ou presque a été arrêté de façon arbitraire. Ainsi le doyen, Juif de 83 ans, s’est retrouvé raflé pour s’être promené dans la rue à une heure tardive. Partout, une stricte hiérarchie raciale a été décrétée par les nazis : les prisonniers allemands sont toujours les premiers et les mieux servis et font également office de kapos, souvent pires que les gardiens officiels. Tout en bas de l’échelle sociale, se retrouvent les Polonais et les Juifs.

« Les chiens d’Himmler » est à la fois le témoignage d’un homme ayant passé une vingtaine de mois dans les geôles nazies et un essai sur le système judiciaire et carcéral hitlérien. Il faut attendre la moitié de l’ouvrage pour savoir pour quelles raisons, F-A Viallet s’est retrouvé dans cette pitoyable situation. On le soupçonne d’espionnage et de complicité avec des antinazis allemands. En réalité, journaliste polyglotte (il servira d’ailleurs de traducteur aux Allemands), il lui est reproché d’avoir écrit avant guerre certains articles peu favorables au régime. La lecture de cet ouvrage publié en 1945 et donc vraisemblablement écrit « à chaud » et « à charge » est assez pénible voire laborieuse. Que de haine ! Que de souffrances ! Que d’absurdités kafkaïennes ! Quel manque d’humanité ! Tout comme le KGB d’autre sinistre mémoire, la Gestapo fonctionnait selon le principe monstrueux et totalitaire du « tous coupables », aussi extravagantes ou invraisemblables que puissent être les charges. Le tout étant de ne pas tomber entre leurs pattes, vu le peu de chances de s’en ressortir… Heureusement pour l’auteur, il parviendra à s’évader d’une façon totalement improbable et fort mal expliquée d’ailleurs. Ouvrage utile à titre de document pour la recherche historique, registre totalitarisme, propagande et manipulation des masses.




Le monde est mon pays (2016) ajoutée le 10 févr. 2018

Perpétuel voyageur, André Brugiroux, surnommé le pape des stoppeurs ou des routards, a passé la totalité de son existence à voyager en auto, bateau ou avion-stop dans le monde entier. Il peut se targuer d’avoir visité l’ensemble des pays du monde et même des territoires aussi improbables que l’archipel des Chagos ou aussi impénétrables que l’Arabie Saoudite, le dernier trophée qu’il accrocha à son palmarès. Né en 1937, il démarra son périple en 1955 en refusant de payer pour quelque hébergement que ce soit et en se limitant à un budget d’un seul dollar par jour. Et il y parvint. Au terme de 18 années d’aventures autour de la planète, il cumula 400 000 km parcourus et pas moins de 135 pays traversés. Fort de ce premier exploit, il monta un film, donna de nombreuses conférences qui lui permirent de continuer sur sa lancée et, au fil des années, des opportunités, des hasards et des rencontres, d’ajouter de nouvelles destinations jusqu’à atteindre récemment son but ultime…

« Le monde est mon pays » n’est pas à proprement parler un récit de voyage mais plutôt une réflexion sur un retour d’expérience. Brugiroux n’ayant pas tout raconté ni dans son premier opus « La terre n’est qu’un seul pays », ni dans son précédent « L’homme qui voulait voir tous les pays du monde », ajoute diverses anecdotes en les classant par thèmes : le rêve impossible, la peur de l’inconnu, les règles de l’art, le stop, la solitude, la Providence et bien sûr, la quête spirituelle. Brugiroux s’envisage avant tout comme un missionnaire, c’est-à-dire un homme chargé d’une mission, celle de propager les idées du baha'isme, religion qui prône la paix universelle par une sorte de syncrétisme général et grâce à un gouvernement mondial éclairé. Le livre est fort intéressant et très bien écrit (le globe-trotter a bénéficié de l’aide d’un journaliste, Jérôme Bourgine). Dommage qu’il y ait tant de redites. Un grand nombre d’histoires ont déjà été racontées dans les précédents ouvrages d’où une impression de radotage un peu lassante.




Le crime contre dieu (1998) ajoutée le 7 févr. 2018

L’avortement, pudiquement retoqué en « interruption volontaire de grossesse », est en réalité un crime contre Dieu. Le crime absolu. Le massacre des innocents. « Ce que vous faites aux plus petits d’entre les miens, c’est à Moi que vous le faîtes », ou « Laissez venir à Moi les petits enfants », lit-on dans l'Evangile. « Le crime contre Dieu n’est pas un acte individuel, isolé, ou même répété. Dû à notre misère, il est un acte collectif, réfléchi, orchestré, tour à tour caché et exalté, déclaré moral, financé et rentable, offert à la révolution sexuelle et à la volonté de puissance de quelques-uns. Les victimes ne sont pas seulement les plus petites, mais la société toute entière, blessée dans sa chair, pervertie, emportée dans le tourbillon d’une folie suicidaire », écrit le Docteur Xavier Dor, pédiatre puis embryologiste, ancien maître de conférence à la Pitié-Salpétrière, fondateur de l’association « SOS Tout-petits » et grand défenseur de la cause des enfants à naître.

« Le crime contre Dieu » est un essai sur le drame de l'avortement. Chaque année, plus de 200 000 IVG sont pratiquées dans notre pays. Le chiffre, scandaleux en lui-même, reste constant au fil des années, preuve que cette pratique, qui devait être exceptionnelle et ne répondre qu’aux situations d’urgence ou de détresse, s’est banalisée au point de devenir un moyen de régulation comme un autre. L’intérêt de cet ouvrage bien écrit et même écrit avec le cœur est de plusieurs ordres. Il est d’abord technique. Xavier Dor, spécialiste de la question, présente les diverses méthodes pratiquées, leurs tenants et aboutissants, les conséquences d’un acte loin d’être anodin, car il marquera à vie la « patiente » d’une manière ou d’une autre. Moral, philosophique et théologique ensuite. Il démontre le côté a-religieux pour ne pas dire satanique de cette nouvelle « liberté ». Politique et social pour terminer. Il raconte dans le détail la plupart des épisodes de son long combat. Il paya son engagement d'insultes, crachats et tabassages par des groupuscules gauchistes, d’arrestations, de mises en examen et même de quelques jours de prison ferme. Tout cela pour quelques prières et cantiques sur un trottoir ! À lire, ne serait-ce que pour se faire une idée des limites de la liberté d’expression dans le beau pays des « Droits de l'homme » et surtout de l’inversion totale des valeurs chrétiennes.




Le beau masque (1986) ajoutée le 6 févr. 2018

Issu de la haute bourgeoisie parisienne, Jean-Claude Pascal s’est engagé dans la 2ème DB à la fin de la seconde guerre mondiale, à l’âge de 17 ans. Il fut le premier à entrer dans la ville de Strasbourg abandonnée par les Allemands. Démobilisé, il commença par travailler comme modéliste chez Dior aux côtés d’un certain Pierre Cardin puis chez d’autres grands couturiers. Attiré par le théâtre, il s’inscrit au cours Simon où il fait la connaissance de Pierre Mondy, Philippe Nicaud, Nicole Courcel et Robert Hossein. Bientôt, c’est Edwige Feuillère qui lui mettra le pied à l’étrier en le prenant comme partenaire pour « La dame aux camélias ». Un bonheur ne venant jamais seul, il décrochera également un premier rôle dans un film historique, « Le jugement de Dieu ». Ce sera le début d’une belle carrière au cinéma (une cinquantaine de films) et au théâtre (il jouera avec les plus grands) avant de prendre le tournant vers la chanson où il rencontrera un égal succès (Grand prix de l’Eurovision, cinquante albums) aussi bien en France qu’à l’étranger.

« Le beau masque » est une auto-biographie partielle qui reste principalement focalisée sur la carrière cinématographique de l’acteur qui fut souvent cantonné en raison de son physique avantageux dans les rôles de séducteurs et qui joua avec Gina Lollobrigida, Jeanne Moreau, Annie Girardot, Romy Schneider, Erich von Stroheim, Charles Vanel, Georges Descrières, Sacha Guitry… Ce dernier l’impressionnera beaucoup sans lui faire illusion, car il aura l’impression que l’homme est en représentation permanente. Livre très bien écrit. Pascal aura d’ailleurs une troisième carrière, celle d’écrivain historique avant de décéder dans l’anonymat. Il peut être intéressant de lire cet ouvrage qui permet de découvrir des facettes peu connues du monde du cinéma des années cinquante. Les portraits de stars sont justes, précis, sans concession et souvent assez loin de l’idée que l’on peut se faire des personnages. Beaucoup de tendresse dans ses descriptions, aucune indulgence pour lui-même, signe des belles âmes. Dommage que l’auteur reste d’une discrétion de violette sur sa vie privée. Il faut dire que l’époque ne s’y prêtait pas trop.




Le secret de marthe robin (2008) ajoutée le 2 févr. 2018

Fille de paysans de la Drôme, Marthe Robin (1902-1981) fut, dès son plus jeune âge, d’une santé fragile. À 16 ans, elle commença à souffrir de céphalées et de maux de têtes particulièrement douloureux. Puis, elle perdit peu à peu l’usage de ses jambes. Ne voulant être une charge pour personne, elle s’occupa de travaux de couture et de broderie. Mais assez rapidement, de paraplégique, elle devint tétraplégique, c’est-à-dire qu’elle ne put plus se servir de ses mains et de ses bras. Elle en fut réduite à passer son temps alitée. La maladie gagnant ses yeux, il ne lui fut plus possible de supporter la lumière du jour et devint aveugle. Elle ne pouvait plus rien manger d’autre que l’hostie apportée chaque jour par un prêtre. Chaque fin de semaine, elle revivait dans sa chair toutes les souffrances de la Passion du Christ au point d’en recevoir les stigmates…

« Le secret de Marthe Robin » se présente à la fois comme un témoignage (Jacques Ravanel a bien connu Marthe Robin, a recueilli ses confidences et eu accès à ses écrits) et comme un recueil de paroles inédites, de pensées ou de recommandations de l’extraordinaire mystique. (Sans doute le versant le plus passionnant de cet ouvrage). Marthe Robin a été une source d’inspiration formidable pour un grand nombre de communautés nouvelles. Des centaines de milliers de personnes sont venues la voir sur son lit de souffrances, dans l’obscurité de sa modeste chambre. Elle leur a toujours fait bon accueil que ce soit de grands personnages ou des gens de rien et leur a tous apporté amour, compassion et réconfort. Le lecteur ne peut que tirer grand avantage de cette lecture d’une simplicité évangélique, tout en étant émerveillé de découvrir l’importance de l’humilité dans sa démarche. Une fois de plus, le Christ, négligeant le clinquant, les paillettes, les tambours et les trompettes, s’est servi des plus pauvres matériaux (la fameuse pierre rejetée par les bâtisseurs), en l’occurrence une pauvre paysanne n’ayant même pas son certificat d’études, pour transmettre son formidable message d’amour.




Prisonnier en allemagne (1941) ajoutée le 30 janv. 2018

En mai 1940, Jean Mariat, journaliste de profession et simple bidasse de la Territoriale, est employé à la construction de tranchées et de blockhaus en prolongement de la ligne Maginot quelque part non loin de la frontière luxembourgeoise. Au moment de l’avancée allemande, il poursuit sa drôle de guerre du côté de Dunkerque et tout le long de la côte flamande. Impossible de passer en Angleterre. Une dernière offensive, pourtant appuyée par des blindés, ne donne rien car l’aile ouest est abandonnée par les Anglais. Jean est fait prisonnier. On lui fait traverser à pied, en une immense colonne, la Belgique puis la Hollande. En Allemagne, il est embarqué dans un wagon à bestiaux jusqu’à son lieu de détention de Ziegenhain. Il y restera quelques mois dans des conditions difficiles mais supportables. Il fera partie d’une association théâtrale appelée G.A.Z (Groupement artistique de Ziegenhain) et suivra même les cours d’une Sorbonne improvisée baptisée la Z.U.T (Ziegenhain Université Temporaire) avant d’être renvoyé en France dans les premiers pour raisons sanitaires.

« Prisonnier en Allemagne » se présente comme un court témoignage produit à chaud car écrit juste après sa libération et édité en 1941, moins d’un an après les faits, dans un contexte particulier, celui de la politique de collaboration. L’auteur dédicace d’ailleurs son texte au Maréchal Pétain, « en hommage d’un prisonnier de Dunkerque, fils d’un défenseur de Verdun », écrit-il. S’il trouve ses co-détenus souvent mesquins, matérialistes et parfois égoïstes voire chapardeurs ou profiteurs, il reconnaît à ses gardiens teutons une certaine bienveillance envers leurs prisonniers (achat d’instruments de musique, autorisation de concerts, de conférences, de séances théâtrales et même de cultes). Livre intéressant pour qui s’intéresse à cette période particulière de la seconde guerre mondiale à la condition de ne pas se leurrer sur certains aspects ou assertions sans doute générées par les circonstances : il s’agissait de ménager le vainqueur et surtout d’essayer d’obtenir le rapatriement de ses camarades de stalag.




Les francs-maçons (1964) ajoutée le 29 janv. 2018

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la Franc-Maçonnerie se trouve dans cet ouvrage. Son origine qui remonterait à la nuit des temps et à la construction du Temple de Salomon par Maître Hiram. Son évolution de maçonnerie opérative (réservée aux sculpteurs et tailleurs de pierre du Moyen Âge) en maçonnerie spéculative (c’est-à-dire affranchie de toute appartenance corporative). Ses origines sociales : longtemps chasse gardée des aristocrates sous la houlette de membres de la famille royale comme Philippe d’Orléans dit « Philippe Egalité » ou Frédéric II de Prusse, elle s’est lentement démocratisée par l’adjonction de strates bourgeoises. Ses orientations religieuses et philosophiques : se référant au départ au catholicisme (pays latins) ou au protestantisme (pays anglo-saxons), elle s’en est éloignée de plus en plus en France jusqu’à devenir farouchement anti-religieuse et anti-cléricale (séparation de l’Eglise et de l’Etat, affaire des fiches, nationalisation des biens du clergé, bannissement des congrégations, etc.). Sans oublier les rites d’initiation, les symboles, les grades, les obédiences…

Traité particulièrement bien documenté, « Les Francs-Maçons » se présente comme un ouvrage de vulgarisation éclairé et se voulant objectif. Pour l’auteur, franc-maçon lui-même, conférencier officiel des Rose-Croix Amorc et expert en alchimie et ésotérisme, les Franc-maçons ne mériteraient ni les excès d’honneurs ni les tombereaux d’opprobre dont les uns et les autres les gratifient. Ils ne seraient que d’importance secondaire ou partielle dans le déclenchement de la Révolution Française (alors que pratiquement tous ses dirigeants et inspirants en étaient), ni dans le soutien à Bonaparte (alors que tous ses frères en étaient et que l’intéressé n’en était pas), ni dans l’avènement et les réalisations de la IIIème République (alors qu’une écrasante majorité de députés et de ministres en étaient). Il balaie d’un revers de manche les travaux nettement moins favorables de Barruel sans grandes preuves ni arguments. Au total, un ouvrage intéressant ne serait-ce que par les illustrations souvent macabres voire inquiétantes, les notes très précises et surtout la chronologie indispensable pour le côté historique de l’affaire. Utile pour une première approche mais insuffisamment critique pour porter un jugement.




L'homme qui voulait voir tous les pays du monde (2017) ajoutée le 27 janv. 2018

S’il est un homme qui peut se targuer d’avoir réalisé, adulte, tous ses rêves d'enfant, c’est bien André Brugiroux. Surnommé « le pape des routards », il a d’abord bouclé en dix-huit ans d’auto-stop, bateau-stop et autres subterfuges peu onéreux, un incroyable tour du monde. Puis au fil des ans, des occasions et des conférences, il a réussi à poser son sac dans presque tous les pays du monde. Seule, l’Arabie Saoudite s’est longtemps refusée à lui, mais, il a réussi récemment, grâce à un concours de circonstances quasi miraculeux, à accrocher ce dernier trophée à son tableau de chasse de globe-trotteur ! Et tout ça, à raison d’un seul dollar par jour, sans jamais devoir payer pour coucher à l’hôtel (sauf quand c’était absolument obligatoire comme en URSS ou en Corée du Nord), sans se munir du moindre canif (en signe de non-violence assumée), ni d’une simple gourde même en plein désert (pour toujours devoir s’en remettre au bon vouloir de l’Autre).

« L’homme qui voulait voir tous les pays du monde » est un témoignage passionnant et époustouflant de toute une vie passée sur les chemins dans une quête assez unique de cette totalité de voyages qui vise le Livre des Records et frise un tantinet la monomanie. En effet, il reste à Brugiroux un lieu non visité, les îles Chagos, base militaire US vidée de ses habitants. Lire ces aventures permet d’apprendre pas mal de choses sur la réalité de pays dont le lecteur n’a souvent qu’une idée faussée par la présentation tendancieuse qu’en font nos médias. Que de péripéties, que de dangers, que de rebondissements, que de souffrances pour arriver à pareil résultat. L’auteur en tire la leçon suivante : « La terre n’est qu’un seul pays et tous les hommes en sont les citoyens », précepte proclamé par Bahà'u'llàh, fondateur d’une religion universelle dérivée de l’Islam et prônant un idéal de paix par la gouvernance mondiale. Ouvrage que l’on conseillera aux amateurs d’aventures loin des sentiers battus touristiques, aux rêveurs de grands espaces, tout en se permettant deux petits reproches. Bien des lieux mériteraient de plus amples développements. L’auteur aurait pu en profiter pour réduire la durée de ses prêchi-prêcha baha'istes un brin lassants. L’enfer « mondialiste » est pavé de si bonnes intentions…




Sans un sou en poche (2016) ajoutée le 28 déc. 2017

A l’issue de ses études à La Haye dans le cadre d’Erasmus, Benjamin Lesage décide de partir sur les routes sans un sou en poche. Il est accompagné par un Italien, Nicola et un Allemand Raphaël, tous convaincus que l’on peut vivre sans argent dans un esprit de don et de partage. Ils traversent la France et l’Espagne en stop, se font offrir le passage vers le Maroc puis celui vers les îles Canaries où ils restent des semaines avant de trouver un skipper qui accepte de leur faire traverser l’Atlantique. Arrivés au Brésil, ils passeront par la Guyane, le Surinam, la Colombie, tous les pays d’Amérique Centrale et arriveront finalement au Mexique, but de leur périple toujours en faisant de l’autostop. Au total, 10 mois sur les routes, 24 000 km parcourus. 270 véhicules empruntés dont cinq bateaux. Des dizaines de nuit à la belle étoile, sur les trottoirs, chez les pompiers, dans les hôpitaux ou chez de rares particuliers bienveillants. Ils ont dépensé en tout moins de cent euros pour les visas, passeports et taxes. Une aventure hors du commun.

« Sans un sou en poche » se présente comme un récit de voyage tout à fait atypique. Quelle idée folle de vouloir voyager sans dépenser un sou ! Tous ceux qu’ils rencontrent sur leur chemin leur disent qu’ils sont fous. Mais eux veulent vivre fauchés pour vivre libre. Magnifique projet mais réalisation difficile. Benjamin se fera voler toutes ses affaires et tous ses papiers. Nicola partira assez vite. Raphaël sera rejoint par sa compagne. Benjamin verra la sienne le rejoindre en fin de parcours pour repartir rapidement. Il parcourra d’ailleurs seul et sur un vélo donné les derniers 1500 km avant Mexico. Un livre passionnant, bien écrit, qui se dévore et donne à réfléchir sur nos modes de vie et de consommation, ainsi que sur notre impact sur les ressources de notre planète.




Saint frédo (1993) ajoutée le 27 déc. 2017

Alfred Friteau, « Frédo » pour les intimes, est un truand à l’ancienne qui a connu les maisons de correction, les prisons centrales et même le bagne. Au total, environ 25 années derrière les barreaux. Il a partagé quelques-unes de ses galères pénitentiaires avec l’auteur. C’est la raison pour laquelle il reprend contact avec lui bien des années plus tard. Alphonse est un auteur connu. Il fréquente même le milieu du cinéma. Frédo lui, s’est trouvé un petit boulot d’éducateur à Rouen. Il se consacre à la réhabilitation de jeunes voyous. Un curé s’intéresse à lui. Il va même jusqu’à lui confier la direction d’un centre de réinsertion en région parisienne. Quelques personnages haut placés s’extasient sur une aussi extraordinaire reconversion. En réalité, Frédo n’en a pas complètement terminé avec tous ses vieux démons…

« Saint Frédo » se présente plus comme un roman social que comme un roman noir ou policier. Il se situe plutôt aux limites des trois genres. Le personnage haut en couleur de ce gangster d’un autre temps, celui des « vrais hommes » avec leur code d’honneur que Boudard relativise d’ailleurs, mérite à lui seul d’occuper toute l’intrigue. Tour à tour braqueur, perceur de coffre-forts, fourgue et proxénète, il profite de son retour à la liberté pour mettre les bouchées doubles autant sur la boisson que sur la nourriture ou les femmes. Un vrai jouisseur libidineux, ce faux « saint » ! Un régal que cet ouvrage autant pour le regard malicieux et plein d’humour que pour le style inimitable, truffé d’argot, d’images cocasses, de trouvailles lexicales d’un auteur comme on en fait plus.




En avant, calme et fou (2017) ajoutée le 25 déc. 2017

Avec quelques amis et l’aide de divers mécaniciens autochtones, Sylvain Tesson a parcouru la Chine, la Mongolie, le Népal, l’Inde, l’Asie du Sud-Est, les steppes et déserts africains ou d’Amérique du Sud sans oublier la Sibérie, le lac Baïkal gelé et bien d’autres lieux exotiques aussi sauvages qu’improbables. Ne pouvant être ni lansquenet, ni Robin des Bois, ni grognard de Napoléon et encore moins cavalier de Gengis Khan, il retrouve un peu de cet esprit de liberté en chevauchant des motocyclettes de diverses marques, comme des Moto-Guzzi, des Oural, des Royal-Enfield, des BMW et même des side-cars bricolés. Il en tire toute une esthétique de la bécane qu’il illustre de citations diverses et de réflexions plus ou moins philosophiques ou poétiques.

« En avant, calme et fou » est plus un album-photo à la gloire de l’aventure en deux ou trois roues qu’un véritable récit d’expéditions en forme de carnet de bord ou de compte-rendu. Sylvain Tesson, qui fut un de mes aventuriers préféré avec son comparse Alexandre Poussin, a un peu vieilli. Plus d’escalade, plus de trekking à pied, plus de VTT, mais des engins à moteur pétaradant et tombant plus d’une fois en panne et des caisses de vin de Bordeaux à l'étape. La part du lion est attribuée aux photos, fort belles et insolites d’ailleurs, de Thomas Goisque. On regrette que les commentaires soient si squelettiques et si peu précis. Tesson en reste à des notes prises à l’étape sans souci du contexte. Pour s’y retrouver ne reste au lecteur que la table des illustrations en fin de volume qui seule précise le lieu, la date et l’engin piloté. On regrette un peu les vrais récits de voyages et d’aventures des débuts !




Sara dane (1955) ajoutée le 25 déc. 2017

En juin 1792, Sara Dane, 18 ans, se retrouve dans un groupe de déportées au fond de la cale du « Georgette », en route pour Botany Bay sur la côte sud de l’Australie qui n’est alors qu’une colonie pénitentiaire aussi pauvre que désolée. Un riche passager du bateau nommé Ryder perd sa domestique victime des fièvres. Comme son épouse ne peut se passer des services de celle-ci, Ryder demande au capitaine de pouvoir disposer de Sara Dane qui a déjà exercé cette charge en Angleterre dans la famille d’un pasteur. Les charges retenues contre la jeune fille, le simple vol de trois guinées et d’une bague, étant des plus réduites, le capitaine accepte…

« Sara Dane » se présente comme un roman d’aventures avec arrière-fond historique. L’auteure a su faire en sorte que la romance et les péripéties sentimentales de l’héroïne n’occupent pas tout l’espace. Ainsi évite-t-elle l’écueil « Harlequin ». Sara est un personnage de femme aussi exceptionnelle qu’admirable. Partie du plus bas de l’échelle sociale, trainant un lourd passé et une condamnation injuste, elle saura, avec un courage immense, remonter la pente et arriver au plus haut niveau de la société. L’auteur nous raconte une vie extraordinaire faite de magnifiques réussites matérielles et de tragédies terribles comme la mort tragique de ses deux maris et de l’un de ses fils. Les péripéties ne manquent pas : révolte des bagnards, incendies, inondations, etc. Livre très bien écrit, particulièrement intéressant pour son volet historique (la colonisation de l’Australie fut loin d’être une partie de plaisir) et pour son intrigue bien ficelée. Cocktail réussi. À conseiller.




L'appel du loup (1997) ajoutée le 24 déc. 2017

Dans le grand Nord, une meute de loups poussée par la faim se rapproche d’une ferme et tue quelques animaux domestiques. La riposte des humains ne se fait pas attendre. Elle tourne au carnage. Seule survivante, une louve repart vers le Nord, finit par rencontrer un autre loup et mettre bas trois louveteaux dont l’un, plus faible, meurt très vite. Les deux survivants sont une louvette et un louveteau nommé Patte d’Argent. Jeune et vigoureux, il aime à vagabonder et finit par tomber dans un piège tendu par Morgan, un trappeur des plus frustres. Prisonnier dans une cage de fer, le jeune loup découvre la captivité, la rage et le désespoir. Il profitera d’un moment d’inattention de son geôlier pour se venger de l’affront subi avant de reprendre sa liberté.

« L’appel du loup » est un roman animalier dans lequel les loups ont le tout premier rôle. Grand spécialiste de ceux-ci, Ronald D. Lawrence décrit minutieusement leurs habitudes, leurs comportements, leurs modes de vie et les rapports hiérarchiques à l’intérieur du groupe. Pas une chasse, pas une attaque de daim, élan, mouffette et même de porc-épic n’est épargnée au lecteur qui peut ressentir une certaine lassitude due à la répétition de scènes de prédation toutes semblables. La rencontre avec l’homme est plus intéressante, plus dramatique et vire même à la tragédie. Le maître de la création n’a pas le beau rôle. C’est lui aussi un prédateur, mais sans foi ni loi, qui ne pense qu’au profit immédiat et n’a pas le moindre souci de la souffrance animale. Un livre passionnant et documenté quoique de lecture un peu laborieuse pour les amateurs de nature sauvage et de vie animale. La fin sous forme de « happy end » est un peu décevante quand même.




L'enfant des sept mers (1993) ajoutée le 22 déc. 2017

Kaï O'Hara est un jeune métis sino-irlandais d’une quinzaine d’années, hyper athlétique et de caractère bien trempé. Il représente la douzième génération d’une longue lignée d’écumeurs des mers du sud. Il quitte son père adoptif pour aller vivre la vie de corsaire de son père et de son grand-père. Pourchassé par divers pirates - dont le terrible Archibald - qui veulent tous lui dérober les sept sapèques d’or de son petit héritage, il se réfugie chez les Dayaks de la mer, terribles coupeurs de têtes et éternels alliés de sa famille. Ceux-ci vont l'aider à récupérer le Nan Shan, goélette ultra-rapide sur laquelle s’illustra son célèbre grand-père Cerpelaï Gilo, et constituer son équipage…

« L’enfant des sept mers » est un roman d’aventures maritimes qui se voudrait dans l’esprit de ceux de Jules Verne voire de Stevenson. Les innombrables péripéties sont un peu rocambolesques et assez peu vraisemblables. Le héros principal, sorte de cocktail entre Tarzan et Mowgli (les références au livre de la jungle abondent), est si plein de qualités morales et guerrières qu’il confine au personnage de bande dessinée. C’est encore plus flagrant pour les personnages secondaires tels l’oncle Ka, la grand-mère ou la grande bringue qui deviendra son épouse. Clichés et poncifs sont si nombreux que l’intrigue en arrive à une caricature du genre. Les amateurs apprécieront peut-être. Les lecteurs plus exigeants considéreront que cet ouvrage n’est pas le meilleur du prolixe auteur et soupçonneront même d’être en présence d’une simple production « alimentaire ».




Le capitaine (1966) ajoutée le 19 déc. 2017

Le jeune capitaine hollandais Martinus Harinxma se voit attribuer le commandement de l'« Isabel Kwel » le plus gros remorqueur, le vaisseau-amiral de la flotte de la société Kwel. Il a d’abord pour mission de remorquer des péniches en Mer du Nord pour les mettre en sécurité en Grande-Bretagne au tout début de la Seconde Guerre Mondiale. Sa mission est des plus délicates. Les sous-marins allemands qui pullulent dans ces eaux prennent un malin plaisir à envoyer par le fond tous les vaisseaux qu’ils rencontrent. Au début, Martinus est plutôt chanceux. Mais les ennuis commencent quand son chef mécanicien se suicide en se tirant une balle dans la tête dans sa cabine et quand son remorqueur est réquisitionné pour escorter des convois de vivres et de munitions à destination du port de Mourmansk.

« Le capitaine » est un roman maritime de fort belle facture rempli de combats inégaux et meurtriers minutieusement décrits. Les convois que Martinus escorte servent même d’appât pour essayer de tendre un piège au fameux cuirassé « Tirpitz ». Tout bascule très vite dans le drame, la tragédie et le carnage. Le lecteur réalise avec cette histoire désabusée qu’entre l’héroïsme et la pleutrerie la frontière est des plus ténues. Cet ouvrage pétri d’humanité et proche du témoignage vécu révèle des hommes attachants, courageux ou lâches et même tantôt lâches et tantôt courageux. Sans oublier un tout dernier rebondissement très bienvenu à la fin. À conseiller aux amateurs du genre. Jan de Hartog est de la lignée des Melville, Vercel et autres Conrad.




Compte à rebours (1966) ajoutée le 16 déc. 2017

Dans une petite ville de Grande-Bretagne, la jeune Wynne Kinch a été recueillie par sa tante Lucy Meakham laquelle vit avec Tom, le grand-papa, son fils George et les deux jumeaux Hélène et Len. Pour impressionner son amie Corinne, elle s’invente des aventures sentimentales à défaut de les vivre et finit par tomber dans la mythomanie. Et voilà que dans le quartier sévit un tueur en série qui s’en prend à de très jeunes filles que l’on retrouve étranglées à main nue dans les squares. Wynne commence à soupçonner George pour lequel elle a un véritable faible. Elle trouve intelligent d’essayer d’éloigner de lui les soupçons en faisant disparaître des indices et en s’embrouillant dans une longue chaîne de mensonges qui ne font que compliquer les choses et attirer sur elle l’attention de la police…

« Compte à rebours » aurait pu être un thriller haletant si l’auteure s’était focalisée sur le criminel. Mais ce n’est qu’un roman à suspens assez bien ficelé, assez psychologique, dans lequel seul le point de vue de la jeune héroïne importe. Comme dans toute intrigue policière classique, le lecteur, auquel on ne fournit les indices qu’au compte-gouttes, se perd en conjectures et s’égare sur de fausses pistes avant de se voir révéler la clé de l’énigme en toute fin d’ouvrage. Mme Lindop respecte complètement ce procédé et va même jusqu’à ne quasiment rien dire du véritable coupable. Bien écrit et agréable à lire, ce livre, qui obtint le Grand Prix de la littérature policière en 1967, a quand même un peu vieilli même s’il peut encore intéresser certains amateurs du genre.




Toute vérité est bonne à dire (2000) ajoutée le 15 déc. 2017

Le « Mammouth », que Claude Allègre préférerait qualifier de « Dinosaure » est en plein marasme depuis bien des décennies. Effectifs d’enseignants en constante augmentation alors que le nombre d’élève est en baisse. Eternelle revendication de « plus de moyens », c’est-à-dire de plus de postes alors que l’enseignement ne fait que se dégrader. Co-gestion avec des syndicats corporatistes et ne représentant qu’eux-mêmes. Haute administration arque-boutée sur ses privilèges. Manque d’ouverture sur le monde et sur l’entreprise. Et, entre autres, utilisation d’un jargon abscons digne du pire volapük avec ces fameux « apprenants en situation de maîtrise d’un référentiel bondissant » pour parler d’élèves jouant au ballon… Autant de chantiers titanesques, de travaux d'Hercule auquel le ministre tenta de s’atteler avec les maigres résultats que l’on connait.

« Toute vérité est bonne à dire » est un livre d’entretiens menés par le journaliste Laurent Joffrin. Claude Allègre profite de l'exercice pour expliquer sa démarche. Il aurait pu se contenter d’être un bon gros ministre sympa qui n’aurait rien fait du tout. Il s’est retroussé les manches, a affronté vaillamment le terrible SNES et a récolté une réputation détestable dans le milieu enseignant. Son bilan n’est qu’à moitié convaincant même si lui est persuadé d’avoir pleinement réussi dans sa tâche réformatrice. Il n’en demeure pas moins que le recul du temps démontre que malgré tous ces beaux efforts, les problèmes n’ont fait que croître et embellir. Le livre demeure néanmoins intéressant, car le diagnostic est assez exact. Allègre ne pratique pas la langue de bois. Le tableau qu’il dresse des coulisses du ministère n’a rien de rassurant quant aux pratiques des éléphants du parti socialistes avec leurs tendances, leurs courants, leurs motions et leurs intrigues, elles sont carrément dignes du panier de crabes. Le lecteur comprendra mieux comment tous ces politicards purent tomber de Jospin en Hollande pour en arriver au catastrophique Hamon. Ouvrage à lire à titre de document historique sans grande tenue. Les niaiseries sur la démocratie et sur la construction européenne marquant les limites de l’exercice de vérité.




L'arrière-mémoire (1994) ajoutée le 9 déc. 2017

Micheline Presle, de son vrai nom Micheline Chassagne, est née le 22 août 1922 à Paris dans une famille relativement aisée. Elle commence une très belle et très longue carrière d’actrice de cinéma dès 1937. En 1939, elle obtient l’un des rôles principaux du film « Jeunes filles en détresse » de G.W.Pabst. Puis elle triomphe dans « Le diable au corps », aux côtés de Gérard Philipe. À la fin des années 40, elle part aux Etats-Unis pour suivre son mari William Marshall. Sa carrière américaine étant décevante et son union périclitante, elle rentre en France où elle peine un moment à rebondir, mais finit quand même par s’imposer à nouveau. Puis arrive l’immense succès de la série des « Saintes chéries » à la télévision, suivi de nombreux films de jeunes réalisateurs…

« L’arrière-mémoire » se présente comme une longue interview ou comme une conversation de salon ou de café à bâtons rompus. Le journaliste, Serge Toubiana, pose des questions, la star répond avec honnêteté et pudeur. « J’ai découvert une femme très libre, d’une vraie jeunesse d’esprit, étonnante d’énergie et de vitalité. Une personne gaie et sensible, que le public depuis longtemps aime et respecte », dit-il. Sans doute, mais le compte n’y est quand même pas. Le lecteur friand d’anecdotes inédites voire de situations croustillantes en sera pour ses frais. Le passionné d’histoire du cinéma également. Avoir eu pour partenaires Fernand Gravey, Louis Jourdan, Claude Dauphin, Erroll Flynn, Tyrone Power, avoir travaillé sous la direction de Gance, Becker, Autant-Lara, Grémillon, Losey et raconter si peu tient presque de l’exploit. L’amateur de littérature pourra passer son chemin lui aussi. Cet ouvrage n’est que la simple transposition sur papier d’un langage parlé sans la moindre prétention. Livre vite lu, vite oublié, jeté en pâture aux fans, juste pour renflouer les caisses de l’éditeur !




La rage de survivre (1986) ajoutée le 7 déc. 2017

Le 18 novembre 1965, Antonio Fonseca, jeune immigré portugais récemment arrivé en France, travaille de nuit dans un tunnel mal éclairé de la SNCF quand il est happé par un train de voyageurs qu’il n’a pas entendu arriver. Traîné sur plus de cent mètres, il se retrouve amputé d’un bras et de ses deux jambes. Il reste plus d’un an à l’hôpital, dans des souffrances intolérables, aux limites entre la vie et la mort. Mais la rage de survivre l’emporte. Le courageux Antonio supporte tout et commence à entrevoir un début d’embellie quand un médecin spécialisé lui annonce qu’il y a une possibilité de l’appareiller. Et c’est le début d’une très longue série d’efforts pour se remettre debout et commencer à remarcher et à revenir peu à peu sur le chemin de la vie.

« La rage de survivre » est un témoignage aussi émouvant que roboratif. L’auteur nous communique son enthousiasme et sa passion pour la vie. Il reconnaît que c’est surtout grâce à sa foi vivante, solide, indestructible, qu’il est parvenu à se reconstruire peu à peu, qu’il n’en a jamais voulu ni à Dieu ni aux hommes du malheur qui l’a frappé. Une magnifique leçon de courage, et d’optimisme doublée d’un très beau message de réconciliation et de fraternité. Un livre qui fait du bien, qui laisse admiratif devant tant de confiance en la Providence et de ténacité et qui ne se lit pas, qui se dévore. À découvrir pour oublier son blues, ses petites misères et autres ridicules contrariétés…




Extraterrestres, secret d'état (1997) ajoutée le 4 déc. 2017

Au début du mois de juillet 1947, se produisit un événement tout à fait exceptionnel. Un objet volant ne procédant pas d’une technologie humaine connue s’écrasa dans le désert du Nouveau-Mexique à une cinquantaine de kilomètres au nord de la ville de Roswell. Dès le lendemain matin, une caravane de secours de l’armée de l'Air arrivée sur les lieux découvre l’épave d’un engin aérien d’origine indéterminée, dont l’avant était enfoncé à la base d’une falaise. Des corps humanoïdes furent également découverts. Les témoignages permettent de penser que quatre ou cinq cadavres de petite taille furent retrouvés. Il est même possible qu’il y ait eu un survivant…

« Extraterrestres, secret d’État » est une étude rigoureuse, sourcée et particulièrement bien documentée sur le phénomène des objets volants non identifiés en général et sur l’affaire de Roswell en particulier. Avec le recul du temps, il devient de plus en plus évident que la thèse du ballon météorologique, servie pour faire pare-feu, ne tient pas la route. Comment expliquer qu’il fallut un bombardier « Superfortress » pour emmener tous les débris de l’appareil au GQG ou que les matières retrouvées ne purent ni être rayées ni être brûlées et que certaines, même pliées de nombreuses fois retrouvaient toujours leur forme initiale ? Une enquête passionnante et méthodique basée sur des documents déclassifiés de la CIA et du FBI qui démontre que ces incursions étranges (Roswell ne fut pas la seule, loin de là) se produisaient au-dessus des bases atomiques les plus secrètes des Etats-Unis ce qui laisse à penser que ces « visiteurs » s’y intéressaient particulièrement. La trentaine de pages d’annexe en fin de volume offre de nombreux fac-similés de documents qui étayent solidement la thèse.




Le dragon des mers (1983) ajoutée le 1 déc. 2017

Au printemps 1769, le capitaine Dante Leighton, à bord de son vaisseau « Le dragon des mers », brigantin construit à Boston et longtemps armé par les Anglais pendant la guerre de Sept Ans, écume les mers des Antilles en compagnie de son équipage d’une dizaine d’hommes fidèles. Tous se sont reconvertis dans les trafics et la contrebande et sont à la recherche d’un trésor caché dans les cales d’un galion espagnol coulé au large des côtes de Floride. Pendant ce temps, une aristocrate vénitienne d’origine anglaise, surnommée « La Rose Triste », rentre en Angleterre avec la ferme intention de se venger de sa famille, les très puissants Dominick. Elle enlève la très jeune et très belle Rhea Claire, fille du duc Lucien et la vend à un marin qui l’enferme dans les soutes d’un navire en partance pour les colonies américaines…

« Le dragon des mers » est un roman d’amour et d’aventures sur fond historique. Tous les ingrédients du roman de cape et d’épée sont réunis. Les haines rancies, les rebondissements et autres péripéties ne manquent pas, même si l’auteur a laissé la part belle au sentimental avec cette histoire d’amour très clichée entre un pirate blasé et une princesse plutôt oie blanche. L’intrigue regroupe la plupart des poncifs du genre. On se croirait dans un des épisodes de la série des « Angéliques ». Les personnages sont tous très typés. Dante est beau, chevaleresque, d’une noblesse désargentée et tombée dans la débine. Rhea est belle à damner un saint et fort naïve. La tante kidnappeuse est diabolique à souhait. Quant aux personnages secondaires, ils sont exactement comme on s’imagine un équipage de pirates ou une famille de la noblesse anglaise du XVIIIème siècle version ciné ou BD. Au total, un ouvrage agréable et bien écrit mais sans grande originalité. Même le « happy end » est attendu, c’est dire. À réserver aux romantiques et autres amateurs du genre « fleur bleue ».




Pris sur le vif (1964) ajoutée le 26 nov. 2017

Un petit fraudeur a mis de l’eau dans son lait. Pour expliquer son escroquerie et prouver sa bonne foi, il déclare que c’est à cause de la rosée du matin. Un autre répondra au Président qui lui reproche la même chose : « Ah, non, je mets le lait dans l’eau ! »… Un juge qui déclare à un prévenu un peu trop assidu du Tribunal Correctionnel : « Il me semble, mon ami, que je vous ai vu souvent ici ! » s’entendra répondre : « Moi aussi, mon Président, je vous ai souvent vu ! »… Un autre, pinailleur à souhait : « Monsieur le Président, je vous demanderai de bien rédiger votre jugement, de ne rien oublier. Je veux une décision complète afin de pouvoir la discuter correctement lorsque j’aurai fait appel. »… Une dame qui a giflé un monsieur se disculpe en déclarant que c’était une toute petite gifle, quasiment une caresse…

« Pris sur le vif » est un petit recueil d’anecdotes et d’historiettes plus ou moins amusantes ayant toutes pour cadre le prétoire. Au nombre de vingt-neuf, elles sont plus ou moins intéressantes, plus ou moins drôles, toutes écrites d’une plume légère et sans grande consistance et toutes révèlent une société bien différente de la nôtre. Plus sévère sans doute. C’était un temps où l’on se retrouvait au tribunal pour une pomme volée ou pour un simple coup de canif dans une union matrimoniale. À lire plus pour le document « historique » que pour la qualité de l’humour.




Rires et larmes du prétoire (1955) ajoutée le 26 nov. 2017

Dans cet ouvrage, Pierre Gardes s’est donné pour mission de mieux faire connaître le rôle de l’avocat, rôle qu’il estime aussi noble que valeureux, car il se fait une haute opinion de la fonction. Il réfute l’idée reçue selon laquelle l’avocat est capable de plaider une cause et son contraire et même de se faire le complice vénal d’un coupable avéré. Il réfute cette accusation de la façon suivante : ou bien l’avocat est convaincu de l’innocence de son client et dans ce cas, il n’y a pas de problème. Ou bien il croit à la culpabilité de l’accusé et alors son rôle n’est pas de chercher à tromper le juge grâce à d’habiles mensonges, mais de se contenter de chercher à obtenir des circonstances atténuantes ou des motifs d’indulgence. Ou bien enfin, le cas lui semble douteux. Il devra alors faire partager ce doute à la Cour. Et, comme chacun sait, le doute doit toujours bénéficier à l’accusé.

« Rires et larmes du prétoire » n’est pas, comme son titre pourrait le laisser penser, un recueil d’anecdotes amusantes voire un bêtisier sur les anomalies ou les bizarreries de la justice, mais un essai très sérieux sur un métier qui n’a pas forcément la réputation qu’il mérite, une sorte de défense et illustration de la profession. Publié en 1955, cet ouvrage très bien écrit, porte les marques du temps. À plus d’un demi-siècle de distance, le lecteur mesure la distance parcourue quand il lit que le secret de l’instruction doit toujours être respecté ou que l’avocat commis d’office ne doit pas recevoir le moindre dédommagement en vertu d’une ordonnance datant de Saint Louis selon laquelle l’avocat doit défendre gracieusement le nécessiteux, la veuve et l’orphelin. Pierre Gardes avait une très haute idée de sa fonction et cherchait à la faire partager à ses contemporains. Petit ouvrage intéressant à lire ne serait-ce que pour savoir d’où nous venons et pour mesurer le décadence et la dégradation de certaines valeurs.




La voie terrestre (1991) ajoutée le 25 nov. 2017

Le jeune Kyle est un simple Terrien qui trouve son existence trop terne et trop morne et ne s'en satisfait pas. Pour se donner plus d’importance et pour séduire la jolie Billie, il se fait passer pour un « Vagabond ». Il en a le costume gris et en imite à la perfection démarche et intonations. Il faut dire que sur Terre les Vagabonds, extra-terrestres bienveillants et de grande utilité vu qu’ils font partager leurs avancées scientifiques, sont très appréciés. L’ennui, c’est que Billie finit par demander à Kyle de lui présenter Jy, légendaire inspiratrice de la quête des « Fondateurs ». Depuis des millions d’années, elle et ses semblables passent d’une Terre à la suivante dans le but de remonter une voie qu’ils nomment la « Clarté ». Jusqu’au jour où ils tombent sur des créatures nettement moins pacifiques que les Terriens, les « inTrouvés » qu’il va falloir neutraliser sous peine de faire échouer la belle initiative.

« La voie terrestre » est un roman de science-fiction des plus déjantés sur le thème des univers parallèles, de l’immortalité et de l’incommunicabilité. Le style de Robert Reed (mais peut-être est-ce dû à la traduction ?) semble assez lourd et redondant. La construction narrative est volatile, passant d’un personnage à un autre sans logique ni transition, d’un événement à un autre et d’une époque à l’autre de la même manière. Le pauvre lecteur lambda a un peu de mal à suivre et à trouver une logique et un fil directeur à cette histoire abracadabrantesque dans laquelle personne ne meurt jamais, où l’on extrait des cervelles des mémoires dures et où les consciences passent d’un corps à un autre comme certains changent de chemise. À se demander ce que l’auteur avait bu ou fumé avant de se mettre à l’écriture ! Les personnages manquent de consistance, l’intrigue est fort longue à atteindre un rythme de croisière. Il ne se passe pas grand-chose jusqu’à la moitié du bouquin de sorte que l’ennui pointe son nez assez vite. Au bout du compte, une impression de confusion et d’inachevé pour ne pas dire plus…




L'évasion des dalton (1960) ajoutée le 20 nov. 2017

Enfermés au bagne de Watta Gulch, les quatre Dalton, condamnés rien moins qu’à 367 années de prison compte tenu d’une remise de peine pour bonne conduite, n’ont qu’une seule et unique obsession : se venger de l’homme qui les a conduits là, c’est-à-dire Luke Luke. Les quatre desperados de l’Ouest, encore plus bêtes qu’ils ne sont méchants vont tout faire pour faire tourner en bourrique le héros de la série. Ils iront jusqu’à faire imprimer de fausses affiches où Lucky Luke est présenté comme « voleur, incendiaire, meurtrier, faussaire et cannibale » !

Oeuvre de jeunesse de Morris et Goscinny et quinzième titre de la série, l'épisode « L’évasion des Dalton » permet au duo composé de l’humoriste génial et du dessinateur remarquable de bien rôder leur association. Le scénario de Goscinny est aussi un prétexte permettant au dessinateur de multiplier les effets graphiques. Ainsi Morris dynamise avec audace ses cadrages et ses compositions très cinématographiques. Avec deux peu de moyens mais beaucoup d'inventivité, il signe des planches truffées d’action et de trouvailles narratives pour notre plus grand plaisir. Edité pour la première fois en janvier 1960, cette histoire qui n'a pas pris la moindre ride se déguste avec autant gourmandise aujourd’hui qu’hier. C’est à cela qu’on reconnaît un chef-d’œuvre me semble-t-il.




L'expédition perdue (2007) ajoutée le 20 nov. 2017

Yan est un adolescent placé dans un orphelinat qui se retrouve obligé d’aller balayer la cour suite à une sanction pour chahut. Une soucoupe volante atterrit à proximité. Une jeune extra-terrestre prénommée Mirka accompagnée d'Opix, un petit robot en sort. Elle vient de Tarox, la confrérie des trois planètes à plus de cent années lumière de la Terre. Si elle se retrouve là c’est à la suite d’une avarie de son vaisseau. Il lui faut impérativement trouver un filament d'orgome pour pouvoir réparer. Yan lui propose de l’aider. Ainsi débute un formidable périple qui les entrainera jusqu’au fond de l’Océan Pacifique, en Amérique du Sud et jusque sur l'île de Pâques.

« L’expédition perdue » est une bande dessinée de science-fiction plutôt destinée aux adolescents. Le duo Yan et Mirka ressemble pas mal à celui nettement plus célèbre de Valerian et Laureline. L’intrigue ne manque pas de rebondissements et de péripéties. Le graphisme, très influencé par Moebius est de belle qualité quoi que les couleurs en soient un peu ternes. Les auteurs tentent de faire passer des messages écologiques sur la la protection de la nature et sur la dispersion des déchets nucléaires dans les océans. Propos sympathiques mais un peu chargés de naïveté bien pensante. Et, en prime, une explication extra-terrestre de l’érection des géants de l’île de Pâques. Les voilà gâtés nos ados !




À l'ombre des remparts (2010) ajoutée le 20 nov. 2017

À Saint-Malo, au tout début du XXème siècle, Léopoldine, jolie blonde d’origine modeste, tombe amoureuse de Jean-Marie, dentiste issu de la bonne bourgeoisie. En dépit de l’hostilité de sa famille, il épouse Léopoldine et lui fait cinq enfants avant de partir à la guerre en 1916. Il n’en reviendra pas. Veuve et mère de famille sans aucune ressource, Léopoldine arrive à tirer quelques premiers revenus en tressant des nasses et des paniers. Sa petite affaire prend peu à peu de l’expansion jusqu’à devenir tout à fait prospère. Elle ouvre une boutique, puis deux et fait de nouvelles rencontres amoureuses. Mais jamais elle n’acceptera de se remarier, voulant rester éternellement fidèle à son premier amour.

« À l’ombre des remparts » est un roman qui aurait pu être historique et n’est malheureusement que sentimental. Deux êtres se marient, ont des enfants qui grandissent et à leur tour se marient et ont des enfants. Une vie simple et banale, mais parsemée de drames, perte du mari puis d’un fils. Et pourtant Léopoldine reste sereine, vaillante, courageuse comme une véritable Malouine. Un magnifique portrait de femme, même si cette histoire, bien racontée mais finalement peu originale, pêche également par un certain nombre d’invraisemblances surtout dans le domaine historique (incorporation en 1916, transfert en camions, etc.). Un premier roman qui tient plus de l’œuvrette que du coup de maître !




Le jour du miracle (1994) ajoutée le 19 nov. 2017

Savez-vous que le nom de code du débarquement des alliés en Normandie devait d’abord être « Mothball » (boule de naphtaline) avant que Churchill le transforme en « Overlord » (suzerain), terme nettement plus évocateur et plus flatteur ? Savez-vous que les ports artificiels qu’il fallut mettre en place représentaient deux millions de tonnes de ciment et d’acier et qu’ils nécessitèrent de venir des Etats-Unis des remorqueurs car leurs homologues anglais n’étaient pas en nombre suffisant ? Savez-vous que le premier acte de résistance eut lieu le 11 novembre 1940 et qu’il fut le fait de jeunes lycéens et étudiants brandissant deux cannes à pêche (deux gaules, c’est-à-dire De Gaulle) et que les Allemands ouvrirent le feu pour disperser la manifestation ? Savez-vous que la moitié de l’effectif du prestigieux corps des troupes d’élite des SAS (Special Air Service) britannique était composé de jeunes Français ?

Tous ces faits peu connus et bien d’autres constituent la matière du « Jour du miracle », livre basé sur les coulisses de l’événement le plus déterminant de la seconde guerre mondiale. En effet, ce jour-là et les suivants, tout se joua sur le fil du rasoir. La météo, la chance, les actions de la Résistance qui ralentirent la progression des Panzers allemands et surtout l’obstination d’Hitler, intoxiqué par l’illusion des divisions fantômes de l’Opération « Fortitude » s’apprêtant à débarquer pour un « vrai » débarquement dans le Pas-de-Calais, décidèrent du sort des armes. Sans parler de la périlleuse attaque de la pointe du Hoc pour neutraliser des batteries de canons qui n’avaient pas été installés tout comme les destructions de villes normandes et leurs milliers de morts civils pour bloquer des divisions qui ne vinrent jamais. Un livre passionnant, bien écrit, agréable à lire. De l’Histoire passionnante et à la portée de tous.




Ce qu'ils nous apprennent (1979) ajoutée le 15 nov. 2017

La maison du Docteur Michel Klein ressemble à une sympathique arche de Noé. Après avoir cohabité avec lionceaux, guenon et autres guépards, le célèbre vétérinaire et sa famille hébergent également deux bergers allemands, un chow-chow, un caniche, une chatte de gouttière et un chat birman, sans oublier tous leurs hôtes occasionnels, animaux malades, en instance d’intervention chirurgicale ou en convalescence. C’est dire jusqu’où va l’amour de l’auteur et de sa femme pour les animaux en général et pour les animaux domestiques en particulier. Cependant une question turlupine Michel Klein. Pourquoi pratiquement tous ces animaux, à l’exception de son chat birman, semble systématiquement préférer son épouse Michèle ?

« Ce qu’ils nous apprennent » est un charmant recueil d’anecdotes animalières. Tout le propos du vétérinaire tourne autant du thème contenu dans le titre de cet ouvrage. Oui, pour lui, les animaux pourraient être nos maîtres. Ils pourraient nous apprendre bien des choses, vu que leur comportement est souvent plus doux, plus aimant, plus compréhensif que le nôtre. Nous aurions donc bien des leçons à prendre d’eux. Il va sans dire qu’on se perd un peu beaucoup dans l’anthropomorphisme. Ceci mis à part, les anecdotes sont touchantes, particulièrement celles concernant les chiens guides d’aveugle au dévouement sans faille. Un petit reproche : trop de coquilles, fautes d’orthographe et autres lourdeurs grammaticales entachent ces pages. Les correcteurs feraient-ils la grève du zèle chez Laffont ?




Sœur emmanuelle (1983) ajoutée le 11 nov. 2017

Qui était Sœur Emmanuelle, née Madeleine Cinquin le 16 novembre 1908 à Bruxelles (Belgique) et morte le 20 octobre 2008 à Callian (Var, France), souvent surnommée la « petite sœur des chiffonniers » ? Une religieuse de Notre Dame de Sion enseignante qui fit ses premières armes en Turquie puis en Egypte, et qui fut même naturalisée égyptienne à partir de 1991. Elle était surtout connue pour ses œuvres caritatives auprès des enfants et des plus démunis, les fameux chiffonniers du Caire, et fut un symbole, dans l'opinion française, de la cause des déshérités. Née d’une mère belge et d’un père français, elle possédait ces deux nationalités. En 1991, le président Moubarak lui a accordé la nationalité égyptienne en remerciement de son œuvre. Elle devint très populaire dans l’opinion publique, apparaissant régulièrement en tête des classements des personnalités préférées des Français.

« Sœur Emmanuelle » se présente comme un long reportage sur un personnage hors du commun, habité par le besoin d’imitation du Christ dans son amour des plus humbles. La partie la plus importante de l’ouvrage est consacrée à une sorte de longue interview de la religieuse. Celle-ci permet de mieux comprendre ses motivations au travers d’évènements et d’anecdotes sur sa vie dans un milieu particulièrement dur et défavorisé. Sur l’immense décharge à ciel ouvert, des Chrétiens coptes et des Musulmans survivent en parfaite entente. Malgré des conditions de vie effrayantes pour un Occidental, ils ne sont pas malheureux et sont même remplis de l’amour de Dieu. Une extraordinaire leçon d’espérance, de charité et d’amour du prochain que la lecture de ce livre revigorant.




Le grand sillon (1988) ajoutée le 6 nov. 2017

À Panama, débute un chantier gigantesque, titanesque même, celui du fameux canal de Ferdinand de Lesseps. Flairant la bonne affaire, Martial et Romain se lancent vaillamment dans l’aventure. Ils équipent leur société de puissantes dragues et d’énormes excavatrices et offrent leurs services au contremaître O'Brien. Il s’agit d’unir deux océans pour éviter aux bateaux de faire le tour complet du continent. Mais pour cela, il va leur falloir araser les montagnes, lutter contre une nature hostile et dompter le Sagrès, un fleuve particulièrement capricieux. Un défi à la mesure de leur courage et de leur ambition. Mais les catastrophes s’enchaînent : éboulements en série, glissements de terrain, crues monstrueuses, coulées de boue meurtrière, sans oublier le climat malsain, les fièvres, les moustiques, les mygales et les serpents venimeux. Atteint par la malaria, Martial doit rentrer au Chili et être remplacé par Antoine qui délaisse pour un temps l’immense hacienda dont il avait la charge…

« Le grand sillon » est un roman historique de belle ampleur qui clôt la trilogie des « Promesses du ciel et de la terre ». Il s’achève sur un demi-échec fort bien décrit. Exaltante s’il en est, cette épopée qui tourna au scandale financier a raison de la détermination de l’initiateur de toute la saga. Ainsi tout s’achève en demi-teinte, comme dans la vie. Rien n’est tout blanc ni tout noir, mais plutôt dans les nuances de gris. Une très belle et très enthousiasmante histoire, des personnages attachants et très humains. Une totale réussite. Peut-être le meilleur ouvrage du prolifique Claude Michelet qui sait allier érudition et amour de la terre et des gens. À ne pas rater.




Pour un arpent de terre (1986) ajoutée le 3 nov. 2017

En 1879, alors que la guerre du Pacifique oppose le Chili à la Bolivie et au Pérou, Pauline et Antoine poursuivent leur implantation en Amérique du Sud en diversifiant leurs activités. Mais Martial et Rosemonde, eux, sont retournés en France. Atteinte du mal du pays, Rosemonde est retournée à Bordeaux où elle goûte aux plaisirs de l’oisiveté et ne compte pas du tout franchir à nouveau l’Atlantique. Pendant ce temps, de l’autre côté, leur ami banquier et financier, Herbert Halton ayant été capturé par une bande de guérilleros lors d’une expédition dans le désert, Antoine et Edmond se lancent à sa recherche et mettent tout en œuvre pour le délivrer. Dans cette mission difficile, ils seront aidés par Romain Deslieux, un prospecteur français qui a eu bien des mésaventures et qui deviendra bientôt leur ami et partenaire commercial…

« Pour un arpent de terre » est la passionnante suite des « Promesses du ciel et de la terre », saga sud-américaine de Claude Michelet. Dans ce tome, l’auteur fait encore plus œuvre d’historien que dans le précédent. En effet, la plus importante part de la narration est consacrée aux épisodes d’une guerre assez mal connue mais qui fut d’une folie et d’une cruauté peu commune. L’attaque d’Arica, la prise de Lima et les pillages qui s’ensuivirent sont très minutieusement décrits. Les rebondissements et les péripéties se succèdent à un rythme accéléré à tel point qu’il est difficile de lâcher le livre pourtant assez épais (487 pages). De plus en plus attaché aux personnages, le lecteur ne peut s’empêcher de vouloir connaître leur évolution dans ce monde rude et exaltant où tout est à construire et parfois malheureusement, à détruire !




L'autre côté de nulle part (2017) ajoutée le 28 oct. 2017

En classant livres et papiers d’un oncle défunt, un homme tombe sur un très étrange manuscrit… En Afrique, Tarz'an, l’homme-singe, suit à distance une colonne d’hommes blancs partis à la recherche d’une ville souterraine… Un Martien aussi caoutchouteux qu’indiscret, débarque à l’improviste chez un couple qui n’arrive plus à s’en débarrasser… Chaque fois que la Ville s’agite, Erwin le Serviteur doit intervenir pour rétablir l’ordre à n’importe quel prix… Un enfant rêve qu’une étoile vienne le chercher… Deux péripatéticiennes se plaignent de la musique diffusée par une de leurs ex-consœurs… Dans un Far-West quelque peu virtuel, le chasseur de primes Slim Dakota n’en finit pas de pourchasser l’affreux Ramirez, violeur et tueur d’une petite fille…

« L’autre côté de nulle part » se présente comme un recueil de 16 textes variés repris de diverses revues comme « Galaxies », « Gandahar », « Mercury », « Science-Fiction Magazine » et quelques autres. Quelle variété dans cette compilation ! Le lecteur y trouvera des nouvelles bien sûr, mais aussi un conte philosophique, un livret d’opéra-rock, une fable en hommage à La Fontaine et même une parodie désopilante de science-fiction. Le fond n’est pas en reste. Jean-Pierre Fontana exerce son indéniable talent dans tous les domaines de l’imaginaire : le fantastique, la fantaisie, la SF, l'horreur et même le scénario de jeu vidéo (« Demain matin au chant du colt », à mes yeux la meilleure nouvelle avec « Le Martien » et « L’autre côté de nulle part »). Que de facettes à son imagination ! Il y en a pour tous les goûts. Et, excepté le livret à la Manset et quelques clins d’œil en forme d’hommage, tout est bon et agréable à lire dans cet ouvrage édité avec soin par Armada. (Papier de qualité, couverture superbe de Lohran). À ne pas manquer !




Puynègre (1985) ajoutée le 26 oct. 2017

En 1840, Adeline Fabre, jeune veuve d’un général d’empire, gère Puynègre, une jolie propriété située en plein Périgord noir, quelque part entre Limeuil et Le Bugue. Son beau-fils, Jérôme, s’apprête à entreprendre un voyage en Orient, périple fort à la mode chez les nantis de l’époque. De vieilles amies demandent à Adeline de bien vouloir permettre à un certain Monsieur de Céré d’avoir accès aux ouvrages de la bibliothèque de Puynègre pour ses études sur l’architecture du cloître de l’abbaye de Cadouin. Mais le personnage en plus d’un intellectuel et d’un esthète est également un jeune et charmant dandy pétri d’idées romantiques qui vit la plupart du temps à Paris et fréquente les milieux intellectuels et littéraires. Adeline tombe vite amoureuse de ce beau ténébreux…

« Puynègre », suite de « Fontbrune », est un roman sentimental placé dans un contexte historique et de terroir particulier. Avec beaucoup de précisions et de détails très vraisemblables, l’auteur s’attache à faire vivre tout un petit monde provincial et parisien tout en déroulant une histoire d’amour assez classique au bout du compte. Au-delà de l’essentiel de ce gros roman principalement consacré aux émois et ébats de nos deux héros, l’accessoire, c’est-à-dire le contexte, la vie et les mœurs de la bourgeoisie et de la petite noblesse périgourdine très minutieusement décrits est sans doute le versant le plus intéressant de cet ouvrage bien écrit et fort agréable à lire. La plume de Mme Le Varlet a quelque chose de balzacien tout à fait plaisant.




L'iglou (1987) ajoutée le 21 oct. 2017

En 1934, Paul-Emile Victor, encore un tout jeune homme, organise sa première expédition polaire au Groenland en compagnie de Michel Perez, Robert Gessain et Fred Matter. Le célèbre commandant Charcot les débarquent sur l’inlandsis où ils comptent séjourner plusieurs mois en compagnie d’une tribu d’autochtones. Ils veulent vivre parmi les eskimos et surtout comme les eskimos. Plus tard, ils tenteront le pari fou d’une traversée complète en traineaux à chiens, une première française où ils furent à un doigt de trouver la mort. Puis un long séjour de plus d’un an sur la banquise. Paul-Emile Victor fera la connaissance de la belle Doumidia qui sera sa fidèle compagne, se bâtira une cabane et sera même atteint par le scorbut…

En dépit de son manque évident d’actualité, « L’iglou » reste un récit culte d’aventures et d’exploration. Le lecteur qui voudra bien s’y plonger découvrira un monde complètement inconnu, totalement hostile où la survie est plus que précaire. Les chiens sont les variables d’ajustement. Comme les chameaux des déserts de sable, sans eux pas de possibilité de se déplacer sur de grandes distances. L’auteur leur consacre un grand nombre de pages et même la majeure partie de l’ouvrage. Les conditions de vie sont tellement difficiles que les hommes n’hésitent pas à les sacrifier le moment venu, aussi attachés à eux soient-ils. Le côté ethnographique de l’ouvrage est sans doute le plus intéressant, d’autant plus qu’à cette époque, l’auteur a pu connaître le mode de vie ancestral des eskimos, celui d’avant les motoneiges, le Coca-Cola, la télévision et autres facilités modernes. Livre toujours à conseiller aux amoureux des grands espaces et de la nature sauvage.




Les promesses du ciel et de la terre (1985) ajoutée le 13 oct. 2017

Négociant en vin originaire de Lodève, Martial se retrouve à Paris au beau milieu des troubles des toutes dernières heures de la Commune. Dans le quartier de Grenelle repris par les Versaillais, il tombe sur Pauline, une jeune repasseuse qui vient juste d’être arrêtée par quatre gendarmes. Il l’aide à leur fausser compagnie et part avec elle se réfugier au fin fond de la Corrèze. Là, il y retrouve Antoine, ancien militaire récemment démobilisé dont la ferme familiale vient de brûler. Sans grandes perspectives les trois jeunes gens auxquels se joint bientôt Rosemonde, la bonne amie de Martial, envisagent d’émigrer en Amérique du Sud où ils espèrent réussir dans le commerce…

« Les promesses du ciel et de la terre » est un roman un peu de terroir de par le cadre et les personnages et beaucoup d’aventures, car les rebondissements et péripéties ne manquent pas dans cette histoire palpitante et fort bien menée qui aurait d’ailleurs très bien pu être authentique. Elle fait penser à celle des fameux « Barcelonnettes », ces pauvres paysans de la vallée de l’Ubaye qui s’expatrièrent au Mexique et qui, fortune faite, revinrent au pays pour se faire construire de magnifiques demeures. Le style de Claude Michelet est fluide, vivant et agréable. Le livre se dévore d’une seule traite. Les embûches ne manquent pas sur la route des quatre héros : tremblements de terre, incendies, vols, sans oublier un égarement dans le désert qui faillit être fatal à l’un des protagonistes. Un livre tonique, revigorant et optimiste qui montre qu’avec du courage, de l’honnêteté et de la ténacité, l’on peut venir à bout de tout. Des personnages positifs et très humains et une belle leçon de vie au final. À ne pas rater.




Viol d'anges (1997) ajoutée le 5 oct. 2017

Substitut du procureur auprès du Tribunal de Bobigny, Martine Bouillon s’est intéressée au problème de la pédophilie en traitant certaines affaires. Elle a été ulcérée de voir des adultes se servir d’enfants innocents comme de simples objets sexuels et encore plus révoltée de constater l’omerta, la chape de plomb qui s’abat dans la plupart des cas. En 1996, elle représenta la France au congrès de Stockholm où de nombreux pays furent réunis pour débattre du drame de l’exploitation des enfants dans le monde et pour se fendre d’une belle pétition de principe. Elle clame dans ce livre que la pédophilie qu’il serait préférable de nommer « pédomanie » reste le plus terrible crime contre l’humain, les enfants violés, victimes d’attouchements ou de sévices sexuels, étant détruits à tout jamais.

« Viol d’anges » est un essai approfondi sur ce fléau mal perçu et mal combattu. L’auteur s’attache à analyser ce qu’elle a compris du phénomène, détaille les portraits des délinquants sexuels, précise qu’ils peuvent avoir tous les profils, venir de n’importe quel milieu social et souvent avoir été eux-mêmes violés dans leur propre enfance. La victime devenant à son tour bourreau. Les explications philosophiques, sociologiques et psychologiques ne manquent pas. Il est assez dommage que le propos ne soit étayé que par de vagues allusions à l’affaire Dutroux et au tristement célèbre Gilles de Rais. Rien sur les réseaux, filières, pourvoyeurs et autres sociétés secrètes fréquentées par des gens très respectables dont les turpitudes ne doivent jamais être révélées au petit peuple. Et pas grand-chose non plus sur le tourisme sexuel dans le tiers monde. En se refusant à « détailler les horreurs pour éloigner les voyeurs », comme elle le dit, l’auteur se maintient dans le vague, le flou, le général et au bout du compte dessert plutôt sa cause. Ce qui est bien dommage.




L'enceinte concentrationnaire (1990) ajoutée le 29 sept. 2017

À Maryville (Tennessee) se déroule un procès sans précédent dans l’histoire de l’humanité, celui de la mise à disposition de la mère, Mary Davis, de ses sept embryons congelés alors qu’elle est divorcée. Les époux Davis ont eu toutes les difficultés à créer une famille. Mary ayant multiplié les grossesses extra-utérines, ils ont eu recours aux fécondations in vitro, sans le moindre succès. Après une tentative d’adoption qui n’a pas été menée à bien, ils ont accepté de passer par la cryogénie. Neuf ovocytes ont été prélevés sur la mère. Tous ont été fécondés avec succès grâce au sperme du père. Les deux qui ont été implantés n’ont pas permis une grossesse viable. La mère voudrait maintenant disposer des sept restants. Le tribunal rendra-t-il un jugement de Salomon ? Jérôme Lejeune, éminent professeur de génétique fondamentale à l’Université René Descartes vient de sa propre initiative témoigner à la barre…

« L’enceinte concentrationnaire » est la transcription au mot près du procès-verbal et des minutes d’un procès qui eut lieu en 1989 et qui fut déterminant pour définir avec précision le moment où l’on peut parler d’un être humain même en devenir. Pour certains, il y aurait un stade de pré-embryon tant que le système nerveux ne serait pas mis en place. Pour Jérôme Lejeune, ce concept ne repose sur rien de sérieux car dès la fécondation tous les éléments constitutifs sont mis en présence et le processus enclenché n’aura plus jamais besoin de rien. Sitôt conçu, un homme est un homme et mérite le même respect aussi minuscule et démuni soit-il. Simple rappel de la sagesse des peuples et du serment d’Hippocrate. Un livre scientifique d’abord relativement facile. Un hymne à la vie, plein d’humanité et de bon sens, qui remet les choses en place.




Ma mort et puis après (1990) ajoutée le 27 sept. 2017

Victime d’un très grave accident de la route, une jeune femme tombe dans un coma profond. Son esprit se détache de son corps et elle se retrouve dans une NDE (Near death expérience) assez longue. Quand elle reprend véritablement conscience, c’est pour découvrir qu’elle est défigurée, recousue de partout, incapable de se lever et qu’elle souffre le martyre. Un chirurgien classique et absolument pas spécialiste en esthétique rate son intervention sur ses paupières. Et ce n’est que le début du calvaire que doit endurer cette pauvre femme pour revenir vers la vie.

« Ma mort et puis après » est un témoignage qui malheureusement ne se cantonne pas au voyage aux confins de la mort. Celui-ci est d’ailleurs évoqué de façon totalement impressionniste, par petites touches qui ne donnent qu’une idée très vague de ce que doit être cette expérience. Très vite le livre tourne au drame et même au mélodrame. L’héroïne accumule les malheurs et les déboires. En plus de son calvaire personnel, autour d’elle c’est l’hécatombe : elle perd son mari suite à un cancer, puis sa mère et enfin la fille de son nouveau compagnon, elle aussi victime d’un accident de la route. Un livre assez intéressant malgré tout, bien écrit quoi qu’un peu confus, mais à déconseiller à celles et ceux qui n’ont déjà pas trop le moral !




La passion des chrétiens du liban (1979) ajoutée le 11 sept. 2017

Toute l’histoire du Liban a été marquée par les affrontements confessionnels entre Musulmans et Chrétiens depuis l’expansion de l’Islam au VIIIème siècle jusqu’à nos jours où, sur une même terre, cohabitent difficilement Chrétiens maronites et Musulmans sunnites, chiites ou druzes. Les périodes de paix et d’harmonie ont malheureusement bien souvent été entrecoupées d’intermèdes de persécutions barbares frisant le génocide. Ainsi, en 1860, les Druzes se lancèrent-ils dans de terribles massacres de Chrétiens à Beyrouth, sur le Mont Liban et jusqu’en Syrie. Les Turcs sensés faire régner l’ordre se rendirent d’ailleurs complices de toutes ces atrocités. À Damas, où d'autres tueries religieuses eurent lieu, seul l’émir Abd-el-Kader sut se montrer charitable. Et il fallut que Napoléon III se décide enfin à intervenir par l’envoi d’un corps expéditionnaire pour faire cesser cette folie sanguinaire. Le calvaire se reproduisit en 1914-18 sous forme d’une monstrueuse famine cyniquement organisée qui fit périr à nouveau des milliers de Maronites. D’autres troubles eurent encore lieu en 1943, période qui vit la fin du protectorat français. Et en 1975, éclata une très longue guerre civile qui ravagea à nouveau la pauvre petite « Suisse » du Moyen-Orient.

« La passion des Chrétiens du Liban » est un ouvrage historique de belle facture qui nous rappelle quelques épisodes de l’histoire douloureuse d’une communauté multi-culturelle et multi-religieuse qui eut toujours les pires difficultés à maintenir un équilibre précaire entre les diverses forces en présence. On transigea avec un président maronite et un premier ministre sunnite, principe démocratique reposant sur l’importance numérique de chaque religion. On sait ce qu’il en est devenu. Livre souvent dur à lire en raison de la description par des témoins oculaires de véritables pogroms d’une cruauté féroce. La populace druze égorgeant à tout-va, n’épargnant ni femme, ni enfant, ni vieillard. Incendies, vols, viols et pillages furent à chaque fois systématiquement pratiqués. Mais livre indispensable pour qui veut garder un regard lucide sur des réalités religieuses et ethniques qu’on aimerait relever d’un autre temps.




Marianne et le pot au lait (1983) ajoutée le 8 sept. 2017

C’est la crise, le marasme. Et pas depuis hier. Il suffit de lire ce livre pour le réaliser. Le citoyen a l’impression de n’en plus jamais espérer voir la fin. Gouvernants et économistes devraient faire preuve de plus d’humilité dans leurs déclarations et dans leurs initiatives. Ils aiment bien nous faire prendre leurs hasardeux paris pour des certitudes. Quand ils annoncent que leur politique produira tel ou tel résultat, ils mentent effrontément. Aucun économiste ne peut vraiment dire comment les hommes, les collectivités, les peuples réagiront à telle ou telle mesure. C’est pour cette raison fondamentale que l’économie est une science inexacte, largement soumise aux caprices et aux aléas des évènements. Notre vieux pays est sclérosé, crispé sur ses vieux concepts, arcbouté sur ses acquis sociaux et depuis longtemps irréformable. Si on y ajoute des gouvernants peu portés sur l’économie ou tentés par toutes sortes de coccigrues comme l’obsession de « faire payer les riches », comme la sottise du « c’est gratuit, c’est l’Etat » qui paie ou par les potions magiques du protectionnisme ou du colbertisme, on comprend que notre pays est fort mal barré et depuis fort longtemps…

« Marianne et le pot au lait » est un essai économique axé sur les années Mitterrand qui commencèrent par une relance ruineuse et des nationalisations idiotes pour déboucher, une année plus tard, sur une rigueur digne de Raymond Barre. Il est très instructif de lire aujourd’hui cet ouvrage bien écrit et bien documenté. L’analyse de la situation économique hexagonale est fine, intelligente et bien documentée. Il en ressort que depuis presque un demi siècle rien n’a vraiment changé. Les mêmes causes ont créé les mêmes effets. Les politiques continuent à patauger dans les mêmes marigots, proférer les mêmes calembredaines. Ce qui fut écrit à l’époque est malheureusement toujours valable aujourd’hui. Chômage, délocalisation, désindustrialisation, endettement, déficit de la balance commerciale, tous ces maux n’ont fait que croître et empirer. Un livre essentiel qui ne tombe pas dans les excès du pamphlet mais fait œuvre didactique, même à long terme.




L'audace d'une étoile (2017) ajoutée le 5 sept. 2017

Au début de l’autre siècle, Anaïs-Mauricia Bétant, jeune Thiernoise des plus casse-cous, se taille une belle réputation dans le monde du cirque et du music-hall. Elle se distingue particulièrement dans des numéros de haute voltige comme l’Auto-bolide, le saut à cheval ou le « Bilboquet humain ». Très vite, le public français puis étranger (Etats-Unis, Portugal, Russie et Allemagne) s’enthousiasme pour ses exploits. Elle connait la gloire et la fortune tout en restant une femme libérée, généreuse et très en avance sur son temps. Sa vie hors norme est jalonnée de hauts et de bas, de triomphes et d’accidents ainsi que de nombreux compagnons et soupirants…

« L'audace d'une étoile » est un roman historique et sentimental bâti autour d’un personnage extraordinaire ayant réellement existé. L’auteure, Corine Valade, après de jolis succès dans un registre plus terroir et artisanat traditionnel (« Le printemps d’Aurélien »), s’était déjà spécialisée dans les récits de vies de femmes libres comme « Victoire » ou « Léopoldine ». Elle franchit maintenant un nouveau cap avec le récit d’une partie de la vie de ce personnage des plus extraordinaires et des plus attachants. Une fois de plus, se vérifie l’adage selon lequel la réalité dépasse la fiction. Les évènements et péripéties se succédant à un rythme rapide, ce livre, agréablement écrit, ne se lit pas, il se dévore à toute vitesse ! On ne souhaite qu’une chose à l’auteure : qu’elle poursuive avec d’autres figures du féminisme comme Olympe de Gouges, Louise Michel, Ella Maillart ou Alexandra David-Neel. Les sujets ne lui manqueront pas.




La différence créatrice (1979) ajoutée le 5 sept. 2017

Aimer c’est faire confiance, c’est accepter qu’un autre m’altère… Je me suis débattu contre l’amour comme on se débat contre Dieu… Chacun aime l’autre pour l’autre et non pour soi… Le mal, c’est le refus du droit à la différence et donc l’esprit de domination… Malheureusement, la société marchande n’adore qu’un dieu, le dieu fric… J’apprends que la fidélité est une création perpétuelle, que l’amour peut vaincre le temps, que l’intelligence du cœur est au cœur de l’intelligence… Ce livre étant impossible à résumer, j’ai préféré noter ses quelques pépites qui illustrent parfaitement le propos de l’auteur.

« La différence créatrice » est un double recueil philosophique : celui de sept textes personnels de Jacques de Bourbon-Busset et dans une seconde partie celui d’une vingtaine d’autres de grands auteurs, saints, poètes ou philosophes (comme Saint Jean, Saint Bernard, Charles Péguy, Paul Valéry, Rainer Maria Rilke, Descartes, Pascal, Spinoza, Rousseau, Alain, Heidegger, etc.) Tous semblent convoqués ici pour illustrer les réflexions de l’auteur sur l’amour, la mort, le divin, l’humain, l’âme, la puissance et la gloire, le respect de la nature. Les sujets ne manquent pas, les interrogations non plus. À moins de servir d’introduction voire d’initiation, l’ensemble qui a quelque chose d’hétéroclite et d’un peu superficiel. Laisse le lecteur sur sa faim Mais une authentique philosophie n’est-elle pas une perpétuelle recherche ?




Les aveux infidèles (1962) ajoutée le 4 sept. 2017

Un homme, écrivain et diplomate, sorte de double de l’auteur, s’interroge sur le sens de sa vie, sur l’amour, la mort, l’amitié, la transcendance, entre autres choses. Pris dans le tourbillon de la vie, se préoccupe-t-on si l’âme meurt avec le corps ou si quelque principe supérieur la sauve de l’anéantissement ? Il faut dire que la mort rôde autour de lui. Il vient de perdre J., une amie très chère, suite à une longue et douloureuse maladie. Son frère est mort pendant une escarmouche au début de la guerre, sa mère également victime d’une rafale de mitraillette en août 44 et son père pour achever la série. Sa vie ne trouve un sens qu’auprès de sa compagne et dans le calme de la nature. Il songe même à tout quitter pour ne plus se consacrer qu’à son art.

« Les aveux infidèles » se présentent comme des confidences décousues, qu’on dirait écrites au fil de la plume dans une série de courts chapitres sans véritable lien les uns avec les autres. Une suite d’impressions introspectives, une auto-analyse et même une autobiographie spirituelle. Jacques de Bourbon-Busset, qui est loin d’être un mystique, est parti d’un rejet de la transcendance pour lentement y revenir sous l’influence de sa compagne. En chemin, il s’est interrogé sur tous les grands thèmes de la philosophie. Le lecteur y trouvera les influences d’Alain, de Kant et de quelques autres ainsi que de Paul Valéry en ce qui concerne la poésie. Ces aveux « infidèles » (au sens que les mots peuvent souvent trahir la pensée) laissent au lecteur une impression de légèreté pour ne pas dire de futilité. Ils restent la plupart du temps à la surface des choses sans jamais les approfondir vraiment. Ils posent plus de questions qu’ils ne proposent de réponses. Mais la vie n’est-elle pas ainsi ?




Les innocents de paris (1944) ajoutée le 2 sept. 2017

En 1923, à Paris, les anciennes fortifications avec leurs terrains vagues, leurs jardinets et autres cabanes en bois servent de terrain de jeu à une bande de gamins pauvres et plus ou moins livrés à eux-mêmes. Ces petits « Poulbots » se sont accaparés une vieille cabane dans laquelle ils se retrouvent et cachent leurs pauvres trésors, une boussole, quelques albums et diverses babioles. Il y a également un perroquet, un chat et un chien. Les enfants ne rêvent que d’aventures et d’expéditions plus ou moins risquées. Ainsi, l’un d’eux se perd dans un des souterrains de la petite Ceinture et y découvre un vieux wagon abandonné autrefois réservé aux voyages princiers. Leur soif d’aventures les pousse à se lancer à l’assaut du lointain Parc Monceau pour y affronter les gosses de riches. Mais l’aventure tourne court. Un des gamins placé un temps en garde à vue attire l’attention d’un véritable voyou…

« Les innocents de Paris » est un joli roman sur l’enfance et sur un monde disparu celui du vieux Paname, des fortifs et des titis parisiens. Nombre de personnages hauts en couleurs comme l’employé de l’octroi, le gardien du square ou l’ancien vétéran de la Commune, égayent cette histoire qui rappelle par moment la fameuse « Guerre des boutons » de Louis Pergaud. Le style de Gilbert Cesbron, finement descriptif, n’a pas pris une ride et est toujours agréable à lire. Même si cet ouvrage n’est pas le meilleur de l’auteur, il mérite néanmoins notre intérêt ne serait-ce que pour la connaissance du monde de l’enfance perdue et surtout pour la description glaçante des terribles évènements de la « Commune de Paris », page d’Histoire de France terrible au point d’être soigneusement édulcorée dans les manuels. C’est tout à l’honneur de Gilbert Cesbron de l’avoir évoquée de cette manière.




La vie secrète des arbres (2017) ajoutée le 29 août 2017

Contrairement à ce que d’aucun pourrait croire, les arbres ne sont pas des êtres presque inanimés proches des minéraux, de simples fournisseurs de bois et accessoirement d’ombre et de fraîcheur en été. Ils sont capables de communiquer par leurs racines, de s’entraider en ravitaillant en nutriments un congénère en difficulté. Ils savent également se défendre contre les prédateurs en changeant la composition de leur feuillage de manière à le rendre non comestible. Les chênes sont capables de gérer leur production de glands pour mieux assurer leur succession. Quant aux séquoias de nos régions ou de nos parcs, s’ils n’arrivent pas à devenir aussi imposants que ceux d’Amérique, c’est tout simplement parce qu’ils ont été plantés en solitaires et donc qu’ils n’ont plus le soutien du groupe. La forêt est un grand être vivant où les arbres vivent en communautés et en symbiose avec les champignons, les micro-organismes, les insectes et tous les autres animaux.

« La vie secrète des arbres » est un essai absolument passionnant basé sur les recherches d’un forestier allemand responsable d’une forêt bavaroise qu’il s’efforce de gérer comme une forêt primaire c’est-à-dire avec le minimum d’intervention humaine pour lui permettre de garder toute sa richesse et toutes ses caractéristiques naturelles. Cet ouvrage permet de découvrir un nombre incalculable de choses insoupçonnées. Quand il se promènera en forêt, le lecteur ne regardera plus jamais les arbres de la même façon. Le style est fluide et agréable. L’intérêt est soutenu du début à la fin. Laquelle se présente sous forme d’un plaidoyer en faveur de la forêt primaire auquel il est difficile de ne pas souscrire après tout ce qui vient d’être aussi magistralement exposé. Un livre essentiel pour qui veut comprendre la réalité écologique du milieu forestier.




Récits de kolyma (1978) ajoutée le 21 août 2017

À l’époque de Staline, un détenu des camps de concentration du Goulag, à l’extrême-nord de la Sibérie, se retrouve interné dans un centre de quarantaine. Pour un temps, il échappe au travail exténuant, aux coups pour un oui ou pour un non, aux vols et humiliations des droits communs. Quand son nom est appelé pour faire partie de ceux qui doivent retourner au camp de la Kolyma, il se fait tout petit et reste dans les rangs pour pouvoir faire durer plus longtemps son séjour dans cet abri relatif. Et ça marche… Un autre qui a énormément travaillé et qui n’est plus bon à grand-chose suite aux mauvais traitements est convoqué par un responsable qui lui assigne une nouvelle affectation. Quand il se retrouve avec des gardes armés dans un camion qui s’enfonce profondément dans la forêt, il réalise soudain que sa dernière heure est venue et qu’on va le liquider d’une balle dans la nuque…

« Kolyma » n’est ni un témoignage chronologique complet ni un recueil de nouvelles, mais plutôt une série de récits, d’anecdotes de portraits de pauvres bougres internés la plupart du temps sans rime ni raison dans cet effroyable enfer concentrationnaire bolchévique. Etudiant à l’Université de Moscou, l’auteur y fut condamné en 1929 et y fit deux séjours avant d’être libéré en 1953, à la mort de Staline. Ce qu’il raconte est d’autant plus glaçant et choquant que tout est fait pour détruire l’homme : travail épuisant dans les mines d’or ou au débardage de bois, nourriture insuffisante, promiscuité, parasites, maladies et persécutions par les droits communs. La plume est précise, les descriptions parfois impressionnistes, l’ambiance glauque à souhait, une impression de dernier cercle de l’enfer. Le summum de l’horreur est d’ailleurs atteint lorsque la montagne rasée et dévastée fair remonter à la surface les milliers de cadavres congelés qui se sont accumulés au fil du temps. Un témoignage accablant pour l’Histoire du communisme.




Être jeune à tout âge (2009) ajoutée le 17 août 2017

Ce guide pratique illustré propose une méthode pour vivre bien et en forme le plus longtemps possible. La médecine chinoise, l’acupuncture et son dérivé, la digitopuncture, seraient-ils en mesure de tous nous maintenir dans l’éternelle jeunesse, à tout le moins, de nous permettre de vieillir à peu près confortablement et sans trop importants problèmes de santé ? Pour ce faire, il vaut mieux prévenir que guérir, renforcer les défenses, mener une vie riche et active, faire de l’exercice, manger de bons produits, exercer sa mémoire et maintenir une vie sociale épanouissante. « Dans la Chine ancienne, l’usage voulait que l’on paie son médecin quand… on allait bien. Aussitôt la maladie déclenchée, les soins devenaient gratuits. Pourquoi ? Parce qu’un bon médecin devait être capable de prévenir les maladies. »

« Etre jeune à tout âge » se présente comme un traité de vulgarisation de maintien en bonne santé surtout destiné aux femmes. Chaque grande étape de la vie, 20/30 ans, l’âge des débuts, 30/40 ans, l’âge de l’accomplissement, 40/50 ans, l’âge de l’essentiel, 50/60, la ménopause pas de panique, et 60/70, la joie de vivre, est étudié dans un chapitre particulier avec un état des lieux (difficultés particulières de chaque tranche de vie) puis avec une série de conseils pratiques de toutes sortes : points d’acupuncture, compléments alimentaires, exercices physiques, conseils diététiques, etc. Un grand nombre de dessins et croquis illustre le propos qui complète un peu les exposés des précédents ouvrages mais en reste quand même à toutes sortes de généralités que l’on peut retrouver un peu partout dans la presse féminine. Utile, mais pas génial !




Une huître (2017) ajoutée le 15 août 2017

« Une fois morts, les vrais abrutis sont-ils réincarnés en faux cons ? »

« L’homme est accro à l’argent et, pour soigner son addiction, a pris la mauvaise habitude de travailler. »

« Quand l’homme part à la guerre, sa femme rentre alarmée. »

« À l’heure de pointe, l’autoroute est un vrai bal musette ; les voitures jouent de l’accordéon, le trafic dense et la police fait sauter les bouchons… »

« Le monde moderne est si peu sûr que même le béton est armé… »

« L’école est une prison… D’ailleurs on y étudie déjà la cellule… »

« La cigarette tue et le bar-tabac… »

Juste pour vous mettre l'eau à la bouche, quelques exemples des 500 perles que renferme cette huître si bien nommée et si bien ciselée par Denis Willems, alias LeSio, parolier et humoriste aussi talentueux que belge !

« Une huître » est un recueil d’anagrammes, de jeux de mots et autres contrepèteries souvent écrite pour le plaisir du paradoxe ou de l’étrangeté et qui atteignent parfois la sagesse de l’aphorisme et le plus souvent l’humour aussi farfelu que décalé qui est souvent une spécialité de nos amis d’outre-Quiévrain. Le lecteur rira beaucoup à la lecture de ces brèves de comptoir et de ces maximes toujours amusantes, parfois poétiques bien que quelquefois un peu faciles si ce n’est même (rarement) « capillotractées ». Le lecteur ne boudera pas son plaisir d’autant plus que l’auteur les propose gracieusement à qui les demande. Votre serviteur peut même vous les transmettre en son nom. Bonne lecture garantie. C’est vif, net, pétillant, moqueur, taquin, paradoxal. Presque du Bobby Lapointe ! Autant dire un régal pour connaisseurs ! Profitez-en vite…




Vos mains sont votre premier médecin (1994) ajoutée le 15 août 2017

Cet ouvrage basé sur la digitopuncture (acupuncture sans aiguille, c’est-à-dire par la simple pression des doigts) propose de soulager les douleurs, d’atténuer les souffrances de cette étonnante manière en utilisant certains points précis du corps humain. Reste bien évidemment à connaître leurs emplacements et à quels organes ils correspondent. Il indique également comment faire un « check-up » en palpant certains emplacements au niveau des pieds, des oreilles ou du tronc, ce qui ne correspond pas forcément à une affection précise, mais représente une action de prévention en vue d’une meilleure hygiène de vie. Dans une première partie intitulée « Ma longue marche », l’auteure relate également sa découverte de la médecine chinoise et son arrivée en France suite aux persécutions subies en URSS, rappel de son autre livre « J’ai choisi la liberté », précédemment chroniqué.

« Vos mains sont votre premier médecin » se présente comme une ouvrage de vulgarisation simple et de lecture aisée. De très nombreuses photos ainsi que des croquis illustrent le propos et devraient permettre une mise en œuvre aisée d’une technique qui semble un peu exotique pour ne pas dire ésotérique au premier abord. La liste des maux traités qui va des convulsions aux troubles spécifiques de la femme en passant par les crises d’asthme ou de colite néphrétique sans oublier lumbago ou sciatique laisse un peu rêveur. Une méthode très intéressante qui semble facile à pratiquer par tout un chacun. Sans garantie du chroniqueur quant aux résultats bien sûr !




Irène joliot-curie (1991) ajoutée le 13 août 2017

Fille des célèbres Pierre et Marie Curie, découvreurs de la radio-activité du radium, deux fois prix Nobel, Irène Joliot-Curie se lance très jeune sur leurs traces après de très brillantes études. À 17 ans, elle part sur le front pour organiser les premiers fourgons radiographiques qui seront d’une grande aide pour les soins aux blessés. Décorée de la médaille militaire, elle rencontre le jeune Frédéric Joliot, son collègue à l’Institut du Radium qu’elle épouse quelque temps plus tard et dont elle aura deux enfants. En 1935, le couple découvre la radio-activité artificielle ce qui lui vaut un prix Nobel commun. Irène est à l’origine de la découverte de la fission nucléaire, avancée qui permettra la mise au point par les Américains de la bombe atomique quelques années plus tard dans les conditions que l’on sait. Fondateur du CEA (commissariat à l’énergie atomique), Frédéric Joliot-Curie s’en verra écarté en raison de son appartenance au Parti Communiste et ne cessera de militer pour la paix quand il découvrira que cette nouvelle énergie pouvait avoir des développements terribles pour l’humanité. Irène mourra de leucémie en 1956 sans doute suite à des irradiations lors de manipulations mal protégées…

« Irène Joliot-Curie » est la biographie un tantinet hagiographique d’une femme hors norme qui consacrera tout son temps et toute son énergie à ses recherches, qui sera la première femme à être nommée secrétaire d’Etat à la recherche scientifique en 1936 et qui participera à tous les combats contre le fascisme, les injustices sociales, la lâcheté et la bêtise et surtout pour l’émancipation des femmes. Cet ouvrage bien écrit et bien documenté apporte un éclairage intéressant sur l’histoire de la découverte de l’énergie nucléaire. Les passages sur la course entre les savants nazis, européens et américains pour la suprématie atomique (avec la fameuse bataille de l’eau lourde gagnée par les Alliés et la non-coopération des Joliot-Curie protégés par un de leurs anciens élèves, allemand mais anti-nazi, est particulièrement passionnant). Un destin exceptionnel qui croisa la route des plus grands comme Albert Einstein, Fermi, De Gaulle, Paul Langevin, Eugénie Cotton et tant d’autres. À lire si on s’intéresse à l’Histoire.




Au beau temps de la butte (1963) ajoutée le 9 août 2017

Au tout début de l’autre siècle, le jeune Roland Dorgelès, plus saute-ruisseau que véritable journaliste, passe le plus clair de son temps avec les artistes de la Butte Montmartre. Ainsi fréquente-t-il les peintres du Bateau-Lavoir dont le plus célèbre est déjà Picasso, mais également Utrillo, Suzanne Valadon, Marie Laurencin dont il trace un portrait assez peu flatteur, sans oublier les écrivains comme Paul Mac Orlan, Francis Carco, Paul Léautaud, Henri Béraud et tant d’autres. La vie est aussi dure qu’insouciante pour ces grands noms de la bohème. Mais soudain, un jour d’août 14, toute cette jeunesse est emportée dans le malstrom de la guerre. Un grand nombre n’en reviendront pas… Et l’auteur y laissera bien des illusions sur la fidélité des femmes…

« Au beau temps de la butte » est à la fois un recueil de souvenirs et un témoignage charmant sur une époque disparue, sur un monde oublié. Une époque où Paris était encore la capitale mondiale des arts et des lettres. Un tel rassemblement de talents laisse rêveur. La plume de Dorgelès est magnifique, cela va sans dire. Il sait comme personne traduire une ambiance, faire revivre un peintre ou un écrivain. C’est un observateur intelligent et perspicace au regard acéré, compatissant et plein d’humanité. Sa description du retour à la vie civile en 1918 avec sa suite de déceptions, ses pertes d’illusions et son désespoir poussant un grand nombre de ses compagnons jusqu’au suicide est particulièrement émouvante.




J'ai choisi la liberté (2006) ajoutée le 5 août 2017

Pourquoi la jeune et brillante Nadia Volf, docteur en médecine, agrégée en neuro-pharmacologie et directrice d’un centre de recherche se retrouve-t-elle obligée de fuir l’URSS de Brejnev en compagnie de son mari Leonid et en cachant son fils Artyom dans le coffre de leur voiture ? Tout simplement parce qu’ils sont juifs et victimes de l’antisémitisme rabique qui règne à cette époque dans le pays. Dès son enfance, elle eut à subir les rebuffades, insultes et humiliations des autres élèves et finalement le rejet, les menaces, les pressions incessantes du KGB. Il était impensable qu’une juive puisse monter si haut ! Arrivée en France, elle découvre que les promesses faites par ses homologues français ne reposent sur rien de sérieux. Heureusement pour elle, toute la communauté juive de Nîmes se mobilise pour accueillir cette famille persécutée de manière plus qu’exemplaire.

« J’ai choisi la liberté » est un magnifique témoignage de courage, de solidarité et de générosité. Il peut redonner confiance dans l’être humain et même prouver qu’à condition d’être honnête, sérieux et de bonne foi, l’intégration de réfugiés « politiques » de ce style peut être une formidable réussite, bénéfique pour ceux qui en profitent comme pour le pays d’accueil. Il faut dire que le docteur Volf n’est pas n’importe qui, mais une des meilleures spécialistes de l’acupuncture, toute dévouée à son art, un « cerveau » qui fut même championne d’échecs dans sa jeunesse. Le genre de « migrante » qu’on accueille avec plaisir (ce qui ne fut pas tout à fait le cas) et qu’on souhaiterait même plus nombreuses. Elle sait reconnaître ce qu’elle doit à notre pays. « Oui, la France fut pour nous la Terre promise. », conclut-elle. À lire, ne serait-ce que pour se rappeler les horreurs du communisme soviétique…




Jill, une femme raconte son combat contre le cancer (1987) ajoutée le 1 août 2017

Née en 1936, Jill Ireland est une actrice britannique d’abord mariée avec l’acteur écossais David McCallum avec qui elle a eu trois fils dont un adopté, Jason, mort d’une overdose en 1989. Sur le tournage de « La grande évasion », elle rencontre Charles Bronson, lui-même marié avec des enfants. Le couple aura une fille Zuleika, qui s’illustrera dans des concours hippiques. La famille possède une magnifique propriété à Bel-Air. Passe l’été au bord de l’océan dans une belle résidence de Malibu et l’hiver à faire du ski dans le Vermont. Leur bonheur serait complet si Jill ne s’était pas vue détecter un cancer du sein qui nécessita une ablation totale suivie d’une longue série de sept sessions de chimiothérapie particulièrement douloureuses. Dans ce livre, surtout centré sur les années 83 à 85, l’actrice relate par le menu son long combat contre cette terrible maladie.

« Jill, une femme raconte son combat contre le cancer » est le témoignage émouvant d’une femme qui décide de prendre les choses en main et de mettre toutes les chances de son côté. Elle ne se contente pas de mettre en œuvre les thérapies classiques. Elle se lance parallèlement dans la médecine holistique, dans l’électrothérapie et la méditation. Elle change sa façon de vivre, son alimentation (plus de laitages, de farineux, de sucre et de protéines animales) et jusqu’à son regard sur ses contemporains. Une leçon de courage et de dignité qui se termine sur des pages d’espoir et ne peut qu’être profitable au lecteur même si celui-ci sait que la triste réalité a rattrapé l’auteure cinq années plus tard et a eu le dernier mot…




Vladimir ou le vol arrêté (1987) ajoutée le 28 juil. 2017

En 1967, dans un théâtre moscovite, Marina Vlady fait la connaissance de l’acteur, auteur-compositeur-interprète Vladimir Vissotsky. Elle est alors mariée et mère de trois garçons issus de deux unions différentes. Lui est dans une situation similaire mais avec deux enfants. Cela ne les empêche pas de tomber follement amoureux et de tout abandonner pour vivre ensemble. L’ennui c’est que Marina Vlady est une actrice de renommée mondiale qui a toute latitude de circuler partout dans le monde sans pouvoir s’installer durablement en Union soviétique alors que son amant, poète détesté par le régime mais idolâtré par le public, n’a pas le droit de sortir du pays. Le couple doit vivre caché et Marina faire des allers et retours incessants entre la France et la Russie. Tout se compliquera rapidement avec l’alcoolisme et l’addiction à la morphine de Vladimir…

« Vladimir ou le vol arrêté » est un témoignage en forme de déclaration d’amour à un artiste à la carrière météoritique. Les astronomes d’un observatoire de Crimée baptiseront d’ailleurs de son nom une nouvelle planète découverte entre les orbites de Mars et de Jupiter. Au-delà du côté sentimental et passionnel de cette liaison qui ne dura qu’une douzaine d’années, le lecteur découvrira surtout les tracasseries dans la Russie soviétique, les souffrances pour ne pas dire le calvaire de la compagne d'un drogué et d’un alcoolique en proie au mal de vivre sans oublier les plaisirs d’une existence de nantis passant d’un pays à l’autre, d’un palace au suivant, dans les endroits les plus chics et les plus romantiques de la planète, notre actrice ayant réussi à extraire son poète de sa prison à ciel ouvert. Intéressant et instructif même avec le recul du temps. De nombreux poèmes de Vissotsky agrémentent ce texte, écrit comme une adresse au disparu, qui donne envie de mieux connaître cet artiste tout à fait original.




J'ai du ciel bleu dans mon passeport (1984) ajoutée le 23 juil. 2017

Issu d’une ancienne famille de l’aristocratie bretonne, Philippe de Dieuleveult est le benjamin d’une fratrie de sept garçons. Dès le plus jeune âge, il ne rêvait que d’aventures. Il fut d’abord scout puis exerça mille petits métiers pour financer sa première expédition, une traversée du Sahara qui sera suivie de plusieurs autres. Il participe avec succès à la « Course autour du monde » pour laquelle de jeunes globe-trotteurs devaient envoyer chaque semaine un reportage sur un pays différent. En 1979, il est engagé comme journaliste reporter d’images pour FR3. Caméra à l'épaule, il filme les équipes de « Médecins sans frontières » dans leurs diverses missions partout dans le monde. Et en 1981, il anime sur Antenne 2 l’émission « La Chasse aux trésors », qui passionnera le public pendant plus de quatre ans. Enregistrant l’émission chaque semaine dans un endroit différent, il marque les téléspectateurs par sa chaleur humaine, son humour, et ses prises de risques (chute depuis un hélicoptère, plongée sous-marine, saut en parachute en direct, etc.). L’émission, diffusée le dimanche soir, arrivera souvent en tête des audiences. Malheureusement, il disparaît tragiquement et mystérieusement au Zaïre en 1985. Noyade, accident ou assassinat ? L’affaire n’a jamais été vraiment élucidée.

« J’ai du ciel bleu dans mon passeport » est son témoignage en forme d’autobiographie qui parut une année avant sa mort. Sans se soucier de l’ordre chronologique, il y raconte en vrac sa jeunesse, ses expéditions, sa vie d’homme de télévision et même ses liens avec l’armée (ancien parachutiste et formateur commando, il sera contacté par le célèbre Bob Denard mais refusera de collaborer avec lui). Il fait preuve d’une grande franchise et d’une belle honnêteté. Reconnait être touché par l’amour que le public lui porte et en particulier les handicapés, tout en reconnaissant ne pas être atteint par cette « gloire » et être résolu à toujours rester lui-même, c’est-à-dire un aventurier des temps modernes toujours prêt à faire ses bagages pour partir au bout du monde. Un livre tonique et bien écrit qui permet de jeter un œil dans les coulisses de la télévision tout en gardant la mémoire d’un être hors norme.




Ovnis, 50 ans de secret (1997) ajoutée le 19 juil. 2017

Aux Etats-Unis, en juin 1947 débute avec l’affaire Roswell, une série de phénomènes étranges : lueurs dans le ciel, apparition des premières soucoupes volantes, disparitions inexpliquées et mutilations d’animaux d’élevage. L’opinion les attribue à des manifestations d’extra-terrestres alors que les instances dirigeantes semblent tout faire pour faire disparaître les traces et cacher les évènements. Pourtant, au fil des ans, s’accumulent des milliers de témoignages troublants. En dépit de l’ouverture au public des archives de l’armée de l’air américaine et du FBI quelques années plus tard, il est toujours aussi difficile à la vérité de se manifester. Les « fakes » (« homme de Roswell » en latex et autres) n’arrangent rien. Les autorités campent depuis cinquante ans sur la négation complète. La réalité est-elle si inquiétante qu’il faille encore et toujours la dissimuler ?

« OVNIS, 50 ans de secret » se présente comme une enquête rigoureuse, prouvée, sourcée (nombreuses pages de notes de référence, fac-similés de documents authentiques) sur un phénomène qui déchaine les passions et suscite les controverses. L’auteur a l’honnêteté de dénoncer les déclarations mensongères ou fantaisistes. Il démontre que ce sont souvent des rideaux de fumée créés pour dévaloriser les thèses de ceux qui croient aux interventions extra-terrestres. On apprend énormément de choses dans cette étude très complète et même très copieuse. Cependant le lecteur achève sa lecture en restant un peu sur sa faim. Rien ne prouvant rien, les arguments se contre disant, le mystère demeure. Les doutes aussi.




L'amour, la médecine et les miracles (1989) ajoutée le 13 juil. 2017

Chirurgien à New Haven, enseignant à l’université de Yale, le Dr Bernie S. Siegel fit un jour la découverte de l’importance et même de la prédominance de l’esprit sur le corps de certains patients. Il fut témoin d’un nombre incroyable de guérisons exceptionnelles ou de rémissions inattendues déjouant tous les pronostics médicaux. Ces « miracles » se produisent presque toujours chez des êtres atypiques qui prennent leur sort en main, ne se résignent pas à la maladie, la combattent et finalement en viennent à bout sans s’en remettre uniquement à la médecine traditionnelle. L’auteur en tire alors les conclusions qui s’imposent. Il change radicalement sa pratique médicale, donne des conférences sur le rapport corps/esprit et crée un groupe d’accompagnement de cancéreux où les gens partagent, s’écoutent, s’encouragent et s’entraident pour guérir autrement…

« L’amour, la médecine et les miracles » est un essai médical basé sur la pratique et le concret. Il fait appel à une multitude d’anecdotes et de témoignages souvent bouleversants sur les capacités insoupçonnées de l’amour et de la volonté dans le retour à la santé. En fin de volume, et ce n’est pas le moindre intérêt de cet ouvrage, l’auteur détaille techniques et méthodes pour stimuler le processus de guérison : alimentation, activité sportive, méditation, yoga, visualisation, travail sur les rêves, rire, interprétation de dessins spontanés, groupe de parole, jeux, prise en compte des ressentis, des émotions, etc. Un ouvrage majeur, bien écrit, tout à fait passionnant et qui ouvre des perspectives nouvelles fort éloignées de la conception mécaniste de la médecine classique. Il est rassurant de penser que l’esprit dirige le corps et non l’inverse ! À lire et méditer…




Sainte-mère-eglise (1984) ajoutée le 5 juil. 2017

Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, l’avant-garde des forces alliées, en l’occurrence les parachutistes des 82ème, 101ème et 505ème US airborne sautent ou débarquent de planeurs sur le petit village de Sainte-Mère-Eglise (Cotentin) et ses environs pour sécuriser la zone de débarquement. Mais les Allemands les attendent de pied ferme. Ils ont fortifié la région et massé des troupes un peu partout. Les combats sont acharnés. Très vite les Américains se retrouvent à court de munitions et même prêts à se replier. Heureusement pour eux, la logistique arrive juste à temps et cette première petite parcelle de territoire français délivré au prix du sang (perte de la moitié des effectifs) sera l’amorce d’une solide tête de pont qui permettra la victoire finale.

« Sainte-Mère-Eglise » est un récit historique écrit par le maire de la ville, témoin oculaire de tous ces évènements. Avec beaucoup de sincérité et d’amour pour sa région martyrisée et pour ses habitants, il raconte sans pathos et même avec un certain détachement l’arrivée des « libérateurs » et même celle, quelques jours plus tard de la fameuse division Leclerc, cette armée de Français Libres qui furent les premiers à entrer dans Paris et qui sauvèrent l’honneur de la France. Le lecteur découvrira dans ce livre une quantité impressionnante de documents photographiques dont beaucoup d’inédits montrant l’état de destruction des villes et villages de la région. Malgré les « tapis de bombes » des Alliés qui transformèrent Carentan, Caen, Saint-Lô et tant de lieux en amas de ruines, les Français firent bon accueil aux Américains, les nourrirent, les aidèrent, les cachèrent et les guidèrent dans les marais et furent l’humble cheville ouvrière du succès de cette opération risquée. Une page d’histoire à ne pas oublier.




La perle et la coquille (2016) ajoutée le 3 juil. 2017

De nos jours, dans un petit village afghan, un ancien soldat des seigneurs de la guerre retrouve sa famille et se laisse aller à ses penchants pour la drogue. Il n’a que des filles qui sont harcelées sur le chemin de l’école. La solution sera de les confiner à la maison et de marier la très jeune Rahima à un homme de plus de soixante ans… Au tout début de l’autre siècle, Shekiba perd toute sa famille lors d’une épidémie de choléra. Elle tente de survivre seule sur la petite ferme familiale. Mais assez rapidement, ses oncles la placent comme garde du harem dans le palais du roi d’Afghanistan. Malheureusement, elle ne peut empêcher un homme de s’introduire à l’intérieur. Ce sera la suite de ses malheurs…

« La perle et la coquille » est le récit choral ou stéréophonique de la vie de deux femmes afghanes à un siècle de distance et en alternant les chapitres. Une longue suite d’épreuves, de drames et d’humiliations de toutes sortes pour ces femmes. Des vies d’esclaves consacrées aux travaux ménagers et vouées à la procréation si possible uniquement de garçons. Le lecteur découvre qu’au XXIème siècle rien n’a changé, Rahima a beau terminer adjointe parlementaire d’une députée de la « jirga » (assemblée nationale), elle est tout autant privée de liberté, exploitée et humiliée que son arrière-arrière-arrière grand-mère. Malgré quelques longueurs, ce gros pavé se lit assez rapidement tant ces mœurs d’un autre temps semblent exotiques et choquantes et donnent à réfléchir sur la condition de la femme dans ce pays. À conseiller pour nous aider à appréhender une réalité bien cruelle.




Le temps d'un voyage (2017) ajoutée le 28 juin 2017

Arrivé de Marseille à Paris Gare de Lyon, un voyageur se voit demander par un clochard en quelle année ils se trouvent. Il prétend venir de l’année 1830… Dans un service de rééducation, un homme sort de son lit et, à l’aide d’un déambulateur, s’éloigne tout doucement de sa chambre d’hôpital… En gare Montparnasse, une violoniste observe avec soin les voyageurs masculins passant à sa portée. Quand elle en trouve un à sa convenance, elle achète un billet pour pouvoir être dans le même train que lui… Dans la ville assiégée et bombardée d’Alep, un médecin qui a déjà perdu sa femme et ses autres enfants, cherche Adam, son jeune fils caché dans les ruines… Au Maroc, Lina recherche l’homme que sa grand-mère a aimé dans les années 50…

« Le temps d’un voyage » est un recueil de cinq nouvelles proposées gracieusement par IDTGV et Librinova. Toutes tournent au tour du thème du voyage. D’après les indications des éditeurs, ces textes auraient été choisis lors d’un concours parmi cinquante autres. Tous sont de bonne qualité littéraire, sans grande originalité ni souffle particulier à l’exception de « Voyage en Fa Majeur » d’Elsa Gallahan qui sort vraiment du lot pour son inspiration glaçante et surtout pour sa fin particulièrement surprenante. Au total, un recueil divertissant qui peut faire passer un bon moment.




Objectif : pôle nord de nuit (2007) ajoutée le 27 juin 2017

En compagnie du Norvégien Borge Ousland, grand spécialiste de la banquise, Mike Horn tente de relier le cap Arkticheskiy situé aux extrémités nord de la Russie au pôle Nord géographique, de janvier à mars, c’est-à-dire en plein hiver, donc sans jamais voir le jour. Cet exploit les obligera à parcourir environ 2000 km soit 62 jours de marche dans des conditions dantesques en tractant des traineaux de vivres et de matériel particulièrement lourds. Le tout dans un froid intense, souvent moins 35° ou moins 38°, avec des vents contraires et des glaces dérivantes les faisant reculer d’autant qu’ils avancent. Sans oublier le danger des crevasses plus ou moins importantes du pack les obligeant à nager avec des combinaisons étanches et surtout celui des ours polaires pas forcément amicaux avec lesquels ils se retrouvèrent plusieurs fois nez à nez.

« Objectif : Pôle Nord de nuit » est un récit de voyage écrit en collaboration comme c’est le cas la plupart du temps, que l’éditeur le revendique ou non. Le lecteur n’y cherchera pas de la grande littérature, mais de la sincérité, de l’émotion et de belles leçons de vie, de courage, de ténacité et de solidarité. Et là, il sera servi. Car il en a fallu à ces deux êtres hors normes pour réussir un tel exploit. Comme tous les défis « inutiles », ils l’ont fait parce que personne ne l’avait fait avant eux et parce que tout le monde le croyait impossible. Un magnifique témoignage qui ravira les amateurs d’aventures et de grands espaces tout en les faisant réfléchir à la relativité des choses : la nature n’a pas besoin de nous pour exister. Et sous ces latitudes, elle peut même se montrer si hostile qu’il faut être aussi fou que ces deux-là pour aller s’y frotter !




Courir ou mourir (2013) ajoutée le 25 juin 2017

Fils d’un gardien de refuge en Cerdagne catalane, Kilian Jornet a gambadé dans les montagnes dès son plus jeune âge. À 7 ans, il réalisa son premier « 4000 » puis la traversée des Pyrénées en famille pendant 42 jours. Adulte, après une formation de ski-running à Font-Romeu, il refait le même itinéraire en courant pendant 8 jours seulement, au prix de souffrances incroyables. Son palmarès de coureur de l'extrême laisse pantois : l’ultra-trail du Mont-Blanc, le GR20, la Diagonale du Fou, la Western States au lac Tahoe, l’ascension du Kilimandjaro en un temps record et, plus récemment des sommets de 8000 m sans oxygène dans l’Himalaya.

« Courir ou mourir » est le témoignage franc et honnête d’un sportif de haut niveau accro à la compétition, à la performance mais qui sait rester humble et modeste. Il nous fait partager ses impressions lors de ses exploits. Mais que de souffrances, que de courage, que d’abnégation, que de tortures infligées à son pauvre corps pour atteindre ce niveau ! Il suffit de lire ce livre pour se rendre compte que même pour les plus grands, on n’a jamais rien sans rien. Plus incroyable est l’exploit, plus énorme est la souffrance. En course pourtant, Jornet met un point d’honneur à cacher ses difficultés. Tout le monde finit par croire qu’il obtient tout dans la facilité. Il n’en est rien. Livre intéressant pour toucher du doigt la réalité de ces performances au bout du compte aussi inutiles qu’époustouflantes. L’auteur le reconnaît lui-même vers la fin de l’ouvrage. Il se demande pourquoi il court, pourquoi il a toujours besoin de repousser ses limites.




Errances (2017) ajoutée le 22 juin 2017

Une femme fait une chute dans l’escalier de son immeuble. Arrivée dans la rue, elle ne reconnaît plus son environnement habituel… Sophie croit que Paul la trompe. Pour se venger, elle sabote les freins de sa voiture… Victime d’une agression, David, sonné, erre toute une nuit dans la forêt de Fontainebleau. Au matin, il est recueilli par un étrange homme des bois… Une chatte abandonnée est adoptée par une vieille dame bien gentille… Karine est jalouse de Yohann. Elle lui rend la vie si infernale qu’il en est réduit à se réfugier dans l’alcool… Victime d’un terrible accident de la route, Simon est éjecté de son véhicule. Il se retrouve dans un autre monde, sans avions, ni voitures…

« Errances » est recueil regroupant huit nouvelles sur le thème de l’étrange et du fantastique mais pas seulement car quelques-unes ne sont que de petits récits sur une tranche de quotidien très banal. Deux nouvelles traitent de jalousie maladive avec ses conséquences inattendues. Deux autres d’intrusion dans des univers parallèles. Ce sont à mon sens les meilleurs de cet ouvrage agréable à lire. Les personnages féminins ne sont pas particulièrement sympathiques mais bien pétris d’humanité. La plume de Carole Bergh est alerte, vive et de très belle qualité. Un bon moment de divertissement d’autant plus agréable que ce livre est en accès libre sur les plate-formes.




La loi de l'attraction (2013) ajoutée le 21 juin 2017

Dans notre existence, tout ce qui advient, que nous le voulions ou non, est provoqué par une loi universelle très puissante et jamais prise en défaut, la « loi de l’attraction », principe qui veut que tout ce qui se ressemble s’assemble, que toute pensée négative induit une conséquence du même ordre et inversement. Il s’agit donc de comprendre pourquoi arrive ce qu’il arrive dans nos vies et surtout apprendre comment diriger nos envies et nos pensées dans un sens positif et constructif pour attirer de bonnes choses, obtenir tout ce qu’on peut désirer afin de jouir d’une vie de plénitude et de joie sans fin.

« La loi de l’attraction » est un ouvrage de psychologie appliquée dans la lignée de la sophrologie voire de la méthode Coué, mais avec un réel contexte ésotérique. En effet, tout l’enseignement des époux Hicks repose sur des révélations reçues d’entités non-incarnées qui les auraient dispensées à Jerry par l’intermédiaire d’Esther laquelle aurait servi de médium. Cet aspect de l’affaire qui pourra révulser rationalistes et cartésiens mis de côté, il semble qu’il faille s’attacher au plus important, le message, très clair, parfaitement expliqué, et même décortiqué jusque dans les plus menus détails. Il est plus que troublant, mérite d’être examiné avec soin et pratiqué ne serait-ce que pour en vérifier la pertinence. Le lecteur ne regrettera qu’une chose la quasi-absence d’anecdotes, d’exemples concrets de réussite ou d’échec de la méthode. À conseiller à toutes celles et à tous ceux que la pensée positive interpelle.




Pacifique (2017) ajoutée le 20 juin 2017

En 1918, Hans se retrouve naufragé sur une île du Pacifique. Il est même le seul et unique survivant de l’équipage de son sous-marin. C’est du moins ce qu’il croit au début de l’histoire. Il tente de survivre comme il peut et se rassure en pensant que très vite des gens vont venir à son secours. Mais il n’en est rien. Plus de mille jours passent à lutter pour survivre et à essayer de combattre contre la folie. L’Autre dont on ne sait jamais s'il est réel ou imaginé semble ne jamais cesser de vouloir le pourchasser soit pour lui voler ses vivres, soit pour détruire son camp, soit pour brûler toutes ses réserves de bois…

« Pacifique » se présente comme une longue nouvelle ou novella de fantastique aussi dérangeante qu’inquiétante. La présentation n’étant pas chronologique mais totalement aléatoire, le lecteur a un peu de peine à suivre l’intrigue, à replacer les éléments de narrations dans leur contexte. Après tout, cela n’a pas grande importance si l’on considère que rien n’est réel et que tout ce qu'on lit n’est que la production d’un pauvre cerveau déréglé. Une lecture agréable et divertissante mais qui pêche un peu par manque de description des personnages, du décor et des circonstances. Sans doute est-ce là encore un parti pris pour laisser libre cours à l’imagination du lecteur. Mais ça finit par sembler un peu beaucoup quand même…




Imhotep, le mage du nil (1985) ajoutée le 20 juin 2017

Au troisième millénaire avant notre ère, à Chmounou, en Egypte, vit Imhotep, un médecin de grand talent. Voulant s’entourer des meilleurs, le puissant pharaon Khasekem lui fait l’honneur de le prendre à son service. Le thérapeute se met donc en route vers le palais de Nekhen en compagnie de son épouse Méri-Ankh en toute fin de grossesse. Celle-ci est dans les douleurs de l’enfantement quand Imhotep doit la quitter pour se rendre au chevet de la Grande Epouse Royale dont l’accouchement se passe difficilement. En la sauvant d’une hémorragie qui aurait pu être fatale, le médecin gagne la confiance et la faveur du pharaon qui lui confie des responsabilités de plus en plus importantes.

« Imhotep, le mage du Nil », est un roman historique de très bonne facture, bien écrit et bien documenté. Quelle existence exceptionnelle que celle de ce personnage hors norme qui, en plus de se révéler un praticien remarquable (au point d’être divinisé après sa mort et de servir de modèle à Asklépios et Esculape), fut également un formidable architecte qui initia l’utilisation de blocs de pierre dans la construction des palais et des sépultures et qui inventa la toute première pyramide, celle à degrés du pharaon Djoser à une vingtaine de kilomètres du Caire, sur le plateau de Saqqarah. Fort intéressant pour ses descriptions des mœurs de l’Egypte ancienne, ce livre a aussi le mérite de faire découvrir au lecteur la cause finalement assez triviale qui fut à l’origine des fameuses pyramides. Cet ouvrage est à conseiller aux passionnés de ce volet particulier de l’Histoire.




Lazare donatien / l'écritoire ajoutée le 17 juin 2017

Brocanteur à la Flotte en Ré, Lazare Donatien reçoit dans sa boutique un jeune homme qui lui confie une écritoire datant du XIXème siècle et qui semble être la cause de phénomènes étranges depuis qu’elle a été ressortie d’un grenier. D’étranges lettres apparaissent. Donatien qui se présente comme l’un des tout derniers « Drockheads », c’est-à-dire un humain capable de faire apparaître des fantômes et autres revenants et de dialoguer avec eux, se donne pour mission de résoudre au plus vite cette énigme.

« Lazare Donatien / L’écritoire » est le premier épisode d’une saga d’inspiration fantastique qui peut intéresser un public très jeune et plutôt féminin. C’est gentillet, sans grande originalité et écrit avec une relative aisance mais non sans quelques faiblesses. L’ensemble manque un peu de consistance, le cadre n’étant quasiment pas décrit, les personnages manquant de chair et de caractère et l’histoire d’étrangeté, de rebondissements et surtout d’une chute surprenante incitant à passer sans plus attendre à l’épisode suivant. Cet impératif de la technique du feuilleton n’étant pas respecté, le lecteur à qui l’on propose gratuitement la lecture de cet épisode à titre de mise en bouche a peu de chance d’être intéressé par la suite.




Les sentiers du vieux causse (1978) ajoutée le 17 juin 2017

Dans un hameau isolé des Cévennes, vit Gousta-Soulet un vieux solitaire qui partage son temps entre ses animaux et sa vigne. Un matin, il trouve sur son perron une petite sourde-muette venue de nulle part qui, très vite, se plait en sa compagnie. Il la prénomme « Griotte », une contraction de « Maigriotte » car en plus d’être rousse aux yeux bleus, elle est d’une grande maigreur. Il la recueille en se gardant bien de prévenir qui que ce soit. À l’été, le jeune Frédéric, fils des voisins qui ne viennent chaque année qu’un mois pour les vacances, la découvre et passe avec elle le plus merveilleux été de son enfance. Mais à l’automne, ce sont des chasseurs qui la croisent et qui alertent les autorités. Griotte est immédiatement placée dans une institution au grand désespoir de Gousta-Soulet et de Frédéric…

« Les sentiers du vieux Causse » est un joli roman de terroir écrit en hommage à une région qui décline doucement, à un monde qui peu à peu disparaît au fil des départs des anciens, des ruines de maisons et du retour des ronces, orties et épineux. Que de beaux sentiments évoqués dans cette émouvante histoire d’homme et d’enfants, dans cette amitié improbable entre un petit citadin, un vieux paysan asocial et une handicapée qui ne communique que par les regards et les sourires ! Qui a dit qu’on ne pouvait pas faire de bonne littérature avec de bons sentiments. L’auteure nous apporte ici une magnifique preuve du contraire. Son amour de la vie difficile des derniers habitants du Causse transcende tout. Le lecteur ne peut qu’être emporté jusqu’à un happy end, écrit au conditionnel quand même, histoire de rester vraisemblable.




Les disparues de la saint-jean (2004) ajoutée le 14 juin 2017

Au début des années soixante, à quelques années de distance, trois jeunes filles, Isabelle, Clémence et Adeline, disparaissent d’un petit village du Tarn au cours de la nuit de la Saint-Jean. Les gendarmes concluent à des fugues sans conséquence. Mais, Justin Gilles, journaliste localier, est certain que les trois filles ont été assassinées par un tueur en série qui sévirait sur le Causse. Ses articles obligent à relancer l’enquête. Les soupçons se portent alors sur un jeune berger, Christophe Solal, qui est rapidement incarcéré par un juge d’instruction. Est-il le véritable coupable ?

« Les disparues de la Saint-Jean » est un roman policier en milieu rural sans véritable enquêteur à la Maigret, Holmès ou Poirot mais sous la houlette d’un commandant de gendarmerie psychorigide et d’un juge d’instruction frustré. Avec pareils bras cassés, l’erreur judiciaire n’est pas très loin. Parfaitement écrit, ce roman se lit quasiment d’une traite tant l’ambiance campagnarde est bien rendue et le suspens magistralement maintenu. Laurent Cabrol, journaliste météo bien connu, se révèle également romancier de terroir de haut niveau. Ses personnages, excellemment décrits sont tous pétris d’humanité et cette histoire à la chute aussi réussie qu’inattendue est d’une noirceur et d’une réalité qui donne à réfléchir. Quand la justice s’emmêle les pinceaux, les dommages collatéraux s’accumulent.




Comprendre l'argent (2014) ajoutée le 13 juin 2017

Seul 5% de l’argent sur terre circule sous forme de pièces et de billets. 95% est informatique donc virtuel. Les banques peuvent prêter beaucoup plus d’argent qu’elles n’en possèdent réellement en dépôt (jusqu’à 98%). Elles créent « ex nihilo » de l’argent en accordant un crédit. Les banquiers prêtent donc de l’argent qu’ils n’ont pas et demandent des intérêts dessus ! Les Etats pourraient emprunter à leurs propres banques sans aucun intérêt, mais ils ont voté des lois (en 1973 en France) pour se l’interdire et s’obliger à passer par des banques privées pour se financer. Résultat : une augmentation exponentielle de la dette qui ne fera que croître et embellir tant que l’Etat signera des budgets en déficit et empruntera de cette manière…

« Comprendre l'argent » est un court essai économique clair et assez facile d’accès ce qui est plutôt rare dans ce genre d’ouvrage. L’auteur met l’accent sur un scandale encore mal perçu par le public et même par certains journalistes ou hommes politiques. Ce système qui enrichit moins de 1% de l’humanité est source de souffrances et de misères de toutes sortes (chômage, pauvreté, désordres de toute nature) pour les 99% restant. Il serait temps que l’opinion publique prenne conscience de cette réalité et que des gens courageux se lèvent pour siffler la fin des réjouissances pour les ploutocrates qui tirent les ficelles de cette sinistre comédie. Ce serait le seul moyen d’en finir avec les crises économiques à répétition, les krachs boursiers et d’arriver à une meilleure répartition des fruits du travail humain. Jusqu’à présent seuls les Islandais ont eu ce courage. Ils ont nationalisé les banques, mis les banquiers en prison et ne s’en portent que mieux. Leur économie est florissante ! Un petit livre à ne pas manquer pour bien comprendre la problématique de l'argent et de la dette, disponible gracieusement sur la plateforme éponyme, ce qui ne gâte rien.




Propos de ville et propos de théâtre (1853) ajoutée le 13 juin 2017

Un journaliste n’ayant rien à proposer à son chef a l’idée de jeter dans la Seine un chapeau trouvé sur un banc et de hurler à la noyade. Les passants s’attroupent, croient à une noyade et alertent les autorités. Pour le plumitif en manque de matière, ce sera un de ses meilleurs « papiers »… Savez-vous ce que Montaigne disait des hommes qui épousent leur maîtresse ? « Ce sont des gens qui crachent dans leur verre avant que de boire »… Le Français sait le mieux faire l’amour ; l'Italien le fait mieux agir ; le Russe le fait agir et parler également bien ; l’Allemand l’endort ; le Polonais le ruine…

« Propos de ville et propos de théâtre » est un recueil de petits articles, d’anecdotes, d’historiettes, de traits d’esprit et de chroniques de pièces de théâtre. Une sorte de fourre-tout pétri d’humour et d’ironie plus ou moins grinçante. Une sorte de concentré de l’esprit français et même parisien. Bien que datant de 1853, cet ouvrage reste d’une lecture agréable. C’est pétillant, corrosif, parfois poétique, philosophique, même si certaines références sont perdues et même si l’auteur a des femmes une vision désenchantée et frôlant la misogynie. Certains textes ont plus d’intérêt que d’autres. Ainsi sort du lot celui sur le temps trop doux du mois de janvier qui permet toutes sortes d’extravagances et une incursion dans le fantastique désopilant très proche du surréalisme. Idem pour la série de portraits archétypaux de toutes sortes de piètres personnages gravitant autour du théâtre et de la littérature. Il y a du Saint-Simon chez Murger, auteur qui ne mérite le détour.




L'homme au stylo (1945) ajoutée le 11 juin 2017

Le commissaire Poupart est appelé dans un théâtre parisien suite à l’assassinat de la comédienne Mona Stella. En réalité, celle-ci n’était qu’évanouie. Un individu lui a fait livrer une corbeille de roses, a soudoyé son habilleuse et s’est présenté sous le nom de Maxime Fontani, imprésario voulant lui proposer un contrat mirifique. Il en a profité pour lui injecter un somnifère et lui dérober ses bijoux. Les méthodes employées amènent Poupart à penser qu’il a affaire à l’insaisissable « homme au stylo ». Peu après, un jeune journaliste et un détective privé nommé Furet se lancent à leur tour sur la piste du voleur…

« L’homme au stylo » se présente comme un roman populaire et feuilletonesque dans l’esprit du célébrissime Arsène Lupin. En effet, le héros vole aux riches pour donner aux pauvres, ridiculise ses poursuivants et, tel un véritable Frégoli, change en permanence d’aspect et de déguisement, se rendant ainsi quasiment impossible à capturer. La trentaine, joli garçon, grand, mince et élégant, il habite un appartement trois pièces dans une rue calme d’un quartier chic du vieux Passy. Insaisissable et mystérieux, ce voleur gentleman, ne tue jamais et choisit ses victimes parmi les individus qui ont acquis leur richesse de façon peu recommandable. Adepte du déguisement, mais uniquement lorsqu’il n’est pas sur un coup, il a l’habitude d’opérer avec un stylo dissimulant une seringue Pravas qui lui permet d’injecter un liquide opiacé capable de provoquer un sommeil immédiat chez la personne qu’il a choisie de neutraliser. Datant de 1945, ce roman, bien écrit et qui n’a pas pris une ride, reste un agréable divertissement sans autre prétention.




Comment cesser de programmer l'échec (2013) ajoutée le 5 juin 2017

L’être humain est tout à la fois corps et esprit. Son esprit a des potentialités qu’il ne soupçonne même pas. Certains semblent accumuler les souffrances et les malheurs alors que d’autres collectionnent les joies et les réussites. Pour l’auteur, tout dépend de la pensée positive qu’il appelle « la force d’attraction ». L’univers serait une source de bonheur inépuisable. Nos pensées négatives seraient non seulement une barrière empêchant qu’il se déverse sur l’humain, mais en plus, qu’elles perpétueraient indéfiniment les catastrophes et les calamités…

« Comment cesser de programmer l’échec » est un essai de psychologie appliquée, présenté par Michel Dogna, naturopathe bien connu. Ses recherches sur la maladie l’ont amené à la conclusion que le psychologique avait toujours le dernier mot dans la plupart des cas de pathologie. Nos maux n’arrivent jamais par hasard et nous avons en nous tous les facteurs de guérison possibles. Cette méthode semble pas mal à voir avec la sophrologie ou avec la fameuse « méthode Coué ». Même si les arguments et les anecdotes présentés laissent un peu rêveur, rien n’empêche d’essayer de la pratiquer. Que risque-t-on ? Une meilleure santé ? Plus de réussite ? Un livre qui donne à réfléchir.




La grande relève des hommes par la machine (1932) ajoutée le 4 juin 2017

En 1932, l’auteur rencontre quelque part en Haute-Savoie, un médecin en retraite, le docteur Hermodan, un industriel du Nord, un négociant parisien, un jeune ingénieur, un propriétaire terrien, un pharmacien ainsi qu’un architecte retiré des affaires et ayant longtemps milité dans un parti de gauche. Ce petit cénacle discute en toute liberté de politique et d’économie. La terrible crise économique commencée en 1929 aux Etats-Unis est là et bien là avec son lot de chômage, ses usines qui ferment et ses entreprises qui font faillite. Comment en sortir ? Y a-t-il vraiment des solutions ? L’auteur est d’autant plus intéressé par le diagnostic et les remèdes présentés par ses interlocuteurs que son éditeur lui a demandé d’écrire un livre sur la question.

« La grande relève des hommes par la machine » est un essai sur l’économie particulièrement clair et intéressant qui n’a pas pris une ride en dépit de son grand âge. Il est présenté sous forme de conversations à bâtons rompus abordant un à un tous les aspects du problème : déséquilibre entre production et consommation, automatisation (robotisation) amenant à une surproduction, réduction des effectifs, concurrence sauvage, abondance entrainant la chute des cours, chômage amenant une baisse de la consommation, déséquilibre de la balance commerciale… L’analyse des causes est tellement précise et impeccable que le lecteur se dit que si le livre avait été écrit aujourd’hui il n’aurait d’autre différence que quelques chiffres (les 300 000 chômeurs de l’époque se retrouvant nettement plus nombreux de nos jours) et qu’une belle aggravation des dérives du capitalisme. Ecrit par un industriel et homme politique de premier plan, ce livre longtemps mis sous le boisseau, a été réédité en numérique par Etienne Chouard (en libre accès sur son site). Il propose comme solution à ces crises récurrentes, endémiques et quasi-perpétuelles, un partage du travail, une économie distributive (on dirait « solidaire » ou « décroissante » de nos jours) et un revenu de base, ancêtre du « revenu universel », toutes solutions n’ayant jamais été vraiment mises en pratique et ne manquant pas d’une certaine séduction. Quiconque s’intéresse à l’économie ne devrait pas se priver de lire l’ouvrage de ce visionnaire que fut Jacques Duboin !




Sables mouvants à bénodet (2016) ajoutée le 1 juin 2017

À Sainte Marine, non loin de Bénodet, une jeune femme est violée puis mutilée sauvagement avant d’être achevée à l’aide d’un pied de parasol planté sous le sternum. Stéphanie Rannou et Lorraine Boucher, future magistrate, qui se promènent dans le coin, assistent à la fin de ce supplice barbare. Stéphanie tente d’intervenir, mais le tueur parvient à s’échapper grâce à un petit canot caché non loin de là. Un peu plus tard, elles s’invitent dans l’enquête menée par le commissaire Landowski qui les connait pour les avoir déjà rencontrées lors d’une précédente affaire…

« Sables mouvants à Bénodet » est un thriller à la française assez bien mené avec son habituelle kyrielle de cadavres, son serial killer psychopathe torturé et ses scènes gore répugnantes à souhait. Le style est agréable et efficace. Tous les ingrédients du genre sont réunis pour une narration plutôt distrayante. Le lecteur ne pourra faire qu’un seul et unique reproche : un certain manque de vraisemblance. Les évènements s’enchainent trop bien, les coïncidences sont trop parfaites. Dans la vraie vie des vrais gens, jamais rien ne se goupille comme ça. Ceci dit, le cadre est bien décrit, les personnages sont intéressants bien qu’un peu stéréotypés et l’intrigue permet un bon moment de divertissement, rien de plus. Les amateurs du genre apprécieront.




Mon chemin mène au tibet (2000) ajoutée le 27 mai 2017

Sabriye Tenberken est une jeune Allemande aveugle de 26 ans passionnée par la vie des Tibétains. Elle met au point un alphabet en braille pour leur langue et décide de partir au Tibet pour y monter une école spécialisée pour jeunes aveugles nécessiteux. À Lhassa, un directeur d’école pour jeunes orphelins lui prête un local où elle peut commencer à accueillir ses six premiers élèves. Mais très vite, l’argent manque. Il lui faut trouver des subventions, ainsi que des collaborateurs honnêtes et dévoués sans parler d’autres locaux plus indépendants. Sur son chemin, les obstacles ne vont pas manquer…

« Mon chemin mène au Tibet » est un magnifique témoignage de courage et de dévouement. Le lecteur ne peut être qu’admiratif de voir cette jeune femme parvenir à dépasser son propre handicap (elle monte à cheval, est capable de prendre seule l’avion, etc.) pour venir en aide aux autres. Il découvrira également la triste condition des aveugles tibétains, les croyances obscurantistes répandues autour de ce handicap sans parler de toutes les difficultés qui lui sont faites aussi bien du côté allemand que du côté tibétain. Le style est vivant, fluide et agréable. Un ouvrage intéressant qui permet une plongée étonnante dans le monde assez peu connu des mal-voyants.




Les moulins de glace (2002) ajoutée le 23 mai 2017

Originaire du Vercors, Janot Lamberton passa une enfance aventureuse à explorer grottes et cavernes de son massif. Il retrouva toutes sortes de traces et de souvenirs (plus ou moins macabres) du Maquis. Il fut un temps ouvrier dans la chaussure à Romans (Isère), puis électricien avant de faire de la spéléologie son unique métier. Il s’illustra comme sauveteur d’expéditions en danger et comme découvreur de nouvelles grottes jusqu’au jour où Haroun Tazieff lui suggéra d’aller explorer sous l’Inlandsis, la calotte glaciaire du Groenland. Il y organisa une douzaine d’expéditions et battit le record du monde de descente sous la glace (plus de 200 mètres de profondeur).

« Les moulins de glace » est un témoignage de vie d’aventurier tout à fait intéressant. Le lecteur y découvre la réalité du monde souterrain, les dangers des fameux moulins de glace qui évoluent sans cesse et peuvent se transformer très vite en étaux ou en cercueils sous l’effet d’une bédière (rivière de glace). Le plus étonnant est peut-être le fait que l’exploit sportif débouche à la fois sur des découvertes scientifiques inattendues (étude des trous de cryoconite et des tartigrades, micro-organismes capables de résister aux froids extrêmes, de se mettre en hibernation et de « ressusciter » des années plus tard) et sur des applications commerciales étonnantes comme la récupération d’icebergs pour les transformer en glaçons pour émirs du désert ou en eau ultra-pure pour brassage de bières de luxe. Au total, un livre aussi vivifiant qu’émouvant (décès de la fille de l’auteur, accident mortel de Marc Boivin, son fidèle compagnon d’exploration, et disparition du grand Haroun Tazieff).




Madame la commissaire (1999) ajoutée le 22 mai 2017

En février 1976, Mireille Ballestrazzi, étudiante, se présente au concours d’admission à l’école nationale de police de Saint Cyr au Mont d’or. Deux années plus tard, elle devient une des premières femmes commissaire de police. Elle exercera dans divers lieux : Roubaix, Bordeaux, Creil, Argenteuil, Ajaccio comme directrice du SRJP. Elle s’illustrera dans différentes affaires, hold-up, démantèlement des divers réseaux de trafic de drogue et même récupération au Japon d’œuvres d’art dérobées en France.

« Madame la commissaire » est un témoignage sur le métier de policier en général et sur celui de commissaire féminin en particulier. Mireille Ballestrazzi ne cherche pas à décrire par le menu les enquêtes menées par ses services ni à apporter de révélations particulières sur telle ou telle affaire. Elle en reste en permanence aux allusions et un peu trop à la surface des choses. Elle dévoile fort peu de détails sur sa vie personnelle sinon qu’elle est d’origine eurasienne, mariée et mère de deux enfants. Au fil de ses diverses affectations, son mari a dû plus ou moins sacrifier sa propre carrière professionnelle et ses fils s’adapter à tous leurs changements d’école et de camarades. Même si elle déplore que des voyous qu’il lui a été si difficile d’arrêter sont très vite relâchés par la justice, elle refuse de jeter la pierre à cette dernière, arguant que les juges sont des fonctionnaires intègres et qu’ils doivent avoir de bonnes raisons dont elle n’a pas à juger. Ces prises de position toujours très « correctes » relativisent un peu l’intérêt de cet ouvrage.




La saga des bettencourt (2002) ajoutée le 20 mai 2017

Eugène Schueller, engagé volontaire pendant la guerre de 14, issu d’une modeste famille alsacienne, est un chimiste réputé pour avoir inventé une nouvelle teinture pour les cheveux. Grand travailleur, il multiplie les découvertes et les produits, rachète la société Monsavon et fonde l’Oréal, petite entreprise qui très vite deviendra grande au point de devenir une puissante multinationale et atteindre les sommets que l’on connait aujourd’hui. Un géant des cosmétiques au chiffre d’affaires de près de 14 milliards d’euros et au bénéfice net de 1229 millions d’euros en 2001. Sa fille et unique héritière, Liliane Bettencourt en est l’actionnaire majoritaire. Trois managers, François Dalle, Charles Zviak et Lindsay Owen-Jones se sont succédés à sa tête depuis le décès du fondateur. Depuis l’introduction en bourse des années 80, le géant Nestlé entré au capital, attend son heure pour pouvoir devenir actionnaire majoritaire…

« La saga des Bettencourt » est une enquête sérieuse, fouillée et menée dans la difficulté par un journaliste de l’Express qui ne fut même pas autorisé à interviewer Liliane Bettencourt. Paru en 2002, elle commence à dater un peu, car elle ne tient pas compte des récents développements : affaire Sarkozy, procès Banier, etc. L’auteur s’attarde sur les côtés sombres de Schueller, tout à la fois collaborateur à des journaux vichyssois et opposant ayant caché des Juifs et financé des réseaux de résistance. Ceux de Bettencourt, aussi à l’aise à gauche qu’à droite, tout autant ami de François Mitterrand que de Georges Pompidou. Le style littéraire de l’auteur est vif, fluide et enlevé, un brin journalistique. L’ensemble demeure passionnant car l’histoire de cette dynastie hors du commun ne manque pas d’intriguer.




Arlette arlington (2017) ajoutée le 18 mai 2017

Le 6 juin 1944, naît à Arles, dans des conditions difficiles, une petite Arlette. Son jardinier de père aurait préféré avoir un fils… Sous le regard de sa mère, un enfant qui jouait sur la plage est emporté par une vague… Deux tribus se disputent la suprématie d’une île. Pour en finir, les deux chefs se lancent le défi de descendre le plus profondément possible dans le cratère d’un volcan. Le perdant devra quitter l’île avec tout son clan… Employées dans un ministère, Alice et Bertille se mettent à voler des vêtements dans un magasin, histoire de mettre un peu de piment dans leurs vies… Ouvrière dans une usine de Berlin-Est, Emma rentre chez elle complètement épuisée de sa journée de travail… Dimitri retrouve une photo d’autrefois qui l’amène à poser toutes sortes de questions et à découvrir un secret de famille. Une planche à repasser, vieux témoin de la vie d’un couple finit un jour par être remerciée de ses bons et loyaux services…

« Arlette Arlington » est un recueil de nouvelles de qualité relevant de plusieurs registres : naturalisme, intimisme, mais aussi étrange et fantastique. L’écriture de Brigitte Lecuyer est de belle facture. Elle sait se montrer poétique et impressionniste et ne manque ni d’humour ni d’ironie. Même si toutes ces nouvelles sont agréables à lire, certaines sortent particulièrement du lot. Ainsi, « Conte patriotique » ressemble-t-il à une fable allégorique empreint de charmante naïveté. « Une planche à repasser » reste un véritable régal d’originalité humoristique. « Un petit clic » est glaçante par son côté « vaudou ». Quant à « Fragments de mur », ce n’est rien moins qu’un roman complet qui tient sur six pages ! Une mention spéciale pour « Un départ à la neige », une histoire d’installation dans un village de montagne qui tourne au cauchemar pour son humour d’ailleurs inspiré d’une blague bien connue au Québec sur la beauté de la neige et sur un certain conducteur de chasse-neige qui finit par la faire détester ! Seul reproche à faire à cet ouvrage réussi, l’absence de rebondissement final, de chute surprenante et totalement inattendue.




Fleur du désert (1998) ajoutée le 16 mai 2017

Née dans le désert somalien, la petite Waris a partagé la vie d'une tribu nomade particulièrement pauvre avant de s’enfuir pour ne pas être mariée de force avec un vieillard. Auparavant, elle avait dû subir une excision avec ablation des petites lèvres et d'une partie des grandes ainsi qu'une infibulation pour être rendue plus « pure » et pour respecter un précepte du Coran. Mère d'un jeune garçon et devenue un célèbre top-model à New-York, elle revient en Somalie plus de vingt années plus tard pour y retrouver sa mère vivant dans une hutte misérable en compagnie de quatre chèvres et son père devenu aveugle. La condition de la femme n’a malheureusement toujours pas changé. Elle ne peut toujours pas manger dans la même pièce qu’un homme, doit porter le voile et se draper dans la longue robe traditionnelle. Ses interventions à la tribune de l’ONU pour dénoncer les mutilations sexuelles n’ont pas suffi pour faire évoluer les choses…

« L’aube du désert » est un témoignage émouvant mais partiel sur un chemin de vie particulièrement atypique. En effet, si Waris raconte par le menu sa vie de petite fille et son retour au pays vingt ans plus tard, elle occulte complètement les circonstances de son arrivée aux Etats-Unis et ses débuts dans le métier. Elle préfère se focaliser sur la condition féminine, les humiliations subies par les femmes, la vie tribale traditionnelle, la situation économique et politique catastrophique de son pays, la misère endémique (ni eau courante, ni électricité, ni services de santé minimum dans les villages). Et pourtant, elle constate que les gens de sa tribu vivent dans la joie, le partage et l’entraide. Même si les faits sont présentés de façon un peu désordonnée, le lecteur se retrouve dans ce parcours et dévore ce livre honnête et rare qui lui permet de découvrir un monde à des années-lumière du sien.




Il n'y a pas que le vélo dans la vie (2000) ajoutée le 6 mai 2017

Tout le monde connait Lance Armstrong, le champion cycliste américain sept fois vainqueur du Tour de France entre 1999 et 2005. Ses victoires lui seront retirées en 2012 pour cause de dopage. Moins connue est sa lutte contre le cancer qui commença par le testicule et s’étendit avec des métastases aux poumons et au cerveau. Ses chances de survie étant très faibles, il décide de se battre comme un beau diable, subi une ablation, une trépanation et trois chimiothérapies particulièrement destructrices. Il fut un véritable miraculé. Tout aussi extraordinaire furent sa remise en forme et son retour en compétition qui se passèrent dans la souffrance, la douleur et la peine. Même si la fin de l’histoire, qui n’est d’ailleurs pas racontée dans ce livre qui s’arrête à la victoire de 1999, est moins glorieuse, cette descente aux enfers et cette résurrection hors norme mérite tout notre intérêt.

« Il n’y a pas que le vélo dans la vie » est un témoignage émouvant, écrit en collaboration avec Sally Jenkins, dans lequel le champion se livre avec sincérité, raconte son enfance, sa mère aimante, l’absence d’un père et sa rage de gagner des courses dès son plus jeune âge. Mais le côté sportif n’est sans doute pas le plus intéressant dans ce livre d’autant plus qu’il y jure ses grands dieux ne s’être jamais dopé. Cela sonne d’autant plus faux quand on lit ce texte aujourd’hui ! Le parcours pour échapper au cancer reste la principale raison de lire cet ouvrage aujourd’hui. Une leçon de courage, de ténacité et de patience. Un diable d’homme au bout du compte.




Cancers, guérir hors protocoles (2014) ajoutée le 3 mai 2017

Depuis plus d’un demi-siècle, pratiquement aucun progrès notoire n’a été enregistré dans la lutte contre le cancer. Avec le lot de souffrances de la trilogie infernale, radiothérapie, chimiothérapie et ablation, chaque malade lambda rapporte au consortium médical (et coûte à la sécurité sociale) environ 150 000 euros pour des résultats fort décevants quand on sait qu’à un horizon de cinq années, les taux de survie ne sont que de 2,2% selon les statistiques de l’OMS. En plus de fonctionner comme un bulldozer écrasant une taupinière, la chimiothérapie représente pour l’organisme une énorme pollution qui vient s’ajouter à la toxémie initiale ayant provoqué le cancer que l’on voudrait ainsi soigner. Et pourtant des médecins et des chercheurs ont découvert et mis en application toutes sortes de moyens non toxiques et non-iatrogènes et surtout nettement plus efficaces. Mais Big Pharma veille au grain. La plupart ont été attaqués, ridiculisés ou ignorés et parfois même poussés au suicide ou carrément liquidés. Il faut dire que de modestes remèdes de quatre sous comme le bicarbonate de sodium, le plasma de Quinton à base d’eau de mer, la curcumine (agent actif du curcuma), le jus d’herbe d’orge, les amandes amères ou la vitamine C liposomale peuvent porter à sourire et pourtant…

« Cancers, guérir hors protocoles » est un essai de médecine naturelle qui propose un tour d’horizon particulièrement exhaustif d’un grand nombre de recherches et d’expérimentations (souvent sur un nombre impressionnant de patients) avec des taux de réussite bien supérieurs à ceux des thérapies classiques. Le style de l’auteur est clair, agréable et efficace. Tout ce qui est présenté est étayé et soigneusement décrit aussi bien dans la méthode que dans les éventuelles contre indications. Les travaux des docteurs Simoncini, Clark, Gerson, Quinton et Breuss etc, sont particulièrement intéressants à découvrir et on s’étonne pour ne pas dire qu’on s’insurge de savoir que si peu de gens en aient entendu parler. À noter dans le dernier chapitre, l’importance démontrée du psychique dans le développement de ce fléau. En effet, en plus d’une nourriture carencée et de faible qualité nutritive, des faiblesses génétiques, des pollutions diverses et variées, nous souffrons également de stress, de troubles affectifs et de souffrances émotives qui peuvent déclencher ce phénomène létal. Par cet ouvrage de vulgarisation (en libre accès sur les plateformes), Michel Dogna fait œuvre d’éducation du public et rend un immense service à tous ceux qui souhaitent se soigner d’une façon différente. Qu’il en soit remercié.




Sharko, henebelle, couple de flics (2017) ajoutée le 1 mai 2017

Franck Sharko est un flic qui a beaucoup souffert. Il a perdu sa femme Suzanne et sa fille Eloïse dans un accident de voiture. Pour ne rien arranger, il souffre d’une forme particulière de schizophrénie paranoïde. Son grand plaisir, c’est de voir rouler sur ses rails sa locomotive Poupette. Lucie Henebelle, mère célibataire de deux adorables jumelles Clara et Juliette, vient d’un milieu modeste. Elle est tout autant cabossée par la vie que son collègue et ami Sharko. Son compagnon l’a quittée à l’arrivée des jumelles et un psychopathe, Grégory Carnot, les a enlevées sur la plage des Sables d’Olonne alors qu’elles étaient parties s’acheter des glaces. Comme on n’a retrouvé que le corps calciné de Clara, Lucie s’imagine que Juliette est toujours vivante.

« Sharko, Henebelle, couple de flics », présenté comme une petite anthologie biographique, est composé d’une série d’extraits des principaux romans de Franck Thilliez (« Syndrome E », « Gataca », « Atomka » et autres…). Mis bout à bout, ceux-ci permettent de retracer la vie des deux héros récurrents de l’auteur, suivre leurs deux parcours, leur descente aux enfers et finalement leur reconstruction. Cela n’apprendra pas grand-chose aux lecteurs les plus attentifs et les plus fidèles mais permettra aux autres de bien se remémorer le « background » de ces deux flics si humains et si touchants. Intéressant et gratuit, pourquoi s’en priver ?




Piégés par staline (2004) ajoutée le 29 avr. 2017

En juin 1946, le secrétaire général du Parti communiste d’Union soviétique, le camarade Staline, propose aux Russes exilés en France de rentrer au pays, de récupérer la jouissance de leurs droits civiques et de participer à la reconstruction du pays ravagé par la guerre. Pris par la nostalgie, trompés par une propagande efficace suite à la victoire sur le nazisme et convaincus de la sincérité de ce geste inattendu de réconciliation nationale, une grande partie de la diaspora russe blanche organisa son retour dans sa patrie originelle. Sur les 65 000 Russes d’origine que comptait la France des années 30, plus de 5000 (dont des femmes françaises et des enfants nés dans l’Hexagone) prirent la route du retour. Mal leur en prit. À leur arrivée, après un voyage dantesque, ils n’eurent droit qu’à la relégation dans des villages perdus de Sibérie, au démembrement des familles quand ce ne fut pas carrément à l’internement dans les camps de concentration du Goulag. Plus du tiers mourut dès les premiers mois de séjour (exécutions, suicides, déportations au-delà du cercle polaire, travaux forcés dans les mines, famines, relégations). Et ceci dans l’indifférence la plus complète.

« Piégés par Staline » est un ouvrage historique basé sur un certain nombre de témoignages de survivants qui dans leur immense majorité sont maintenant trop pauvres ou trop âgés pour pouvoir rentrer en France. Cet épisode des relations franco-soviétique, qui vit Charles de Gaulle abandonner ces pauvres hères à leur triste sort au nom de la politique, représente une pièce de plus à ajouter au procès du communisme soviétique lequel est toujours à faire. Très bien écrit et très bien documenté (il est basé sur une enquête de télévision menée sur place), ce livre passionnant à lire pour son importante charge d’humanité ne manquera pas d’intéresser les passionnés d’Histoire et les chercheurs de vérité.




Otage des talibans (2007) ajoutée le 26 avr. 2017

En Afghanistan, un couple d’humanitaires canadiens est capturé par un groupe de Talibans alors que celui-ci roule dans le désert. L’ennui pour les deux otages, Ron Lauder et Suzie Foley, c'est qu’ils ne sont en fait ni humanitaires, ni canadiens, ni en couple, mais américains et agents de la CIA. Comme rançon, les terroristes réclament qu’on leur livre un baron de la drogue déjà détenu aux Etats-Unis sans oublier une très forte somme d’argent. Les négociations s’annonçant extrêmement délicates, la CIA fait une fois de plus appel au célébrissime Malko Linge. Saura-t-il se sortir de cette situation périlleuse ? Arrivera-t-il à sauver la vie des otages ?

« Otage des Talibans » est un roman d’espionnage de facture tout à fait classique comme sait si bien en produire le prolifique Gérard de Villiers. Tous les ingrédients du genre sont réunis : une situation dramatique et embrouillée à souhait, un pays en proie à une guerre particulièrement cruelle, aux factions et bien sûr de belles et sensuelles intervenantes. Le cocktail alternant par strates violence et sexe, érotisme et sadisme, fonctionne à merveille. Les rebondissements, les attentats et les coups tordus ne manquent pas. Le suspens se maintient du début à la fin qui voit, comme prévu, une nouvelle réussite du héros indestructible. L’écriture est agréable et efficace. Un roman de divertissement qui plaira aux amateurs du genre.




Centenaire et en pleine forme ajoutée le 22 avr. 2017

En divers lieux de la planète, la plupart du temps assez difficiles d’accès et assez loin de la civilisation, certaines peuplades présentaient, dans les années 60 de l’autre siècle, une très forte proportion de centenaires actifs et en pleine forme. Divers chercheurs ont cherché à percer le secret de ces longévités exceptionnelles chez les Hunzas, au nord du Pakistan, en Abkhazie, dans la région de Vilcabamba et jusque dans l’archipel d’Okinawa. Ils ont découvert un certain nombre de constantes : une vie active sans la moindre retraite, une nourriture saine comportant peu ou pas de produits animaux, aucun produit industriel, aucun sucre, aucune graisse hydrogénée, et surtout une ambiance de vie joyeuse et respectueuse des anciens et des plus faibles. Alors que dans les pays civilisés, vieillir est considérer comme une sorte de malédiction ou de maladie honteuse, chez ces peuples primitifs, c’est une grâce et même une source de fierté au point que beaucoup se rajoutent des années à leur état civil.

« Centenaire et en pleine forme » est un essai à base ethnologique qui peut donner énormément à réfléchir. Toutes nos belles avancées de la vie moderne (fast-food, sucreries, sodas, conserves et nourritures industrielles), toutes nos obsessions (course au profit, concurrence, individualisme) ne font que dégrader nos santés et raccourcir nos vies et multiplier les souffrances (obésité, maladies cardio-vasculaires, diabète, cancers, etc.) Après étude des mœurs des différentes peuplades étudiées, lesquelles aujourd’hui rejointes par la civilisation commencent à souffrir des mêmes maux, l'auteur propose d’élargir un peu la perspective en proposant des conseils de vie très judicieux. Vieillir harmonieusement ne consiste pas seulement à faire du sport et manger correctement mais aussi à garder une vision positive des choses, cultiver le lâcher-prise et savoir aimer et partager. Un livre optimiste et fort enrichissant. À conseiller à tout le monde car vieillir et un jour mourir est notre lot commun.




Tempêtes solaires (2017) ajoutée le 17 avr. 2017

À quelques jours de la fête de Noël, une explosion coupe toutes les possibilités d’approvisionnement en électricité de notre planète. Les conséquences vont se révéler particulièrement dramatiques pour l’humanité. Une tempête solaire particulièrement violente est à l’origine de ce phénomène qui, en plus de détruire tous les moyens de communication et tous les accès aux sources d’énergie, provoque un énorme dérèglement climatique. En Europe du Nord, la température descend jusqu’à – 60°. Partout les tornades se comptent par centaines, les eaux montent au point de rayer de la carte de nombreuses zones côtières. Les tsunamis font des ravages… L’humanité vit-elle ses derniers instants ?

« Tempêtes solaires » est un roman d’anticipation apocalyptique articulé de façon chorale ou kaléidoscopique, procédé très bienvenu pour donner une idée générale de ce monstrueux cataclysme. Ainsi suit-on un certain nombre de personnages dans divers pays du monde. En Chine, Jiao devenu clochard pour avoir raté sa vie. Au Brésil, un gang issu des favelas. Aux Etats-Unis, deux traders Steve et Jack. En Allemagne, un couple de retraités coincés dans une télécabine en panne. En France, deux collégiens, Thibaut et Eva. Et quelques autres, ce qui fait quand même pas mal de monde à suivre dans toutes sortes de mésaventures souvent bien menées. Les chapitres sont introduits par quelques pages de données générales à tendance philosophique ou sociologique qui ralentissent un peu le rythme de la narration. Au total, un ouvrage original, intéressant et qui donne à réfléchir, mais dont le style un peu approximatif reste la petite faiblesse.




Métaphysique du vampire (2017) ajoutée le 14 avr. 2017

En mission secrète pour le Vatican, Raphaël, vampire de son état depuis près de cinq siècles, souque ferme dans sa coque de noix prise dans la tempête. Il est en partance vers l'île d'Avalon. Il doit aller délivrer une très jeune princesse prisonnière d’un très méchant dragon. Mais auparavant, il se retrouve aux prises avec les sortilèges d’une bande de sirènes en folie dont il se débarrasse bien vite. Arrivé sur l’île, il retrouve le chevalier Lancelot endormi depuis deux millénaires. Il le sort de ce très long sommeil et l’emmène avec lui dans sa barque. L’ennui, c’est que le preux n’est pas bien réveillé, parle une langue amphigourique bien agaçante et souffre de préjugés qui n’ont plus cours en 1936.

« Métaphysique du vampire » est un court roman ou une longue nouvelle, en fait une novella, de fantaisie uchronique assez décalée. Beaucoup d’humour dans le ton et dans les situations en font une parodie bien agréable à lire ne serait-ce qu’à cause du style de qualité de l'auteur qui n'hésite pas à employer des termes raffinés et à imaginer des rebondissements tout à fait improbables. Son vampire est une sorte d’obsédé sexuel revenu de tout et son chevalier une brute épaisse qui ne sait ni nager ni grimper, que Raphaël doit porter sur le dos et auquel il doit tout expliquer ! Deux anti-héros dont on rit de bon cœur. Au total, un bon moment de divertissement offert par l'éditeur ActuSF. Aucune raison de s'en priver si on est fan du genre !




Les hommes de la fraternité (1981) ajoutée le 14 avr. 2017

De 20 avant J.C à 96 après J.C, que d’évènements dans le monde romain ! Avec Agrippa, le peuple supporte la peine et d’autres en recueillent le profit… Maure lui-même, Julia II participe à la romanisation de la Mauretanie… En Palestine, se produisent les premières révoltes zélotes… Par-delà le Rhin, trois légions romaines beaucoup trop avancées dans les terres sont totalement anéanties… Sans femmes, sans argent, sans amour, les Esséniens vivent une expérience monastique des plus radicales sur les rives de la Mer Morte… Octave, qui s’est approprié l’Egypte et en a fait son pré carré, l’exploite sans la moindre vergogne… À Jérusalem, une nouvelle secte juive commence à faire parler d’elle. Elle est surtout composée de rudes Galiléens, péquenots pas très raffinés qui ne jurent que par un certain Yeshoua, prophète crucifié et ressuscité le troisième jour…

« Les hommes de la fraternité » est un ouvrage historique de belle facture qui ne tente pas de raconter un chapitre de l’histoire du monde de manière classique c’est-à-dire comme une sorte de vaste fresque ou d’épopée mais préfère de brefs coups de projecteur sur des faits marquants, des tournants significatifs et même quelques anecdotes pittoresques. Il en ressort une immersion passionnante dans un monde en pleine mutation, traversé de mille courants et surtout ordonné en mille strates. Un monde si loin et si proche du nôtre, cela peut donner à réfléchir ! La plume de Michel Clévenot fait merveille au fil de ces trente épisodes qui raviront tous les amateurs d’Histoire authentique et non romancée. À remarquer en fin d’ouvrage, un important index de notes et d’indications de sources ainsi qu’une liste de tous les personnages historiques cités.




Le prêtre et le commissaire (1972) ajoutée le 10 avr. 2017

En 1952, pendant la guerre française d’Indochine, Albert Stihlé, aumônier militaire, est fait prisonnier par les Viet-Minhs. Très vite, ses conditions de vie en captivité sont effroyables. Blessé, il n’est pas soigné. Dénutri, il risque la gangrène, le paludisme et la dysenterie. Pour ne rien arranger, ses tortionnaires l’entrainent avec ses camarades dans une interminable marche à travers la jungle qui sera jalonnée de dizaines de croix marquant les emplacements où sont enterrés tous ceux qui ne résistent pas aux maladies et aux mauvais traitements. Il restera deux années au camp N°1 dans des conditions terribles, face à un commissaire politique fanatique, à subir humiliations, autocritiques et lavage de cerveau avant d’être enfin libéré quand la paix sera signée peu après la chute de Dien Bien Phu.

« Le prêtre et le commissaire » est un témoignage émouvant et bouleversant qui met en lumière une période historique un peu tombée dans l’oubli, celle de la décolonisation du sud-est asiatique qui se fit au prix du sang, des larmes et de la honte. Un régime politique se jugeant à la manière dont il traite les plus faibles, le communisme de l’oncle Ho ne sort pas grandi de ces tragiques évènements. Bien au contraire. Ils mettent en lumière son côté totalitaire, son manque d’humanité, son racisme et son absolue cruauté. Le face à face entre Albert, l’homme de Dieu pétri de foi et de bienveillance, et Duong, son bourreau dogmatique et borné, est des plus passionnants. Un document pour l’Histoire et un sujet de réflexion toujours d’actualité même à plus d’un demi-siècle de distance. L’homme est, était et malheureusement restera d’autant plus un loup pour l’homme qu’il le fera par idéologie.




Survivre (2006) ajoutée le 7 avr. 2017

Un peu oublié de nos jours, Jean-François Deniau, (né le 31 octobre 1928 et décédé le 24 janvier 2007), est un homme politique atypique, un aventurier et un écrivain. Il a été co-rédacteur du Traité de Rome, ambassadeur, six fois ministre, commissaire européen, député, président du Conseil général du Cher, essayiste et romancier. Il fut aussi un navigateur émérite. De santé fragile, il dut subir de nombreuses interventions chirurgicales (poumons, cœur), fut un habitué des services de réanimation et n’eut plusieurs fois la vie sauve que par la grâce de la science médicale…

« Survivre » ne se présente pas comme une autobiographie classique. Point de récit circonstancié suivant une chronologie bien définie, mais une suite d’anecdotes tirées d’une vie hors norme et racontées au fil de la plume comme des bulles remontant à la surface de l’étang de ses souvenirs. Deniau, présenté comme un « aventurier de la générosité » fut une sorte de chevalier d’un autre temps, cherchant toujours à se rendre utile. Ainsi apprend-on que c’est grâce à son intervention que les Soviétiques purent évacuer d’Afghanistan de façon digne. Il intervint dans nombre de pays en conflit (Darfour, Afghanistan, Yougoslavie, Bosnie, Kossovo, etc.), côtoya et conseilla les grands de ce monde qui souvent se trompaient dans leur évaluation de la situation sur place. Un livre qui, sans être d’actualité, n’en demeure pas moins passionnant à lire ne serait-ce qu’à titre de témoignage historique. Une écriture impeccable, ce regretté touche à tout de génie était également membre de l’Académie Française quand même !




Un prisonnier de guerre nommé jeanne d'arc (1982) ajoutée le 2 avr. 2017

Le 23 mai 1430, suite à une tentative de sortie pour dégager la ville de Compiègne assiégée, Jeanne d’Arc est capturée en compagnie de son frère, de son écuyer et de quelques fidèles par les soldats de Lionel de Wandomme. La « Pucelle » se retrouve donc aux mains de leur chef Jean de Luxembourg lui-même vassal de Jean le Bon, duc de Bourgogne. C’est une prise de choix : son armure est évaluée à 200 livres, son cheval à autant et la captive à dix fois plus. Elle connaîtra quinze lieux de détention différents (châteaux, maisons fortes) de Margny à Rouen (dans la tour-prison du château de Bouvreuil) en passant par Le Crotoy et Saint Valéry en Caux.

« Un prisonnier de guerre nommé Jeanne d’Arc » se présente comme un essai historique d’excellente qualité s’attachant à ne traiter que l’année de captivité, les tractations de l’évêque Cauchon avec les Anglais, les procès et bien sûr le supplice final sur la place du Vieux Marché de Rouen. Il laisse de côté les faits d’armes de l’héroïne, les victoires militaires (prise d’Orléans) et les succès politiques comme le sacre de Charles VII à Reims. Le texte est illustré de nombreux croquis, cartes et schémas permettant de bien comprendre les évènements. Il est également terminé par un important index de notes. Au total, un ouvrage de qualité, reposant sur un travail d’enquête minutieux et ceci en dépit d’un manque de documents. Par exemple, nous ne disposons d’aucun portrait de Jeanne exécuté de son vivant.




Ce que je crois (1986) ajoutée le 28 mars 2017

Médecin spécialiste de l’hypertension artérielle de renommée mondiale, le professeur Milliez fut aussi un homme de combat : résistant de la première heure pendant l’Occupation, militant pro-avortement lors du procès de Bobigny de 1974 où il témoigna en faveur d’une femme qui s’était faite avorter, ce qui lui valut une sanction du Conseil de l’Ordre, et enfin combattant pour le développement d’une véritable information médicale.

« Ce que je crois » est un témoignage sur les engagements d’une vie. Milliez l’articule selon trois axes qui le définissent lui-même : catholique, français et médecin. Catholique, il l’est à sa manière, n’étant pas tendre avec le pape qu’il trouve trop rigide sur les questions de sexualité et de contrôle des naissances. Il estime que le catholicisme est sur le déclin et reconnaît une vive admiration pour le judaïsme et pour l’islam. En tant que « français », il voue une grande admiration au général de Gaulle avec quelques réserves quand même sur la décolonisation. Et dans son domaine, la médecine, il tire à boulets rouges sur l’ordre des médecins qu’il trouve complètement archaïque et rétrograde. Il prône un meilleur partage des savoirs et la levée du fameux secret médical dans certaines circonstances. Au total, un ouvrage intéressant même s’il n’est plus trop d’actualité aujourd’hui.




Michelle annabella katz, premiers combats (2008) ajoutée le 23 mars 2017

Michelle Annabella Katz est originaire de Suisse. Son père français l’a abandonnée toute jeune pour aller s’installer en Inde dans un ashram. Quant à sa mère, artiste peintre, elle est devenue alcoolique particulièrement dépendante. Désireuse de se lancer dans la vie, Michelle s’installe un temps à Paris mais finalement préfère New-York où elle commence une carrière de décoratrice d’intérieur dans l’agence de la célèbre Michelle. L’ennui, c’est que Michelle est aussi créative que dérangée. Elle accuse Michelle d’un vol d’objet d’art qu’elle n’a pas commis. Michelle se retrouve taularde et ruinée par son avocat…

« Michelle Annabella Katz, Premiers combats » est le préquel d’une série regroupée sous le titre générique d’Agence 13. Avec un indiscutable brio, Serge Brussolo nous propose une présentation de son héroïne laquelle a un départ dans la vie assez chaotique. Avec si peu d’éléments, il est difficile pour le lecteur de se faire une idée sur la tournure que prendra la série. S’achemine-t-on vers du policier, du thriller, du fantastique ? Ou un cocktail des trois ? Si l’on s’en réfère aux autres ouvrages de Brussolo, il y a de fortes chances que ce soit le cas. En tous cas, notre curiosité est bien titillée par ce premier épisode et c’est bien le but recherché par ce genre de pratique commerciale que l’on peut très bien ne pas apprécier.




La vie trampoline (1996) ajoutée le 21 mars 2017

Après de longues études de médecine, Monique Brossard-Legrand devient une cancérologue et chirurgienne reconnue et passionnée par son métier. Mais, au bout d’une vingtaine d’années de vie commune, son mari la quitte. Avec son grand fils, elle retourne habiter chez sa mère et sa sœur aînée. Elle vit assez mal cette solitude forcée et cette cohabitation un peu étouffante jusqu’au jour où elle rencontre, sur une piste de ski, le charmant et élégant Jean-Pierre. S’ensuit une quinzaine d’années de bonheur pendant lesquelles les deux amants habitent chacun chez soi et ne se retrouvent que pour le meilleur…

« La vie trampoline » est un récit en forme de témoignage de vie. L’auteure nous fait part de ses joies et de ses peines au fil du temps. Elle traverse un divorce difficile, quitte un service hospitalier pour lequel elle s’est dévouée corps et âme pendant des années et se lance dans l’humanitaire dans plusieurs pays lointains. Au total, une belle leçon de vie pleine de philosophie et d’humanité. Tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. Et il y a toujours un enseignement à tirer de nos échecs ou de nos erreurs. Le livre se lit facilement et rapidement, car le style est fluide et agréable. Nul doute qu’il donnera à réfléchir à plus d’un ne serait-ce que par la problématique de l’identité quand on se retrouve tiraillé comme elle entre deux origines.




Le chevalier à la canne à pêche (2017) ajoutée le 19 mars 2017

Âgée de 11 ans, la petite Sélène est hébergée dans une maisonnette d’une seule et unique pièce qui sert également de four à pain au boulanger du village de Prin. Elle y pratique l’élevage d’escargots surtout pour améliorer son ordinaire. Si les femmes de la petite communauté se montrent aussi généreuses avec elle, c’est qu’elles espèrent que Sélène sera bientôt capable de prendre le relais dans leur pénible tâche de procréation. À Aleth, capitale de la principauté de Coriosolite, le teignome Coum, gros gnome grincheux et fort mal embouché, désire reprendre une partie de carte interrompue par le chant hypnotisant d’une elfe…

« Le chevalier à la canne à pêche » est un roman de fantaisie plutôt déjantée dans la lignée des bouquins du regretté Terry Pratchett (auquel ce livre est d’ailleurs dédié), mais aussi et encore plus de ceux de Neil Gaiman avec un petit côté Lewis Carroll, voire Monty Python. Autant dire de belles références pour un texte très réussi, plein d’humour et d’originalité. Quelle imagination ! Une suite de situations improbables ou farfelues, une galerie de personnages relevant de la plus haute fantaisie, voire de la chimère comme Anorin, le revenant qui prend toutes sortes d’aspects à intervalles réguliers. Ainsi peut-il se transformer en dragon ou en oiseau de feu tout en déclamant des alexandrins. Sans parler de Prof, l’ours-nandi, du gnome teigneux, de Sthéna, la chimère capable de pétrifier ses ennemis ou de Geungshi, personnage dont il ne reste plus qu’un crâne et qu’une dent, mais qui vit et parle encore ! Une mention spéciale pour Sélène, seule humaine de cette histoire, gamine attachante, amoureuse d’un inconnu et disposant de super-pouvoirs. L’intrigue, tout aussi improbable, regorge de combats, batailles rangées et péripéties de toutes sortes qui font beaucoup penser à une BD ou à un jeu video. Le style de l’auteur est fluide, agréable et efficace. Pour peu qu’on l’on ne soit pas trop cartésien, on passe un très bon moment de divertissement à découvrir cet univers de folie douce, finalement aussi poétique qu’humoristique qui pourrait d’ailleurs être aisément adapté au cinéma avec pas mal d’effets spéciaux bien sûr.




Esclave, guerrière, reine (2017) ajoutée le 19 mars 2017

À Delos, la jeune et jolie Cérès, 17 ans, est la fille d’un modeste fabricant d’armes qui fournit la cour royale. Elle rêve de devenir guerrière. Mais dans cette société archaïque, c’est totalement interdit à une fille. Alors, déguisée en garçon, elle s’entraine au maniement des armes en général et de l’épée en particulier. Avec ses deux frères, Sartès et Nisos, elle assiste aux « Tueries » qui sont de nouveaux jeux du cirque dans lesquels des esclaves s’affrontent jusqu’à ce que mort s’ensuive alors que leurs maîtres festoient et parient sur eux. Un jour, son père lui apprend qu’il doit partir travailler dans un autre royaume et qu’elle devra rester auprès de ses frères et de sa mère qui la déteste au point de bientôt vouloir la vendre comme esclave…

« Esclave, guerrière, reine » est le premier tome d’une saga de fantaisie relativement bien menée. En effet, tous les ingrédients indispensables à une bonne recette de ce genre, (une héroïne aussi vaillante qu’attachante, douée de pouvoirs extraordinaires, une société injuste et en proie à une rébellion mâtée dans le sang, des combats, des guerres, des complots plus quelques pincées de magie) sont réunis et pourtant la mayonnaise ne prend pas vraiment, car il manque le minimum syndical en ce qui concerne le style. Les coquilles sont innombrables tout autant que les barbarismes, erreurs de syntaxe, de vocabulaire et de conjugaison. Sans doute est-ce dû à des problèmes de traduction. Le lecteur a même l’impression de lire un texte traduit par un simple logiciel « Google » ! L’ennui, c’est que cela gâche complètement le plaisir et ne donne pas du tout envie de poursuivre avec les tomes 2 et suivants.




Décrochage (2017) ajoutée le 9 mars 2017

Gaétan doit rejoindre par la voie des airs sa femme Charline partie en vacances en Norvège un peu avant lui quand une catastrophe aérienne se produit au large des îles Shetlands. Grâce à un équipement de secours sophistiqué, il parvient à se poser sans trop de casse sur une petite île perdue en mer. Autre survivant, un enfant d’une dizaine d’années partage son sort. Puis quelques autres…

« Décrochage » est une nouvelle d’anticipation sur fond de tempête solaire avec une histoire de nuage de particules qui aurait détraqué tous les systèmes de communication et de navigation de la planète provoquant un cataclysme d’une ampleur inégalée. Une grande partie de la narration reste d’ordre descriptif et technique. L’intrigue qui semble inachevée avec sa fin ouverte ne débouche que sur un improbable sauvetage. Doit-on s’attendre à d’autres épisodes ? L’éditeur, Librinova, ne le précise pas. Le style est efficace, fluide et agréable, mais cette qualité ne suffit pas à faire de ce texte un chef-d’œuvre inoubliable.




Hiver (2017) ajoutée le 5 mars 2017

En 1801, une malade présumée incurable est mise en quarantaine sur l’île du Chancre. Chaque jour, son amoureux lui apporte une potion… Venue d’un pays chaud, Lana est introduite par Léo à l’intérieur du Palais de l’Hiver. Elle a l’impression d’y découvrir une planète totalement inconnue… À l’issue d’une bataille, des morts reprennent peu à peu vie… Deux clochards, Ralbert et Bellotone, déposent chaque matin des fleurs chapardées ou récupérées sur le paillasson de Marie-Joëlle, bénévole dans une association caritative d’aide aux sans-abris… Bruce, un homme étrange qui a déjà tué sa femme, est sur la trace de quelqu’un qui n’est autre que son propre Pygmalion, l’auteur…

« Hiver » est un recueil de 18 nouvelles proposées par les Editions Secrètes lesquelles avaient déjà édité « Feu », autre excellent recueil. Toutes tournent autour du thème éponyme mais sont traitées selon des répertoires aussi différents que le romanesque sentimental, la science-fiction, le fantastique, la fantaisie ou l’anticipation, sans parler des inclassables. Chaque auteur rivalise de talent narratif. Tous les textes sont de belle qualité littéraire et de présentation éditoriale impeccable (aucune coquille, ce qui devient rare dans ce genre de production). Deux nouvelles sortent vraiment du lot, car ce sont de véritables petits chefs d’œuvre à mon sens : « Hartush, le dernier mâle » d’Olivier Boile pour sa glaçante fantaisie et « La petite fille dans la neige » de Murphy Myers pour sa terrible épouvante. Une mention spéciale à l’émouvant et poétique « L’hiver partout, partout l’hiver » de Dany Lecènes. Si vous aimez lire des nouvelles passionnantes et bien écrites, ne vous privez pas de cet ouvrage qui est en libre accès, ce qui ne gâte rien !




Raison de tuer (2017) ajoutée le 3 mars 2017

Dans la ville de Boston, Avery Black, ancienne avocate devenue policière suite à un fiasco judiciaire, vient d’intégrer la police criminelle. Vu son passé, elle peine à se faire accepter par ses collègues et par sa direction. Au sortir d’une fête estudiantine bien arrosée, Cindy Jenkins est victime d’une étrange agression. Quelqu’un lui inocule une drogue incapacitante qui lui fait presque immédiatement perdre conscience. 48 heures plus tard, des cyclistes la retrouvent morte sur un banc dans un parc public. Son corps a été vidé, empaillé, recousu et maquillé, un vrai travail de taxidermiste. L’enquête va s’avérer compliquée pour Avery Black et pour son collègue Ramirez…

« Raison de tuer » est un thriller de bonne facture et de structure parfaitement classique. Un serial killer dérangé à souhait, une longue série de victimes, toutes jeunes, jolies et étudiantes et une police qui patauge et se perd dans une longue série de fausses pistes. Une intrigue parfaitement calibrée pour empêcher le lecteur d’abandonner le livre en cours de route ! Un style fluide et efficace. Le personnage de l’ex-avocate devenue policière est plutôt attachant. On ne peut pas en dire autant des autres, nettement plus stéréotypés. Au total, une agréable lecture de divertissement, un tantinet macabre, en libre accès, ce qui ne gâte rien, mais avec un léger défaut : une abondance de coquilles indignes d’un éditeur sérieux !




Les contes d'eurydice (2017) ajoutée le 28 févr. 2017

« Les Contes d’Eurydice » sont un recueil de 26 poèmes ; tous plus ou moins écrits en l’honneur et à la gloire de la femme, de l’éternel féminin. Chaque texte bénéficie d’une jolie illustration sous forme de dessin ou de photo. L’auteur fait preuve d’élégance, de délicatesse et d’un aussi agréable sens de l’observation que de la narration. « À cet instant, on ne vit que pour l’autre, comme si l’on ne faisait qu’un », dit-il. Belle définition de l’amour.

Peu ou quasiment pas de rimes, mais de belles assonances et d’élégantes résonances. « Ton amour est parti sur l’océan, emporté par le vent. » « J’étais le soldat de ton cœur, le gardien de ton âme. » Chaque texte, plus poème en prose que classique versification, mérite qu’on s’y arrête, qu’on le déguste, qu’on le médite. Tous ont le charme de la sincérité. Tous évoquent une ambiance, un sentiment, des impressions. Une mention toute particulière pour « Nouvelle ère », mon préféré, sans doute parce que les chants mélancoliques sont les chants les plus beaux : « Aujourd’hui, nous approchons d’un point de non-retour, où le ciel restera à jamais rempli de la peine des hommes. » Ce recueil est proposé en libre accès par Librinova, alors pourquoi s’en priver ?




Landon épisode 1 (2017) ajoutée le 25 févr. 2017

Venu du Midwest avec Dakota, son ex-petite amie, Landon Gibson, 20 ans, vient d’intégrer l’Université de New-York. Dakota l’a quitté pour un autre et lui partage un appartement avec Tessa, une colocataire qui vient aussi de se faire plaquer. Landon travaille dans un bar pour payer ses études. Un jour, Nora, une amie de Tessa venue cuisiner dans l’appartement, lui vole un baiser. Dakota n’apprécie pas du tout. Y aurait-il un retour de flamme à prévoir ? Nora sera-t-elle la nouvelle régulière de Landon ? La suite dans le prochain épisode.

« Landon » est un roman sentimental américain typique de la chick-lit avec tous ses codes et tous ses ingrédients habituels. Un univers de jeunes étudiants papillonnant, se cherchant, se perdant, se retrouvant. On est dans la romance, le fleur bleu, pas loin de la collection Harlequin et autres « Nous deux ». C’est écrit de façon basique et efficace, mais sans charme ni originalité particulière. On se doute qu’il va falloir enchaîner les saisons et les épisodes pour venir à bout de toutes les prévisibles péripéties sentimentales de ces héros d’un quotidien bien dans l’air du temps. Cette présentation en feuilleton, qui est un artefact commercial destiné à créer et entretenir le désir, sera sans doute à conseiller aux amatrices du genre si elles ne sont pas trop regardantes sur l’originalité du propos ni sur la qualité littéraire de l’intrigue.




La provence au coin du feu (1962) ajoutée le 21 févr. 2017

Le preux chevalier Aucassin aime la belle Nicolette. Quand il la demande en mariage, son père lui inflige un refus et enferme la belle pour l’empêcher de rejoindre son amoureux. Aucassin se languit tellement qu’il n’a plus le courage de se battre pour défendre son Comté contre les envahisseurs… Pierre de Provence, tombé éperdument amoureux de la belle Maguelonne est capturé par des pirates barbaresques qui le vendent comme esclave au sultan, lequel en fait le chef de ses armées. Mais, désespérant de jamais revoir sa belle, il néglige complètement sa tâche… Mal vu des habitants de son village, le jeune Gens est aussi le souffre-douleur de tous les enfants. Lorsqu’il a quinze ans, il décide de tout quitter pour aller se réfugier dans la montagne et y vivre en ermite. À peine a-t-il disparu qu’une terrible sécheresse s’abat sur le pays…

« La Provence au coin du feu » est un recueil de 23 textes de contes et légendes classés par thèmes : les légendes anciennes et mythologiques comme la venue d’Hercule en Provence, puis les histoires d’amours éternelles, les contes maritimes, les légendes dorées comme celle des Saintes-Maries de la mer, les magiques (Nostradamus) et, pour finir, les agrestes et poétiques. Comme souvent dans ce genre de recueil, les histoires sont assez disparates et d’intérêt plus ou moins important. La plume de Marie Mauron, très inspirée du grand Frédéric Mistral, est de belle qualité, ce qui ne gâte rien dans cet ouvrage qui sera réservé aux amateurs de folklore local et de traditions remontant parfois à la nuit des temps comme l’histoire de la Tarasque, ce dragon terrible domestiqué et rendu doux comme un agneau par la magie d’un simple ruban.




Les perles et les cochons (2006) ajoutée le 14 févr. 2017

Au temps d’Henri II, un aristocrate qui a accumulé une jolie fortune en récupérant les dots de ses épouses successives mortes prématurément, rencontre une belle courtisane au charme de laquelle il ne peut résister… Un âne « bibliophore », c’est-à-dire porteur de centaines de livres, rencontre un singe écrivain qui lui déclare s’appeler François Arouet… Suite à un naufrage en Méditerranée, un dauphin recueille un singe, unique survivant d’un équipage anglais… Socrate et Dupont discutent doctement de l’abolition de la peine de mort et ne sont d’accord sur rien… Le président d’un petit état des rives du Danube vient plaider la cause de son pays devant une commission qui ne comprend pas bien ce que peut bien signifier un « socialisme à visage humain »…

« Les perles et les cochons » est un recueil de 39 courts textes de styles divers et variés, tous marqués de l’humour particulier de Jean Dutourd. On y trouve des fables de Jean de La Fontaine remises au goût du jour, c’est-à-dire nettement plus noires et plus pessimistes que les originales (le chêne et le roseau, le lion et le rat et bien d’autres encore comme cette version du loup et l’agneau qui est un petit chef-d’œuvre à elle toute seule), quelques contes bien sombres comme celui de Barbe-bleue ou celui de la Belle et la Bête, et des mythes comme celui de Sisyphe ou de Promethée. L’ensemble est un vrai régal de lecture qui donne à réfléchir, car en plus d’une plume aussi élégante que flamboyante, le lecteur y trouve une grande finesse d’analyse et une intelligence remarquable. Lisez Dutourd.




De la maison autonome à l'économie solidaire (2001) ajoutée le 12 févr. 2017

En mai 1968, la famille Baronnet souhaite quitter Paris pour aller revivre à la campagne, construire une maison en empruntant le moins possible, pour ne pas perdre sa vie à la gagner. Ne pas se contenter de brasser des concepts, de rêver sur des utopies de lendemains qui chantent, mais passer à l’acte. Construire une micro-économie limitée, mais surtout en voir le bout, la réalisation concrète. D’où le concept de la « maison autonome » en énergie et en eau avec recyclage maximal des déchets et empreinte carbone minimale. Au départ, juste une petite maison bretonne en ruines, achetée 40 000 F (soit 6000 €), autant dire pour une bouchée de pain qu’il fallut retaper puis agrandir et doter de serres, panneaux photovoltaïques, chauffe-eau solaire, éoliennes, toilettes sèches, lagunage de traitement des eaux grises et maintenant un grand « zome » qui sert de salle commune…

« De la maison autonome à l’économie solidaire » n’est pas seulement un livre technique permettant de faire partager une expérience de plus de quarante années de recherche appliquée sur les énergies douces et sur une vie moins polluante, c’est aussi un petit manuel de vie inspirée des préceptes de Lanza del Vasto ou de Pierre Rabhi, sans oublier un très utile carnet d’adresses et une bibliographie conséquente. Un livre à conseiller à toutes celles et tous ceux qui voudraient se lancer sur les traces de ces pionniers qui ont déjà reçu plus de 100 000 personnes (visiteurs ou stagiaires) dans leur maison autonome et sont en passe de créer maintenant un véritable éco-village.




Le siècle des lumières éteintes (2001) ajoutée le 11 févr. 2017

C’est une étrange manie que celle de vouloir changer le mode de scrutin à chaque fois que ça arrange ! « La proportionnelle est la planche de salut des incapables, des nullots, des gens qui, pendant les années qu’ils étaient au pouvoir n’ont fait que des stupidités, sans parler de ceux qui se sont mis un peu d’argent dans les poches », note l’auteur, assez peu satisfait des grandes avancées des années Mitterand… Sans parler de la manie de distribuer à tout-va des décorations à des étrangers, et particulièrement à des Américains que cela laisse relativement indifférent… Manie également de s’incruster au pouvoir, même après que le peuple vous a infligé un démenti sanglant… Paradoxe des commémorations du bicentenaire de la Révolution française, qui fait que Louis XVI et Marie-Antoinette, par leur martyr, en deviennent les figures dominantes…

« Le siècle des lumières éteintes » est un recueil de chroniques éditoriales parues dans France-Soir entre 1992 et 1999. L’académicien Dutourd y disposait en première page d’une tribune qui lui permettait, chaque semaine, de donner son avis sur un fait de société, une tendance ou n’importe quel événement politique du moment. Il y faisait preuve d’une telle intelligence, d’une telle clairvoyance, d’un tel esprit et d’un tel humour, que le jour de sa parution, le samedi, le journal enregistrait ses meilleures ventes. Il en fut pourtant éjecté fort inélégamment, après plus de trente années de bons et loyaux services et en fut très chagriné comme il le raconte en introduction et en conclusion. Relire ces articles peut sembler paradoxal et sans grand intérêt. Même si ces vieilles « actualités » sont devenues du passé et presque de l’histoire, le style est tellement bon, l’esprit tellement affuté et la plume tellement élégante que cela reste encore un plaisir de fin gourmet.




Dutouriana (2002) ajoutée le 4 févr. 2017

Toute sa vie, Jean Dutourd a cherché à noter le trait fulgurant ou l’idée originale apparue au moment le plus saugrenu. Aussi a-t-il fini par se munir d’un petit carnet de moleskine et d’un crayon pour ne rien manquer de ce qui lui traversait l’esprit. Et les bons mots, les traits d’humour et autres maximes n’ont pas manqué de s’y inscrire au fil du temps et de l’inspiration. « On ne brûle plus les sorcières, ni même les livres, mais on brûle toujours les idées »… « Voir le mal partout rend aussi crédule que de ne le voir nulle part »… « Les prêtres dégoûtent les enfants de la religion comme les professeurs les dégoûtent des classiques »… « Le crétin se reconnaît à son goût pour les exactitudes inutiles »… « Le public n’a le droit de savoir que ce qu’on lui raconte », entre autres…

« Dutouriana » est un court (123 pages) recueil de maximes, pensées, aphorismes, petites notes, remarques ou mini-chroniques compilées au fil du temps, sans thème ni ordre particulier, ce qui permet de lire l'ouvrage dans n’importe quel sens, en diagonale, au fil des pages ou en picorant de-ci de-là. Le lecteur ne pourra qu’éprouver le plaisir rare et délicat de fréquenter un grand esprit, toujours plein de sagesse et de philosophie un peu désabusée et ne manquant jamais d’humour. Plus qu’intéressant : passionnant.




Comment augmenter le chômage (2017) ajoutée le 3 févr. 2017

De 1974 à 2016, la France est passée de 200 000 à 3 550 000 demandeurs d’emploi. Autant dire que, droite gauche confondues, tous nos gouvernants n’ont fait qu’aggraver la situation même aux (rares) moments où une véritable croissance permettait à d’autres de résorber le leur ! De coups de pouce en coups de pouce au SMIC, ils n’ont fait que renchérir le coût du travail et mieux affûter cette arme de destruction massive de l’emploi. Quant aux 35 heures, elles n’ont pas créé d’emplois supplémentaires, elles en ont détruit ! Les charges sociales sur le travail ont rien moins que doublé en 40 ans. Quant au déficit de la balance commerciale, il est passé de 2,6 milliards d’euros en 1974 à 58,4 milliards en 2014. Sans parler du RSA, qui bien utilisé peut devenir plus avantageux que le SMIC, des syndicats les plus archaïques du monde et d’un Code du travail de 3700 pages, sans doute le plus foisonnant du monde. Celui de la Suisse n’en comporte que 117 ! Eh oui, tout semble avoir été fait pour augmenter le chômage, arriver au chômage de masse, à l’oisiveté généralisée. Et pourtant, il semble que l’on puisse faire encore mieux…

« Comment augmenter le chômage », sous-titré « Non, ils n’ont pas tout essayé ! » se présente comme un essai dont le ton ironique et très second degré pourrait faire penser à un pamphlet pas très sérieux. Mais il n’en est rien. La documentation est solide et l’argumentation tient bien la route. Les solutions existent. On les a rencontrées. Ailleurs. Mais en France, on ne veut pas en entendre parler. Il va sans dire que l’auteur prône le libéralisme, tente d’innocenter la mondialisation, la technocratie bruxelloise et même certaines formes de capitalisme sauvage comme l'ubérisation de la société. Il semble un peu plus léger sur le dumping social et écologique des pays à bas coût de main d’œuvre et autre importation massive de travailleurs non qualifiés. On aurait aimé qu’il développe et étaie plus certains arguments et ne se contente pas d’asséner comme vérité première qu’une taxation aux frontières de produits réimportés ne ferait qu’appauvrir le pays et créer encore plus de chômage. Un essai fort intéressant qui a le mérite de poser le problème avec un humour certain. Une intelligente démonstration par l’absurde.




La porte (2014) ajoutée le 3 févr. 2017

Alors qu’au Vatican, l’ambassadeur tchèque tente d’en savoir plus auprès des autorités pontificales au sujet de la scandaleuse affaire du pont Charles, en Bourgogne, un certain Charles Ravière, sorcier wiccan autoproclamé, s’installe dans un petit village pour y créer sa secte. Patrick Sullen, flic des Renseignements Généraux, en voulant enquêter sur le phénomène, tombe à sa merci et se retrouve nu et enchainé au pilier en béton d’une cave sordide… Au cours d’une messe noire particulièrement glauque, Ravier le transforme en disciple de Lucifer…

« La porte » est le troisième et dernier tome d’une série tout ce qu’il y a de gore et de plus en plus axée sur le « hard » satanisme. Rien n’est épargné au lecteur, outre les meurtres habituels des thrillers, tortures en tous genres, cannibalisme, messes noires et apparitions de monstres sortis des enfers. Attention, ces livres ne sont pas à mettre entre toutes les mains. Il est fortement conseillé aux âmes sensibles de s’abstenir. Cauchemars garantis pour les amateurs. En effet, ce dernier opus termine en crescendo et s’achemine vers une fin aussi terrible que laborieuse. Le héros, Nataniel Dresde, a une peine folle à rouvrir la porte des enfers qu’il a malencontreusement fermée. Et le rythme en souffre nettement. Dans l’ensemble, un ouvrage glaçant d’épouvante proche de l’univers de Dean Koontz, lequel aurait d’ailleurs su raconter la même histoire en trois fois moins de pages…




L'ère du diable (2013) ajoutée le 30 janv. 2017

Au Brésil, Cesare, prêtre exorciste est assassiné à l’intérieur d’une église. En France, Coraline, prostituée, s’intéresse à un client un peu étrange qui n’est autre que Nathaniel Dresde. En Italie, quatre hauts responsables du Vatican se réunissent en secret pour faire le point : le père Cesare est le troisième exorciste assassiné en très peu de temps. C’est très inquiétant et ne peut pas être une simple coïncidence. D’autant plus que le père Fantino, autre exorciste, a disparu de façon mystérieuse. Quant au commandant Marchegiani, il ne se remet pas de son échec dans l’affaire Kolber. Il est persuadé de la culpabilité de Dresde mais, sans preuve indiscutable, il ne peut rien faire…

« L’ère du Diable » est le deuxième tome de la trilogie paranormale proposée par J.B.Leblanc. Cette histoire relève du thriller ésotérique et fantastique avec un nouveau palier franchi dans l’horreur et l’épouvante. Contrairement au premier tome où l’on revenait souvent en arrière, cette fois, cela se produit beaucoup moins souvent, ce qui permet un bien meilleur rythme de narration. Les évènements s’enchainent à toute allure, l’horreur s’amplifie, le complot luciférien prend de l’ampleur. Le diable ne s’attaque plus seulement à l’Église catholique mais aussi à l’islam et même au judaïsme ! Il se permet une véritable hécatombe d’exorcistes et toutes sortes de destructions improbables comme dans la scène du pont Charles. Les personnages, et particulièrement celui de Nataniel Dresde, prennent de l’épaisseur, de l’ampleur et de l’intérêt. L’intrigue est haletante et menée avec brio. Seul petit reproche : encore des approximations lexicales et des coquilles qui agacent un peu le lecteur attaché à la précision de la langue. Au bout du compte, un très bon et très effrayant ouvrage à déconseiller aux cartésiens et aux âmes sensibles quand même !




Le cauchemar de cassandre (2012) ajoutée le 27 janv. 2017

Un tueur à gages abat un chef d’entreprise à la sortie d’une boîte échangiste… Alors qu’il est en train de fermer son église, un curé au physique de rugbyman surprend plusieurs étranges jeunes femmes se livrant à des pratiques obscènes… Pour pouvoir avancer dans son enquête, un jeune policier ambitieux cherche à entrer en contact avec un médium par le biais d’un site internet… Ancien gradé de services de police prestigieux, Nathanaël Dresde qui s’est fait affecter dans un commissariat de quartier, reste un exemple et une énigme pour tous ses collègues.

« Le cauchemar de Cassandre » est un gros pavé (735 pages) de thriller fantastique tout à fait original à la fois par sa construction très séquencée et cinématographique et par son intrigue très axée sur le paranormal, l’ésotérisme et le satanisme. Au long de cette histoire inachevée, les cadavres s’accumulent dans une ambiance glauque, gore, empestant le stupre et le soufre. Plusieurs scènes d’horreur pourront être à déconseiller aux âmes sensibles. Cet ouvrage aurait pu être une belle réussite dans la lignée de Stephan King ou de Dean Koontz si l’auteur avait un peu moins tiré à la ligne, répétant deux à trois fois le même épisode ou se laissant aller à divers développements philosophiques ou théologiques qui ralentissent l’action un peu trop à mon goût. Le style de l’auteur est fluide, efficace et agréable si on ne tient pas compte de quelques concordances de temps erratiques, d’erreurs syntaxiques et autres coquilles entachant parfois la lecture. On note également la présence et l’utilisation d’un Minitel, ce qui date un peu beaucoup. Au total, un ouvrage intéressant et qui ne laisse pas indifférent dans la mesure où le lecteur s’attache au personnage de la malheureuse Cassandre, ex-top-model persécuté par les engeances sataniques et beaucoup moins au flic psychopathe. Reste à savoir si J.B. Leblanc transformera l’essai dans le deuxième tome de la trilogie.




Rovolution (2017) ajoutée le 22 janv. 2017

L’inspecteur du travail Wilfrid Johnson arrive sur un chantier de construction tenu par des androïdes dirigés par un chef de chantier humain, Georges Lerbhaïm. Trouvant que les mesures de protection en faveur des robots sont très insuffisantes, Wilfrid inflige à Georges une amende représentant trois mois de son salaire. Dans ce monde futur, les androïdes qui sont en passe de remplacer les humains pour toutes les tâches, ont plus de valeur qu’eux et la R.I.C. (Robotic Innovation C°) ne plaisante pas avec la sécurité de ses machines. Catherine Hermanov a confié la garde de son fils autiste à Ted, autre androïde de la R.I.C. Paul, membre de la confrérie des Génésistes qui prône le retour à la valeur travail lui rend visite pour lui en faire l’amer reproche…

Dédié à Asimov, grand maître des robots, « Rovolution » est un roman d’anticipation et de science-fiction qui nous présente un futur rien moins qu’inquiétant. Il y a du « Meilleur des monde » et du « 1984 » en pire dans cet ouvrage. On ne sait qui, des trois forces qui s’affrontent, la multinationale sans foi ni loi, la secte bornée et fanatique ou le syndicat lancé dans une révolution sans issue, propose un quelconque espoir pour une humanité désespérée. Aucun manichéisme chez Patrick S. Vast, mais une fine réflexion sur divers thèmes comme l’avenir de l’homme éjecté du monde du travail et maintenu dans une oisiveté forcée, le fanatisme religieux des sectes, la manipulation des foules, l’euthanasie et l’asservissement de l’individu réduit à l’état d’ilote ou de robot. L’intrigue est intéressante, bien menée et pleine de rebondissements. Les personnages, un peu archétypaux, restent attachants quand même. Le style de l’auteur étant fluide, agréable et efficace, il est difficile de lâcher le livre avant la fin qui n’en est pas une d’ailleurs, vu que l’éditeur, « L’IvreBook », nous réserve une suite à ce tome 1 semble-t-il.




Les quatre vérités de l'abbé pierre (1995) ajoutée le 20 janv. 2017

Pendant des années personnalité préférée des Français, l’abbé Pierre, de son véritable nom Henri Grouès, se fit connaître par son émouvant appel de 1954 en faveur des sans-logis. Véritable trublion des médias, empêcheur de consommer et de profiter en rond, il apparut et réapparut de temps à autre, pour marteler son quasi unique message « Et les autres ? ». Dans cet ouvrage, l’auteur a collecté la plupart de ses appels, de ses pensées, de ses fulgurances franciscaines classées en cinq grands chapitres : « L’homme de Dieu », « Emmaüs, la guerre à la misère », « Dieu et la foi », « La vie mode d’emploi », « Politique et société ».

« Les quatre vérités de l’Abbé Pierre » est donc un recueil non exhaustif de citations extraites de ses nombreuses interventions, conférences, entretiens et ouvrages. La plupart sont de véritables aphorismes ou maximes de belle teneur sociologique, philosophique ou théologique. « Le prophète, c’est la grande gueule, la voix des hommes sans voix, celui qui se dresse entre un pouvoir aveugle et un besoin muet ». « Les hommes politiques ne connaissent la misère que par les statistiques. On ne pleure pas devant des chiffres ». « Le plus important, ce n’est pas d’être croyant, c’est d’être crédible », dit-il. Un livre à lire et à relire. À picorer, à méditer et à parcourir en diagonale de temps à autre pour en faire son miel et surtout pour ne jamais oublier… « les Autres ».




Dreamers (2016) ajoutée le 19 janv. 2017

Dans un futur indéterminé, Paris, écrasé de chaleur et vivant un éternel crépuscule, n’est plus très loin de l’agonie. La mer a tellement monté qu’elle arrive maintenant jusqu’au pied de l’Arc de Triomphe. Et pour ne rien arranger, les savants ont revu tous leurs calculs : le soleil n’aurait plus qu’une durée de vie d’environ 22 ans. Nami vit seule dans un « appi », sorte d’appartement-placard. N’ayant plus de crédit sur son compte, elle en est réduite à tricher pour accéder aux bains publics et se rafraîchir un peu. Et voilà que son voisin Sébastien lui propose de l’accompagner pour faire une découverte…

« Dreamers » est une nouvelle d’une cinquantaine de pages fort bien écrites. Le cadre apocalyptique de l’histoire est bien rendu et donne envie. Le personnage de Nami est crédible et intéressant. Dommage que l’intrigue soit peu étoffée. On aurait aimé plus de développement, plus de péripéties. En un mot, on reste sur sa faim avec une chute en « happy end » totalement invraisemblable vu le contexte. En effet, il semble difficile de faire la part du rêve et envisager de mettre au monde une descendance alors que le futur est aussi désespérément bouché !




La roue tourne (2016) ajoutée le 18 janv. 2017

Un dernier tour de grande roue pour un couple qui va se séparer… Un homme est intéressé par une annonce bizarre… Un plombier musicien connait le succès sur le tard… Lolita, 12 ans, en a assez de vivre dans sa famille d’accueil… Un débile mental provoque un carnage dans un supermarché… Un autre se livre à une séance de masturbation qui finit mal… Dans un café, une étudiante attend l’heure de son cours de philo… En répétant le rôle de Marc-Antoine, un acteur fait une importante découverte… Un homme assiste impuissant aux derniers instants de sa mère…

« La roue tourne » est un recueil de onze nouvelles proposées par la revue Squeeze. Comme toujours dans ce genre de production, le moyen côtoie le médiocre et l’excellent l’insignifiant. On ne trouve pas plus d’unité de ton que de thème commun. Quelques textes donnent l’impression de remplissage, d’écriture au fil de la plume. L’indulgence veut qu’on jette un voile pudique sur ceux-là ! En revanche, trois textes méritent amplement le détour : ceux de Raginel, Philippe Azar et Marianne Desrosiers. Une nouvelle dépasse toutes les autres autant pour son style de grande qualité que pour son originalité. Il s’agit de « Tête morte » de Christophe Siebert, un petit bijou d’horreur cauchemardesque et de fantastique du quotidien. À ne pas manquer d’autant plus que cet ouvrage est en libre accès !




Ça bouge dans le prêt-à-porter (1989) ajoutée le 17 janv. 2017

Comment écrire dans les journaux, parler à la radio ou à la télévision ? Comment faire carrière dans la communication ? Comment raconter la vie du monde aux braves gens et leur imposer une pensée calibrée mais aussi un langage frelaté ? Pourquoi tout le monde s’appelle-t-il « Coco » ? Quels sont les grands principes du journalisme ? En quoi consiste le fameux « kilomètre sentimental » ? Comment écrire une bonne critique littéraire ? Quelles sont les bonnes locutions à utiliser ? Qu’est-ce qui se dit et ne se dit pas dans ce milieu bien particulier ?

C’est à toutes ces questions et à quelques autres que répond cet ouvrage malicieux sous-titré « Traité du journalisme » qui aurait d’ailleurs pu s’intituler « Rien de nouveau dans le prêt-à-penser » car la conclusion s’impose d’elle-même : rien ne bouge depuis des lustres. Tout reste d’une grande conformité bien-pensante dans cette profession plus décriée aujourd’hui qu’en 1989 quand ce livre parut. Dutourd pouvait y dresser le portrait de trois grands patrons de presse de son époque, Brisson pour le Figaro, Beuve-Méry pour le Monde et Lazareff pour France-Soir qui honoraient la profession. (Peut-être la partie la plus intéressante du livre.) Quoi que l’étude des tics linguistiques, de la manie des américanismes, de l’abus des poncifs et autres images usées jusqu’à la corde soit un véritable régal pour connaisseurs. Avec toujours autant de finesse et d’humour, Dutourd rhabille élégamment tous ses confrères pour plusieurs hivers. Après tout, qui aime bien châtie bien !




La gauche la plus bête du monde (1985) ajoutée le 15 janv. 2017

L’Etat qui pratiquait déjà le mécénat a laissé Van Gogh sombrer dans la folie et crever de misère, car il lui préférait des peintres plus accessibles qu’on appelait à l’époque « Pompiers »… Preuve qu’il sous-entend qu’il sait tout faire, qu’il peut tout gérer, même l’économie… La punition de cette marque évidente d’orgueil ne tarde pas : il ruine le pays au lieu de le gérer sainement… La partie n’est jamais égale entre l’homme et la femme. Les femmes sont bâties en acier et les hommes en caoutchouc. Ils sont toujours prêts à accepter tous les compromis… Le spectacle de notre pauvre gouvernement se débattant dans des difficultés sans nombre nous enseigne qu’en politique, il est une chose encore plus dangereuse que de faire des promesses, c’est de les tenir…

« La gauche la plus bête du monde » est un recueil rassemblant diverses chroniques et articles parus tout au long de l’année 1984 dans le journal France-Soir. Jean Dutourd y faisait œuvre de polémiste et de philosophe du quotidien. Avec son esprit paradoxal et perspicace, il analysait aussi bien les évènements politiques que les faits divers ou les mouvements sociaux. Relire ces textes plus de trois décennies plus tard peut permettre de se replonger dans une époque à la fois proche et lointaine et s’apercevoir que si certaines choses ont bien changé, d’autres sont restées immuables et surtout que les analyses fines et humoristiques du trublion des lettres sont toujours aussi agréables à découvrir…




Avant qu'il ne tue (2016) ajoutée le 12 janv. 2017

Dans un champ de maïs du Nébraska, une femme est retrouvée assassinée, attachée à un poteau et sans doute victime d’un psychopathe. Il ne faut pas longtemps à la police pour s’apercevoir qu’elle a affaire à un tueur en série de la pire espèce dont la folie meurtrière mystico-religieuse ne fait que commencer. La jeune et jolie détective MacKenzie White, plus futée et plus coriace que ses collègues aussi vieillissants que moqueurs, est chargée un peu contre son gré de cette enquête particulièrement épineuse.

« Avant qu’il ne tue » est un thriller de facture tout ce qu’il y a de classique. Tous les ingrédients sont là : les crimes sadiques qui s’accumulent, les flics qui pataugent et la fliquette plutôt mal vue qui seule a quelques éclairs de génie permettant de faire avancer l’affaire, mais toujours avec un temps de retard… L’écriture est efficace et agréable à lire en dépit d’un certain nombre de coquilles et de quelques faiblesses dans la traduction. On est dans la littérature de divertissement de qualité, alors ne boudons pas notre plaisir d’autant plus que ce titre est gracieusement mis à disposition en ebook sur les plateformes.




Vous n'êtes pas obligés de me croire (1999) ajoutée le 8 janv. 2017

Le charabia européen est le jargon employé par les technocrates de tous poils pour assurer solidement leur pouvoir sur le brave pékin de contribuable-citoyen qui n’y comprend goutte… Noyé sous les productions anglo-saxonnes, le cinéma X français peine à remplir l’obligation du quota de 30% d’œuvres françaises sur les chaînes de télévision du pays… Les « publicités distribuées par courrier » (mailings) envahissent nos boîtes aux lettres au point que certains assurés ont balancé à la poubelle leur carnet de santé de la Sécurité Sociale, croyant avoir encore affaire à de la réclame… La France est le pays où l’on trouve le plus d’animaux domestiques en pourcentage de sa population…

« Vous n’êtes pas obligés de me croire » est un recueil de 180 chroniques sur mille et un sujets. Celles qui relèvent de l’actualité immédiate (faits divers, politiques) sont, bien entendu, devenues un peu obsolètes, mais ce sont les moins nombreuses. Toutes les autres, plus sociétales, plus anecdotiques, plus historiques voire philosophiques n’ont pas pris une ride et représentent un véritable régal pour l’esprit. Le chansonnier et humoriste bien connu, sous son air de ne pas vouloir y toucher, porte des jugements amusés, acidulés et bienveillants sur ses contemporains et sur tous les travers de notre société de consommation. Tout y passe, de la taille des préservatifs décidée par un comité de normalisation européenne aux amnésies sélectives des hommes politiques en passant par les baisses d’impôts toujours promises et jamais tenues, par les plaisirs de la bande dessinée ou par un sondage sur le temps de prière chez les Français. Même si parfois l’observation peut sembler être pratiquée par le petit bout de la lorgnette, le résultat est toujours amusant et roboratif. Quel plaisir de lire un auteur aussi intelligent et facétieux que le regretté Jean Amadou !




Le déjeuner du lundi (1947) ajoutée le 3 janv. 2017

Tous les lundis midi, le père de Jean Dutourd, dentiste de son état, invite son fils Jean et l’oncle Alfred à déjeuner. Veuf joyeux et épicurien sans complexe, il met les petits plats dans les grands pour régaler ses deux hôtes, ce qui n’est pas un mince exploit, car dans les années d’après guerre, les tickets de rationnement sont encore en vigueur et il faut souvent recourir au marché noir pour élaborer un menu. Ces sympathiques agapes familiales sont l’occasion de discussions à bâtons rompus sur mille sujets des plus triviaux aux plus relevés dans une ambiance charmante et détendue.

Paru en 1947, « Le déjeuner du lundi » est le deuxième livre et le premier roman de Jean Dutourd. Il le présente comme étant le prototype du « nouveau roman », style qu’il dit avoir inventé avec dix ans d’avance. En effet, les cinquante premières pages donnent tout à fait cette impression avec des descriptions pointilleuses mais jamais ennuyeuses du décor de cette charmante pièce en trois actes (entrée, plat, dessert). Passé cette introduction à la Robbe-Grillet, le lecteur bascule dans le vif du sujet, les dialogues et la comédie de ce déjeuner de brillants esprits. Ça ne se lit pas. Ça se dévore. Tant c’est intelligent, amusant, plein d’humour et finement raconté. Le personnage du père, un peu vantard, heureux de vivre et toujours le cœur sur la main, celui de l’oncle, plus introverti, grand amateur de calembours, de paradoxes et d’énigmes plus ou moins scientifiques et bien sûr celui du jeune Dutourd, ancien évadé de camp de prisonnier, grand résistant, anticlérical, libre penseur et très à gauche, tous trois sont d’excellente compagnie. Les idées politiques de l’auteur peuvent surprendre. Il faut dire qu’il était très jeune à l’époque et qu’il a évolué au fil du temps et de sa réflexion personnelle. Seuls les idiots ne changent jamais d’avis ! Un bel ouvrage qui n’a pas pris une seule ride !




Rouge liban (2013) ajoutée le 2 janv. 2017

Au Liban sud, l’armée israélienne a subi plusieurs revers humiliants face au Hezbollah. Depuis des années, leur chef, Hassan Nasrallah, se cache quelque part dans Beyrouth. Toutes les tentatives pour s’emparer de sa personne ou pour le liquider ont échoué lamentablement. Cette fois, les Saoudiens, la CIA et le Mossad se sont mis d’accord pour confier cette mission impossible à Malko Linge. Le super-espion compte beaucoup sur son charme auprès des dames chiites et autres pour parvenir à ses fins : localiser le leader et signaler sa position à l’aviation israélienne chargée du coup de grâce.

« Rouge Liban » est un roman d’espionnage basé sur des faits réels soigneusement documentés dans une ambiance fort bien rendue. Mais on s’arrêtera là pour les compliments tant les facilités de « fabrication » sont évidentes. L’intrigue est sans grande consistance, les rebondissements convenus ou téléphonés et toute la narration est entrelardée de scènes de sexe plus torrides les unes que les autres, mais au bout du compte répétitives et lassantes car ne dépassant jamais le niveau du porno. Ensemble moins que divertissant. Même pas la pointe d’humour qui fait passer la pilule ! Dommage.




2024 (1975) ajoutée le 29 déc. 2016

En 2024, Paris est devenue une ville fantôme, décrépie, dépeuplée et quasi en ruines. La raison de cette catastrophe ? La dépopulation. En effet, depuis plusieurs décennies, les femmes se sont refusées à avoir la moindre progéniture et les hommes n’ont rien pu ou voulu faire pour contrer ce mouvement. Résultat : l’humanité, composée principalement de vieillards cacochymes et de rombières acariâtres et flétries, chemine lentement vers sa fin programmée. Et voilà qu’un jour, le narrateur fait une rencontre extraordinaire dans un jardin public : un jeune père d’une trentaine d’années accompagné par un petit gamin de six ans prénommé Jean-Pierre…

« 2024 » est une dystopie écrite dans les années 70 sur le principe que l’humanité ne court pas vers la surpopulation, mais vers son contraire, la dépopulation générale due à un excès de progrès, de science, d’efficacité et à un manque de spiritualité, de charme, de magie. « Le XXIème siècle sera religieux ou ne sera pas », prête-t-on à André Malraux. Jean Dutourd en a tiré cette histoire en forme de conte philosophique. L’intrigue est simple et le recul du temps nous montre que cette hypothèse ne tenait pas la route. Cependant, elle sert à de magnifiques développements sociologiques ou philosophiques sur les conséquences des idées de Mai 68. Résultat : on a encore beaucoup de plaisir à découvrir ce texte tant la pertinence du propos reste flamboyante d’intelligence. Il faut lire Dutourd, même aujourd’hui. Il y a tout à gagner de profiter de la sagesse d’un grand esprit et de la plume alerte d’un merveilleux écrivain.




Ma jeunesse se fera sans vous (2016) ajoutée le 27 déc. 2016

Depuis que ses parents ont divorcé, le jeune Louis vit avec sa sœur Anne et sa mère. Il voit rarement son père qui voyage souvent à l’étranger. Il supporte difficilement l’alcoolisme de sa mère et encore plus mal la présence du prétentieux Philippe Chasseur, le nouveau compagnon de celle-ci. Elève difficile, il est placé en internat où il ne se plait pas. Il reconnaît ne pas avoir de meilleur ami et cherche à se rattraper auprès de la gent féminine. Il se remémore ses différentes rencontres : Madeleine, Solène, Julie, Diane, Sarah et même Fatou l’Africaine, violée dans son enfance, et qu’il voudrait bien protéger.

« Ma jeunesse se fera sans vous » est une autofiction dont l’intrigue se résume à une suite d’apparitions de personnages le temps d’une courte anecdote ou d’une brève aventure. Le style de Louis Asnar est impressionniste, vif, agréable et facile à lire. L’auteur joue souvent avec l’humour, l’ironie et le paradoxe, ce qui donne pas mal de piquant à cette narration tenant beaucoup du journal intime. « C’est un coup à se suicider, voire pire, à se marier », « il était mythomane, cleptomane, alcoolique, drogué, lâche et présomptueux », « il se demandait si le monde entier ne conspirait pas à ce qu’il devienne homosexuel », pour ne citer que quelques exemples ! Malheureusement, le plaisir de lire est un peu gâché par la brièveté du propos (112 pages seulement : est-ce un roman, une longue nouvelle ou le début d’un feuilleton ?). Au bout du compte, le lecteur reste donc sur sa faim. Il aimerait en savoir plus sur ce Louis qui lui semble sympathique malgré tous ses défauts et toutes ses faiblesses. Et la frustration se termine en apothéose avec une fin abrupte, complètement ouverte et donnant l’impression que l’histoire reste toujours à raconter. Dernière phrase : « Alors que Louis remontait chez lui, il pensa à Malo et il renonça pour de bon à tuer sa gardienne. » Il ne manque que : « Suite au prochain épisode ». Dommage.




Le dossier k (2012) ajoutée le 24 déc. 2016

Plus de huit années après la fin de la guerre en Bosnie, Radovan Karadzic, président de l’éphémère République Serbe de Bosnie et criminel de guerre recherché par le tribunal international de La Haye, est toujours en cavale. Seul Sulejman Brancevo, un agent des services secrets bosniaques cherche encore à le capturer alors que toutes les tentatives précédentes ont échoué. Lui, comme tant d’autres, échouera dans des conditions dramatiques. Finalement, sur ordre direct du président américain, ce sera au prince Malko Linge, le célèbre SAS, de reprendre cette traque impossible dans un pays toujours hanté par ses vieux démons.

« Le dossier K » est le 165ème tome des aventures de l’espion aristocratique doublé d’un authentique playboy. L’intrigue laisse un peu à désirer, émaillée qu’elle est d’une longue suite d’échecs un peu lassants dans cette chasse à l’homme interminable. En superhéros récurrent, Malko échappe à toutes les embûches et à tous les pièges placés sur son chemin par les méchants nationalistes serbes et trouve quand même le temps d’une belle série de rapports sexuels minutieusement décrits. Ce côté racoleur mis de côté, le principal intérêt de cet ouvrage de grande consommation reste une documentation impeccable autant sur les faits historiques que sur le contexte géo-politique. La fin romanesque et les diverses péripéties amoureuses restent du domaine du simple divertissement.




Le séminaire de bordeaux (1987) ajoutée le 21 déc. 2016

Alors que les évènements de Mai 68 battent leur plein au Quartier Latin, Brigitte met au monde son bébé en regrettant de ne pas pouvoir participer à cette révolution. Avec Jean-Claude, chercheur au CNRS, ils forment un couple d’intellectuels modernes et complètement libérés. Ils ne se cachent rien de leurs aventures extra-conjugales. Tout va bien quand il s’agit de Brigitte, mais quand Jean-Claude s’offre un petit retour de flamme avec Adeline, sociologue dans le même organisme que lui, Brigitte le prend très mal et, paradoxalement, ne lui pardonne qu’en échange d’une promesse de mariage en bonne et due forme.

« Le séminaire de Bordeaux » est un roman comme on n’en écrit plus. Parfaitement construit, merveilleusement écrit dans une langue riche et détaillée, débordant d’intelligence et d’humour (l’analyse des expressions branchées et leur traduction est déjà un régal à lui tout seul). Les longs développements ne manquent pas, mais jamais ils ne sont verbeux ou pompeux. Le confort de lecture est total en dépit d’une sophistication évidente du style. Le regretté Jean Dutourd était un maître de la littérature qui méritait amplement son habit et son épée d’académicien. Tous les titulaires actuels de la vénérable institution ne peuvent pas en dire autant. En ce qui concerne le fond, nous sommes dans la droite ligne des « Horreurs de l’amour », mais cette fois dans le cadre bien particulier de la révolution sexuelle de Mai 68. Observateur perspicace et un tantinet caustique de la société, Dutourd analyse tout ce chambardement avec une grande finesse, beaucoup d’humour et pas mal de philosophie. Avec le recul que nous avons aujourd’hui, nous pouvons mieux nous apercevoir à quel point il avait raison et quel extraordinaire visionnaire il était. Lisez Dutourd, vous ne serez jamais déçus.




The cell (2016) ajoutée le 16 déc. 2016

Sur Bagne, planète prison particulièrement inhospitalière, Renaud retrouve Laura inerte. Est-elle mourante ou déjà morte ? Victime sans doute d’un accident de transfert. Et qu’est devenu son ami Killian auquel il est relié par un clou d’union qu’il garde précieusement ? Vingt années se sont écoulées. Il n’avait pas su se montrer courageux à l’époque. Il se fait maintenant bien des reproches. Beaucoup d’hommes sont morts à cause de lui. Et le voilà de retour avec mille questions qui le taraudent. Il est prêt à tout, mais certainement pas à retourner sur la Terre…

« The Cell » n’est que le premier (copieux) épisode de la 3ème saison de la saga « Les Foulards rouges ». Cette série de fantaisie mêlée d’un brin de science-fiction est très imprégnée de magie blanche et noire, d’étrange et de fantastique. Tout fonctionne par la puissance de l’esprit, on y pratique la téléportation, la télépathie, la télékinésie, etc. L’épisode en question, offert par l’éditeur Bragelonne-Snark, ne permet pas de se faire une idée sérieuse sur l’intérêt de l’ensemble de l’intrigue, tout juste de faire connaissance avec des personnages plutôt jeunes et sympathiques en butte aux complots des forces du mal. Donc, rien de bien original. On notera un style agréable, fluide et tout à fait efficace, donc un vrai plaisir de lecture. Mais on regrettera cette nouvelle manie de proposer des titres en anglais à l’instar de ceux des blockbusters américains que l’on refuse de traduire en raison d’un snobisme imbécile. Pour les amateurs (trices) de saga de ce genre particulier.




Tout reste à faire (2014) ajoutée le 14 déc. 2016

Svetlana, jeune actrice russe, revient à Paris, ville qu’elle a quitté quelques années plus tôt pour revenir dans sa ville d’Irkoutsk en Russie. Elle revient exercer le métier de traductrice. Elle espère retrouver Franck, réalisateur français, avec qui elle a eu une aventure qui, par sa faute, ne s’est pas très bien terminée. Mais maintenant, tout est clair de son côté : Franck est vraiment l’homme de sa vie. Mais tout reste à faire car celui-ci est en ménage avec Sylwia. Ressentira-t-il encore quelque chose pour Svetlana si celle-ci vient à le rencontrer ?

« Tout reste à faire » est un roman sentimental très classique dans son intrigue, laquelle ne brille d’ailleurs pas par son originalité. Le lecteur suit Svetlana dans ses errances sexuelles alors que celle-ci passe de bras en bras sans jamais trouver partenaire à son goût. Et pour cause, son cœur est occupé par le souvenir de Franck. Rien de bien nouveau sous le soleil avec ce genre d’histoire qui a été racontée des milliers de fois. Le lecteur pouvait espérer qu’un style génial aurait transcendé ce handicap. Il n’en est rien. L’auteur qui, entre autres approximations de construction de phrases, use et abuse du passé du subjonctif, s’est interdit de proposer le moindre dialogue. Le résultat est une narration très introspective, manquant de rythme, peu vivante et même un tantinet monotone. On est très loin de chef-d’œuvre. Les habituées de la collection Harlequin s’intéresseront peut-être à cet ouvrage proposé gratuitement par les Editions Millésimées. Les autres pourront faire l’impasse sans problème.




Sens dessus dessous (1976) ajoutée le 11 déc. 2016

Un percepteur particulièrement traumatisant hante les nuits d’un malheureux contribuable… Un chien se prend pour son maître lequel se demande s’il n’est pas lui-même en train de devenir chien quand il se surprend à aboyer… Les mécanismes du rire ont une base bassement physiologique… Certains sont tellement bavards qu’ils parlent pour ne rien dire… L’homme sans tête la retrouve en se regardant dans un miroir… Le répugnant personnage est toujours celui qui a les mêmes pensées que vous quand vous matez une jolie fille…

Au total, les textes de 75 sketches du grand humoriste disparu sont rassemblés dans ce recueil pour notre plus grand plaisir. Tous très agréables, même à lire simplement, ne serait-ce que pour admirer la qualité du langage paradoxal de l’artiste, sa maîtrise de l’absurde, de l’étrange, du non-sens et de la folie. Certains tiennent en quelques lignes, d’autres prennent trois ou quatre pages. Le lecteur trouvera des monologues, des dialogues et même des saynètes pour trois ou quatre acteurs. Un petit bijou d’écriture à lire et relire pour se remémorer un grand auteur dont le comique s’alliait à plus de contenu qu’il n’y paraît. L’art subtil de Devos allait bien souvent au-delà des jeux de mots cocasses et des effets faciles.




Un bouleversement majeur à venir dans le monde du travail (2016) ajoutée le 9 déc. 2016

Chez Walkyrie, entreprise à la pointe de la technologie, Judith travaille quinze jours d’affilée, soit trois semaines ouvrées en environ quinze minutes de temps réel. Ce rythme lui permet de toujours conserver une longueur d’avance sur la concurrence… Cervelette a vingt ans de bons et loyaux services dans sa société informatique. Mais son rendement synaptique est en baisse. Elle met en danger tout le réseau sophistiqué de la Synapsium. Donc, elle est virée… Un terroriste réussit à pénétrer dans une enceinte industrielle ultra-secrète, hyper-protégée et hors Bios… Dans un monde totalement robotisé, l’humain n’a plus rien d’autre à faire qu’appuyer sur le bon Bouton…

Ce recueil de dix nouvelles d’anticipation et de science-fiction, proposé en lecture libre sur la plate-forme Atramenta, a pour fil conducteur la thématique du travail. Tous les textes ont donc un rapport plus ou moins lointain avec le thème proposé. Il ressort de leur lecture que pratiquement tous les auteurs, quel que soit leur style ou leur registre, ne lui voient pas un avenir très brillant. Certains vont même jusqu’à envisager sa disparition complète (comme dans « Nescience universelle ») et son remplacement par… le bénévolat obligatoire, autant dire une nouvelle forme d’esclavage particulièrement inhumaine. Un peu partout, que de sinistres perspectives : totalitarisme accru, robotisation de l’homme, perte de liberté, dictature du confortable, du futile et de l’inutile, et son cortège d’ennui et de dépression. Comme toujours dans ce genre d’ouvrage, l’excellent côtoie le bon et le passable. Trois nouvelles méritent largement le détour : « Les aiguilles du coma électrique », « Le bouton » et « Dans une mer de noir ». Certains sont de véritables contes philosophiques comme « La route du futur ». Tous présentent un certain intérêt, même si beaucoup se contentent de simples projections dans l’avenir en se basant sur la réalité actuelle.




L'amour est dans le trek (2016) ajoutée le 1 déc. 2016

Sur un coup de tête, Katie, New-Yorkaise un peu snob, réserve sur Internet un voyage au Viet-Nam. Tout le monde est étonné qu’elle parte seule au bout du monde, aussi bien son compagnon, Matt, que ses parents ou que sa meilleure amie. Après un voyage pénible, elle découvre les conditions rudimentaires de ce trek, la disparité du groupe où elle se retrouve la seule Américaine et l’autoritarisme de Claire, la responsable. Tout se présente mal mais peu à peu, Katie fait des connaissances et aménage son séjour.

« L’amour est dans le trek » relève de la chick-lit de qualité. Cette nouvelle écrite par l’auteure du « Diable s’habille en Prada », une référence du genre, nous fait découvrir les coulisses d’un de ces treks qui permettent aux bobos de se singulariser au prix de l’authentique c’est-à-dire d’un inconfort et d’une privation d’autonomie qu’ils n’auraient jamais acceptés dans la vie normale. L’intrigue n’est pas très sophistiquée. Les personnages un peu caricaturaux sont néanmoins attachants. L’ensemble se lit avec plaisir, car le style est fluide, agréable et efficace. Un bon moment de détente offert par les éditions 12-21.




Comment réussir sa vie sans être une rock star (2016) ajoutée le 29 nov. 2016

En Ardèche, un jeune couple n’en peut plus de devoir supporter le froid de l’hiver dans une caravane, le temps de retaper une maison dont il a sous-évalué l’ampleur des travaux de remise en état… Un athlète coureur du 400 mètres se prépare activement à participer aux prochains Jeux Olympiques quand il voit son destin basculer subitement… Jean-Louis Leroy, « la cinquantaine, employé municipal et ancienne graine de rock star », graine qui n’a pas réussi à germer, passe un très mauvais quart d’heure quand il se retrouve face à cousin Thomas, son parfait opposé, un homme qui a de l’or dans les mains…

« Comment réussir sa vie sans être une rock star » est un court recueil (132 pages) comportant trois nouvelles réalistes et naturalistes d’Eric Scilien, auteur qui, outre une faculté à proposer des titres aussi originaux que percutants, s’est déjà taillé une belle réputation de spécialiste du format court. Après avoir excellé dans le style « nouvelles noires », il en vient maintenant à un registre moins sombre, plus humain, plus social avec des histoires simples mais émouvantes, des personnages de braves gens tous plus attachants les uns que les autres (excepté l'homme au bras en écharpe de la première nouvelle bien sûr) et des intrigues parfaitement construites dans lesquelles le dérisoire le dispute à la malchance, sans oublier qu’une minuscule et ridicule victoire comme un lancer victorieux de noyaux de cerise permet au héros de retrouver confiance en lui. Le style fluide, efficace, agréable est moins minimaliste et plus travaillé que dans ses précédents opus. L’art de la narration, presque sous la forme de contes philosophiques (dans deux histoires sur trois), semble avoir atteint son apogée. Chaque texte minutieusement ciselé, est un mini-roman (surtout le premier et le dernier) presque au format d’une novella anglo-saxonne. Attention, lire cet ouvrage peut être source de frustration vu que le temps et le plaisir de lecture sont si courts qu’on regrette de si vite devoir quitter un ouvrage de pareille qualité.




Edition secrète (2016) ajoutée le 27 nov. 2016

Dans un monde où les livres sont devenus des raretés recherchées par les collectionneurs, Loukas est depuis des années à la recherche des Editions secrètes, les seules à produire encore des livres, quand il est attaqué par des pirates de l’air… Gwendal Kovacs a perdu sa femme Norma ainsi que son fils et sa belle-fille. Il vit seul avec son petit-fils Matthew qui a survécu à l’accident dans lequel ses parents sont morts… Dans une Phrace en proie à une interminable guerre civile, une vieille bibliothécaire en retraite, seule personne encore capable de fabriquer un journal papier, cherche à transmettre son savoir devenu rarissime… Un homme passe ses journées dans le métro pour évaluer les prestations artistiques de faux mendiants mais véritables comédiens qui doivent y présenter des textes littéraires… Un jeune handicapé tombe amoureux d’une de ses soignantes beaucoup plus âgée que lui. Celle-ci hésite longuement à succomber… Un étrange éditeur propose un contrat bizarre à deux auteurs prometteurs, Voltaire et Rousseau…

« Edition secrète » est un recueil de 19 nouvelles écrites par autant d’auteurs différents disponible gratuitement sur Internet. Après « Horrible monde » et « Feu », c’est donc la troisième offre de ce genre de la part de cette maison d’édition plus généreuse que les autres qui se contentent souvent d’extraits frustrants. Tous ces textes ayant en commun la notion d’édition secrète, tournent d’une manière ou d’une autre autour du thème du livre, de sa prochaine disparition et de la création littéraire. Tous les formats sont représentés, de la courte nouvelle d’une dizaine de pages jusqu’à la novella (« Le signe des demi-bêtes ») qui approche la centaine. Il en est de même pour les genres qui vont de l’anticipation la plus échevelée au sentimental un peu mièvre en passant par le fantastique, la science-fiction, l’horreur, et même l’historique plus ou moins uchronique. Comme toujours dans ce genre d’ouvrage, le lecteur y trouvera de l’excellent comme « Le marché » d’Emilie Duthieuw, du bon comme « Pirates du livre » de Lunahël ou « Lorem Ipsum » de Jean-François Benoît et malheureusement du moyen et même du médiocre que nous n’aurons pas la cruauté de désigner précisément. Une mention particulière pour « Des mots croisés par hasard » de Franck Leduc pour son originalité. Il faut donc lire cet ouvrage ne serait-ce que pour ces quatre pépites !




Déserts d'altitude (2015) ajoutée le 15 nov. 2016

L’expédition décrite dans ce livre consiste à longer à pied la Cordillère des Andes depuis Los Andes, non loin de Santiago du Chili, jusqu’au Machu Pichu. Soit 7000 km, 8 mois de marche en solitaire, trois pays traversés, le Chili, la Bolivie et le Pérou, trois cultures découvertes, celle des Aymaras, des Quechuas et des Incas, avec en prime la traversée du désert d’Atacama et celle du lac Titicaca en canoë, soit 220 km à la seule force des bras. Un environnement particulièrement hostile (nombreux passages à plus de 4000 mètres d’altitude, températures extrêmes, déserts, etc.) nécessite une logistique sans faille. C’est son frère Joël qui s’en charge. Ainsi disposera-t-il du ravitaillement de sa sœur grâce à des bidons enterrés tout le long du parcours. Ainsi l’accompagnera-t-il sur le lac avec un bateau plus important qui lui permettra de s’y reposer la nuit. Ainsi fera-t-il pendant des heures antichambre dans les administrations pour lui obtenir les laissez-passer indispensables…

« Déserts d’altitude » est un récit de voyage présenté plus sous la forme de notes impressionnistes que de véritable carnet de bord racontant par le menu toutes les péripéties de ce périple. On y trouve cependant un joli cahier de photos particulièrement intéressant. La plus émouvante est sans doute celle de la marcheuse avec un sac à dos de 18 kg sur le dos tirant une charrette de 45 kg. Un temps intéressée par le voyage avec un lama, elle essaiera ce mode de transport, mais renoncera très vite en raison du caractère fantasque pour ne pas dire capricieux de l’animal. On remarquera un grand nombre de dessins d’illustration ainsi qu’un glossaire et une bibliographie sur les peuplades andines. Le lecteur ressort admiratif devant le courage et la ténacité de l’aventurière, agacé de découvrir qu’en territoire quechua, elle doit se cacher en permanence, éviter les villages pour ne pas être importunée et même se mettre en danger et un peu sur sa faim, car il se pose encore beaucoup de questions sur cette expédition, même si Sarah Marquis en dévoile un peu plus que dans « Sauvage par nature ». Livre à conseiller aux amateurs d’aventures et de grands espaces.




Sauvage par nature (2014) ajoutée le 11 nov. 2016

Sarah Marquis est une marcheuse au long cours d’origine suisse. Aussi téméraire que le célèbre Mike Horn, elle s’est lancé le défi de parcourir l’Asie du Nord au Sud à travers la Mongolie, le désert de Gobi, la Chine, le Laos, la Thaïlande et l’Australie, soit un périple d’environ trois ans dans des conditions particulièrement difficiles. En Mongolie, elle devra passer chacune de ses nuits, loin de tout village, en se cachant des autochtones, pour éviter de se faire voler, violer ou trucider. En Chine, où l’accueil ne fut guère plus chaleureux, elle fut reçue à coups de pierres par les enfants, arrêtée et persécutée par la police. Elle dut interrompre plusieurs fois sa progression pour toutes sortes d’ennuis de santé, mais jamais elle n’abandonna tant qu’elle n’atteignit pas son but :un certain arbre perdu dans le bush australien, endroit précis où elle avait rencontré et adopté son chien D’Joe, un red heller ou bouvier d’Australie qui l’accompagna dans sa première traversée du continent. En 2013, elle reçut le prix européen de « l’Aventurier de l’année », distinction amplement méritée au vu de ses exploits.

« Sauvage par nature » est un récit d’aventures et d’exploration tout à fait classique, dans la lignée de ceux de Bernard Ollivier (« La longue marche »), de Tesson et Poussin ou de Mike Horn. Pourtant Sarah Marquis semble avoir encore plus de mérite que ses prédécesseurs hommes, si l’on considère que, voyageant comme une femme seule, elle se retrouve souvent dans la peau d’une proie potentielle dans de nombreux territoires. À lire ce livre, on comprend que la réalité du terrain n’a pas grand-chose à voir avec les descriptifs des catalogues sur papier glacé des agences de voyages incitant à partir dans les-dits pays (seule exception, l’Australie où elle put bénéficier d’aide et de soutien désintéressé). Le style est fluide, clair, efficace. L’auteure sait faire partager ses souffrances, ses doutes, ses peurs. Le lecteur reste un peu sur sa faim car tout n’est pas conté par le menu comme dans un carnet de route classique. Il reste cependant admiratif devant tant de courage, de ténacité, d’audace et de résistance face à l’adversité. À conseiller aux amateurs de grands espaces et d’aventures authentiques.




C'est pour ton bien (2015) ajoutée le 6 nov. 2016

Laetitia est une jeune femme un peu fragile qui a déjà deux enfants et qui s’est récemment séparée de Greg, son compagnon dépressif. Sous l’influence de sa mère et de Gaby, son amie d’enfance, elle se laisse mener par le bout du nez pour la plupart des décisions de la vie de tous les jours. Ainsi, quand elle découvre qu’elle est enceinte, ses deux mentors n’hésitent-elles pas à lui conseiller fortement d’avorter. Gaby prendra même rendez-vous pour elle. Mais Laetitia a comme un doute…

« C’est pour ton bien » est une nouvelle sociale et réaliste qui aborde avec brio plusieurs thématiques comme celles du rapport dominant-dominé, de la condition de la femme, du désir de maternité et surtout le problème de la prise de décision dans le cas d’un avortement. La plume de Cindy Costes est agréable, enlevée, rythmée. Le personnage de Laetitia avec toutes ses fragilités et ses manques de volonté nous touche et son histoire nous émeut. Ce drame de notre temps futile et agité trouve heureusement une fin en forme de happy end tonique et plein d’espérance. Comme quoi il ne faut jurer de rien. Les pires velléitaires peuvent parfaitement prendre soudain des décisions courageuses. Un texte agréable à lire. Une histoire positive. C’est toujours bon à prendre surtout quand c'est en libre accès.




Un homme sans quête est un vélo sans roue (2015) ajoutée le 27 oct. 2016

Une étudiante aux Beaux-Arts exige de son petit ami qu’il lui offre chaque jour un bouquet de fleurs différent… Un prisonnier s’évade d’une prison nazie et rentre au bout d’un certain temps dans son village natal pour découvrir que ses amis ont disparu, que sa femme est partie ou a été enlevée et que sa maison a été vendue à un collabo…

Dans quel registre classer ce recueil ? Des nouvelles ? Des poèmes en prose ? De la versification libre ? Sans doute un peu des trois. Les textes sont présentés en chapitres cohérents comme autant de parties ou d’étapes de l’éternelle histoire humaine : romances, promesses, cherche-bonheur, combat, solitudes, équilibre instable, adieux. Scilien a le sens des titres, l'œil aigu, la plume alerte et gracieuse et la sensibilité à fleur de peau. Nulle part on ne le découvre plus que dans ces textes en général courts (pas tous) pleins de fulgurance, d’évidences ou d’ambiguïté, de cris et de larmes, de souffrance mais aussi de joie et d’allégresse. Sans oublier l’amour et le non-amour toujours présents qu’ils soient charnels ou platoniques, torrides ou sublimés. Avec en fil conducteur la quête (thème général de l’ouvrage), la recherche, le désir ici et maintenant, l’envie de l’autre, de l’ailleurs et de l’autrement. « Combien d’inutiles victoires pour une seule défaite ? » dit Scilien. « Tout s’en va, se consume sur l’autel de nos chimères… Et si la vie n’était qu’un songe, la mort nous ouvrirait les yeux… Les plus belles victoires se forgent dans l’amertume de la défaite… », constate-t-il également. Comment rendre compte d’un tel ouvrage ? Comment juger de la poésie ? Dire humblement que c’était beau et bien écrit, raconter qu’on a aimé sa lecture, souffert avec l’auteur, pleuré devant la dépouille de son père, ragé de l’injustice des êtres ou soupiré à cause de la dureté des choses. Une mention spéciale pour trois textes, trois pépites, trois nouvelles philosophiques, sociales ou simplement noires, qui sortent du lot et méritent à elles seules le détour : « Aimer au sang », « Avoir le bon profil », et « Mauvais fils ». Lisez Eric Scilien ! Vous ne regretterez pas votre découverte !




Une vie après (2015) ajoutée le 23 oct. 2016

Désirant faire le point sur sa vie sentimentale en déroute ( l’homme de sa vie l’a quittée pour une beaucoup plus jeune ), Béatrice, responsable d’une petite maison d’édition en faillite, part se réfugier en Bretagne, dans un village de bord de mer. Elle y loue une maison appartenant à un agent immobilier handicapé à la réputation un peu sulfureuse. Très vite, elle s’aperçoit qu’il s’y passe d’étranges choses. Certains objets disparaissent mystérieusement. Une pièce au sous-sol est inaccessible car verrouillée. Un jour, elle se retrouve sans eau courante et bientôt sans électricité. Sans parler d’une étrange visite des gendarmes. Et pour ne rien arranger, elle a l’impression de sentir une présence derrière elle quand elle remonte de la cave. Quel avenir pour Béatrice ? Parviendra-t-elle à se reconstruire sur de nouvelles bases ?

« Une vie après » démarre presque comme un thriller ou comme un roman policier et évolue très vite en roman psychologique, social et sentimental. Mais pas dans le sens eau de rose et niaiseries fleur bleue. Robbie Schwelle pose avec sensibilité et intelligence la problématique des secondes parties de vie, ces épisodes d’après divorce et de tournants professionnels dans lesquels les quinquas et sexagénaires se retrouvent sans compagnon, sans travail et avec une vie en mille morceaux. Au fil des chapitres, l’auteure a pris le parti de braquer le projecteur sur chacun des personnages principaux, ce qui permet de varier les angles d’attaque et d’affiner les descriptions psychologiques mais ralentit un peu le rythme de narration pour cause de reprises de certains évènements. Les personnages sont pour la plupart touchants et toujours bien pétris d’humanité. L’intrigue intéressante, oscillant entre suspens et drames divers, s’achève sur un happy end bien réjouissant. Le style de Robbie Schwelle est agréable, fluide et efficace en dépit de coquilles un peu trop nombreuses à mon goût. Ce petit défaut aisément corrigeable mis à part, cet ouvrage reste néanmoins un très bon roman réaliste bien dans son époque.




Instinct de survie en milieu hostile (2011) ajoutée le 20 oct. 2016

Au buffet de la gare de Vierzon, Maud, téléopératrice, est importunée par un beau dragueur un peu trop sûr de lui… Quelque part en Amérique du Sud, Pierre et Sophie, deux jeunes touristes français, se retrouvent kidnappés par un groupe de dangereux guérilleros… Criblé de dettes, un père de famille s’improvise gagnant d’un jeu de grattage… Pourchassé par la mafia, un homme accompagné d’une « Miss Monde » capricieuse fait escale dans un minable motel américain… Un psychopathe obèse espère se faire aimer d’une femme en la gavant comme une oie… Yann le dingue, petit malfrat de seconde zone, s’attarde un peu trop avec son complice dans la maison qu’il vient de cambrioler et de mettre à sac…

« Instinct de survie en milieu hostile » est un recueil comportant quatorze nouvelles très sombres pour ne pas dire noires, toutes de grande qualité. Elles nous entrainent dans un univers glauque de paumés, sadiques, pauvres bougres, filles maltraitées, etc. On fume beaucoup dans toutes ces histoires souvent terrifiantes, on tire le diable par la queue, on tente de survivre par tous les moyens et on n’y parvient pas toujours… Malgré tous leurs vices, toutes les situations merdiques dans lesquelles ils se trouvent, quasiment tous les personnages gardent toujours une petite part d’humanité et restent quelque part attachants. C’est tout l’art de conteur d’Eric Scilien que d’être capable de réaliser ce tour de force : passionner son lecteur avec autant d’histoires a priori effrayantes et même repoussantes ! Le style est vivant, concis, ciselé et d’une parfaite efficacité. Ce recueil ne se lit pas, il se dévore. Toutes les nouvelles sont réussies, intéressantes, voire excellentes. Mes quatre préférées sont : « Mauvaise pioche », « Les nouilles au chocolat », « Toujours des problèmes » et « Reine d’un soir ».!




Comment devenir écrivain, anti-mode d'emploi (2014) ajoutée le 18 oct. 2016

Depuis ses années de lycée, Pierre Dumont n’a eu de cesse de rêver de devenir écrivain, d’arriver à publier un livre chez un grand éditeur et bien sûr que cet ouvrage soit rien moins qu’un chef-d’œuvre inoubliable lu dans le monde entier. L’ennui c’est que sa route ne va être qu’une longue suite de déceptions et de déboires. De ses camarades de classe se moquant de ses premières poésies à sa petite amie le quittant pour manque de réussite en passant par les mauvaises plaisanteries, la frustration, la dépression et le renoncement provisoire.

Cet anti-mode d’emploi (avec Scilien, point de tromperie sur la marchandise, tout est annoncé dans le titre) est un vrai et beau roman d’amour. Amour pour son épouse, Myriam et pour sa maléfique compagne, la littérature bien sûr. Mais aussi roman réaliste, social avec une bonne dose d’humour et d’auto-dérision. Tous les « wannabees », scribouilleurs et autres graphomanes en herbe ou confirmés se reconnaîtront dans le personnage de Pierre et ne pourront qu’être en empathie avec lui. Ils se douteront bien qu’une bonne partie de ce qu’ils lisent est autobiographique et véridique. Pour s’y être longuement et rudement frotté, Eric Scilien sait de quoi il parle. Il n’ignore pas combien il est difficile d’être édité quand on n’est pas déjà une célébrité du show-biz, du sport ou de la politique. Il raconte cette histoire tellement ordinaire qu’elle en devient universelle dans un style agréable, élégant et fluide. Un tantinet minimaliste à la manière d’un Jean-Louis Fournier ou d’un Hubert Mingarelli, excusez du peu. C’est sans doute le sommet de l’art pour le littérateur : être capable d’en dire énormément avec un minimum de mots. Véritable régal, cet ouvrage ne se lit pas, il se dévore en un temps record. C’est fin, intelligent et surtout bien pétri d’humanité. À ne rater sous aucun prétexte.




Que la bête s'éveille (2015) ajoutée le 17 oct. 2016

Dans une maison abandonnée d’Hollywood, est retrouvée une tête d’homme sans corps à côté d’un petit tas de vomis. Comble de l’étrangeté, aucune tache de sang nulle part. Les artères ont été soigneusement suturées et la peau recousue. Manifestement la décapitation ne s’est pas faite sur les lieux et la mise en scène semble avoir une signification très particulière. L’inspecteur Jacob Lev de l’étrange section des « Projets spéciaux » du LAPD (« Los Angeles Police Department ») se retrouve chargé d’une enquête qui va le mener en Grande-Bretagne et jusqu’à Prague et lui causer bien du souci.

« Que la bête s’éveille », roman écrit à quatre mains et en famille, est présenté comme un thriller « plein de suspense et de mystère surnaturel » alors que c’est surtout un roman fantastique, d’épouvante et même d’horreur, assez invraisemblable, très lent et d’une lecture plutôt laborieuse. Le lecteur navigue entre toutes sortes d’histoires du folklore yiddish et en particulier le mythe du Golem, ce monstre créé de main humaine à partir d’un peu d’argile qui servi de modèle à la célèbre créature de Frankenstein. La narration manque cruellement de rythme. Elle s’essouffle très vite sur une distance de 643 pages qui semblent interminables et se perd dans toutes sortes d’histoires annexes d’inspiration biblique dont on se demande ce qu’elles ont à voir avec l’intrigue principale. Le seul intérêt de cet ouvrage est peut-être ses descriptions des mœurs juives américaines. En conclusion, malgré une citation laudative du maître Stephen King sur un bandeau qui peut tromper le chaland, cette histoire improbable laisse plutôt de marbre le lecteur surtout s’il est friand de bons thrillers bien péchus à la française ou à l’américaine !




Fields président ! (1940) ajoutée le 9 oct. 2016

Drôle de bonhomme que ce W.C.Fields ! Jongleur dès l’âge de quinze ans, clown, vedette de music-hall puis de cinéma muet et ensuite parlant, il rivalisa, au sommet de sa carrière dans les années trente de l’autre siècle, avec les plus célèbres comiques américains de l’époque, Charlie Chaplin ou les Marx Brothers. « Fields président ! » fut son unique contribution à la littérature. Un concentré de « non-sense », de folie, d’humour parfois noir, parfois complètement absurde. Un sens de la formule corrosive qui fait mouche. « Quelqu’un qui déteste les enfants et les chiens ne peut pas être tout à fait mauvais. », ose-t-il dire.

S’il se proclame candidat à la présidence des Etats-Unis, c’est par pure dérision et esprit parodique. En cela, il est un précurseur de notre Coluche national, mais avec quelques ressemblances et différences. Fields donne plus dans l’absurde et le surréaliste et beaucoup moins dans le politique et l’humanitaire que notre homme à la salopette. Fields déteste le genre humain alors que Coluche l’aime au point de vouloir nourrir les nécessiteux dans ses restos du cœur. Paru en 1940 et très violemment opposé au New Deal de Roosevelt, son programme annoncé comme « populiste » semble plutôt anarchiste et complètement barré avec, de-ci, de-là quelques vérités bien envoyées et énormément de loufoqueries sans queue ni tête assez déstabilisantes. Composé d’historiettes, d’aphorismes plus ou moins absurdes, de vues parfois machistes sur le mariage, de considérations amères sur l’impôt, de bizarres règles de savoir-vivre, de conseils idiots pour se bâtir un physique de rêve, pour soigner les bébés ou pour réussir sa vie professionnelle, ce fourre-tout illustré de dessins naïfs de Mily Cabrol, se lit ou se déguste avec plaisir et facilité. Le lecteur rit, sourit et se demande quelquefois si Fields ne se moque pas un peu de lui. Est-ce drôle, amusant ou lamentable ? Un peu des trois sans doute.




Duel d'influence (2015) ajoutée le 6 oct. 2016

Le baron Firenze, responsable des mines d'espérite, minerai miracle sur lequel toute l’économie de la ville d'Esperie repose a bien du souci à se faire. Soudain pris d’une folie incompréhensible, ses mineurs se mettent à se bagarrer et à s’entretuer sans la moindre raison. Ils travaillent dans des conditions acceptables et sont bien rémunérés. Lionel, capitaine disposant du talent extraordinaire de pouvoir faire mouche sur une cible dans n’importe quelle position, se voit chargé de l’enquête. Il subodore une lutte d’influence psychique dans le cadre de la guerre que mènent diverses factions. Un talentueux ou une talentueuse tirerait les ficelles de cette bizarre affaire…

« Duel d’influence » se présente comme une longue nouvelle ou novella relevant plus du registre que la fantaisie dite « steampunk » que de la science-fiction à proprement parler. Intéressante au début, l’intrigue, une fois les tenants et aboutissants exposés, manque de rebondissements et de surprises relançant l’intérêt. Le style est fluide et agréable. La fin ambiguë laisse un peu sur notre faim. L’auteur annonce d’ailleurs que cette nouvelle fait partie d’une « série de textes qui, bien que se déroulant dans des mondes alternatifs, mettent en scène les mêmes personnages. » Autant dire qu’il faudra en lire plus pour en savoir plus ! Au bout du compte, le lecteur aura quand même passé un bon moment de simple divertissement, ce qui est plutôt agréable.




Le moineau rouge (2015) ajoutée le 6 oct. 2016

De nos jours, à Moscou, Nate Nash, jeune agent de la CIA, se laisse surprendre par le contre-espionnage lors d’un contact avec MARBRE, général respecté et importante taupe agissant à l’intérieur des services secrets russes. Nate parvient néanmoins à regagner son ambassade sans que la taupe ne soit démasquée. Etant grillé, il doit quitter Moscou, être exfiltré vers la Finlande et rejoindre l’antenne de la CIA à Helsinki. Pendant ce temps, Dominika, ancienne danseuse, après une formation très particulière à l’école des « Moineaux », ces espionnes russes spécialisées dans les rapports sexuels avec des étrangers pour leur soutirer des renseignements, séduit un diplomate français et se laisse surprendre en pleins ébats. Scandale parfaitement mis au point et début d’une double manipulation particulièrement vicieuse.

Bien que racontant une histoire d’espionnage se déroulant sous le règne du nouveau tsar Poutine, « Le moineau rouge » est un ouvrage qui semble avoir été écrit dans les années soixante-dix, en pleine guerre froide, tant les méthodes des services secrets russes ressemblent trait pour trait à celles du KGB de la grande époque. Cet ouvrage donne l’impression d’être un vieux roman de John Le Carré surtout par le côté technique très bien documenté, ce qui n’a rien d’étrange, l’auteur ayant passé plusieurs décennies dans l’agence de renseignement américaine. Cette double affaire de taupes au plus haut niveau démarre assez bien mais l’intérêt retombe très vite, car le rythme narratif est beaucoup trop lent. Trop de détails, trop de descriptions de lieux ou de repas. Chaque chapitre est même terminé par une recette plus ou moins succulente. Au total, une bonne quarantaine, de quoi remplir un livre de cuisine. À noter également de nombreuses phrases en russe (phonétique) pas toujours traduites, ce qui ne facilite pas la compréhension si on ne comprend pas cette langue. Au total, un livre intéressant par son contexte, mais un peu ennuyeux par sa forme en dépit d’une légère accélération des évènements vers la fin.




Le café du matin réserve bien des surprises (2016) ajoutée le 5 oct. 2016

À Edimbourg (Ecosse), Isabel Dalhousie se retrouve invitée à prendre un café à Elephant House par George MacLeod, docteur de l'Université. L’ennui, c’est qu’Isabel, travaillant comme lectrice chez un éditeur, n’a qu’une vague idée de qui peut bien provenir cette invitation qui est d’ailleurs très vite démentie. MacLeod prétexte avoir été victime d’un mailing collectif. Mais, pour se faire pardonner, il invite néanmoins Isabel qui accepte. Et voilà que Roz MacLeod accuse Isabel d’être la maîtresse de son mari. Beaucoup de bruit et d’agitation pour un simple petit café du matin !

Ce court roman, sorte de novella, qui se veut vaguement enquête policière, (se pose en effet la question de savoir qui est la maîtresse de George et accessoirement l’amant(e) de Roz) démarre assez bien avant de très vite perdre de son intérêt. Heureusement que ce texte est court, car l'ennui menace assez vite. Quand Hachette se met à donner dans l’e-book gratuit sans doute pour lancer un auteur aussi couvert de prix littéraires soit-il, il ne fait guère mieux que les petites maisons qui ont fait leur fonds de commerce de ces préquels et autres teasers plus ou moins intéressants. L’écriture est de qualité, c’est sans doute le meilleur aspect de cet ouvrage. Pour le reste, le lecteur jettera un voile pudique. C’est léger mais ça manque de punch !




La femme au temps de scarlett (1990) ajoutée le 23 sept. 2016

Sous-titré « Les Américaines au XIXème siècle », cet ouvrage se propose de nous plonger dans une époque riche en évènements et en bouleversements aussi bien sociaux que politiques : Guerre de Sécession, abolition de l’esclavage, ruée vers l’Ouest, droit de vote accordé aux femmes, etc. Si la célèbre Scarlett O'Hara d’« Autant en emporte le vent » est évoquée, ce n’est pas sans raison. Liliane Crété, présentée comme une spécialiste de l’Histoire des Etats-Unis, vit une partie de l’année à La Nouvelle-Orléans. Elle ne cache pas ses sympathies sudistes et sait parfaitement rendre l’ambiance qui régnait dans les plantations avant que tout soit ravagé par la guerre civile.

Le lecteur apprendra beaucoup de choses à la lecture de ce livre foisonnant qui donne la part belle à de nombreux portraits tels ceux de ces femmes ou filles de planteurs, de ces quakeresses toujours prêtes à se dévouer pour de justes causes comme celle de l’éducation des Noirs, de ces pionnières brinquebalées dans leurs chariots pendant des mois à la merci des rigueurs du climat ou des attaques des Indiens, de ces militantes des droits de la femme dans leurs luttes interminables et même de ces futiles femmes ou filles de milliardaires de New-York du dernier chapitre. Autant d’histoires passionnantes qui donnent un certain intérêt à cet ouvrage très documenté et enrichi par un glossaire de théologie (le fait religieux est particulièrement important à cette époque), une quinzaine de pages de notes, une importante bibliographie et une chronologie permettant de s’y retrouver, de remettre la petite histoire dans la grande, en un mot de replacer toutes ces anecdotes dans leur contexte. Ouvrage intéressant mais très dense. Donc à lire à petites doses.




Esoterre le village (2016) ajoutée le 17 sept. 2016

Charles Dyer débarque à Arcames, petit village perdu de la France profonde. Il se fait héberger dans une pension de famille tenue par une certaine Sarah Philippe. Il raconte à son hôtesse qu’il est venu faire des photos de paysages, car il trouve la région intéressante et pittoresque. Pourtant, très vite tout lui semble bizarre dans le coin. Dès sa première visite à l’épicerie du village, il est pris à partie par un ivrogne particulièrement agressif. De plus, quelque temps auparavant, une jeune femme, Marie Dormes, a disparu mystérieusement dans ce même village. Une section de lutte contre les mouvements sectaires mène d’ailleurs une enquête parallèle.

Ce premier épisode n’est en fait qu’un préquel plutôt conséquent (23 chapitres) proposé gracieusement par l’éditeur Bragelonne. Un cadeau qui n’en est pas un car cet épisode se contente de présenter quelques personnages et de lancer tout juste l’action. Le lecteur restera sur sa faim. Ce thriller relativement bien mené semble s’orienter vers l’épouvante et l’horreur d’après ce qu’il est possible d’en juger. Le style de David Forrest est fluide, agréable et efficace. L’intrigue semble assez intéressante. Mais il faudra mettre la main à la poche, et peut-être plus d’une fois, pour tout savoir sur ce village étrange rempli de gens bizarres et inquiétants. Inutile de dire que ce procédé commercial est contestable pour ne pas dire désagréable voire détestable. Personnellement, je ne reviendrai explorer ces lieux que si une intégrale est proposée, ce genre de saucissonnage ne me convenant pas du tout.




Poupounette (2015) ajoutée le 14 sept. 2016

A Marseille, Madame Naudary, surnommée « Poupounette », est une personne haute en couleurs avec un grand cœur et pas mal de naïveté. Pour preuve, elle a acheté avec l’argent de sa fille Pauline une horrible croute à trois anciens détenus des Baumettes récemment repentis. Elle a pioché dans la cagnotte de son mari pour s’entendre raconter des prévisions d’hypothétiques gains par une diseuse de bonne aventure plus ou moins honnête. Quant au mari, conducteur de bus irréprochable, pour la première fois de sa carrière, il vient d’être responsable d’un accident de la circulation qui le désole.

« Poupounette » est le livret d’une comédie en deux actes se voulant le reflet bienveillant de deux scènes de famille marseillaise avec son franc parler, ses outrances méditerranéennes et ses odeurs d’aïolis. L’ennui c’est que cette bouillabaisse littéraire ne passe pas trop bien la rampe. On est plus dans le cliché et la parodie sans grande finesse que dans le véritable style Pagnol ou Giono. L’intrigue est maigrelette et les personnages un peu caricaturaux avec deux adultes moins adultes que leurs deux enfants. Problème pour une comédie, on rit un peu mais pas suffisamment à notre goût. Seul point positif, ce texte est proposé en accès gratuit sur toutes les plateformes par l’éditeur Bookélis.




Les plus célèbres affaires d'espionnage (2012) ajoutée le 29 août 2016

Dans cet important recueil, le lecteur trouvera rassemblées toutes sortes d’histoires d’espions plus ou moins connues. Certaines remontent à fort longtemps comme l’affaire de la malheureuse Matha-Hari ou celle du couple Ethel et Julius Rosenberg. Certaines provoquèrent un véritable scandale comme celle qui fut peut-être la plus extraordinaire, l’affaire de Cambridge avec Philby, Burgess, Blunt et McLean, intellectuels britanniques qui travaillèrent environ 30 ans pour le KGB et jusqu’à 50 années pour Philby, sans jamais avoir été pris. On mesure en lisant ces histoires combien âpre fut la lutte entre le FBI, le MI6, le Mossad et le KGB. On découvre comment l’Occident fut délesté de la plupart de ses découvertes et avancées technologiques (bombe atomique, plan d’avions ou de fusées, etc.) et combien fut difficile la traque des espions, tous traitres à leur pays pour quelques dollars de plus ou pour quelques faveurs sexuelles de charmantes espionnes soviétiques.

Intéressant surtout d’un point de vue historique, ce livre permet de remettre en perspective la rivalité est-ouest et de relativiser les avancées techniques du monde soviétique. Il ne fait pas l’impasse sur les erreurs, les ratés et même les injustices de cette guerre secrète. Toutes ces histoires datent au moins de plusieurs décennies. Le lecteur averti comprendra que rien n’a dû s’améliorer avec le temps, que l’espionnage a certainement dû redoubler d’ampleur, devenir plus technique, plus économique et plus scientifique encore. Mais il faudra attendre qu’il y ait prescription pour que les dossiers s’ouvrent et qu’un autre livre du même genre raconte ce qui se passe aujourd’hui dans les coulisses. Ouvrage intéressant pour tous ceux que l’Histoire secrète passionne. Disponible en audio chez Audible.




La troisième vengeance de robert poutifard (2012) ajoutée le 20 août 2016

Robert Poutifard est un vieil instituteur qui a passé toute sa carrière dans la même école. Pour son départ à la retraite, il a droit au discours du directeur, au cadeau de ses collègues et aux adieux de ses élèves. Mais derrière cette image d’Epinal de charmant vieux maître d’école se cache une tout autre réalité. Robert Poutifard a toujours détesté son métier. Enseigner n’a été pour lui qu’un long pensum et sa vie sentimentale un complet fiasco. Il vit en vieux garçon avec sa mère âgée et s’apprête à passer une retraite de vilain bonhomme aigri. Il est même bien décidé à se venger à sa manière de toutes les avanies que lui ont fait subir ses élèves.

Ce livre se présente comme un charmant roman plein d’humour, de tendresse et d’humanité. Le lecteur peut également y voir une sorte de conte philosophique sur la condition humaine, les rapports enseignant-enseigné et l’ironie d’un destin qu’un détail aurait pu faire basculer différemment. Le personnage de Poutifard, presque antipathique au départ, prend peu à peu de plus en plus de consistance et finit même par sembler touchant, émouvant voire allégorique. On lit ou plutôt on dévore cette très jolie histoire quasiment d’une traite. On peut aussi l’écouter très bien dite par l’auteur lui-même sur la plate-forme « Audible ». Inutile d’ajouter que c’est un véritable régal autant pour le fond que pour la forme. Conseil d’ami : lisez Mourlevat, vous ne le regretterez pas !




Paroles de sagesse éternelle (1999) ajoutée le 6 août 2016

Comme son titre l’indique, ce court volume (93 pages) est un recueil de citations, de fables, contes voire légendes de toutes sortes d’origine, ayant toutes quelque chose à voir avec la sagesse, la philosophie ou la religion dans ce qu’elle a de meilleur, c’est-à-dire quand elle prône l’amour du prochain, la paix et la tolérance. Les deux auteurs ont su faire appel aux plus grands penseurs d’Occident comme Socrate ou Epictète ou d’Orient comme Bouddha ou Confucius, sans oublier les plus récents comme Balzac, Shakespeare, Saint-Exupéry ou Rilke. Ils n’ont pas négligé la sagesse populaire, en citant le savoureux conte du passeur illettré qui se moque du savant qui ne sait pas nager ou l’histoire de Brahmâ cherchant à cacher à l'homme sa part de divinité. Ils ont également proposé quelques citations de toutes sortes de textes sacrés comme les Upanishads, le Tao, la Bible ou les Evangiles. Vu que « les paroles sont le souffle de l’âme » (dixit Pythagore), ces bribes de sagesse réunies dans ce joli petit carnet peuvent rester bien en vue dans une bibliothèque pour être consultées à tout moment. Elles seront des compagnes fidèles tout au long de la vie de l’honnête homme. Cet ouvrage fait partie d’une collection appelée « Carnets de sagesse ». Edition de qualité. Papier glacé et belles illustrations, ce qui ne gâte rien.




Les flammes du purgatoire (1974) ajoutée le 6 août 2016

Ce livre est sous-titré « Histoire des prisonniers de 1940 » et c’est bien de cela qu’il s’agit. Robert Christophe fut l’un des 1 845 000 prisonniers de guerre qui se retrouvèrent « faits aux pattes », pris les armes à la main ou purement et simplement livrés par des chefs défaitistes alors que tout (sur le papier) indiquait que l’armée française pouvait avoir la supériorité sur la Wehrmacht. Nombre de chars, aviation, marine supérieurs en nombre. Que se passa-t-il alors pour que cette victoire potentielle se transforme en honteuse défaite ? Pour l’auteur, tout fut affaire d’ordres contradictoires, d’incompréhension entre l’état-major et la troupe. Gabegie ? Défaitisme ?

Toujours est-il que jamais dans l’Histoire ne se retrouva un si grand nombre de captifs qui servirent de main d’œuvre et subirent des conditions de détention effroyables et pas très différentes de celles des déportés. L’auteur montre bien que les nazis ne respectèrent aucun des accords signés, rejetèrent les conventions de Genève sous le prétexte que le camp adverse ne disposait pas de prisonniers. On apprend beaucoup de choses sur la vie quotidienne dans les stalags et les oflags grâce à ce livre bien écrit et bien documenté dont ressort quelques conduites calamiteuses mais aussi beaucoup de dignité et même d’héroïsme en particulier dans les tentatives d’évasion réussies ou non. Un très bon document pour l’Histoire.




Un dieu parmi les hommes (2016) ajoutée le 2 août 2016

Dans un Montréal dévasté par un cataclysme, un homme entre dans la cathédrale et s’empare d’une chasse contenant le cœur d’un saint très vénéré. Diane et Marcel forment un couple qui ne s’entend plus et qui part à la dérive. Marcel boit beaucoup plus que de raison. Il frappe et humilie sa femme. Un jour, alors qu’il vient de lui faire subir une agression des plus horribles, Marcel découvre une capsule apparemment venue d’une autre planète.

« Un Dieu parmi les hommes » est plus un roman d’horreur que de science-fiction pure. Quoi que cette histoire d’extra-terrestre adopté par un couple infernal et lui-même issu d’une sorte de docteur Folamour tienne également de la fable ou du conte philosophique sur le thème du Dieu maléfique. Il y a beaucoup de détachement, de dérision et même d’ironie grinçante chez Sylvain Johnson qui nous donne là un ouvrage magistral qui ne se lit pas mais qui se dévore. Un véritable page-turner. Adapté au cinéma, il pourrait même donner un surprenant block-buster ! Et pourtant, la dernière page atteinte, on s’étonne d’avoir porté un tel intérêt à des personnages aussi déplaisants (excepté Diane bien entendu). Mais sans doute est-ce à cela qu’on reconnaît la belle ouvrage. Lisez Sylvain Johnson, vous ne serez pas déçu du voyage, à condition d’avoir le cœur bien accroché bien sûr !




Hyenae (2015) ajoutée le 31 juil. 2016

Dans les quartiers nord de Marseille, la commissaire Aïcha Sadia procède à une arrestation délicate, pendant laquelle ressurgit une cassette video pédopornographique surgie de nulle part. Aïcha se lance alors sur la piste d’un réseau qui pratiquerait des enlèvements d’enfants suivis de sévices et tortures de toutes sortes pour alimenter les fantasmes malsains de déséquilibrés et obsédés sexuels. Ainsi, quatre années plus tôt, la jeune Camille est montée dans une fourgonnette blanche et n’a jamais été retrouvée. Aidée de son compagnon, Sébastien Touraine, lui-même détective privé, Aïcha parviendra-t-elle à démanteler cette malfaisante filière ?

« Hyenae » est un thriller et un roman noir particulièrement réussi et magnifiquement écrit. Impossible de lâcher ce page-turner digne des plus grands (King, Thilliez, Chattam, Coben et autres). Le lecteur est scotché, glacé, épouvanté devant tant d’horreurs et de monstruosité. Il ne peut que se demander comment l’être humain peut se comporter aussi mal. Il n’est parfois pas très loin d’avoir le cœur au bord des lèvres. Les amateurs de sensations fortes ne manqueront pas semblable expérience. Quant aux âmes sensibles, elles pourront se dispenser. Il n’en demeure pas moins que Gilles Vincent rejoint grâce à ce livre le panthéon des grands maîtres de ce genre particulier de littérature.




Une vraie famille (2015) ajoutée le 29 juil. 2016

Non loin de Ploermel, en Bretagne, la voiture de François Vasseur, professeur à l’université en longue maladie est victime d’une crevaison. Alors que le conducteur peine à changer de roue sous une pluie battante, Ludovic, jeune chômeur venu du Nord, vient à son aide. Quelques jours plus tard, François et Mathilde, son épouse, le retrouvent et lui proposent quelques travaux de jardin dans leur maison isolée. Le jeune homme travaille si bien que le couple lui confie toutes sortes de travaux de rénovation et finit même par l’héberger en permanence. Mais qui est vraiment Ludovic ? Et quel drame secret cache ce couple de Parisiens venus se réfugier au fin fond de la lande bretonne ?

« Une vraie famille » se situe aux confins du thriller à la française et du roman noir. À l’exception d’une première scène particulièrement violente et dont on ne comprend l’importance que beaucoup plus loin dans la narration, tout démarre très en douceur, de façon agréable et policée et ne bascule dans le drame qu’à mi-course. L’une des grandes forces de ce roman réside dans l’effet de surprise assez époustouflant de ce premier rebondissement puis dans l’enchainement épouvantable qui s’ensuit. La seconde tient à la grande qualité des descriptions psychologiques des personnages, tous attachants avec leurs fêlures ou leurs blessures diverses et variées. Et la dernière, mais pas la moindre, se trouve dans la belle plume de Valentin Musso, à la fois élégante, sobre, précise et détaillée. Un ouvrage particulièrement réussi que l’on ne peut que conseiller à toutes celles et à tous ceux qui cherchent un polar original et de grande qualité qui aborde avec maestria les conséquences funestes des traumatismes post-attentats.




Tango parano (2005) ajoutée le 26 juil. 2016

À Bordeaux, Elise Dulac, une jeune secrétaire médicale, est assassinée. Les capitaines Schmidt et Cousin, responsables de services secrets font appel à Henri Vallès, un ancien flic rayé des cadres suite à une longue maladie mentale. Ils lui proposent d’infiltrer une secte particulièrement pernicieuse. Vallès accepte en ne se faisant pas d’illusions sur la dangerosité de l'affaire. Il commence son enquête chez son propre psy qui aurait été un des plus farouches adversaires de la secte et croise la route d’une certaine Edmonde, beauté fatale dont il tombe immédiatement amoureux. Les cadavres vont s’accumuler, les coups tordus et les manipulations également…

« Tango Parano » est un polar plutôt atypique. Ce n’est ni un thriller à l’américaine, ni un roman policier à suspects multiples, ni un roman noir, mais quelque chose de parodique, de très français et d’assez proche de l’esprit des Frédéric Dard, des Alphonse Boudard et autres Michel Audiard. L’intrigue qui est plutôt secondaire, moyennement construite et avec une fin improbable, importe moins que le style à la fois descriptif, décalé et un tantinet humoristique. Le Magazine Littéraire parle d’une « écriture minutieuse et flamboyante », ce qui est bien vu. Le revers de la médaille est une certaine lenteur narrative et une bizarre fixation sur la nourriture et sur le sexe. Ces petits bémols précisés, cet ouvrage reste agréable et mérite l’attention des amateurs ne serait-ce que pour la très belle plume de Le Corre.




Le lagon noir (2016) ajoutée le 23 juil. 2016

Quelque part en Islande, non loin de l’importante base américaine de Keflavik, le cadavre d’un homme atrocement mutilé est découvert dans un lagon noir par une jeune femme venue se baigner pour soulager son psoriasis dans ses eaux sulfurées. L’inspecteur Erlendur commence une enquête laborieuse en imaginant que la victime a pu être lancée depuis un avion en vol. Mais bien vite, les soupçons l’amènent à s’intéresser de près à la base militaire US.

« Le lagon noir » est un roman policier décrivant deux enquêtes menées conjointement. En plus du cadavre de l'ingénieur, Erlendur s’intéresse également à une jeune fille disparue mystérieusement dans les années soixante-dix, une affaire qui n’a jamais été élucidée. L’ambiance est lourde, les rapports avec l’armée américaine sont difficiles et les deux enquêtes avancent péniblement. L’affaire de la jeune fille disparue finit même par prendre la vedette sur celle de l’ingénieur et l’ennui n'est pas loin. Le lecteur apprendra néanmoins pas mal de choses sur l’Islande. C’est à peu près le seul intérêt de ce polar glauque venu du froid qu’il faut réserver aux fans du genre « nordique ».




Le toutamoi (2015) ajoutée le 16 juil. 2016

Arianna est une très belle jeune femme qui a eu une enfance et une adolescence difficile. Elle est mariée en secondes noces avec Guilio, un riche industriel italien impuissant. Le couple a trouvé un subterfuge simple pour pallier cette difficulté sexuelle. Guilio choisit de jeunes hommes pour sa femme et assiste à leurs ébats. En général, Arianna ne couche qu’une fois ou deux avec chaque amant et en change une fois par semaine environ. Mais un jour, elle rencontre Mario, un jeune étudiant aussi efflanqué que fougueux, qui tombe amoureux d’elle et ne veut plus la quitter…

« Le toutamoi », présenté comme un roman noir, relève plutôt du registre sentimental ou érotique. En effet, l'intrigue, très peu policière, repose sur la description des rencontres et rapports physiques entre Arianna et ses jeunes amants d’un jour. Le personnage principal est intéressant, ne serait-ce que par son psychisme très particulier, ce besoin de tout maîtriser, ce désir de jardin secret, ce « touamoi », endroit étrange, gardé par un crâne de vache doté de pouvoirs maléfiques, dans lequel elle se réfugie pour jouer à la poupée. Le style de Camilleri est fluide et sa prose agréable à lire. Ce court roman atypique et un peu borderline peut donc se dévorer très rapidement, ce qui semble être sa plus grande qualité.




Le mystère otto rahn (1973) ajoutée le 16 juil. 2016

Dans les années 30, un jeune écrivain et journaliste allemand, Otto Rahn, séjourne à Ussat, dans le Sabarthès, région un peu reculée de l’Ariège. Il y rencontre un certain Antonin Gadal qui l’initie au catharisme et le fait participer à ses recherches dans les nombreuses grottes de la vallée. Pour les deux hommes, Montségur est le château du Graal. Il a même inspiré Wagner qui, en réalité, n’y est jamais venu. Quant aux grottes, sur les parois desquelles Rahn va jusqu’à dessiner de fausses inscriptions pour étayer sa thèse, elles n’ont jamais servi de refuges ou de temples secrets aux « Parfaits ». Rahn prend un petit hôtel en une gérance qui se révèle calamiteuse avant de disparaître mystérieusement pour échapper aux foudres de la justice…

Le livre du journaliste-écrivain spécialiste des histoires de nazis Christian Bernadac est un ouvrage historique de grande qualité. Disposant dans sa propre famille de personnes ayant côtoyé Otto Rahn, il a pu avoir accès à une très importante documentation sur son séjour en France. Sa disparition, sa mort sur un glacier des Alpes autrichiennes et sa réapparition dans la peau d’un diplomate restent problématiques. Qui fut réellement Otto Rahn ? Un simple hurluberlu influencé par Gadal, le « pape » du catharisme, en réalité simple responsable du syndicat d’initiative de la petite commune d'Ussat et donc en quête d’un peu de publicité, fut-elle au prix d’entorses à la vérité historique ? Fut-il un espion, un agent de la fameuse cinquième colonne surtout intéressé par les infrastructures techniques (centrales hydroélectriques) ou militaires de la région ? Quels furent ses rapports réels avec les nazis ? Cette somme très technique et très documentée, d’où une lecture un peu laborieuse, tente d’y répondre avec honnêteté, même si de grands pans de la vie du personnage restent dans l’ombre. Elle permet également de tordre le cou à toutes sortes d’idées reçues et de contre-vérités plus fumeuses les unes que les autres sur l’histoire des Cathares. Et cet aspect des choses est certainement le volet le plus intéressant de cet ouvrage.




Épisode 12 (2016) ajoutée le 29 juin 2016

Matsya et ses compagnons qui ne sont plus qu’à quelques heures du décollage doivent maintenant procéder aux dernières vérifications pour que tout soit « normalisé » à bord. Lors d’une simulation de sortie dans l’espace pour réparer un panneau solaire qui a refusé de se déployer, un incident de pressurisation met en difficulté notre sympathique apprentie astronaute…

Ce douzième épisode de la saga « Le premier homme sur Mars sera une blonde » reste parfaitement dans l’esprit des précédents, c’est-à-dire dans celui d’une science-fiction déjantée, humoristique et tout ce qu’il y a d’originale. L’héroïne, people au caractère bien trempée, un brin cabocharde voire capricieuse, est autant amusante qu’attachante et la collision entre la futilité de son monde et l’exigence de celui de l’astronomie aussi réjouissante que désopilante. La scène du pipi dans l’espace en est un bel exemple ! Inutile de dire que, parvenu au terme de sa lecture, le lecteur a trouvé l’épisode trop court, a été frustré de devoir quitter cette histoire bien écrite (à noter le mélange détonant de parler « djeuns », d’argot à la Audiard et de globish…) et bien sûr ne manquera pas de se précipiter pour dévorer la suite dès sa parution. Quel dommage que l’ensemble ne soit pas immédiatement disponible dans sa totalité !




Marvin, épisode 1 (2016) ajoutée le 20 juin 2016

Marvin est un jeune homme fort peu tolérant. Ses contemporains l’agacent au plus haut point. Il déteste la promiscuité du métro tout comme les papotages et les manigances de ses collègues de bureau. Un jour, quand un inconnu s’assoit sur lui sans s’excuser, Marvin pète un plomb, il lui plante son couteau dans le ventre et comme il craint que sa victime en réchappe, il le refrappe à la gorge. Nul doute que ce crime va être le premier d’une longue série…

Ce premier épisode intitulé « Sous la terre, le mal » se lit rapidement et facilement. L’intrigue est d’une simplicité biblique. Marvin en a marre des humains. Il suffit que l’un d’eux lui marche sur les pieds ou le regarde d’un sale œil pour qu’aussitôt, il ait envie de le trucider. On l’aura compris, Marvin est un psychopathe de la pire espèce. Le style de l’auteur est simple, sans détours ni fioritures. Il va à l’essentiel en ne posant parfois qu’un ou deux mots par ligne et en usant et abusant des élisions ( j’vais aller, j’fonce, j’m’d’mande, etc. ). On nous annonce l’entrée en scène de Miles, ex-flic tombé dans l’alcoolisme. Cela suffira-t-il à relancer l'intérêt et nous motiver pour suivre cette saga ? J’ai quelque doute, mais je suppose que les vrais amateurs du genre ne résisteront pas au plaisir de suivre de l’intérieur le parcours sanguinaire de ce malade mental des plus étranges.




Karma city (2016) ajoutée le 17 juin 2016

Karma City se veut une cité idéale basée sur les lois universelles du Karma et où la recherche de l’intérêt général prime sur tout intérêt personnel. C’est l'unique but de ses résidents. Arrivant en voiture de la zone grise, la jeune Emma List, paléontologue spécialisée dans l’étude des civilisations pré-karmiques, se présente au poste de contrôle comme journalière. Le garde la laisse passer malgré un karma un peu troublé. Mais, quelque temps plus tard, sur la route de la corniche, elle est victime d’un accident mortel. Kate Cooper, Asuka et Napoli, trois membres du bureau central des enquêteurs, se rendent sur les lieux…

« Karma City » est une BD de science-fiction et d’anticipation présentant une intrigue intéressante et un graphisme de très belle qualité. L’histoire semble passionnante autant que le lecteur en puisse juger avec ce seul premier épisode proposé gratuitement à titre de « teaser ». Les personnages sont amusants et un peu caricaturaux. Aussi bien la stagiaire coincée que le vieux briscard taciturne et blanchi sous le harnais ou que le macho rigolard et pas très drôle. Nul doute que cette série de fort belle qualité, ce qui n’étonne nullement chez Dupuis, deviendra très vite addictive chez les amateurs du genre.




Léopoldine (2016) ajoutée le 8 juin 2016

En 1916, la jeune Creusoise Léopoldine Montagne est infirmière sur le front de Champagne. La guerre de tranchées fait rage. Dans son hôpital de campagne, elle rencontre deux frères, Vladimir et Illia, qui font partie d’une des deux brigades de soldats russes envoyés par le Tsar Nicolas II au titre d’une aide en hommes en échange d’une aide en matériel de guerre de la part de la France. Vladimir est atteint de tuberculose. Illia finit par être blessé et abandonné dans le no man’s land. N’écoutant que son amour naissant et que son courage, Léopoldine se déguise en soldat, se lance en avant des lignes et le sauve de justesse. Mais les évènements se précipitent. Quand le Tsar est destitué, les soldats russes mettent la crosse en l’air et demandent à être rapatriés. Ils sont éloignés du front pour éviter que la rébellion ne contamine les rangs français et enfermés dans le camp de La Courtine au fin fond de la Creuse. Pour protéger son frère Clément, mutin en fuite, Léopoldine qui parle parfaitement le russe, est obligée d’informer régulièrement l’Etat-major sur l’état d’esprit des Russes. Des Soviets de soldats se constituent, la situation empire, le drame est proche… L’amour de Léopoldine et d'Illia résistera-t-il dans la tourmente de cet épisode dramatique et méconnu de la Première Guerre Mondiale ?

Comme dans ses précédents livres, Corine Valade surfe aux limites du roman de terroir, du roman historique et du roman sentimental avec en ligne de fond quelques convictions bien établies comme le féminisme, la justice sociale et l’amour de la Liberté. Et quoi de plus tristement révélateur que cette monstrueuse affaire de La Courtine où l’on vit des Russes loyalistes, largement soutenus par des soldats français, tirer sur des Russes révoltés, autant dire les prémisses sur le sol de France de la guerre civile russe qui allait suivre la révolution d’octobre. Fort heureusement, ce volet historique assez sombre est tempéré par le côté sentimental de cette belle histoire. Les personnages de Léopoldine, femme de tête, en avance sur son temps, d'Illia, de Vladimir, de la pétulante infirmière canadienne et de bien d’autres sont attachants et tous pétris d’humanité. Le lecteur ne peut suivre qu’avec passion leurs aventures. L’intrigue qui aurait pu sombrer dans le mélo ou dans le roman noir s’achève sur un « happy end » rassurant. Quant à la partie « terroir », elle est nettement moins étoffée que dans les précédents romans de l’auteur. Plus de tapisserie d’Aubusson, de lissiers ou de brodeurs, mais juste un peu de joaillerie et d’horlogerie, l’accent étant plutôt mis sur la vie quotidienne sur le front et à l’arrière. À noter également, le gros travail de documentation (en dehors de Jean Anglade avec « Y a pas de Bon Dieu », le sujet a été très peu traité) ainsi que la qualité de la narration, fluide, vivante et très agréable à lire.




Derrière la porte fermée (2016) ajoutée le 8 juin 2016

Stéphane Beauchamp vient d’aller coucher ses deux filles, Anna et Alicia. Son épouse, interne, est de garde ce soir-là. Il a pris une bonne douche et s’apprête à aller au lit quand une inconnue s’introduit chez lui, l’assomme d’un violent coup de presse-papier sur le crâne et le ligote avec du fil électrique. Quand il reprend conscience, elle lui dit s’appeler Patricia, être une collectionneuse un peu particulière. Elle se dit chasseuse de secrets de famille. Elle a attaché les deux gamines de telle sorte qu’elles doivent finir par s’étrangler en s’endormant. Qu’est-ce que Stéphane va bien pouvoir raconter à cette folle pour arriver à sauver sa vie et celle de ses filles ?

« Derrière la porte fermée » est une courte et excellente nouvelle en forme de mini-thriller à l'ambiance glauque à souhait. Un style fluide, efficace et de très belle qualité. Le lecteur, empoigné dès le début ne peut plus abandonner sa lecture avant la fin. Il se range tout d’abord aux côtés du personnage principal, pauvre instit' de petite section de maternelle injustement persécuté. Il ne révisera complètement son jugement qu’à la fin, au moment de la chute aussi surprenante que réussie. Un texte à ne rater sous aucun prétexte. Il est d’ailleurs proposé en libre accès par l'éditeur Librinova. Céline Saint Charle, une auteure à suivre !




La france big brother (2014) ajoutée le 7 juin 2016

Notre beau pays serait-il tombé sous la coupe d’une dictature archaïque de type « Big Brother » (1984), cet esprit omniscient et omnipotent qui voit tout, contrôle tout, décide de tout et ne laisse à l'individu que sa solitude, sa faiblesse et son incapacité à réagir ? Quand on sait que le célèbre roman de George Orwell fut écrit en s’inspirant des méthodes de propagande et de coercition du régime stalinien, on peut pousser les hauts cris et rester persuadé qu’Obertone exagère, qu’en France, on n’exécute pas les opposants d’une balle de révolver dans la nuque et qu’on n’envoie pas plus les dissidents au Goulag que les intellectuels en asile psychiatrique. Et pourtant la tyrannie politique et médiatique est partout présente, plus insidieuse, plus efficace, plus achevée, moins rustique, moins primaire et moins barbare, car parée des plumes chatoyantes de la morale, de la démocratie et des fameuses et indéfinissables « valeurs de la République ».

Dans cet essai aux allures de pamphlet comme peu d’auteurs n’osent en écrire aujourd’hui, de peur de tomber sous les fourches caudines du politiquement correct, l’auteur démontre point par point que tout ce qu’a décrit en son temps Orwell se retrouve sous une forme ou sous une autre dans notre société. Le citoyen lambda est matraqué, bombardé à longueur de journées par le flot ininterrompu d’une propagande assurée par les politiciens, les journalistes, les publicitaires, les artistes, les religieux et autres « people » plus ou moins célèbres. Toutes ces belles consciences répètent à l’envi des mensonges qui deviennent des vérités, prônent des déviances qui se transforment en normes et surtout manient l’anathème avec ardeur, diabolisent et condamnent sans appel tous ceux qui ne pensent pas comme eux, les ruinent dans des procès en sorcellerie et les acculent à l’exil ou à la mort sociale. Toutes les valeurs naturelles sont perverties, inversées, pour mieux déstabiliser la société, la rendre malsaine, fragile et surtout idiote et soumise. Sans crainte ni du ridicule ni du paradoxe. « On abhorre la peine de mort et on adore l’euthanasie. On assure que la famille est une infernale norme archaïque, mais il faut absolument que tout le monde y ait accès. On vomit l’esclavage et on ne rêve que d’avoir des gens à son service. L’immigration massive, qui n’existe pas, est une chance qui rapporte, car les immigrés, qui n’existent pas, vont payer nos retraites, nous enrichir comme ils n’ont pas enrichi leur pays d’origine, faire les travaux dont on ne veut pas et remédier à notre basse fécondité, même s’ils sont deux fois plus au chômage que nous, même si nos retraites sont plus impayables que jamais et même si le gouffre de la Sécu ne cesse de grandir », écrit Obertone. Il faut lire « La France Big Brother », même si sa lecture désole, attriste ou enrage, ne serait-ce que pour découvrir combien le mal est profond, enraciné et quasiment incurable, ne serait-ce que pour ne pas mourir idiot.




La rose-croix (2013) ajoutée le 19 mai 2016

Venu arrêter une comtesse en compagnie de son jeune collègue Julien, Franck, inspecteur de police chevronné, perd son sang-froid et abat la prévenue d’une balle en pleine tête. Comme Julien ne comprend pas son geste, Franck lui explique que son rôle de flic n’est qu’un leurre, qu’il est membre d’un ordre secret, la Rose-Croix et qu’il œuvre dans l’ombre depuis toujours pour le plus grand bien de l’humanité…

« La Rose-Croix », se veut à la fois thriller, roman fantastique et œuvre de vulgarisation sur les arcanes de la société mythique éponyme. Le résultat donne un volet thriller fort peu étoffé et relativement décevant, un volet fantastique plein de paranormal et d’ésotérisme échevelé (réincarnations, légende d’Isis et Osiris, Hermès Trismégiste, Papus, Pythagore, etc.) et un volet didactique qui peut éventuellement faire découvrir quelques notions d’hermétisme à des lecteurs non informés mais lassera les autres en raison du ralentissement de l'action. Le style assez enlevé et agréable est néanmoins entaché de nombreuses erreurs et coquilles qui gâchent un peu le plaisir de la lecture. A deux reprises, des passages entiers se retrouvent en doublon. Quel dommage !




Carnets d'un médecin de montagne (2011) ajoutée le 13 mai 2016

Médecin d’origine roumaine, installé dès les années 30 dans la vallée de La Maurienne, Hermann Berger consacra la totalité de sa vie à ses patients avec un courage et un dévouement exceptionnel. Il aimait tant son métier qu’il l’exerça jusqu’en juillet 1993 alors qu’âgé de 85 ans, il était certainement le médecin le plus vieux de France. Voulant laisser une trace avant sa mort qui intervint trois mois plus tard, il dicta cet ouvrage à sa fille. Quelques autres témoignages, de collègues, d’infirmières et de religieuses complètent son histoire.

On l’aura compris, ces « Carnets » sont un témoignage rare. En effet, non seulement le personnage est hors du commun mais encore, juif et roumain, il sera en butte aux tracasseries du régime de Vichy et devra se cacher pendant la guerre pour échapper à la Gestapo. Le lecteur admirera un courage et une ténacité hors du commun. Une magnifique figure de médecin de montagne capable de marcher des heures dans la neige pour aller visiter un malade. Un praticien exemplaire comme on n’en rencontre quasiment plus de nos jours. Même chose pour la petite société montagnarde des hautes vallées, vivant dans des conditions de misère et de difficultés matérielles qu’on a peine à imaginer aujourd’hui. Un livre passionnant à plus d’un titre si l’on veut bien faire abstraction d’une écriture au fil de la plume et un peu brute de décoffrage.




A666 (2013) ajoutée le 6 mai 2016

Vince a dix-sept ans. Il doit partir en vacances avec sa sœur et ses parents. Comme cela lui déplait au plus haut point, il a décidé de filer à l’anglaise. Il a donné rendez-vous à deux copains motards sur une aire d’autoroute. Avec eux, il compte assister au festival rock des Vieilles Charrues de Carhaix en Bretagne. Mais rien ne se passe comme prévu. Les billets sont enfermés dans le coffre de la voiture. Le père, parti chercher une bouteille de Perrier, ne revient pas…

« A666 » est un thriller proposé sous forme de dix épisodes selon une astuce commerciale bien connue. Premier opus offert, tous les autres payants. C’est bien écrit, agréable à lire avec un certain rythme, si l’on peut en juger par ce premier épisode assez réussi. Les personnages sont sympathiques quoiqu’un peu caricaturaux. On note la présence d’un certain humour et une volonté de maintenir le suspens. Cela suffira-t-il pour tenir en haleine les lecteurs sur une pareille distance (10 épisodes!) ? Rien n’est moins sûr.




Le monde perdu ajoutée le 3 mai 2016

Le jeune journaliste Ed Malone est amoureux de la jolie Gladys qui n’éprouve rien pour lui. Elle lui annonce qu’elle se réserve pour un homme courageux, intrépide, héroïque, capable de réaliser des exploits surprenants. Pour époustoufler sa belle, Malone décide de se lancer dans une enquête particulièrement risquée. McArdle, le rédacteur en chef de la Daily Gazette, lui propose de l’envoyer démasquer le professeur Challenger qui, au retour d’une expédition en Amérique du Sud, a osé déclarer avoir découvert une région où vivraient encore toutes sortes d’animaux préhistoriques.

« Le monde perdu » est un roman d’aventures fantastiques de très belle facture. Conan Doyle a su créer tout un univers préservé par la nature suite à divers mouvements telluriques avec dinosaures, ptérodactyles, iguanodons, tyrannosaures et autres hommes-singes. Le lecteur se retrouve donc dans une sorte de « Jurassic Park » bien avant l’heure, vu que cet opus parut en 1912. Les personnages sont tous attachants et bien campés. On s’amuse des disputes entre les deux savants, de la naïveté du jeune journaliste ou du snobisme de l’aristocrate de service. Tout est raconté tambour battant dans un style impeccable et truffé de péripéties relançant sans cesse l'intérêt. Quel plaisir de lire un ouvrage qui n’a pas pris la moindre ride et n’a rien à envier à ceux de nos auteurs actuels.




Belgravia (2016) ajoutée le 30 avr. 2016

En juin 1815, à Bruxelles, la jeune et jolie roturière Sophia Trenchard est tout heureuse d’avoir obtenu trois cartons d’invitation pour le bal que donne la duchesse de Richmond. Elle compte bien y retrouver l’homme qu’elle aime, le jeune et charmant Lord Bellasis… Pourtant, l’ambiance de la soirée ne sera ni à la légèreté ni à la romance. Napoléon, échappé de l’île d’Elbe, marche avec ses troupes sur Bruxelles. Wellington s’apprête à le bloquer sur la plaine de Waterloo. Pour combien de ces jeunes danseurs ce bal sera-t-il le dernier ?

« Belgravia » est le premier épisode d’une saga qui en comportera onze et sera diffusée sous forme de feuilleton chaque jeudi du 21 avril au 16 juin 2016. Le procédé est connu et semble avoir fait ses preuves. Si l’éditeur, J.C.Lattès, offre généreusement ce premier épisode, c’est uniquement pour amorcer la pompe. Il s’agit d’un roman historique à forte connotation sentimentale, ouvrage très bien écrit qui devrait ravir les amateurs (trices) du genre. L’ambiance de la ville de Bruxelles à cette époque particulière semble assez bien rendue. Les personnages sont bien campés et l’héroïne principale particulièrement attachante. La rencontre entre la famille de Trenchard, petit boutiquier parti de rien et devenu par la grâce des évènements principal fournisseur de l’armée au point d’être surnommé « le Magicien » avec le milieu aristocratique et les plus hauts responsables est des plus intéressantes et des plus emblématiques. À conseiller sans problème vu la qualité de ce premier épisode.




Saignons sous la pluie (2016) ajoutée le 25 avr. 2016

Jean, étudiant en arts cinématographiques et Nicolas, son colocataire, lassés de leurs parties de jeux vidéo, s’intéressent de près à un tueur en série qui sévit en ville. Comme il signe chacun de ses crimes avec un baigneur en plastique, les médias l’ont surnommé « le tueur aux poupons ». Et voilà qu’un message bizarre apparaît sur les réseaux sociaux. Pour se justifier, le psychopathe donne rendez-vous aux journalistes dans un ancien abattoir désaffecté. Caméra sur l'épaule, Jean et Nicolas s’y rendent, espérant décrocher le scoop du siècle.

« Saignons sous la pluie » est le premier épisode d’une série intitulée « Peurs sur la ville ». Il s’agit d’un récit d’épouvante fort bien mené et très agréable à lire. Bonne intrigue. Suspense. Personnages sympathiques. Chute surprenante. Pour une fois que la qualité littéraire est au rendez-vous, nul doute que cette série devrait aisément trouver un public. L’éditeur, Storylab, s’est fait une spécialité de proposer des histoires courtes bien adaptées à notre époque de lecture rapide ou furtive sur liseuses, tablettes et ordinateurs. Le style est efficace et bien rythmé, sans sophistication particulière. Mais sans doute un peu trop vite lu et peut-être aussi un peu trop vite oublié.




Comment vaincre sa timidité ? (2016) ajoutée le 20 avr. 2016

Petit défaut charmant ou véritable handicap dans les relations avec autrui, la timidité peut aller de la simple rougeur ou du bafouillage à la totale impossibilité de s’exprimer en public, voire à la phobie sociale pouvant amener dans les cas les plus graves à la dépression ou au suicide. Ce petit ouvrage ne se contente pas de décrire les différents symptômes de la timidité, il propose également toute une méthode pour s’en libérer : se poser de petits défis comme aller faire du shopping quand on déteste ça et monter la barre graduellement. Participer à des forums sur internet. Pratiquer un sport d’équipe. Faire du théâtre. Si cela ne suffit pas, il est encore possible de faire appel à un professionnel (thérapie cognitivo-comportementale, sophrologie ou auto-suggestion) ou de participer à des stages de groupe.

L’approche médicamenteuse peut se pratiquer de trois manières : grâce aux bêtabloquants, aux anti-dépresseurs ou aux anxiolytiques, en prenant garde à ne pas tomber dans la dépendance. Ainsi donc, avec un brin de constance et de volonté, tout un chacun devrait pouvoir en venir à bout. Un ouvrage court mais intéressant de vulgarisation psycho-sociale qui n’épuise évidemment pas le sujet mais peut se révéler utile pour une première approche du problème. À noter qu’il est en accès libre sous forme d’e-book gratuit. Alors pourquoi s’en priver si l’on s’intéresse à ce sujet ?




La chatonaute, a space cat odyssey (2016) ajoutée le 19 avr. 2016

Félicette, petite chatte noire et blanche, se retrouve capturée sur les toits de Paris et emmenée sur une lointaine base spatiale où Horace de Ville, savant responsable de la conquête de l'espace pour le compte de la France, l’entraîne en compagnie d’une série d’autres félidés en vue de lui faire accomplir un voyage dans l’espace, histoire de damer le pion aux Russes et à leur petite chienne Laïka. Ayant été choisie pour l’expérience, Félicette est installée à bord de la fusée Vernon qui décolle du désert du Sahara. Tout se passe pour le mieux si l’on excepte le fait qu’elle retombe sur terre à Paris dix ans plus tôt !

« La chatonaute, a space cat odyssey » est une nouvelle servant de teaser à « Guerre aux grands ! », ouvrage dont elle est tirée. Proposée en libre accès sur les plate-formes, elle permet de se faire une idée de l’humour de son auteur Pierre Léauté, grand ami des animaux qui dédie cette histoire charmante en forme de conte philosophique « à Félicette et à tous les animaux que la barbarie a sacrifiés au nom du progrès humain ». Inutile d’en dire beaucoup plus sur cet agréable moment de lecture. Il faut lire cette charmante histoire pleine de naturel, de fraicheur et de bons sentiments.




Les vrais durs (2016) ajoutée le 14 avr. 2016

Lors d’une escapade dans la jungle d’Amérique centrale, Sten Stensen, principal de collège en retraite et ancien combattant du Viet-Nam, sauve ses compagnons croisiéristes d’une bande de détrousseurs en étranglant l’un d’eux. De retour dans sa petite ville, il passe pour un héros alors qu’il ne peut vraiment profiter de son temps libre. Son fils Adam, qui se prend pour le trappeur John Colter et vit dans les bois comme un sauvage, est un grand souci pour lui. Un jour, en faisant du stop, Adam rencontre Sara Hovarty Jennings, femme mûre, solitaire et marginale qui s’éprend de lui et le rejoint un temps dans les bois. Mais les démons qui hantent l’esprit dérangé d’Adam ne vont pas tarder à se déchainer et l’amener au drame.

« Les vrais durs » est un ouvrage que l’on peut considérer à la fois comme un roman noir et comme un roman social. L’auteur y décrit une Amérique profonde toujours inspirée ou hantée par l’esprit des pionniers, une Amérique conquérante, violente, sûre d’elle, à une époque où toutes ses anciennes valeurs n’ont plus tellement cours. En présentant ce livre comme une sorte de chef-d’œuvre (« Magistral » selon The Times), la critique n’a fait qu’œuvre de promotion et de marketing. La réalité est un peu différente. L’intrigue n’est pas particulièrement passionnante. Les personnages, et surtout les Stensen, ne sont pas tellement sympathiques. Adam n’est qu’un psychopathe souffrant de paranoïa doublé d’un adulescent qui refuse toute contrainte. Seule Sara, la rebelle qui refuse de présenter son permis de conduire aux flics qui la contrôlent, attire une certaine empathie. Le style de Boyle très lent et très descriptif n’a rien de flamboyant. Il est même d’une lecture un peu laborieuse. La narration manque de rythme et même d’humour. L’ensemble n’est au bout du compte que la narration d’un fait divers assez lamentable dont un esprit libre et perspicace ne devrait tirer aucune généralité.




Message de l'univers (1990) ajoutée le 9 avr. 2016

Finalement qu’est-ce donc que cette singularité ? Une chose incroyablement vorace, un objet au départ plus petit qu’un atome et qui finit, au fur et à mesure qu’il s’enfonce en direction du magma, par peser plusieurs mégatonnes. Et qui a bien pu faire pénétrer cette bombe jusqu’au plus profond des entrailles de la Terre ? Quelques savants fous ? Ou bien des entités extra-terrestres ? Il faut dire que tout va de mal en pis sur la planète bleue : les guerres n’en finissent pas, la population ne cesse de proliférer, la nature est saccagée, exploitée, polluée à un point tel que les amoureux de Gaïa prétendent qu’elle n’en peut plus et que ce trou noir n’est rien d’autre qu’une manière de se régénérer.

« Message de l’Univers » est le second tome du diptyque intitulé « Terre ». Il décrit, comme l’explique l’auteur dans sa postface l'un des nombreux états possibles de notre monde dans un demi siècle. Le précédé narratif utilisé, le récit choral, basé sur les différentes couches de notre univers, noyau, manteau, croute, lithosphère, hydrosphère, biosphère, ionosphère, holosphère, mésosphère et exosphère, ainsi que la multitude de personnages, ne facilitent pas la compréhension d’un récit déjà passablement embrouillé et grandement alourdi de données scientifiques pas forcément simples d’abord. Paru en 1990, le livre a un peu vieilli (les données géopolitiques ont changées, personne ne se préoccupe plus du trou dans la couche d’ozone et la bombe démographique est passée loin derrière le réchauffement climatique). Et comme sa lecture est assez laborieuse, le plaisir pris demeure assez réduit.




La chose au coeur du monde (1990) ajoutée le 9 avr. 2016

La singularité découverte par le professeur Alex Lustig a échappé à son contrôle. Au départ, large d’un micron, ce mini-trou noir a percé la croûte terrestre et a progressé en direction du noyau. Il est tombé dans les entrailles de la terre en se renforçant de l’énergie dégagée par le magma. La communauté scientifique se rassure en se disant que, vu sa petite taille, cette singularité devrait se résorber naturellement. Dans l’espace, le vaisseau « Pléiades » vient s’arrimer à la station spatiale Reagan. Mais rien ne va plus quand Teresa constate que les élingues qui devaient le maintenir se distendent dangereusement.

« La chose au cœur du monde » est le premier volet d’un ensemble appelé « Terre ». Ce premier tome relève plus de la science que de la fiction dans la mesure où David Brin s’y livre longuement à de la vulgarisation scientifique sur toutes sortes de sujets comme les trous noirs bien sûr, mais également les problèmes écologiques, la surpopulation, la préservation de la faune menacée, la création de la terre ou l’évolution des espèces. Le tout présenté de façon kaléidoscopique et chorale. Une très longue présentation des nombreux personnages ne permet de lancer que très peu l’intrigue au point qu’à la fin de ce premier tome, le lecteur se retrouve avec toutes ses questions et espère qu’il y sera enfin répondu dans le second. Lecture technique, un peu laborieuse, mais pas inintéressante.




Malheur au vaincu ! (2013) ajoutée le 2 avr. 2016

Jason et Robur ont en commun deux choses : ils sont à la fois frangins et journalistes… mais des journalistes d’un genre un peu spécial. Ils sont extra-dimensionnels, c’est-à-dire dotés de pouvoirs magiques. Envoyés spéciaux du magazine Mondes Parallèles, ces reporters de l’extrême voyagent de dimension en dimension pour rapporter les images les plus folles et les histoires les plus délirantes. Cela tombe plutôt bien puisque leur rédacteur en chef vient de leur confier une nouvelle mission : couvrir le siège d’une cité médiévale assaillie par des armées de monstres particulièrement féroces dans une dimension où la magie est très présente. Nos deux héros vont se retrouver malgré eux au centre d’un affrontement pour le moins étonnant. 

« Malheur aux vaincus ! » est le premier épisode d’une saga de fantaisie décalée. Tous les éléments du genre y sont représentés : cadre moyenâgeux, magiciens, dragons, kobolds et même une maladie mystérieuse. Et, cerise sur le gâteau, une bonne dose d’humour parodique. Un style fluide, élégant, efficace. Que demander de plus pour une lecture de divertissement dont l'intrigue fait un peu penser à celle d’une bande dessinée ? Et pour ne rien gâcher, les éditions Walrus ont eu l’élégance de proposer une histoire complète et non l’habituel « teaser » qui agace tant. Amateurs de fantaisie amusante, précipitez-vous sur les plateformes de téléchargement. Vous passerez un bon moment de lecture qui ne vous coûtera pas un kopeck !




L'aventurière de l'espace (2016) ajoutée le 26 mars 2016

Pour l’amour comme pour la guerre, personne ne pourra jamais s’acheter Ilyana, l’aventurière de l’espace. « Elle choisit l’amant comme l’ami, le rival comme l’adversaire. » C’est une femme libre aussi belle qu’inquiétante qui sait user de ses charmes et de bien d’autres atouts. Pour ne pas l’avoir compris, un gros rustre finira poignardé en plein accouplement par cette étrange mante religieuse… Ilyana se retrouve prisonnière d’une secte qui lui inflige une terrible épreuve avant de l’envoyer vendre des distributeurs automatiques de boisson sur Agoram, une planète proche de la Terre… Ilyana et sa bonne amie Nessa débarquent sur une planète où toutes les femmes ont mystérieusement disparu. Seuls y subsistent des mâles frustrés, militaires de surcroit… Un agitateur surnommé le Serpentaire s’est fait le chantre de la simplicité et du dénuement volontaire. Ses adeptes atteignent une telle pauvreté que tout le système en est déstabilisé. Ilyana et Nessa mènent l’enquête pour le compte du Moine, leur patron…

« L’aventurière de l’espace » se présente sous la forme de quatre nouvelles ou plutôt trois nouvelles et une novella (« Les décervelés d'Actrenaz » relevant de ce format) de science-fiction fantastique et poétique. Ces textes parus à partir de 1974 dans différents numéros de la revue Fiction sous la signature de Guy Scovel, pseudonyme utilisé à cette époque par le grand et prolifique Jean-Pierre Fontana, n’ont pas pris une seule ride et sont toujours aussi agréables à lire. Félicitations à L’Ivre-Book pour les avoir réédités en un seul volume parfaitement cohérent. Le lecteur peut y suivre l’évolution de cette nouvelle Barbarella aux griffes rétractiles, aussi belle que cruelle, aussi romantique que guerrière. Une super-héroïne flamboyante nettement plus bandante que ses collègues américaines car nettement plus sophistiquée et bien moins aseptisée. Les scènes « hot », bien que d’une sensualité et d’un érotisme des plus torrides, ne tombent jamais dans le vulgaire ou le graveleux. Les intrigues assez simples ne manquent jamais d’originalité. Elles amènent à s’interroger sur les phénomènes sectaires, les dérives totalitaires ou les manipulations mentales. Si on y ajoute la plume élégante de Fontana (j’avais déjà beaucoup aimé « La jaune » et « Souvenirs de demain »), une narration rythmée ne s’embarrassant jamais de descriptions inutiles, des développements oniriques complètement inattendus, des fins fantastiques ou baroques surprenantes et de subtiles allusions ou clins d’œil aux maîtres de la SF comme Philip K. Dick (Ubik) et à quelques autres de moindre calibre, on obtient un ouvrage de grande qualité. Un vrai régal à consommer sans modération !




Une ère nouvelle (2014) ajoutée le 25 mars 2016

En juin 2016, la planète Terre a vécu l’Apocalypse. Elle a subi un terrible cataclysme. L’ancien monde a été totalement détruit. Ahmed Jalalah s’est établi avec sa mère, sa femme et sa fille sur une côte sauvage et désertique. Il s’est bâti une petite maison et tente d’y survivre avec sa famille grâce au poisson qu’il parvient à pêcher. Un jour, il recueille deux voyageurs, le jeune Natan et son oncle Yzrah qui sont partis depuis des mois à la recherche d'Eyal, le frère que Natan a perdu dans la catastrophe. Ysrah confie Natan à la famille Jalalah et repart seul poursuivre sa quête.

« Une ère nouvelle » est un roman de science-fiction post apocalyptique accompagné d’une bonne dose de fantaisie. Cocktail original et un tantinet improbable. Avec Chris Red, pas de futur angoissant, pas de régression vers une violence primitive. Au contraire, l’Apocalypse permet à l’Humanité de repartir sur de meilleures bases. Seule, une cité qui a voulu remettre au goût du jour l’ordre ancien, reste l’allégorie du mal absolu. Donc du post-Apo résolument optimiste pour ne pas dire utopiste, voilà qui surprend. Mais pourquoi pas ? Dans le registre des littératures de l'imaginaire, tout est permis ! Les personnages sont assez tranchés. Les gentils le sont absolument tout autant que les très très méchants. Après quelques escarmouches réglées à grands coups de « pouvoirs » et surtout une présentation minutieuse des personnages, le lecteur en arrive assez laborieusement à une fin ouverte débouchant sur la promesse d’une suite. L’intrigue est assez simple pour ne pas dire basique et aurait pu donner lieu à des aventures intéressantes. L’ennui c’est que la narration est terriblement ralentie par de nombreux développements de vulgarisation ésotérique sur la méditation, le prana, les chakras, la télékinésie, la lévitation, la précognition ou la télépathie. Si on y ajoute un certain nombre de coquilles, de maladresses et de confusions lexicales, la lassitude s’accompagne alors d’un certain agacement.




Le garage episode 1 (2016) ajoutée le 21 mars 2016

Lors du braquage d’un fourgon blindé, Gabriel Orvitz a reçu une balle de 7,65 qui a perforé sa pommette gauche, a éventré son globe oculaire, a rebondi sur l’arcade sourcilière avant de ressortir par le sommet de l’arête nasale. Il se retrouve partiellement défiguré pour avoir été surpris au mauvais endroit au mauvais moment. Et pour ne rien arranger, à peine soigné, il est mis en cause dans l'affaire et rapidement incarcéré…

« Le garage » est un roman noir distillé sous forme de feuilleton par StoryLab Editions. Le principe commercial est toujours le même : on offre le premier épisode qui fait office de teaser. L’auteur décrit quelques scènes choc, histoire de planter le décor, et le lecteur reste sur sa faim. D’où frustration. D’où envie furieuse de passer à l’achat compulsif de toute la série ! Mais, dans le cas présent, on pourra aisément se contenter de ce qu’on a lu et ne pas trop avoir envie de connaître le détail de la vengeance de Gabriel. Le style de Sébastien Gendron est fluide et efficace mais sans flamboyance particulière. L’intrigue manque un peu d’originalité et les personnages d’épaisseur. L’ensemble se présente donc comme un honnête divertissement et rien de plus. À conseiller aux amateurs du genre.




La 25ème heure (2015) ajoutée le 17 mars 2016

À la gare de Leysin en Suisse, le domestique Ernest accueille un Français appelé « Le Biographe » arrivé de Paris-Capitale et invité par Monsieur Louis Bertillon. Le Biographe lui apporte un précieux manuscrit retraçant les aventures d’Eudes Lacassagne, inspecteur général de police « qui combat ses insomnies » en arpentant les rues par tous les temps et « qui fait taire les cris de la nuit » à grands moulinets de sa canne ferrée. Autant Lacassagne est sinistre et taciturne, autant Louis Bertillon, frais émoulu de l'école de police, est gai et bavard. Tous deux commencent par se rendre au domicile d'Epiphanie Gaulard, une femme dont « le défunt mari a eu l’indélicatesse de disparaître ».

Ce premier tome de « La 25ème heure » n’est que le début d’une enquête policière présentée sous forme de feuilleton. Les deux protagonistes déambulent dans un Paris du XIXème siècle très bien rendu où l'on croise la route de toutes sortes de célébrités comme Charcot, Bertillon Alphonse ou Lacenaire. L’intrigue se situe résolument dans le registre du policier fantastique avec une pointe de steampunk pas désagréable. Les personnages sont un tantinet caricaturaux mais intéressants quand même. On sent très bien que l’auteur a voulu créer un couple d’enquêteurs parisiens faisant pendant aux londoniens Holmes et Watson. Le style est agréable et de belle qualité, les situations amusantes ou intrigantes. On ne sait pas trop si l’on nage dans l’humour, la parodie ou le véritable fantastique. Mais peu importe, le divertissement (car il ne s’agit que de cela au bout du compte) est de qualité. Dommage que l'on doive rester sur sa faim !




Après l'heure, c'est plus l'heure (2014) ajoutée le 16 mars 2016

Très jeune, Valentin Peroy apprend à ses dépens l’importance de la maxime : « Après l’heure, c’est plus l’heure » et finit par en tenir compte. Henri Castafolte a inventé le premier modèle d’introspecteur, une étrange machine à explorer les souvenirs. En 2010, lors d’un match de football, un but refusé à l’équipe de Marseille a causé le lynchage de l’arbitre et marqué le début d’une interminable guerre civile. Henri et son ami Raph décident de retourner dans le passé pour essayer d’arranger ça. Mais la terrible Brigade Temporelle est à leurs trousses…

Ce premier épisode intitulé « Après l’heure c’est plus l’heure » est en réalité l’adaptation sous forme de feuilleton d’une série télévisée relevant à la fois du registre de la science-fiction et de celui de l’humour. Il est certain que le ton est léger et certaines situations plutôt cocasses, mais le lecteur pouvait s’attendre à beaucoup plus loufoque. En ce qui concerne le volet SF, cette histoire de machine à explorer les souvenirs, autant dire à remonter le temps et cette intrigue basée sur des mondes parallèles ne brillent pas par une extraordinaire originalité. Sans doute faut-il se contenter d’une lecture de divertissement et ne pas en demander plus. Comme le style est agréable, efficace et bien rythmé, l’ensemble fonctionne assez bien et le lecteur peut facilement avoir envie de continuer la série après ce premier épisode offert par Bragelonne.




Seentha (2009) ajoutée le 15 mars 2016

Alors qu'il effectuait des relevés scientifiques à la surface de la planète Carcosa, le cosmomythologue Gert Slättengard est grièvement blessé suite à l’attaque surprise d’une entité inconnue surgie d’un lac tout proche. Le croyant mort, ses compagnons, qui viennent de découvrir une fresque étrange, preuve de l'existence d’une antique civilisation disparue, le rapatrient à bord de leur vaisseau spatial, l’Aniara II où il sera plongé en hibernation cryogénique dans l’attente de soins. Mais quelque temps après, Gert commence peu à peu à émerger du coma. Il est devenu amnésique, a de nouveaux souvenirs et ne s’appelle plus Gert, mais Gottfried Falkenberg. L’équipage ne le reconnaît plus. Il est devenu quelqu’un d’autre…

« Seentha » est pour le moins une œuvre atypique et particulièrement originale à tous point de vue. Jean-Michel Archaimbault la présente comme un opéra, la divise en actes et en scènes, la parsème de citations de Richard Wagner, de parties versifiées et même d’une coda en fin d’ouvrage. Le lecteur y verra une réappropriation magistrale du thème du célèbre « Hollandais volant », une nouvelle version du vaisseau fantôme, mais également une sorte de poème en prose onirique, cauchemardesque, explorant les rives du satanisme et les mythes des dieux nordiques Wode et Loki dont le cosmos serait l’Asgard. Au-delà de cet hommage, (« Eternel et galactique est le géant de Bayreuth », dit-il), le lecteur peut également y voir un exercice de style avec utilisation d’un langage raffiné voire sophistiqué (rhomboédrique, sibilant, trémulant, noctiluque, lampyre, pour ne citer que quelques vocables de cet ordre), d’un abus de néologismes pseudo-scientifiques (biopositronique, polyspécialiste, cryovaults ou psychophotonique, entre autres) qui justifieraient aisément la présence d’un glossaire. On l’aura compris, cet ouvrage étrange demande quelques efforts intellectuels au lecteur qui sera récompensé par une immersion dans un univers aussi démentiel qu’inquiétant.




En blanc et noir (2012) ajoutée le 11 mars 2016

François est pianiste-concertiste depuis vingt ans. Recalé à l’examen d’entrée de Sciences Po, il s’est rabattu sur le Conservatoire de Musique mais a abandonné juste avant d’obtenir son diplôme. Cela ne l’a pas empêché de mener une double carrière. Il se produit un peu partout sur la planète et rencontre un certain succès. Mais il a également une face cachée, celle de tueur à gages pour le compte d’une multinationale du crime, la All Media Company, spécialisée dans l’élimination d’artistes en fin de carrière. Mais un jour, François s’aperçoit avec horreur que sa main droite est en train de le lâcher et qu’il ne va bientôt plus pouvoir s’en servir pour jouer de son instrument adoré.

Beaucoup plus qu’un simple roman noir, « En blanc et noir » est également un roman psychologique quasi psychanalytique, un conte philosophique voire une allégorie. Les multiples lectures que l’on peut faire des tribulations de François sont l’un des charmes de ce livre si passionnant qu’il est difficile de ne pas le lire d’une seule traite. Reprise intelligente et originale du thème de « Dr Jekyll et Mister Hide », l’intrigue est fort bien menée. Les personnages inspirent des sentiments paradoxaux. Celui de François, à priori déplaisant, est si pétri d’humanité qu’on ne peut s’empêcher d’éprouver de l'empathie à son égard. Et que dire de celui de Constance Gladys, la pianiste amie des loups, décalque évidente de la sublime Hélène Grimaud, personnage féminin complexe et malheureux, autre métaphore de la solitude de l’artiste ? J’avais beaucoup aimé « La Fosse aux louves », l’autre roman de Bertrand Carette. Celui-ci confirme magnifiquement ma première impression. Un talent littéraire évident. Une plume magnifique. Un style fluide, rythmé, agréable à lire. Des intrigues parfaitement ficelées. Des situations qui donnent à réfléchir. Ne manquez surtout pas cet ouvrage passionnant sur le monde méconnu des pianistes vu avec humour et sensibilité.




Jim harrison, boxeur ajoutée le 11 mars 2016

Dans un village du Sussex, au sud de l’Angleterre, le jeune Rodney Stone fait la connaissance de James Harrison sur les bancs de l’école. Jim est élevé par son oncle, forgeron et ancien champion de boxe ayant rangé ses gants suite à un combat victorieux mais terrible pour son adversaire. Rodney est le fils d’un marin de la flotte de guerre rarement à la maison. Les deux amis jouent à Robinson Crusoe dans la campagne. Jim reste même une semaine entière à vivre seul dans les bois. Ils explorent un château hanté dans lequel un crime terrible a été commis. A 17 ans, Rodney est pris en charge par son oncle, Sir Charles Tregellis, aristocrate riche et bien en cour, qui lui fait rencontrer le Prince de Galles, aussi féru que lui du noble art de la boxe…

« Jim Harrison, boxeur » se présente comme un ouvrage à plusieurs dimensions. À la fois roman social, roman historique et roman policier. Etrangement, Jim, le jeune boxeur n’est pas le héros principal de l'intrigue. Le lecteur a même l'impression au début de l’histoire qu’il se fait voler la vedette par Rodney, le narrateur. D’autant plus que le père de Jim, celui de Rod et même Sir Tregellis prennent également une grande importance. Il semble donc que ce soit la société de l’époque avec ses nobles dandys comme le Beau Brummel, ses héros militaires comme l’amiral Nelson ou ses voyous plébéiens truqueurs de match qui l’intéresse vraiment. Inutile d’évoquer la qualité magistrale du style littéraire de Conan Doyle, même si la minutieuse précision descriptive peut sembler un peu dépassée pour le lecteur d’aujourd’hui. Ce livre reste intéressant ne serait-ce que pour le tableau de la société britannique de l’époque. On sera un peu plus réservé sur le côté policier un peu plus faible et sur les histoires d’enfant secret, incompréhensibles aujourd’hui.




Un étrange monsieur frey (1989) ajoutée le 7 mars 2016

En 1934, Ernst Frey, jeune bachelier autrichien d’origine juive, milite dans diverses organisations d’extrême gauche. Pour échapper aux persécutions des nationaux-socialistes, il quitte clandestinement l’Autriche pour se réfugier en France. Il espère pouvoir partir combattre aux côtés des Républicains espagnols, mais ses chefs, jugeant qu’il ne leur serait pas de grande utilité, l’en empêchent. Il s’engage alors dans la légion étrangère où il fonde la toute première cellule du parti communiste. Il se retrouve en Indochine où il est fait prisonnier par les Japonais. Après des mois de détention particulièrement cruelle, à peine libéré, il intègre les rangs du Viet-minh tout juste émergeant. Très vite il se retrouve à combattre ses anciens frères d’armes et à monter dans la hiérarchie jusqu’à devenir colonel et conseiller particulier du général Giap. Un jour, lassé de la guerre, des tortures et des exactions perpétrées, il remet tout en question, rencontre le divin et donne un nouveau tournant à sa vie.

« Un étrange monsieur Frey » est la biographie précise et circonstanciée d’un personnage tout à fait hors du commun. Athée aussi militant que rabique, il épouse les thèses communistes avec enthousiasme, se révèle un apparatchik fanatique et d’un totalitarisme borné jusqu’au moment de l’illumination sur son chemin de Damas. D’une lecture un peu laborieuse, ce livre a également l’immense avantage de faire découvrir au lecteur un côté peu connu de la guerre d’Indochine, de se retrouver dans l’autre camp, celui des mercenaires européens, anciens nazis et autres Japonais reconvertis, celui des futurs vainqueurs. Il apprendra ainsi que le parti communiste indochinois ne comptait à cette époque qu’un petit millier de membres, le Viet-Minh, moins de 20 000 combattants et que cet effectif si modeste, sans artillerie, ni aviation, ni blindés, ni armes lourdes réussit à tenir en échec le corps expéditionnaire français avant d’en faire autant avec la puissante armée américaine. Pour les amateurs d’Histoire militaire.




Les joueurs de titan (1963) ajoutée le 7 mars 2016

Dans une Californie dépeuplée, Pete Garden rentre chez lui le moral à zéro dans sa voiture volante, parlante et interactive. Faisant partie d'un groupe de jeu, il vient d'y perdre à la fois sa femme Freya agée de 140 ans (mais ne les paraissant pas) et sa magnifique propriété de Berkeley. Il voudrait à tout prix la récupérer. L'ennui, c'est que le nouveau propriétaire l'a aussitôt cédée à un promoteur qui travaille en sous-main pour un magnat de la côte Est lequel va pouvoir intervenir à l'Ouest. Suite à un conflit avec les Chinois Rouges et à l'utilisation de radiations, l'humanité devenue quasi stérile est maintenant réduite à un ou deux millions de Terriens. Pire encore, elle se retrouve sous le joug des Vugs, créatures cytoplasmiques et clairvoyantes venues de Titan…

« Les joueurs de Titan » est un roman de science-fiction très original du grand Philip K. Dick. Publié pour la première fois en 1963, il reste d'une extraordinaire modernité. En visionnaire, Dick avait imaginé une société basée sur le jeu et la distraction permanente dans laquelle toute fidélité amoureuse, toute propriété privée n'avaient plus grand sens vu que femmes et biens passaient de main en main au fil du hasard d'un jeu à la croisée du poker et du monopoly. Cet ouvrage très agréable grâce à un style très rythmé ne se lit pas, il se dévore. Tout en offrant un véritable divertissement, il donne également à réfléchir sur les arcanes des facultés mentales (prescience, télépathie, télékinésie, etc.), sur l'influence des substances psychotropes sur la conscience et sur les conséquences curieuses d'un effondrement généralisé de la fertilité humaine. Un excellent conte philosophique avec une chute très réussie. A recommander aux fans du génial et prolifique auteur !




Le voyage d'un homme heureux (1840) ajoutée le 5 mars 2016

Journaliste à la « Revue de Paris » et à la « Revue des deux mondes », Jules Janin entreprend en 1840 un voyage d'un mois à travers la France et l'Italie. Il fait ses adieux à ses amis en forêt de Fontainebleau, poursuit à cheval jusqu'à Lyon puis gagne Marseille, Nice, Gênes, Milan, Pise et Florence par étapes et en faisant halte dans des auberges de fortune. Il trouvera Bologne misérable. Il rentrera par Parme et Milan, en ignorant Venise et en traversant les Alpes qui lui sembleront glaciales par comparaison avec la douceur du climat toscan. Il gagnera à Paris après avoir fait étape sur les bords du lac Léman.

Ce récit de voyage écrit comme une longue lettre à Madame de Courbonne est tout à fait dans le style de l’époque. Nombreux furent les romanciers ou poètes qui publièrent ce genre de littérature sans doute très prisée, le tourisme n’en étant encore qu’à ses premiers balbutiements. Dumas, Musset, Nerval, Lamartine et bien d’autres s’y illustrèrent pour le plus grand plaisir de lecteurs qui devaient y trouver un moyen pour s’évader de l’Hexagone et explorer par personne interposée des territoires inconnus ! Le style de Janin est un peu pompeux et vieillot, mais son œil d’observateur des paysages et des gens est aussi aigu que bienveillant. Janin s’intéresse à tout : mœurs des autochtones, œuvres architecturales, musées, histoire locale et même le devenir des rois détrônés, des nobles déchus. Il propose au passage de belles pages sur la famille Bonaparte. Il y a autant d’émerveillement que de nostalgie dans ses découvertes, observations et descriptions. Un livre encore agréable à lire aujourd’hui, à titre de document historique bien sûr, et non sans un petit effort d’adaptation.




Pas tout à fait des hommes (2010) ajoutée le 5 mars 2016

La jeune elfe Kalia se retrouve avec un couteau posé en travers de la gorge par le troll William Wolf qu'accompagne Axelle Crèvecœur, redoutable effeuilleuse des bas quartiers. Wolf n'en est pas à son premier méfait. Il a précédemment assassiné l'évêque Crowney. La reine Lucie de Guymor est venue lui rendre une visite intéressée dans la cellule de sa prison. Elle ne s'intéressait pas à ses dons de peintre mais plutôt à ses capacités à se déplacer en silence dans une obscurité complète. Elle voulait le charger d'une mission délicate pour laquelle Axelle et Kalia vont lui prêter main forte…

« Pas tout à fait des hommes » se présente comme un roman de fantaisie un peu décalé voire parodique. L'intrigue se caractérise par une suite d'aventures, de rebondissements, de batailles et d'escarmouches menée tambour battant dans un style rapide et efficace rendu particulièrement dynamique et vivant par de très nombreux dialogues et une quasi absence de descriptions. Les deux personnages principaux, Kalia et Axelle, sont des anti-héroïnes atypiques et finalement assez sympathiques. La première est une elfe de petite taille, timide et complexée alors que la seconde est une semi-démone aussi rebelle que violente. Cela donne un duo déjanté et percutant dont le lecteur suit bien volontiers les tribulations. Cette histoire de guerre entre humains et orcs, de complots contre une reine un peu cynique et autres coups d'état pour renverser un tyran démoniaque, si elle ne brille pas par une grande originalité, emporte néanmoins l'adhésion du lecteur en raison du ton décalé et surtout d'une certaine forme d'humour et de dérision omniprésente. Ouvrage à conseiller aux amateurs du genre et aux autres. La fantaisie n'étant pas ici un but en soi mais plutôt un prétexte aux dérives et aux délires…




Duetto : emile zola (2016) ajoutée le 4 mars 2016

Collégienne, Valentine qui avait lu « Au Bonheur des dames » et « Le ventre de Paris » était restée un peu distante vis à vis d’Émile Zola. Elle lui préférait des gloires littéraires comme Stendhal ou Flaubert. Elle n'a fini par s'intéresser vraiment à lui que par l'intermédiaire de l'ouverture au public de sa maison de Médan. Elle découvre alors que Zola aimait les animaux, les chiens, les chats et même un macaque fantasque qui vivait en liberté chez lui à Paris et provoquait « kyrielle de catastrophes »…

Ce charmant petit livre offre une approche totalement originale de l'auteur des Rougon-Macquart. Un petit peu par le petit bout de la lorgnette, mais sympathique en diable ! Le lecteur découvre ainsi que Zola en plus d'être le grand romancier naturaliste et l'infatigable défenseur du capitaine Dreyfus que tout le monde connaît, cultivait l'amitié, aimait les fleurs et savait mieux que quiconque organiser la promotion de ses livres dans les médias de l'époque... L'auteur a une bonne connaissance de son sujet et même une véritable passion pour lui au point qu'elle la fait partager aisément. Un opuscule à conseiller surtout pour inciter les lecteurs à lire ou relire le grand auteur.




Sorcières et zombies ajoutée le 2 mars 2016

Au retour d'une noce, Claire s'endort dans sa voiture arrêtée au bord de la route. A son réveil, elle se voit environnée de zombies. Elle réussit à s'échapper et à trouver refuge dans un manoir perdu dans la campagne, auprès de Ludovic et de sa sœur Lise… Transexuelle sortant d'hôpital psychiatrique, Alys veut se rendre à Longsil, village fantôme en apparence. Elle y rencontre un certain Stéphane arrivé en voiture un peu plus tôt. Très vite, elle s'aperçoit que tout cela n'est qu'un rêve qui tourne vite au cauchemar… Un jeune peintre est invité dans un château isolé pour brosser le portrait de l'étrange Carimall, fille du comte d'Ekul… Leslie est en train de monter la garde devant la porte d'une ville en quarantaine quand Anya Volk, jeune femme râblée et un peu velue, et son compagnon Raymond d'Arc, colosse assez inquiétant, demandent à entrer…

« Sorcières et zombies » se présente comme un recueil de quatre nouvelles de qualité sur un thème tout à fait explicite. La couleur est annoncée. Il n'y aura pas tromperie sur la marchandise !Les trois premières nouvelles, (« Route de nuit », « Créatures de rêve » et « Sortir du cercueil ») qui recèlent une grande part de poésie et d'onirisme, semblent plus réussies et plus intéressantes que la dernière (« Une mine de déterrés ») qui reste uniquement orientée « zombies » et manque un peu d'originalité. Le style de Lizzie Crawdagger, efficace, rapide et bien rythmé en dépit de quelques petites maladresses, emporte aisément l'adhésion du lecteur qui pourra difficilement poser le livre avant la fin de chaque histoire. Un ouvrage de qualité à conseiller aux amateurs de fantastique, d'épouvante et même d'horreur pas trop gore.




Dans la baie fauve (2018) ajoutée le 29 févr. 2016

Dans un petit village de l’Irlande profonde, Ray, homme d’un certain âge, vit seul dans une modeste maison face à la mer. Orphelin, il n’a pas connu sa mère et il a passé son enfance chez une femme qu’il n’aimait pas et qu’il devait appeler « Ma Tante ». Considéré comme débile mental, il n’alla pas à l’école, ne fréquenta pas d’enfants de son âge et vécut en la seule compagnie de son père, homme froid et indifférent qui passa sa retraite à fabriquer des jeux de sociétés aux règles improbables avant de décéder fort âgé en s’étouffant avec une saucisse. Se retrouvant du jour au lendemain seul et abandonné, Ray décide d’adopter un chien, un ratier au caractère difficile qui se bat souvent avec ses congénères. Il est couvert de cicatrices et a déjà perdu un œil. D’où son nom : « One Eye ». Le couple cabossé part au hasard des routes, vivant, mangeant et dormant sur des parkings dans une vieille auto.

« Dans la baie fauve » se présente comme une sorte de long monologue réparti sur quatre chapitres, un pour chaque saison de l’année. Par bribes, Ray raconte sa vie à son chien, son seul confident et son seul ami. Celle-ci étant très tristesse et d’une monotonie à pleurer, l’auteure la pimente de longues et minutieuses descriptions de plages, d’oiseaux marins, de plantes, d’animaux familiers et autres décors ou paysages. Le résultat donne une sorte de « magie du quotidien » avec des alternances d’épisodes un tantinet abracadabrantesques qui ne manquent d’ailleurs pas d’étonner. Peu de péripéties, aucun rebondissement, et pourtant, l’intérêt ne se dément pas et on lit même avec un certain plaisir. Sans doute est-ce dû au regard acéré de l’auteure, à ses observations pertinentes, à ses fulgurances et à son style particulier, tout en finesse et allusions. Les deux personnages ne peuvent laisser indifférents. Leur histoire dans sa terrible banalité amène à réfléchir sur le sens de ces « petites » vies « inutiles ». Un premier roman très réussi et déjà remarqué dans divers prix littéraires.




Madame rose ; pierre de villerglé (1869) ajoutée le 29 févr. 2016

Georges, un riche parisien qui aime bien résider à l'année dans sa maison de campagne de Maisons-Lafitte, sauve de la noyade deux jeunes enfants alors qu'il canote sur la Seine en compagnie de son chien. Des voisins accourent pour aider au repêchage. Tout le monde emmène les enfants se réchauffer dans la toute proche maison de Madame Rose, une charmante jeune femme… Pierre de Villerglé est un jeune aristocrate riche et oisif qui partage son temps entre les courses de chevaux, les dîners en ville, les soirées à l'Opéra et les nuits devant les tables de jeu. Cette vie monotone l'ennuie tellement qu'il décide de se retirer dans une petite maison qu'il possède sur une de ses propriétés normandes. Il y retrouve quelques amis d'enfance…

Ce recueil est composé de deux nouvelles qui sont autant de portraits de personnages de jeunes gens qui cherchent l'amour et peinent à le trouver. Ils n'en font pas moins preuve de belles qualités de cœur. En cela, Amédée Achard fait œuvre de romancier sentimental et de moraliste un brin désabusé. Très bien écrites, ces deux histoires ne brillent pas par leur originalité et sont même un peu décevantes les amours déçues étant légions en littérature. Les situations et les rapports sociaux ayant beaucoup évolués, tout cela date énormément même s'il est toujours possible de s'y intéresser.




Le chemin de cendre (2006) ajoutée le 27 févr. 2016

Début septembre 1940 : c'est le blitz sur Londres. Un déluge de fer et de feu s'abat sur la capitale britannique. Proches des usines, les quartiers populaires comme East End sont particulièrement touchés par des bombardements durant jusqu'à dix heures d'affilée. Les assauts successifs rassemblent jusqu'à mille appareils de la Luftwaffe. Parmi les mourants découverts dans les décombres, les sauveteurs récupèrent une jeune femme grièvement blessée. Quand elle se réveille à l'hôpital, elle est devenue totalement amnésique. Personne ne sait qui elle est. Seuls son abondante chevelure rousse la désigne comme irlandaise. Mais l'est-elle vraiment ?

Le premier épisode de ce roman historique qui se poursuit dans un second tome intitulé « Les rives incertaines » est suffisamment prenant pour donner envie de poursuivre la lecture. Le contexte particulièrement dramatique du blitz, l'énigme de cette jeune femme ayant perdu la mémoire, tout y incite. Si on y ajoute la très belle qualité stylistique de Brussolo, on ne peut que conseiller cette série.




La nourrice sur place (1864) ajoutée le 27 févr. 2016

La jeune mère parisienne qui préfère les joies du bal, des fêtes et des réceptions préférera toujours confier son rejeton à une nourrice robuste et dotée d'une généreuse poitrine. Celle-ci pourra être une paysanne originaire de Normandie, de Bretagne ou du Bourbonnais. Elle fera merveille et évitera à la Parisienne de s'user la santé à l'ingrate tâche de l'allaitement. L'ennui, c'est qu'elle se rendra très vite compte de son pouvoir de nuisance et saura en jouer largement.

Ce court essai ne date que par le contexte. Il y a longtemps que les nounous ne viennent plus des campagnes françaises… Par contre, l'éternel féminin parfaitement croqué ne changeant pas, les remarques ironiques, acerbes et finement observées, n'ont pas pris une seule ride. Si on y ajoute une langue et un style impeccable, cela devient un vrai plaisir de retrouver le texte corrosif et un tantinet misogyne d'un auteur un peu oublié du XIXème siècle.




La course à pied (1996) ajoutée le 27 févr. 2016

La course à pied est l’un des sports les plus pratiqués dans notre pays. On estime le nombre de joggers à quatre millions. Il y a des épreuves et des compétitions pour tous et de tous niveaux. Des 10 ou 15 km jusqu’aux marathons ou semi-marathons, sans oublier les 100 km de Millau ou de Migennes ou le trophée du Vignemale, la course la plus haute d’Europe avec un dénivelé total de 2700 m pour une longueur de 51 km dont 2 sur glacier. Entre autres. Pourquoi court-on autant ? Par quoi doit-on commencer ? Comment mener un entrainement ? Comment améliorer ses performances ? Quelle est la bonne manière de préparer un marathon ? Autant de questions auxquelles répond ce livre…

« La course à pied » se présente comme un petit guide technique bien illustré, bien documenté et très bien conçu. Le lecteur, qu’il soit lui-même coureur ou non, débutant ou chevronné, y découvrira mille choses sur le sujet. Par exemple, que la bizarre longueur du marathon (42 kilomètres et 195 mètres soit 26 miles et 385 yards) a été décidée par les Britanniques. Elle correspond à la distance qui sépare le château de Windsor du stade de White City. Il y trouvera également divers tableaux et graphiques sur les allures à tenir, les correspondances test sur 10 km par rapport au marathon, sur les choix de chaussures et même un lexique sur le jargon des coureurs et diverses adresses en annexe. Au total, un livre court, mais très complet et fort utile pour progresser dans la pratique d'une discipline aussi exigeante que bienfaisante.




La conquête des sables (2000) ajoutée le 26 févr. 2016

Dans la France du XIXème siècle, le comte Henri de Vries s'est marié avec Serena une princesse d'origine touarègue. Leur jeune fils Moussa coule des jours heureux dans leur château proche du Bois de Boulogne en compagnie de son cousin Paul. Mais au cours d'une chasse donnée dans le domaine, un vieux sanglier blessé charge les deux enfants. Il percute Moussa et le blesse grièvement… Dix ans plus tôt, Henri et son fidèle serviteur Gascon ayant posé leur ballon dirigeable en plein désert du Sahara, avaient été secourus par un groupe de touaregs aux ordres de Serena qui était vite tombée amoureuse d'Henri. Mais en 1870, suite à la défaite et au siège de Paris, les évènements tournent au drame et toute la famille de Vries se retrouve entrainée dans la tourmente…

« La conquête des sables » se présente comme un grand roman historique doublé d'une saga familiale s'étalant sur deux générations. David Ball est un écrivain voyageur américain qui a fait plusieurs séjours au Hoggar chez les hommes bleus. Il est donc très bien placé pour parler avec nuance et justesse de ce peuple particulier et pour nous raconter cette épopée pas toujours glorieuse de l'exploration du Sahara (le massacre de la mission Flatters est un des moments forts du roman). Très bien documenté historiquement (en fin de volume, Ball a l'honnêteté de faire la part entre l'authentique et le romancé), ce livre dense permet d'en apprendre beaucoup sur une période troublée de notre Histoire au travers d'une longue suite d'aventures, péripéties, rebondissements, coups tordus et trahisons. Choc des civilisations avant l'heure, affrontement orient-occident, colonisation, expansion du monde moderne (le projet de construction d'une ligne de chemin de fer dans le désert se révèle n'être qu'une folie). Deux approches différentes des notions d'honneur et d'esprit chevaleresque s'affrontent tout comme se percutent deux religions antagonistes, deux peuples et deux traditions. Dans son épilogue, Ball évoque le destin des Touaregs, ces anciens « rois du désert » qui ne sont « plus que l'ombre de leur magnificence disparue ». Un ouvrage à la fois divertissant et instructif. Bien écrit quoique très descriptif. A conseiller à tous ceux que l'Histoire du XIXème et celle des hommes du désert intéressent.




Questions de nature (1995) ajoutée le 24 févr. 2016

D’abord photographe, puis animateur de télévision (« Ushuaïa ») et maintenant ministre de l’écologie, Nicolas Hulot a de tous temps aimé la nature. Il a parcouru en tous sens notre planète, a pratiqué l’ULM, le parapente, l’avion, la plongée sous-marine, la spéléologie sur les plus beaux sites de la planète. Il a sillonné le désert en compagnie du professeur Théodore Monod, séjourné sur le motu de Paul-Emile Victor, face à l’île de Bora-Bora. Il a assisté à la ponte des tortues sur l'île inhabitée d’Aldabra, participé à une ancestrale chasse à l’aigle au Kazakhstan, écouté le brame du cerf en forêt de Fontainebleau et caressé des gorilles dans la réserve de la malheureuse Diane Fossey. Et de chacun de ces lieux et de quelques autres, il nous prodigue une réflexion, une pensée ou une recommandation écologique : la chasse n’est pas une bonne chose, la chasse à courre est pire encore. Les corridas et bastonnades d’ânes en Espagne sont des abominations. La pêche industrielle avec filets dérivants devrait être interdite. Il faut protéger et respecter les animaux sauvages, s’inspirer des peuples premiers qui ne prélèvent que le strict minimum sur la nature…

« Questions de nature » se présente comme un livre de courtes réflexions politico-philosophiques sur le thème de l’écologie et de la défense de l’environnement. Pour Hulot, l’homme moderne impacte beaucoup trop gravement la nature. Il met en péril les animaux, les plantes et les sites encore préservés. Ceux-ci d’ailleurs devraient même être sanctuarisés et interdits au tourisme de masse, en sous-entendant que lui et ses lourdes expéditions de type « Ushuaïa » avec énormes 4X4, camions de matériel, et armada volante ou roulante devraient seuls continuer à en jouir alors qu’il ne fait que donner envie à d’autres de le suivre et de l’imiter ! On ne peut qu’adhérer aux principes répétés à longueur de page dans ce livre au bout du compte plus ennuyeux qu’autre chose. L’auteur aligne les évidences, les truismes et autres idées reçues comme d’autres enfilent des perles. La plupart des paragraphes commencent par « je ». Plus narcissique que ça, on meurt ! Encore un bouquin édité sur une notoriété, une de ces savonnettes littéraires qui, même si elles lavent plus blanc, n’apporte pas grand-chose et sera aussi vite lue qu’oubliée !




Les prêtres déportés sur les pontons de rochefort (1994) ajoutée le 21 févr. 2016

En 1794, la France est en pleine Terreur. Robespierre veut en arriver à l’éradication complète et définitive de la religion catholique. La Révolution a déjà confisqué tous les biens du clergé, aboli la dîme, établit la constitution civile du clergé et ordonné le bannissement de tout ecclésiastique soupçonné de sympathies pour la royauté. Mais il reste encore des curés dans les paroisses et des moines dans les abbayes qui n’ont pas voulu quitter leurs ouailles. Sur dénonciation rétribuée, il les fait arrêter dans les départements. Ceux du nord du pays se retrouvent déportés dans diverses prisons de Rochefort. Ne sachant que faire de ces 829 prisonniers, les révolutionnaires les enferment dans les entreponts de divers anciens navires négriers envasés ou incapables de prendre la mer. Pendant un an, ces malheureux vont subir des conditions de détention atroces. Ils seront entassés au-delà du raisonnable dans une chaleur, dans un froid de glace et une puanteur effroyable, enfumés chaque matin aux vapeurs de goudron et interdits de prière. Ils ne disposent que d’une nourriture avariée et infecte et sont soumis aux vols, aux moqueries et aux brutalités des matelots. Une épidémie de typhus se déclare bientôt. Au total, 480 moururent de maladie et de mauvais traitements en moins d’un an.

Cet ouvrage historique est basé sur un grand nombre de témoignages et de documents officiels ayant servis à la béatification de 64 de ces malheureux. Celle-ci fut finalement prononcée en 1994 par le pape Jean-Paul II. Cet épisode particulièrement cruel des persécutions religieuses de la Révolution Française est moins connu que les noyades de Carrier à Nantes, que le supplice des religieuses de Compiègne ou que le génocide des Vendéens. Il mérite cependant de ne pas être oublié. Il montre jusqu’où peut aller la cruauté des hommes quand ils sont égarés par une idéologie fanatique. Le lecteur remarquera que prêtres jureurs et réfractaires (et même mariés) se retrouvèrent à égalité sur ces pontons, les accommodements n’ayant servi de rien. Après Thermidor, le vent ayant tourné, les tortionnaires eurent même la vergogne de demander des certificats de bonne conduite à leurs victimes qui, par charité chrétienne, les leur accordèrent ! Un livre important, bien documenté, qui ne peut qu’intéresser le passionné d’Histoire qui veut se faire une opinion sur cette période troublée.




Une femme blessée (1989) ajoutée le 19 févr. 2016

À Chicago, Susan, 26 ans, professeure de psychologie en faculté, voit son mariage avec Franck, brillant juriste, se déliter peu à peu. Quand elle lui pose la question cruciale de savoir si elle peut espérer agrandir un jour la famille, il refuse en se disant pas prêt à être père. Le couple finit par se séparer. Susan rencontre un autre homme dont elle tombe enceinte. Ne se sentant pas la force de garder cet enfant conçu hors mariage, elle se résigne à avorter. Le traumatisme est tel pour la malheureuse qu’il lui faudra de longues années avant de retrouver le goût de vivre et de regagner la surface grâce à l’amitié de ses proches et surtout à la découverte du pardon et de l’amour divin. Elle doit bientôt quitter un poste de doyenne de l’Université pour ouvrir un cabinet de consultations psychologiques à Detroit où elle s’efforce d’aider d’autres femmes traumatisées par l’épreuve de l’avortement. Elle pratique ainsi une totale reconstruction « psychique et spirituelle » qui porte souvent de très beaux fruits.

« Une femme blessée » se présente comme le très émouvant témoignage d’une femme honnête et intelligente. À la lumière d’une expérience aussi douloureuse que traumatisante, elle parvient à nous faire partager avec sensibilité et ferveur un message de foi et d’espoir en la vie et en la miséricorde divine laquelle permet aux femmes de se pardonner et de se faire pardonner. Ce chemin de résurrection peut être long et douloureux. Les séquelles psychiques de ce geste terrible pouvant être aussi nombreuses que la dépression nerveuse, le chagrin persistant, le remords chronique, les maladies psychosomatiques, les abus de drogues ou d’alcool et même les tentatives de suicide sans parler de celles purement physiques comme les possibles fausses couches ou grossesses extra-utérines. Un livre important sur une question aussi cruciale que vitale et nettement moins simple que voudraient le faire croire les tenantes de l’IVG fraîche et joyeuse.




Hôtel arcadia (2016) ajoutée le 18 févr. 2016

Sam, photographe de presse, vient d'arriver à l'hôtel Arcadia, magnifique palace où elle compte bien passer une bonne nuit après avoir pris un bon bain. Mais voilà qu'elle est réveillée par des cris et des tirs d'armes automatiques. Son téléphone intérieur sonne. Le concierge la supplie de bien verrouiller sa porte et de n'ouvrir à personne sous aucun prétexte. Il raccroche immédiatement. Pendant ce temps, dans le grand hall d'entrée, Abhi, le patron de l'hôtel doit se cacher derrière le comptoir pour survivre aux rafales d'une bande de terroristes qui sont en train de prendre d'assaut son établissement...

Et la suite au prochain numéro. Cet épisode 1, offert pour d'évidentes raisons commerciales par les éditions Galaade, n'est qu'un teaser, un préquel, destiné à accrocher l'éventuel lecteur qui voudrait bien se laisser tenter par toute la série. Dans ce cas précis, le procédé semble particulièrement efficace. Quoi de plus dramatique que ce genre de situation qui nous rappelle d'ailleurs un tragique événement récent survenu dans un palace de Bombay. Le lecteur ne peut que trembler en suivant de braves gens aux prises avec des tueurs impitoyables. Le style de l'auteure est simple, efficace et percutant. On attend la suite avec impatience. Bien sûr.




Chemin de croix (1998) ajoutée le 17 févr. 2016

Guy Gilbert, plus connu sous le nom de « prêtre des loubards », propose une réflexion ou une méditation sur le sens profond du calvaire. « Ce chemin de croix a été fait avec amour, dit-il. J’ai mis du temps à le pondre, et je l’ai transcrit avec mon cœur, dans un bar, la nuit, à Paris. Et c’était tout simplement le moment de le faire. » Dès le début, le ton est donné : « Si tu souffres, si tu es dans la merde, si tout va mal pour toi, si ton amour s’est barré, si ton meilleur ami t’a trahi, si tu es malade, si tu es handicapé, si tu es seul, si… (mets ici ce que tu vis de dur), alors ensemble, on va faire ce chemin de croix. Et les quatorze stations s’enchainent avec leur lot de souffrances, de peines, mais aussi de fulgurances, d’espérance et de compassion.

« Chemin de croix » est une courte somme « théologique » sur le plus grand mystère du christianisme, la mort et la résurrection du Christ. Mais raconté à la manière de Guy Gilbert, c’est-à-dire avec simplicité, honnêteté et conviction. En quelques pages tout est dit et c’est lumineux. « Il portait nos maladies (cancers, handicaps multiples, souffrances). Il s’est chargé de nos douleurs (de cœur, d’égoïsme, de racisme, de haine, de refus de pardonner. Il a tout porté. Toi, moi. À chaque souffrance que tu vis, Il est là, en toi, sans problème. Si on le sait, on la porte avec Lui. Et c’est merveilleux. Si on ne le sait pas, on se révolte. Et c’est dingue. » Tout est à l’avenant. Message simple et brillant d’un homme généreux et réconfortant. À lire et méditer.




Pontmain, le 17 janvier 1871 (1999) ajoutée le 17 févr. 2016

À cette date, la guerre de 1870 tourne à la catastrophe nationale. Un peu partout, le peuple prie pour le salut de ses soldats. À Pontmain, petit village du Bas-Maine, aux limites de la Bretagne, du Maine et de la Normandie, l’abbé Guérin a su inculquer une grande ferveur dans sa paroisse et promouvoir un culte particulier à la Sainte Vierge. Le soir du 17 janvier 1871, deux jeunes paysans, Eugène et Joseph Barbedette travaillent dans la grange avec leur père. Ils battent de l’osier pour le donner à leurs animaux quand Eugène a l’idée de sortir pour regarder les étoiles. Il fait nuit, le ciel est clair et soudain, l’enfant aperçoit une belle dame vêtue d’une longue robe bleue. Elle lui sourit. Eugène appelle son frère qui sort et qui a la même vision. Tous deux reconnaissent la Vierge Marie. Par contre, le père, la mère, et même l’abbé ne voient rien. D’autres enfants, qui seront 7 au total, confirment l’apparition. Bientôt s’affiche sur une banderole un court message d’espoir : « Mais priez, mes enfants. Dieu vous exaucera en peu de temps. Mon fils se laisse toucher. » Quelques jours plus tard, la guerre s’arrêtait.

« Pontmain, le 17 janvier 1871 » est le récit par lui-même et l’exacte transcription de ce que vit le plus jeune des deux voyants, Joseph Barbedette. En réalité, il s’agit du fac-similé d’un ouvrage paru à l’époque et qui en était déjà à sa deuxième édition en 1896. Les éditions Téqui proposent un livre de très belle qualité, avec couverture glacée et cartonnée, papier magnifique, très nombreuses illustrations, dessins, reproductions, photographies d’époque et toutes sortes de documents annexes. Le témoignage est touchant. Il permet de mesurer la foi et la ferveur des gens de cette période. Le message de Pontmain, différent de celui de Lourdes, est un message de foi, d’espérance, de charité, et par conséquent de paix. La Vierge sera d’ailleurs invoquée ensuite sous le titre de Reine de la Paix. Livre toujours d’actualité en nos temps troublés, sans repères, sans espérance et sans recours…




La fosse aux serpents (1946) ajoutée le 16 févr. 2016

Dans les années cinquante de l’autre siècle, à New-York, Virginia Cunningham, jeune journaliste souffrant de dépression nerveuse (aujourd’hui, on parlerait plutôt de « burn out »), accepte de se faire interner volontairement dans un hôpital psychiatrique qui se présente comme un établissement de cure ou de repos de premier ordre. À peine est-elle arrivée que le cauchemar commence. Rien n’est épargné à la pauvre Virginia, ni la tenue de bagnarde, ni la nourriture infecte, ni les douches collectives où il faut se savonner avant de se mouiller, ni la camisole chimique, ni surtout les monstrueuses séances d’électrochocs qui sont une inhumaine torture parfaitement inutile. Ce calvaire durera des mois. La malheureuse aura toutes les peines du monde pour arriver à échapper à cet enfer…

« La fosse aux serpents » est un témoignage bouleversant et totalement véridique sur la condition des patients traités en psychiatrie dans ces années-là. Le personnel soignant semble n’avoir qu’une obsession : exercer un pouvoir absolu, réduire à néant toute volonté, nier totalement la personnalité du malade. À la plus petite incartade, les sanctions tombent dru : enfermement, camisole de force, nuit dans des draps mouillés, douches glacées, etc. La lecture d’un tel document permet de mesurer l’évolution qu’a suivie la psychiatrie et de se poser bien des questions sur la nature humaine, sur la fragilité de son psychisme (Virginia en était arrivée à ne plus savoir depuis combien de temps elle était enfermée, ni à quel moment de la journée elle se trouvait, ni même à reconnaître son mari venu lui rendre visite). Et de toutes les questions que pose cet ouvrage, il en est une particulièrement irritante car insoluble : où se situe la frontière entre normalité et maladie mentale ?




Florence nightingale (1951) ajoutée le 15 févr. 2016

Issue d’une riche famille britannique, Florence Nightingale chercha dès son plus jeune âge à se dévouer pour les autres. Après des études d’infirmière, elle décida de se consacrer à ce métier. Elle y sacrifia même un amour de jeunesse. À cette époque (1845), les hôpitaux anglais étaient particulièrement sales et l'hygiène plus que déplorable. Florence visita des établissements en Allemagne et en France, ce qui lui donna des idées pour améliorer le sort des patients qui y rentraient plus souvent pour mourir que pour être soignés. Elle devint surintendante bénévole d’un hôpital londonien, y acquit une réputation d’organisatrice hors pair. Son dévouement était sans bornes. Les malades l’adoraient et elle pouvait disposer de nombreux appuis dans le monde politique. Mais là où elle put donner toute la mesure de son génie, ce fut au cours de la guerre de Crimée, dans une caserne-hôpital prêtée par les Turcs à Scutari. L’endroit était particulièrement insalubre. Les soldats blessés ou atteint de dysenterie ou de malaria tombaient comme des mouches. Pas de meubles, pas de nourriture, des soins discutables et pour couronner le tout, un égout bouché qui s’était répandu dans les caves ! Une tâche à la hauteur de cette femme exceptionnelle…

« Florence Nightingale » est une biographie particulièrement bien documentée sur la vie de celle qu’on pourrait appeler la sainte patronne des infirmières. Henri Dunant, le fondateur de la Croix Rouge l’admirait beaucoup. Il disait d’elle : « C’est l’exemple du travail accompli par Miss Nightingale en Crimée qui me donna l’idée d’aller en Italie pendant la guerre de 1859. » Il faut dire que le travail accompli était titanesque. Les infirmières de l’époque avaient la triste réputation d’être aussi peu farouches que portées sur la boisson. Elles ignoraient les règles d’hygiène les plus élémentaires. Florence Nightingale y mit le holà au point que des années plus tard, la réputation du métier était exactement l’inverse. Livre passionnant autant par le personnage hors norme que par sa vie qui se présente comme une suite d’aventures dépassant la fiction ou par le contexte historique troublé de l’époque. À la lecture de cet ouvrage très bien écrit et très agréable à lire, le lecteur pourra découvrir d’où est parti le service sanitaire des armées et apprécier le parcours accompli.




Comment vivre 365 jours par an (1954) ajoutée le 14 févr. 2016

Une très importante partie de nos maux et même de nos maladies occasionnelles ou chroniques sont psycho-somatiques. Elles proviennent de nos émotions négatives comme l’anxiété, la peur, l’angoisse, la propension à ruminer ou à tout voir en noir. En effet, il n’est d’émotion sans manifestation physiologique. À cet égard, l’hypophyse ou glande pituitaire joue un rôle primordial dans ce phénomène par la variété des hormones qu’elle produit. Conséquence de cette importante découverte médicale : chacun d’entre nous a la possibilité en gérant convenablement ses émotions de se maintenir en bonne santé. Tel est le sujet du livre du Docteur John Schindler lequel ne se contente pas d’exposer de nombreux cas étayant sa thèse, mais de proposer des pistes de gestion émotive pour y parvenir.

« Comment vivre 365 jours par an » se présente comme un livre de vulgarisation médicale tout à fait intéressant. L’auteur expose un grand nombre de cas montrant, par exemple, que le rythme cardiaque peut s’accélérer jusqu’à 180 et même 220 pulsations/minutes ou plus sous l’effet de la colère et de s’y maintenir tant qu’elle n’est pas retombée. Il cite même le cas d’un physiologiste anglais, John Hunter, qui annonçait que le premier paltoquet venu qui le mettrait vraiment en colère le tuerait sur le coup, ce qui arriva peu après lors d’un congrès médical ! Le livre serait d’un intérêt relatif s’il en restait au constat sans donner de remèdes. Fort heureusement, l’ouvrage se termine par ces sept conseils judicieux :

— Apprécier les joies de la vie

— Ne jamais donner dans l’hypocondrie

— Aimer son travail

— Aimer les gens

— Prendre l’habitude de la bonne humeur

— Prendre les problèmes à bras le corps et les résoudre sans attendre ni ruminer

— Vivre et réussir le moment présent. Positiver.

Tout un programme ! Un livre utile et qui peut être bénéfique.




J'ai servi le roi du népal (1960) ajoutée le 14 févr. 2016

En 1939, Erika Kate Leuchtag est une physiothérapeute allemande qui exerce son art en Inde auprès de malades plutôt illustres. Dix ans plus tard, elle est invitée à venir soigner l’une des deux reines du Népal, pays totalement fermé aux étrangers. Elle fait la connaissance du roi Tribhuvana qui lui semble très agréable mais également complètement oisif. Comme elle s’étonne qu’il semble n’avoir jamais rien à faire, il lui répond que depuis plus d’un siècle, la famille Rana a confisqué le pouvoir pour exercer une sorte de dictature complètement rétrograde. Lui souhaiterait pouvoir ouvrir son pays à la démocratie et à la modernité, mais il n’y arrivera pas sans aide. Ce sera l’occasion pour Erika de se trouver en position d’intermédiaire avec l’Inde et ainsi de jouer un rôle capital dans les destinées du Népal.

« J’ai servi le roi du Népal » est un témoignage historique tout à fait intéressant et singulier. En effet, il n’est pas commun de voir un roi, considéré par son peuple comme une réincarnation de Bouddha, être à l’origine d’une révolution et comploter contre son premier ministre, lequel n’est qu’un autocrate corrompu jusqu’à la moelle. Dans cet ouvrage bien écrit et agréable à lire, le lecteur apprendra nombre de choses sur la réalité d’un petit royaume fermé sur lui-même, longtemps interdit aux étrangers, un « dernier bastion du mystère » qui peu à peu et d’une façon totalement inattendue a pu sortir de son terrible isolement. Une page d’Histoire à découvrir.




The song remains the same (2017) ajoutée le 13 févr. 2016

Led Zeppelin, formation de rock britannique, originaire de Londres, formée en 1968 par Jimmy Page (guitare), Robert Plant (chant), John Paul Jones (basse, claviers) et John Bonham (batterie), et dissous à la suite de la mort de ce dernier en 1980, reste un groupe mythique autant pour ses prestations scéniques que pour la qualité et l’originalité de sa musique. Celle-ci est particulièrement bien décryptée dans ce livre fort intéressant et magnifiquement illustré. Aux frontières entre la simple pop, la hard rock, le blues, le heavy metal et le psychédélique, Led Zeppelin fut un inspirateur pour bien d’autres groupes et pour de nombreux courants musicaux. Ce livre commence par dix bonnes raisons de s’intéresser au phénomène avant de présenter la carrière, le film et même son making of qui fut des plus laborieux…

« The song remains the same » se présente donc comme un livre accompagné d’un DVD éponyme de 137 minutes qui propose des extraits de concerts donnés au Madison Square Garden (dont certaines parties ont d’ailleurs dû être re-filmées en studio), entrecoupées de séquences plus ou moins oniriques et bien dans le style de l’époque. Il s’agissait à la fois de concurrencer le célèbre « Gimme shelter » de leurs concurrents, les Rolling Stones, et d’innover, là encore, en mettant en scène les quatre musiciens et leur producteur dans des saynètes bucoliques ou chevaleresques pour Plant, parodiant Al Capone pour Peter Grant, le manager, ou même carrément ésotériques voire fantastiques pour les autres personnages. L’ensemble du livre et du film qui rencontra d'ailleurs un grand succès en son temps peut être intéressant pour les fans du groupe qui sont encore nombreux aujourd’hui.




La nuit du titanic (1956) ajoutée le 13 févr. 2016

Le 14 avril 1912 peu avant minuit, le Titanic, paquebot transatlantique de la compagnie britannique White Star Line, voit un iceberg se dresser sur sa route. Il tente de l’éviter alors qu’il est lancé à pleine vitesse. C’est à l’époque le plus luxueux et le plus grand paquebot jamais construit. Sa coque est pourvue de seize compartiments étanches servant à protéger le navire en cas de voies d’eau ou d’avaries importantes, ce qui lui donne la réputation de paquebot « insubmersible ». Très confiant, son capitaine, le plus ancien et le plus chevronné de la compagnie, donne l’ordre de virer mais ne peut éviter une collision par tribord. L’eau pénètre partout. Il faut organiser un sauvetage des passagers des plus chaotiques et des plus injustes. Le paquebot géant coule le 15 avril 1912 à 2 h 20 au large de Terre-Neuve. Plus de 1500 personnes disparaissent, ce qui fait de cet événement l’une des plus grandes catastrophes maritimes survenues en temps de paix. Le drame met en évidence les faiblesses du navire, le nombre limité de canots de sauvetage et les carences dans les procédures d’évacuation d’urgence.

« La nuit du Titanic » est la reconstitution dramatique et très précise d’un événement historique bien connu qui a fait couler beaucoup d’encre et suscité bien des remous dans l’opinion publique. Le lecteur apprend beaucoup de chose dans cette narration basée sur une documentation importante. Par exemple que les canots de sauvetage étant en nombre insuffisant, les passagers des classes inférieures furent sacrifiés. Pour preuve : sur les 143 passagers de première, on ne compta que 4 victimes. En troisième classe, 81 femmes sur 179 trouvèrent la mort. Tous les enfants de première et deuxième classe sauf un survécurent alors que sur 76 enfants des classes inférieures seuls 23 trouvèrent la mort. Ouvrage très bien écrit, bien mis en scène et très intéressant pour qui s’intéresse à l’histoire.




Cette france qu'on oublie d'aimer (2006) ajoutée le 12 févr. 2016

Une dalle usée par des générations et des générations de fidèles sur le seuil d’une petite église de Saintonge… Sur un monument aux morts de la guerre de 14, une inscription comportant plusieurs noms de la même famille… Des chevaliers sans peur et sans reproche qui, un jour, troquent leurs heaumes et leurs armures contre des perruques poudrées… Un hélicoptère qui patrouille dans le ciel d’une banlieue embrasée du côté d'Aulnay sous Bois… La gastronomie, plus la mode, plus l’impressionnisme, plus le french kiss, plus Chambord, plus Valmy, plus les grèves à répétition, plus… Est-ce bien ça la France ? Ou ce qu’en disait le très regretté Pierre Daninos : « Bon sens : exclusivité française, avec l’élégance, l’esprit, la galanterie et, d’une façon générale, le génie. »

« Cette France qu’on oublie d’aimer » est un ouvrage fort difficile à classer dans une catégorie. Ce n’est pas un essai, l’auteur est trop rêveur et trop poète pour s’être laissé emberlificoter dans des chiffres et des statistiques. Ce n’est pas non plus un pamphlet, Makine a trop d’empathie, d’amour et de douceur pour son pays d’accueil pour se laisser aller à des vitupérations de bateleur d’estrade. Non, avec intelligence et finesse, il s’interroge simplement sur ce que peut bien être (ou a bien pu être) l’esprit et le génie français. Comment un peuple aussi spirituel et intelligent a pu tomber aussi bas ? Comment a-t-il pu se laisser enfermer dans les rets vicieux du politiquement correct ? Comment a-t-il été assez lâche pour avoir laissé s’effriter sa liberté, sa laïcité, ses bonnes manières. La conclusion est sans appel. Il est temps de se ressaisir, de rappeler quelques vérités de bon sens à nos « élites » et à nos chers invités. Un texte court et magnifique d’autant plus convaincant qu’il ne provient pas d’un Français de souche lambda mais d’un immigré russe honnête et cultivé, une des meilleures plumes de notre littérature, excusez du peu !




Épisode 1 & 2 (2015) ajoutée le 11 févr. 2016

Divorcé il y a huit mois, Matsya tient un blog dans lequel elle raconte qu'elle a brunché avec le très populaire Peter Kering. Tout le petit monde des médias en a conclu qu'ils étaient devenus amants alors qu'il ne s'est rien passé vu que Peter est un des ex de Matsya. Selon une autre rumeur, si son mariage n'a pas tenu un an, ce serait en raison de ses irrépressibles tendances lesbiennes. Elle laisse dire car l'important c'est qu'on parle d'elle. Pour l'heure, cette pop-star américaine multi-millionnaire et assez allumée est en route pour le Khazakstan en compagnie d'une dizaine de top-models, de deux grands couturiers hyperbranchés et d'une cohorte de journalistes et de photographes de la presse people internationale...

Ce charmant petit opus qui ne représente que les deux premiers épisodes d'une sorte de roman feuilleton chick-lit et branchouille se lit avec plaisir et sans la moindre prise de tête. Le style en est simple, naturel et bien rythmé. Du langage parlé de people sans complexe. L'intrigue ou plutôt le début d'intrigue accroche bien autant par la description du milieu impitoyable du show-biz à l'américaine que par l'originalité du propos : une idole de la pop music veut s'offrir un voyage sur Mars, excusez du peu. Au bout du compte, l'ensemble est amusant et divertissant. Nul doute qu'arrivés(ées) au terme de ces deux épisodes, les amateurs (trices) de ce genre de littérature aussi légère que futile seront suffisamment accrochés(ées) pour se précipiter sur la suite. Diabolique opération de marketing que ce système de préquel offert !




Contes populaires et légendes de provence (1974) ajoutée le 10 févr. 2016

Un paysan veut aller vendre une peau de vache à la ville. En chemin, il découvre un trésor abandonné par des voleurs effrayés... Personne n'a jamais pu tromper le diable à l'exception de la femme du savetier... Vers 980, les Maures Sarrasins qui occupaient la Provence repartent en abandonnant dans des grottes et des souterrains d'immenses richesses fruits de leurs vols et de leurs rapines. Ils espèrent revenir un jour pour les récupérer. Une chèvre d'or en reste la fidèle gardienne... A Arles, une terrible Tarasque, sorte de dragon mythique des âges anciens, ravage toute la région. La très sainte Marthe arrive à l'enchaîner avec de simples rubans comme si elle n'était qu'un petit agneau...

Ce recueil bien fourni et de belle facture comporte une bonne soixantaine de contes, légendes, historiettes, récits, fabliaux ou poésies, en un mot, toute une mémoire folklorique de la Provence. L'étrange et le merveilleux cotoient la sorcellerie et la diablerie tout comme la vie des petites gens celle des bourgeois, des nobles et des rois. On y rencontre monstres, fées, magiciens et sorciers tout aussi bien que laboureurs, savetiers ou marchands, sans oublier les curés, les ermites, Saint Pierre et même le diable et le Bon Dieu ! L'ensemble donne une impression de fourre-tout sympathique bien que tout soit classé par thèmes. Certains textes sont de véritables petits chefs d'oeuvre qui méritent à eux seuls le détour (« Le fin voleur », « L'ingratitude », « Le médecin de Cucugnan », « La chèvre », « Le Bon Dieu et Saint Pierre » ou « Le coq »), d'autres sont d'un intérêt un peu moindre car souvent trop connus comme la fameuse histoire du poisson qui bouchait le port de Marseille. L'ensemble est néanmoins fort agréable à lire pour qui veut se replonger dans l'ambiance naïve et bon enfant qui régnait il y a bien longtemps sous le beau ciel de Provence.




Star wars : mythologies (2016) ajoutée le 10 févr. 2016

Star Wars est un phénomène cinématographique qui a fortement marqué ce demi-siècle. En effet, le premier volet de la saga, d'abord présentée comme une trilogie, est sorti en 1977. Trente neuf ans plus tard, nous en sommes au septième opus et à la troisième trilogie ! L'épisode 4, premier de la première série, se présenta à l'époque comme un film de science-fiction, type space-opera, réalisé par George Lucas, metteur en scène quasiment inconnu, ne disposant que d'un budget médiocre. Et pourtant, « La guerre des étoiles » suscita immédiatement toutes les passions et bascula très vite dans le hors-norme, le cultissime, l'indépassable. D'après l'auteur, cela ne peut s'expliquer que par la mythologie qui lui sert de base.

En préambule, il présente rapidement la liste des personnages principaux, un résumé de l'intrigue et une approche des sources. Littéraires avec « Histoire du déclin et de la chute de l'Empire Romain » de Gibbon et le cycle de « Fondation » d'Isaac Asimov. Cinématographiques avec « La forteresse cachée » du cinéaste japonais Kurosawa. En analysant plus finemant l'oeuvre et en risqua des parallèles avec la mythologie arthurienne et japonaise, il devient évident que Luke, c'est Arthur, Obi-Wan, Merlin, Han Solo, Lancelot, Darth Vader, Uther Pendragon, le sabre-laser, Excalibur et la Force, le Graal mais également le Zen ou le Tao. Le fond celte se vérifie avec l'importance donnée aux reines (Princesse Leia) alors que l'influence japonaise reste évidente avec les Jedis qui sont une nouvelle version des samouraïs... Un court essai aussi intelligent que passionnant qui ravira les fans de Star Wars et les confortera dans l'idée d'un chef d’œuvre capable de résister à l'épreuve du temps, ne serait-ce que par la richesse de ses possibles lectures. Cerise sur le gâteau, cet ouvrage très réussi est disponible gratuitement sur la plupart des plate-formes.




La passion du dr christian (1985) ajoutée le 5 févr. 2016

En 2032, à Holloman, petite ville de la côte Est des Etats-Unis, le Docteur Joshua Christian dirige une clinique psy avec l'aide de toute sa famille. Sa sœur Mary fait office de secrétaire. Miriam et Martha, les épouses de ses deux frères, James et Andrew, y sont respectivement ergothérapeute et psychotechnicienne tandis que sa mère tient la maison commune reliée par une passerelle permettant un accès direct au centre de soins. Un jour, le docteur Judith Scarriott, haut fonctionnaire au ministère de l'environnement, lui propose de l'aider à écrire un livre dans lequel il pourrait développer ses idées humanistes. Toujours soucieux d'aider son prochain, Joshua accepte...

« La passion du Docteur Christian » est un roman d'anticipation qui tient beaucoup de la parabole et du conte philosophique. Cette histoire de manipulation politique assez tordue pose un certain nombre de problématiques comme la nécessité d'une spiritualité pour l'homme moderne, ou les limites du matérialisme, sans oublier la fabrication artificielle d'idoles, l'adulation des foules, la démence et le rôle de catalyseur du bouc émissaire. Le lecteur ne peut qu'être pris de compassion pour ce pauvre Docteur Christian dont on suit l'incroyable ascension et la monstrueuse passion. Un parcours totalement christique qui s'achève en apothéose aussi gore que monstrueuse. Malgré une lecture un tantinet laborieuse et quelques légères invraisemblances (à 8 km/h, on ne marche plus, on court, par exemple), ce livre reste un ouvrage majeur sur toutes sortes de sujets comme la politique de l'enfant unique, le refroidissement climatique (l'auteure des « Oiseaux se cachent pour mourir » ne prévoit pas de réchauffement !) et surtout la désespérance de la société occidentale n'ayant plus d'autre but que celui de survivre et de se protéger du froid.




Guerres, pétrole et radicalisme (2015) ajoutée le 30 janv. 2016

Dans la fournaise des conflits au Moyen-Orient, les chrétiens se retrouvent pris dans un véritable étau qui risque de les broyer définitivement. De moins en moins nombreux suite aux persécutions, leur nombre se réduit comme peau de chagrin depuis l'arrivée de Daesch, l'Etat Islamique, qui n'envisage pour eux que deux solutions : la conversion à l'Islam whahabite ou la mort. Le résultat a été un véritable nettoyage religieux de la région de Mossoul, entre autres, avec la fuite de milliers de chrétiens au Kurdistan ou au Liban. Alors quel peut bien être leur avenir dans la région ? Et quelles conséquences pourrait avoir pour notre Occident déjà fortement islamisé une totale mainmise du fondamentalisme sur l'arc méditerranéen avec liaison directe entre tous les différents mouvements djihadistes d'Afrique noire (Boko Haram, Aqmi et autres) ? Les chrétiens d'Orient craignent que le même funeste sort soit également un jour le lot de leurs frères occidentaux...

« Guerres, pétrole et radicalisme » est un essai plein d'objectivité et de bienveillance sur une situation fort complexe vue de chez nous. Marc Fromager nous présente la réalité de l'implantation chrétienne dans les premiers siècles, l'arrivée de l'Islam et le progessif déclin des communautés. « Au fil des siècles, entre la tension permanente du statut discriminant de la dhimmitude et la violence ponctuelle des pogroms, la présence chrétienne se sera progressivement effondrée. », écrit-il. Effondrée au point de ne représenter aujourd'hui plus qu'une douzaine de millions d'âmes dont 8 millions de coptes égyptiens. 4% de la population du Moyen-Orient, une toute petite minorité. Puis, il nous explique les causes nombreuses des conflits (rivalités ancestrales entre sunnites et chiites, radicalisation de l'Islam, responsabilité de l'Arabie Saoudite, du Qatar et de la Turquie, implantation des gazoducs, printemps arabes et implication des Etats-Unis et de ses alliés, stratégie du chaos, le fameux « diviser pour régner »). Il termine par quelques raisons d'espérer, de toutes petites lueurs au fond d'un tunnel très noir qui sont cependant bien agréables à découvrir. Le pire n'est jamais certain, dit-on. Un excellent ouvrage, sérieux et parfaitement documenté, à conseiller à qui cherche à décrypter les évènements inquiétants du Moyen-Orient.




Fox-trot (2015) ajoutée le 29 janv. 2016

Paris 6 février 1934 : suite au scandale de l'affaire Stavisky, une manifestation organisée par les ligues tourne à l'émeute. La police et l'armée tirent sur la foule. Une quinzaine de morts et des centaines de blessés... Peu après, à Lille, la danseuse et trapéziste Lisa Kaiser, qui cherche un engagement dans un cabaret, s'installe dans l'hôtel de Lyon où une grande bourgeoise belge vient d'être retrouvée morte étouffée sous un oreiller. Charles Bertin, instituteur de la classe de fin d'études rencontre Nelly, jeune et charmante couturière peu farouche. Un receveur de tramway est assasiné par balles dans l'exercice de ses fonctions.

« Fox-trot » est un roman aux limites du sentimental, de l'historique et du policier. La liste importante de cadavres pourrait aussi le classer comme thriller, mais il n'en est rien. Le rythme narratif lent et très descriptif et la part belle donnée au social et au politique l'en éloigne définitivement. Le personnage de Charles, velléitaire mal à l'aise dans son rôle d'infiltré au sein d'une ligue, semble assez peu attachant alors que celui de Nelly, amante sincère, bafouée et rejetée, attire empathie et compassion. Dans un style assez particulier, Michel Quint s'affranchit quelquefois de la ponctuation ou des prépositions et parsème son discours de mots et d'expressions chtimis qui auraient pu être traduits en notes de bas de page. Au-delà d'une enquête policière qui semble tout à fait secondaire et d'histoires d'amours contrariées qui occupent une grande partie du récit, c'est le tableau historique magnifiquement rendu d'un Nord en pleine effervescence avec les troubles sociaux, la montée du fascisme, la mobilisation des gauches et toutes les prémices d'une guerre à venir qui semble le plus intéressant en dépit d'une présentation un tantinet manichéenne. Ainsi le lecteur en apprendra moins sur Stavisky que sur Roger Salengro, son suicide et ses funérailles nationales, lesquelles clôturent en apothéose un livre un peu ennuyeux.




Les mémoires du galaxytime (2015) ajoutée le 26 janv. 2016

[Moderation: Suite à une plainte de l'auteur du livre sur le contenu de cette critique, cette dernière est temporairement indisponible]




Vivre sans argent (2015) ajoutée le 24 janv. 2016

Etudiant fêtard et un peu paumé, Benjamin trouve de moins en moins d'intérêt à la vie futile qu'il mène et redoute l'avenir rangé et conforme qui se profile. En compagnie de deux amis, il décide d'entreprendre un voyage autour du monde avec empreinte écologique minimum. Un aller-retour New-York en avion usant autant de carbone qu'un Européen pendant six mois, il opte pour l'auto-stop et le bateau-stop. Pour se nourrir, ce sera la récup' (fins de marché, poubelles, dons de commerçants...) et pour dormir, l'hébergement chez l'habitant hospitalier ou à la belle étoile. Seules concessions à la modernité, il se munit d'un filtre à eau et d'un sac à dos solaire pour pouvoir recharger ses appareils électroniques. Mais, quand au Brésil un routier lui vole son sac à dos, Benjamin devient tout à fait ce qu'il prétendait être : un voyageur sans le sou...

« Vivre sans argent » est le sympathique témoignage de cinq années passées sans utiliser d'argent d'abord à voyager des Pays-Bas au Maroc puis du Brésil au Mexique et finalement aux Etats-Unis avec retour par l'Allemagne. Pour s'apercevoir qu'il est plus facile de vivre ainsi qu'en étant sédentaire. Benjamin fait partager avec une grande honnêteté intellectuelle ses découvertes et ses doutes. Il s'agit de faire confiance et même de croire à la bonté des gens, à leur empathie. « Si tu souris au monde, le monde te sourira en retour. » Mais d'un autre côté, donner, c'est aussi manifester sa supériorité. Et accepter sans rendre, c'est se subordonner. Le lecteur trouvera dans ce petit livre (135 pages) en accès gratuit de quoi réfléchir sur nos sociétés de gaspillage et d'épuisement de la ressource naturelle et comprendra qu'on ne peut en aucun cas être bien avec soi-même dans l'incohérence. Mais l'utopie finit par trouver ses limites. Après cette expérience radicale de 5 années, Benjamin, qui aujourd'hui a charge d'âme et ne vit plus totalement sans argent, s'est lancé un nouveau défi : créer un éco-village dans le Béarn. Un livre agréable à lire (malgré quantité de coquilles et fautes en tous genres), optimiste et roboratif qu'il faut conseiller à tous ceux qui se posent des questions et/ou veulent vivre autrement.




Les aventures de pomme (2016) ajoutée le 21 janv. 2016

Pomme est une jeune femme très douée pour systématiquement tout faire foirer dans sa vie. Son prénom, mignon pour une gamine de quatre ans, est devenu complètement ridicule. Son petit copain Ange-Henri l'a trompée avec sa meilleure amie. Pomme travaille dans une usine de pâté pour chiens et s'est retrouvée à la rue quand elle a découvert son infortune. Ses modestes revenus ne lui permettant pas de postuler pour une location individuelle à Paris, elle se met en recherche d'une place en colocation...

Proposé en lecture libre par Nisha Editions, ce petit roman sentimental à visées humoristiques est le fruit du travail de huit auteures (Emma Loiseau, Dyna Avril, Elisia Blade, Lanabellia, Lou Duval, Rachel, Twiny B et Zoé Lenoir) qui ont pris chacune en charge un ou plusieurs des courts chapitres d'abord parus sur Facebook. Le lecteur passe de l'un à l'autre sans problème et sans impression de rupture sans doute en raison d'une unité de ton et de style assez surprenante. Peut-être cela vient-il du langage parlé et sans grande recherche qui est utilisé par toutes ? Malgré son ton décalé et son parti pris d'auto-dérision, l'intrigue est assez peu originale. Le lecteur notera avec plaisir les allusions ou clins d'oeil à des contes comme Barbe-Bleue ou à des histoires enfantines comme celle de la Princesse et du crapaud qu'un baiser transforme en joli prince. Au total, un petit divertissement sans prétention. A notre sinistre époque, pourquoi s'en priver ?




Calvaire à plougastel (2015) ajoutée le 19 janv. 2016

Non loin de Plougastel, Geneviève, fraîche jeune fille se promenant à vélo au bord d'une falaise, est retrouvée morte sur une plage. Dès le lendemain, René, repris de justice un peu simple d'esprit est arrêté. Des pêcheurs l'ont vu trainer à côté du cadavre. Déclaré coupable du meurtre, il purgera une longue peine de prison en dépit de toutes ses protestations d'innocence. Quelques années plus tard, un homme est découvert dans son lit, embroché par la bouche avec une tige métallique de brochette. Quelqu'un lui a attaché une photo de calvaire breton à même la peau avec une épingle de nourrice...

« Calvaire à Plougastel » est un thriller à la française avec son lot de meurtres tous plus répugnants les uns que les autres. Le roman démarre plutôt lentement puis l'horreur monte crescendo assez progressivement pour finir en apothéose dans un dénouement aussi surprenant que réussi. Au niveau intrigue, c'est drôlement bien ficelé, chapeau l'artiste ! Pour le style, le lecteur sera un peu plus réservé. Quelques coquilles et lourdeurs peuvent aisément agacer. De nombreuses répétitions, rappels des épisodes précédents et descriptions inutiles (listes de courses, menu des repas, etc...) ralentissent parfois le rythme et font retomber l'intérêt. Une narration un peu plus ramassée, un peu plus « close to the bone », aurait fait gagner de l'efficacité à cet ouvrage tout à fait honnête et divertissant et l'aurait peut-être propulsé dans la catégorie « chefs d'oeuvre ».




Folies (2015) ajoutée le 17 janv. 2016

A bord du vaisseau spatial « Albert Schweitzer », le docteur Ariel Davos prodigue ses soins au lieutenant Denis Stratas, rescapé de la collision du « Robert Heinlein » avec un météorite. Pour Davos, c'est un cas typique de Syndrôme Hallucinatoire du Voyageur Spatial (SHVS)... Le capitaine Akatz doit aller remettre de l'ordre dans la station spatiale Werlacht. Les agentes qui l'ont précédée ne donnent plus aucune nouvelle...Une habitante de l'immeuble où Paulo Rigatoni est gardien a perdu sa chatte et, à la place, a retrouvé chez elle un pigeon... Femme à personnalités multiples, Kalista peut aussi bien être La Révoltée que l'Ensorceleuse ou simplement l'Actrice... Le roi Aetherlon qui a tout conquis, qui a volé de victoires en victoires et qui est beau, riche et puissant s'enfonce dans une terrible mélancolie. Il est seul, veuf et n'a plus de goût à rien... Le plus séduisant des hommes épouse la plus laide des demoiselles...

« Folies » est un recueil de onze nouvelles sur le thème éponyme, autant dire que la plus grande latitude était laissée à l'imagination des onze écrivains impliqués. Avec quatre textes en relevant, la part belle est donnée à la science-fiction. Le lecteur trouvera également un peu de fantaisie, de fantastique, d'épouvante, de symbolique (trois textes sur les cartes, les échecs et les tarots, pas très convaincants d'ailleurs) et un texte inclassable, le meilleur des onze, un vrai petit bijou d'originalité et d'intelligence, intitulé « L'enchantement de l'e-book » de Bernard Afflatet. Une mention spéciale pour « Moreau » de Xian Moriarty, excellente nouvelle d'horreur et d'épouvante, gore à souhait. Une autre pour « L'abdication du roi Aetherlon » d'Ivan B. Novitchkov, petit chef d'oeuvre d'humour noir. Rien que pour ces trois textes, il faut lire « Folies ».




La fosse aux loups (2016) ajoutée le 16 janv. 2016

Dans la Brenne, territoire marécageux du Berry, la belle, libre et séduisante Virginie se consacre à plein temps à son élevage de chevaux de courses. Célibataire endurcie, elle vit sur sa grande propriété, « la Fosse aux louves » avec Hélène, sa mère et ses deux filles et ne laisse rien à espérer à Alexandre, son ami voisin et amouroux platonique de toujours. Fin cavalier, le pianiste de renommée mondiale Tristan de l'Escuyer est un passionné de dressage alors que sa fille Elise, amie et voisine l'été, préfère nettement le saut d'obstacles. Paresseux et alcoolique, Antoine Vauriacourt tire le diable par la queue sur sa petite propriété qui lui semble ridicule par rapport aux 500 hectares de celle de Virginie. Il n'en faut pas plus pour exacerber sa jalousie, son envie et sa haine...

« La fosse aux louves » se classe naturellement dans la catégorie des romans de terroir ne serait-ce que par son enracinement dans la campagne berrichonne, par son cadre équestre (le lecteur apprendra certaines choses sur le dressage en douceur, le fameux murmure à l'oreille des chevaux) et par les problèmes de gestion des petites ou grandes exploitations agricoles. Mais il peut également relever du roman noir, social et même naturaliste avec son intrigue magnifiquement bâtie autour d'une sombre affaire d'héritage avec passions exacerbées, secrets de famille et machination bien crapuleuse. Dans cette campagne profonde, les haines fermentent, les passions rancissent, les amours déçues se transforment en haines mortelles. Tout cela est magnifiquement décrit. L'auteur ne tombe jamais ni dans le pathos, ni dans le manichéisme, ni dans le convenu. Il sait dépeindre avec une grande finesse psychologique des caractères tranchés et souvent ambigus. Sa plume est si alerte, son style si fluide, son histoire si prenante et ses personnages (surtout les femmes bien entendu) si attachants que le lecteur a dévoré l'ouvrage d'une traite et n'a pas pu aller se coucher avant de savoir le fin mot (très surprenant) de cette lamentable histoire. Excellent. A conseiller fortement aux amateurs (trices) du genre.




L'enfant des étoiles (2015) ajoutée le 15 janv. 2016

Mathilde et Arnaud Langevin ont découvert Emrys, un jeune garçon étendu à même la rue, inconscient et à demi mort de froid. Après un court séjour à l'hôpital, Emrys est recueilli par les Langevin qui obtiennent des services sociaux le droit de l'héberger en attendant qu'une place en foyer d'accueil lui soit attribuée. Matteo et Alixe se réjouissent de l'arrivée dans leur famille de ce beau garçon qui, plus qu'un ami, deviendra vite une sorte de frère aîné alors qu'il est plus jeune. En effet, Emrys est un étrange adolescent particulièrement doué dans toutes sortes de domaines. Il peut courir à une vitesse incroyable, lire dans les pensées des gens, parler plusieurs langues étrangères et se permettre des démonstrations mathématiques magistrales. Mais qui est-il vraiment ? D'où vient-il ? Quel est son destin ?

« L'enfant des étoiles » est le premier tome de la saga de fantaisie contemporaine « Les mondes oubliés ». Plutôt destiné au public adolescent, ce roman peut être lu sans problème par des adultes. Rien n'y est simpliste, ni niais, ni binaire. Au contraire, le lecteur y découvrira toutes sortes de choses sur les fameux « mondes perdus », le Gondwana, l'Aggartha, le continent de Mu, l'Atlantide, Shamballa etc..., autant de mythes, légendes et autres théories assez peu établies scientifiquement mais si étranges... Il sourira de découvrir quelle utilité l'auteure propose d'attribuer aux menhirs et dolmens et quel peuple a vraiment peint les fresques rupestres des cavernes préhistoriques... L'intrigue est intéressante et bien menée mais elle laisse sur sa faim vu que l'histoire n'est pas complète. Il faut quitter le livre au pire moment, sur un point d'orgue de suspens, en se demandant ce qui va bien pouvoir arriver aux pauvres parents. On comprend qu'il s'agit d'un truc pour rendre le lecteur accro à une série qui s'annonce passionnante !




A la dérive (2016) ajoutée le 13 janv. 2016

Cela fait quinze ans, que, depuis la Planète-Océan, Akisa observe toutes les cités-bulles qui passent à proximité. Certaines, en fin de parcours, dérivent sans qu'il y demeure la moindre parcelle de vie. D'autres sont dans un meilleur état de conservation. Un jour, elle en découvre une dont la bulle a explosé. Elle est remplie de cadavres. Que s'est-il passé ? Une révolution ? Une guerre civile ? Des pirates de l'espace l'auraient-ils attaquée ?

« A la dérive » est plus une nouvelle qu'une novella de science-fiction en raison de son format très court (58 pages seulement) qui laisse le lecteur sur sa faim. En effet, Coralie Péguet met en place tout un univers intéressant et original tout en laissant d'ailleurs pas mal de détails dans le flou. Son intrigue ne comporte pas vraiment de progression dramatique et laisse une fin ouverte ce qui donne l'impression d'avoir lu un extrait de roman. L'impression d'inachevé est encore accentuée par le style un peu balbutiant de cette jeune auteure prometteuse mais qui a sans doute encore beaucoup à apprendre dans ce domaine.




Offrandes (2015) ajoutée le 11 janv. 2016

Belle et généreuse initiative des éditions Librinova de proposer en lecture libre de la poésie et en l'occurence pas n'importe laquelle, de la bonne, de la très bonne poésie. En vers libres alternant avec des poèmes en prose bien agréables à lire... Que dire de ces « Offrandes » sinon de les recevoir humblement, de les déguster à petites gorgées comme un précieux nectar ? Que de sentiments dévoilés, de ressentis partagés, de souvenirs d'enfance évoqués, d'espoirs projetés, de désirs avoués et de rêves exposés pour le plaisir du lecteur qui se laisse emmener dans une promenade onirique au fil d'une plume délicate, troublante et souvent surprenante.

Au fil des pages, le lecteur croisera la prude Mary mais pas la Proud Mary, « mésange qui donne sa mélodie / encore ce trille qui / comme un coup d'ongle maintenant / ouvre ta tunique sur les songes. » Hélène, « la fille aux yeux d'or » et Léonore, « bulle d'âme si femme ». Blanche, « si franche ». Marianne, Eurydice et les autres, autant de charmants portraits de femmes croqués sur le vif. Esquisses de descriptions, telles des aquarelles ou des lavis brumeux. De temps en temps, il faut lire de la poésie...




Les enfants du dôme (2015) ajoutée le 11 janv. 2016

Josh, 24 ans, travaille sur un programme spatial de colonisation de la planète rouge. Avec un petit groupe humain très organisé sous la houlette d'une IA bienveillante appelée « Mère », il vit à l'intérieur d'un dôme, sorte d'oasis artificielle isolant ses occupants d'une terre devenue invivable suite à sa collision avec deux astéroïdes 90 ans plus tôt. Josh est tombé virtuellement amoureux d'Isabel, une charmante blonde de son âge. L'ennui, c'est que celle-ci réside dans un autre dôme où Josh n'a pas le droit de se rendre et que les deux amoureux n'ont que fort peu de chances de se retrouver dans le cadre des expéditions prévues sur Mars...

« Les enfants du dôme » est une longue nouvelle (117 pages) ou une novella de science-fiction post-apocalyptique qui traite de la survie en milieu hostile, du clonage, des matrices et intelligences artificielles et surtout du totalitarisme poussé au paroxysme par un haut niveau de technologie et de manipulation des masses. L'intrigue, qui aurait pu être passionnante, laisse le lecteur un peu sur sa faim malgré tout. Une telle histoire, assez bien menée d'ailleurs, aurait mérité un plus ample développement ce qui aurait peut-être évité une impression d'à peu près et parfois de manque de vraisemblance. Les personnages sont intéressants et presque attachants s'ils avaient bénéficié d'un peu plus d'épaisseur. Le style, fluide et agréable à lire, aurait pu être un peu plus travaillé. Quelques coquilles, phrases mal bâties, répétitions et autres lourdeurs l'entachent de-ci de-là. Petit détail à noter au passage : les sportifs pratiquent toujours leurs exercices d'étirement après l'effort physique. Avant, ils font des échauffements...




Train train quotidien chroniques ferroviaires (2015) ajoutée le 10 janv. 2016

« Pendulaire » comme des millions de banlieusards, Claire Arnot habite en Ombrie et prend tous les matins le train pour Rome où elle enseigne au Lycée français. Elle profite de ces deux heures de temps « perdu » pour noter tout ce qu'elle observe. Avec son regard aigu mais compatissant, peu de choses lui échappe et Dieu sait s'il s'en passe dans les trains, les gares, les bus et le métro pour qui veut bien faire autre chose qu'y dormir !

Ces très courtes chroniques (chacune ne représente qu'environ une page) sont autant de petits tableaux précis et ciselés, autant d'instantanés de la vie de tous les jours qui sont assez dans l'esprit des poèmes en prose de Philippe Delerm mais en plus social et en moins superficiel. En effet, en peu de mots, Claire Arnot arrive à décrire ou à suggérer énormément de choses. Elle propose une série de portraits croqués sur le vif et pas piqués des vers comme celui de la pauvre Africaine avec son smartphone dernier cri empli d'applications bibliques, ou celui de la contrôleuse acariâtre surnommée « le Sanglier », sans parler du chanteur de reggae aveugle qui, « après avoir singé Bob Marley remballe son matos, garde ses lunettes noires et repart à vélo ». En un ou deux paragraphes, d'une plume aussi poétique que minimaliste, elle est capable de brosser de superbes descriptions de son cadre de vie comme dans « Toit mon toit » ou « Camping forcé ». Intéresser, amuser, émouvoir, tout à la fois, un vrai tour de force ! Mais le plaisir du lecteur ne s'arrête pas au seul côté anecdotique voire journalistique des textes. Il est renforcé par la qualité du style, le sens de la formule et les trouvailles souvent étonnantes. Quelques exemples : pour un clochard, « immondice du matin, chagrin... humain », pour un réfugié, « en règle ? Clandestin ? Quel destin ? », pour une cougar, « par derrière, lycée, par devant, musée », pour les mendiants qui chantent dans le métro, « les musi-chiens », et pour les touristes ramollis du bulbe, « Merci Ryanair ! Tourisme et culture low-cost... ». Au total, un pur régal ! Félicitations aux Editions du 38 pour ce petit bijou atypique.




Marée noire au sommet (2015) ajoutée le 9 janv. 2016

Marco, petit délinquant minable, a purgé sa peine. A sa sortie de prison, il se met à sillonner le Béarn avec sa mobylette bleue baptisée « Love me tender » pour visiter châteaux et sites touristiques de la région. Il assure une mission pour le compte d'un compagnon de cellule, truand notoire. Adrien Larchet, flic maladroit et malchanceux, va à l'hôpital de Pau rendre visite à Anna, victime de violences conjugales...

« Marée noire au sommet » se présente sous la forme d'un roman policier de format court (115 pages) avec contexte béarnais et décor montagnard en prime. Au départ, truculente et picaresque, son intrigue démarre avec légèreté et même avec un certain humour pour s'achever dans un sombre drame juste à la dernière page. En réalité, le lecteur se retrouve confronté à deux affaires parallèles et indépendantes l'une de l'autre relevant de deux genres différents, le polar à la française style vaguement San-Antonio et le thriller à l'américaine avec son monstrueux serial killer des cimes aux méthodes plus qu'improbables. L'ennui c'est que ce cocktail étrange a un goût de trop peu en ce qui concerne le thriller. Mal étayé, mal étoffé, insuffisamment développé, fin abrupte et décevante d'un côté. Bras cassés, marmots braillards, branquignols et rigolade sur l'autre versant, si réussi d'ailleurs que le lecteur se demande pourquoi toute la novella n'est pas restée centrée sur ce thème. A vouloir courir deux lièvres à la fois...




Voleurs de lumière (2015) ajoutée le 8 janv. 2016

Dans une cité-bulle des territoires de l'Ombre où la lumière est comptée aux pauvres gens, la jeune Gwen, 12 ans, est accusée de sorcellerie en raison de sa chevelure rousse. La populace déchainée veut même improviser un bûcher pour la brûler vive car elle s'imagine qu'elle a fait périr père et mère dans un incendie. Un capitaine de la garde consulaire s'interpose juste à temps. Sur ordre du consul Leroy, il la tire des griffes de la foule et la conduit à la Tour Froide, prison de fort mauvaise réputation...

« Voleurs de lumière » est une nouvelle (ou novella d'une centaine de pages) de fantaisie fantasmagorique pleine de poésie, de symbolisme et d'images oniriques surprenantes. Ce texte magnifique est porteur de thèmes aussi intéressants que celui du passage de l'ombre à la lumière, ou celui de l'opposition entre l'oppression et la liberté, sans parler de la haine et l'amour ou de la mort et la vie. D'où un aspect conte philosophique qui donne à réfléchir et pas juste à rêver comme cela peut être trop souvent le cas dans ce genre de littérature. Le personnage de Gwen est attachant et sympathique, une vraie héroïne que l'on quitte à regret en se disant que cette histoire dévorée trop vite appelle à une suite dans cet univers particulièrement étrange et original. La plume est alerte et agréable, le style limpide et efficace. Un vrai régal pour amateurs (trices) de fantaisie de qualité.




Perversions (2014) ajoutée le 7 janv. 2016

Avocate au barreau de Paris, Mia Cruz a l'impression désagréable d'être suivie par un inconnu jusqu'aux abords du palais de Justice où elle va plaider. Elle doit bientôt défendre Irène Joubert, une femme qui a porté plainte pour viol avec menace d'une arme blanche. L'ennui c'est qu'au moment des faits, elle ne portait pas de culotte et donc qu'elle risque de ne pas être tellement crédible pour le jury.

« Perversions » est un roman à la limite du thriller et du roman noir. Sur le thème du viol et du harcèlement des femmes, l'intrigue démarre lentement, s'attarde sur diverses affaires qui ne trouvent pas toujours un dénouement acceptable. Par de petits détails de plus en plus inquiétants, l'héroïne se retrouve placée à son tour dans le rôle de la victime. C'est insidieux et assez long à monter en puissance mais la fin des plus surprenantes rachète l'ensemble. L'écriture est de bonne qualité malgré quelques coquilles et un certain manque d'imagination dans l'attribution des noms de personnages (Houellebecq, Bulgari, Jospin, Renoir...), à moins que ce soit des clins d'oeil.




Nue devant lui (2014) ajoutée le 6 janv. 2016

Elle a déniché cet homme sur un site de rencontre. C'est une femme mûre. Il est plus jeune qu'elle. Ils ont d'abord longtemps discuté sans se rencontrer. Ils se sont compris et aimés avant même de se retrouver dans un lit. Elle le trouve si beau, si prévenant et si bon amant qu'elle accepte tout de lui, même d'être dominée par lui. Au fil d'un été passé à s'aimer quelque part dans le midi, elle en arrive à accepter les pratiques sadomasochistes qu'il lui propose.

« Nue devant lui » se présente aux dires de son auteure comme un roman « pornographique », comme une simple histoire de cul et de baise. Le lecteur y verra plutôt un roman sentimental bercé érotisme soft et élégant. Les deux protagonistes n'ont pas de nom et ne sont pas décrits. Les endroits et les décors dans lesquels ils évoluent non plus. Quant à l'entourage, en dehors de quelques restaurants de plage, il n'existe quasiment pas. Les deux amants sont seuls au monde. Ce procédé a le gros inconvénient de donner l'impression de personnages hors sol et d'une histoire dématérialisée mais l'immense avantage de tendre vers le général, l'universel et l'indifférencié. En peu de pages (83 seulement, à peine une novella), l'auteur nous propose en fait une magnifique déclaration d'amour, un splendide hymne à la vie, à la jouissance des corps et au bonheur d'être deux. « Un récit qui est tout sauf un drame », dit-elle. Un texte qui se dévore d'une traite. Un style fluide, évident, sans fioritures. Proche du langage parlé. Juste ce qu'il faut où il faut pour émouvoir et faire partager les merveilles de l'amour, l'extase des premiers instants d'une passion qu'on voudrait voir durer toujours.




Bleu de fosse (2015) ajoutée le 6 janv. 2016

Copropriétaire d'une boutique de chaussures de sport et écrivain à succès, Thomas, 37 ans, s'il a réussi professionnellement, n'a toujours pas trouvé l'âme sœur ou plutôt « l'âme frère ». Un soir, il invite chez lui Bassem, jeune homo franco-libanais, beau comme un dieu, qu'il a déniché sur Internet. De 15 ans plus jeune que lui, Bassem qui doit se prostituer pour pouvoir financer ses études de génie civil, promet à Thomas de lui accorder un statut privilégié par rapport à ses autres clients...

En raison de l'implication particulière de Thomas et surtout de sa chute mélodramatique, « Bleu de fosse » se présente comme un roman sentimental teinté d'une bonne dose d'érotisme gay plutôt corsé. Le lecteur ne peut s'empêcher de voir dans cette intrigue une sorte de « Love Story » version homo. Les scènes les plus torrides étant plus suggérées que minutieusement décrites, l'auteur arrive à plus ou moins éviter le piège de la porno de bas étage si monotone et si lassante. Avec leurs faiblesses, leurs blessures et leurs fêlures, les deux personnages ne peuvent pas laisser indifférents. Le style de belle qualité permet une lecture rapide et agréable. Thierry Desaules dispose d'une plume élégante qu'il a su mettre au service d'une banale histoire d'amour qui sent bien son vécu et, au bout du compte, qui parle malgré tout à chacun au delà de son orientation sexuelle.




Contes (1892) ajoutée le 5 janv. 2016

Lors de son passage en conseil de révision, Charles Ramel a la mauvaise surprise de se retrouver dans le plus simple appareil face à Paul Brancourt, l'amant de sa femme... François Herledent est un personnage falot, transparent qui n'intéresse personne et qui se voit comme un objet inutile et sans valeur. Devenu veuf, il se retire à la campagne où il n'est toujours rien... L'abbé Gallois dépose régulièrement de l'argent à la banque et en retire autant dans les semaines et les mois qui suivent... Deux vieux garçons, Auguste et Joseph Jumelin vivent sous le même toit. Gros et gras, Auguste est actif et travailleur. Sec et maigre, Joseph reste à la maison pour tenir le ménage. Le premier est libre penseur, le second catholique pratiquant... Un pauvre bougre de cambrioleur est surpris en flagrant délit dans un appartement dont le propriétaire vient de se suicider... Le poète Marescaux et le philosophe Chancerel n'ont pas obtenu le succès littéraire qu'ils espéraient. Ils sont amis et découvrent qu'ils aiment la même femme mais sous des aspects différents...

Ce recueil comporte 19 textes qui sont plus des nouvelles que des contes à proprement parler. Magnifiquement écrits, d'une concision et d'une efficacité remarquable, ils font penser immanquablement aux nouvelles de Guy de Maupassant tant la maîtrise stylistique et l'inspiration en sont proches. Même réalisme, même sens du détail révélateur et surtout même pessimisme sur la condition humaine. Là s'arrête la ressemblance car le lecteur trouvera un peu moins de fantastique chez Leblanc et nettement plus de policier. Plusieurs nouvelles traitent d'assassinats, de suicides et autres crimes de sang souvent étranges et surprenants, ce qui est tout à fait normal sous la plume du père d'Arsène Lupin. Ces textes publiés d'abord dans des journaux (entre 1892 et 1897) n'ont pas pris une ride. Encore aujourd'hui, on peut donc les lire avec grand plaisir.




Cinq nouvelles extraordinaires ajoutée le 3 janv. 2016

Dans une taverne sombre, un homme en observe un autre qui a l'air particulièrement pitoyable. Mais plus il le regarde et plus cet individu lui semble familier... Le grand Répresseur Georgius préside à la mise au pas du peuple qui a eu le tort de se révolter. Avec lui, les pauvres vont être « définitivement humiliés, domestiqués pour des siècles »... A l'issue d'un repas bien arrosé, quelques notables évoquent de généreuses réformes susceptibles d'améliorer les conditions de vie du peuple. Un poète resté jusque là silencieux leur raconte une étrange légende normande... Deux marins rêvent à tout ce qu'ils pourront réaliser quand ils auront retrouvé l'or et les pierres précieuses cachés dans les flancs de l'épave du navire de Jules César coulé au large des côtes anglaises... Capturé par une tribu indienne, un explorateur est enfermé à l'intérieur d'une statue de pierre...

Ces « Cinq nouvelles extraordinaires » relèvent toutes de près ou de loin du genre fantastique et même de l'horreur avec un arrière-plan socio-politique affirmé pour au moins trois d'entre elles. Doté d'une plume de très belle qualité, Le Rouge sait en peu de pages dresser un décor, mettre en place des personnages et lancer une histoire qui bascule très vite du côté obscur. Emule de Jules Verne et de Paul d'Ivoi, ce prolifique auteur, malheureusement un peu oublié de nos jours, fut un des pères fondateurs de la science-fiction et du fantastique d'expression française et, à ce titre, inspira Blaise Cendrars. Le lecteur notera quelques erreurs ou approximations (en particulier dans la nouvelle sur les Aztèques) parfaitement excusables car dans l'esprit du temps. Ces textes qui n'ont pas pris la moindre ride peuvent parfaitement se lire encore aujourd’hui avec grand plaisir et même servir de référence à tous ceux qui veulent reprendre le flambeau de cette forme particulière de littérature.




Mourir en août (2013) ajoutée le 2 janv. 2016

Ancien universitaire devenu détective et conseiller pour les entreprises, Thomas Fiera est contacté par un inconnu qui lui recommande de refuser toute enquête sur la société MC4 qui pourrait lui être proposée par un ami. Quelques minutes plus tard, il reçoit un appel de son ami Fabrice Pontecorvo qui lui propose justement de s'intéresser à une histoire de cadre de la MC4 qui balancerait toutes sortes de révélations gênantes à un journal local. Bien doté en matière d'esprit de contradiction et très motivé par un compte en banque dans le rouge, Fiera, en bon « paratonnerre à emmerdements » qu'il est, accepte une mission qui va l'amener à se confronter à une fausse secte druidique, vraie mafia néo-nazie assez peu philanthropique. Mais heureusement pour lui, il pourra compter sur l'appui d'une équipe de marginaux tout ce qu'il y a de motivée.

« Mourir en août » est un roman noir et même très noir où les morts s'accumulent autant sinon plus que dans les meilleurs thrillers américains. Il faut dire que Thomas Fiera et sa fine équipe de pirates décarpilleurs n'y vont pas par quatre chemins ! Les « faux druides, vrais fachos, authentiques tarés » et autres « ramollis du bulbe » n'ont qu'à bien se tenir ! Le temps d'une lecture qui se pratique au galop (impossible de lâcher le bouquin...), ils sont réduits en bouillie, éclatés, dégommés, quasiment transformés en pâtée pour chats. L'intérêt de ce polar fort divertissant ne tient pas trop à son intrigue plutôt basique et reposant sur « un malentendu, un incident, un carambolage » mais plutôt au style particulier de l'auteur, émule des très grands et très regrettés Boudard, Audiard et Dard. Même gouaille, même truculence, même ton décalé, même humour (très noir) et même maîtrise de l'argot et des expressions imagées voire choquantes (parfois un peu scato...) Et que dire de la galerie de personnages improbables voire caricaturaux sans déflorer cette histoire totalement ébouriffante ? Le plus représentatif en est le héros, Thomas Fiera, (avatar de l'auteur ?), maniaco-dépressif aussi pleurnichard qu'arrogant, à la fois déplaisant car hyper violent et bardé de certitudes et en même temps émouvant car fragile psychologiquement, attaché à jamais à une femme qui n'en finit pas de mourir et capable de bosser pour la gloire et les grands principes. Plus pétri d'humanité que ça, tu meurs ! Allez, il faut lire Fiera pour Ferrero à moins que ce ne soit Ferrero pour Fiera. Dans quelque sens qu'on le prenne, on ne regrettera pas le détour !




Un roi tout nu (1922) ajoutée le 31 déc. 2015

Au début de l'autre siècle, Carlos Sentilhes, peintre de son état, s'est spécialisé dans les portraits de femmes et en vit assez bien. Mais Valentine, son épouse plus ambitieuse que lui, le pousse à se reconvertir dans les portraits de ministres et de généraux avant d'espérer atteindre le « graal », les tableaux de batailles et autres grands évènements historiques. Fauvarque, un autre rapin qui se croit génial et incompris, s'apprête à emménager à Passy, non loin de chez les Sentilhes, avec Jeanne, sa compagne, quand il rencontre son ami Foutrel, étudiant aussi professionnel que fauché qui veut lui emprunter dix francs. Les Fauvarque et les Sentilhes se fréquentent assidument en toute amitié quoique non dépourvue de rivalités, d'envies et d'arrières pensées quand Huslin, un écrivain torturé, vient intriguer à l'intérieur de leur petite communauté.

« Un roi tout nu » est un roman inachevé d'un auteur égyptien d'expression française complètement oublié de nos jours alors qu'il se retrouva second derrière Marcel Proust pour l'attribution du prix Goncourt de 1919. L'écriture est fluide et agréable mais c'est à peu près le seul point positif. Une histoire se déroulant dans le milieu des peintres du début du XXème siècle aurait pu être passionnante ne serait-ce que par son contexte. Malheureusement, il n'en est rien. L'intrigue vaguement sentimentale ne tient pas la route. Tantôt l'auteur se focalise sur un peintre, puis sur un autre avant de tout braquer sur l'écrivain sans qu'une histoire vraiment construite ne se dessine à aucun moment. Il aborde la problématique de l'artiste dans la société, du rôle de l'argent, des rapports humains mais sans jamais aller plus loin que la surface des choses. Au bout du compte, le lecteur finit par considérer que le jugement du temps qui passe n'est pas toujours injustifié.




Mon père était un fabricant de cuillères (2015) ajoutée le 29 déc. 2015

Le père du narrateur, un orfèvre de Péra, petite ville proche de Constantinople, confie son fils à Ruy Gonzales de Clavijo, ambassadeur du roi d'Espagne, pour le remercier de la sollicitude qu'il a eu envers lui. Clavijo doit se rendre à Samarcande, capitale de l'empire de Timour le boiteux, ville de luxe, de stupre et de sang. Pour y parvenir, le jeune homme devra donc accompagner la suite de son protecteur tout au long de la fameuse route de la Soie.

« Mon père était un fabricant de cuillères » est une nouvelle historique assez particulière. Elle commence de manière tout à fait classique avant de basculer dans l'étrange et le fantastique. L'auteur s'affranchit de l'espace et du temps, passe de Tamerlan à Napoléon en passant par Barberousse et quelques autres. Cela suffit à aiguiser la curiosité du lecteur qui, après avoir échafaudé toutes sortes d'hypothèses plus ou moins démoniaques, n'aura l'explication finale qu'en toute fin... Texte très bien écrit, très agréable à lire, bien documenté du point de vue historique, intéressant et divertissant. Cerise sur le gâteau : il est proposé en téléchargement libre et gratuit.




Le papyrus de césar (2015) ajoutée le 27 déc. 2015

A Rome, Jules César vient d'achever l'écriture de ses « Commentaires de la Guerre des Gaules ». Son éditeur, Bonus Promoplus lui conseille de supprimer le chapitre consacré aux revers subis face aux irréductibles Gaulois d'Armorique. L'ennui c'est qu'un scribe solidaire l'a fait disparaître et l'a confié à Doublepolemix, colporteur sans frontières, qui s'est retrouvé pourchassé par un commando de l'armée romaine bien décidé à récupérer le fameux papyrus qui, s'il est divulgué, risque de provoquer un scandale sans précédent et même déclencher une affaire qui va faire trembler tout l'empire sur ses bases.

Ce nouvel opus du duo qui s'est donné pour mission de remplacer Goscinny et Uderzo pour le plus grand bien des éditions Albert René et de quelques autres, même s'il est supérieur aux albums signés Uderzo seul, n'est quand même pas du niveau de ceux de la grande époque des créateurs. Si les dessins de Didier Conrad sont fidèles au coup de patte d'Uderzo au point d'en être bluffants, il n'en est pas tout à fait de même de l'esprit et de l'humour de Goscinny, nettement plus difficiles à imiter ! En dépit de nombreux gags, de clins d'oeil, d'allusion et même d'un coup de chapeau final aux deux pères des « irréductibles », le lecteur ne rit pas beaucoup à la lecture de cette histoire à l'intrigue sans grande originalité ni attrait particulier. A se demander s'il ne faudrait pas fuir systématiquement toutes ces resucées, ces ouvrages (BD, romans ou films) produits par des continuateurs qui n'auront jamais le génie des créateurs. Au bout du compte, une impression des plus mitigées.




Vouloir toucher les étoiles (2015) ajoutée le 27 déc. 2015

Mike Horn est un aventurier de l'extrême, une référence en matière de survie et de défis impossibles à relever. Un palmarès hors norme. Il a descendu l'Amazone en hydropseed, suivi sur 40 000 km la latitude zéro sans la moindre utilisation de moteur à explosion, bouclé le tour de l'Arctique et effectué un nombre important de tours du monde à la voile. Dans cet ouvrage, en plus de nous révéler quelques pans moins connus de sa vie, il nous raconte en détail son nouveau pari : gravir à la suite, en compagnie de trois amis montagnards chevronnés, quatre sommets de plus de 8000 mètres dans l'Himalaya. Sans porteurs, sans oxygène et sans voie préparée par des cordes, juste à la force de la volonté...

Ce témoignage, écrit avec trois co-auteurs cités en fin d'ouvrage, laisse le lecteur aussi partagé qu'admiratif. En effet, avec beaucoup d'honnêteté et de modestie, Mike Horn lui fait découvrir la réalité de la fameuse zone de mort entre 7500 m et 8000 m d'altitude où un rien, un faux pas, une hallucination, quelques minutes de trop peuvent déclencher la catastrophe fatale. On est assez loin des sagas flamboyantes de certains grimpeurs plus soucieux de cultiver leur légende que de dépeindre la cruelle réalité. Horn ne cache pas que chaque année il perd plusieurs amis aventuriers victimes de leur passion. Un livre agréable à lire, qui se dévore même. Plus généraliste que ses précédents car au récit des escalades (celle du Makalu est particulièrement dramatique) répondent des flashbacks sur sa jeunesse, sa vie militaire, son passé de trader dans le commerce de fruits et légumes, son présent d'aventurier sponsorisé, de coach sportif et de défenseur de la biodiversité sans oublier quelques pages sur sa vie privée. Le lecteur referme le livre en se disant que l'auteur aurait pu en raconter sans doute le triple. A conseiller aux amateurs de grands espaces, aux conquérants de l'impossible et même aux aventuriers en pantoufles !




Belle-rose (1847) ajoutée le 26 déc. 2015

Au début du règne de Louis XIV, Guillaume Grinedal, dit « le père Guillaume », fauconnier de son état et ancien militaire, s'est retiré avec ses trois enfants, Jacques, Claudine et Pierre, à la campagne non loin de Saint Omer, dans une petite maison léguée par son ancien maître. Un jour de 1658, un homme qui se dit commerçant confie une mission délicate à Jacques qui s'en acquitte avec un brio remarquable. A son retour, Jacques demande en mariage Suzanne, fille d'un nobliau des environs lequel refuse car le prétendant est pauvre et sans nom. Complètement dégoûté, Jacques quitte la région pour aller tenter sa chance à Paris. Détroussé en chemin par des brigands et se retrouvant sans un sou, il ne lui reste plus d'autre alternative que de s'enrôler dans l'armée...

« Belle-Rose » est un roman populaire de style « cape et épée » comme on savait si bien en écrire au XIXème siècle. Tous les ingrédients du genre sont présents : multiples rebondissements, duels, batailles, coups tordus, machinations diverses et variées, méchants très répugnants (Louvois a un très vilain rôle dans cette histoire foisonnante), bons particulièrement courageux et chevaleresques, amours contrariés. Au long de ce gros pavé de 691 pages, le héros passera son temps à faire contre mauvaise fortune bon cœur, à se battre contre une destinée contraire et n'arrivera à ses fins qu'avec une dose de constance et de courage hors du commun. Avec ce héros, ce chevalier prolétarien sans peur et sans reproche, on se retrouve à mille lieues des personnages de la littérature actuelle. Mais quel plaisir de goûter la langue magnifique, le style élégant et le panache d'un auteur sachant mener son histoire tambour battant. Selon le principe du roman feuilleton, l'intérêt est relancé systématiquement à chaque chapitre. Contemporain de Ponson du Terrail, de Paul Féval et d'Alexandre Dumas, Amédée Achard, auteur prolifique et estimé en son temps même par Dumas est injustement oublié de nos jours et c'est bien dommage. Espérons que le libre accès de ce texte permettra aux amateurs de bons romans historiques de le découvrir (ou de le redécouvrir).




Antoine blondin (2004) ajoutée le 18 déc. 2015

Antoine Blondin, né le 11 avril 1922 à Paris et mort le 7 juin 1991 à Paris, fils d'une poétesse et d’un correcteur d’imprimerie, lui-même écrivain raté, est un brillant sujet à l'école, qui collectionne prix et récompenses. Sous l'Occupation, il est envoyé en Allemagne dans le cadre du Service du travail obligatoire (STO), ce qui lui inspire son premier ouvrage, « L'Europe buissonnière ». Le livre obtient le Prix des Deux Magots. D'autres romans suivent (« Les Enfants du bon Dieu », « L'Humeur vagabonde », « Un singe en hiver » qui sera adapté au cinéma et « Monsieur Jadis »). Avec Roger Nimier, Jacques Laurent et Michel Déon, il fait partie du mouvement littéraire des Hussards. Egalement journaliste sportif, il est l'auteur de nombreux articles (plus de mille) parus notamment dans le journal L'Équipe. Il suit vingt-sept éditions du Tour de France et sept Jeux olympiques. Buvant souvent plus que de raison, il a marqué le quartier de Saint-Germain-des-Prés de ses frasques, jouant à la « corrida » avec les voitures, multipliant les visites dans les bars et collectionnant les arrestations.

Ce livre, pavé de 533 pages, est une biographie particulièrement fouillée de la vie et de l'oeuvre de Blondin. Le ton et le style en est assez lourdement universitaire avec tout ce que cela comporte de précision et de minutie (le corpuscule de notes représente à lui seul plus de cinquante pages en petits caractères), mais aussi de manque de fantaisie et de lourdeur amenant une lecture un peu laborieuse. Grand spécialiste de l'auto-fiction, ce genre littéraire reposant sur le témoignage d'une vie rêvée, transcendée et devenue légendaire, Blondin a plus laissé de questions et de zones d'ombre que de certitudes sur sa vie. L'auteur a cherché à s'éloigner de la mythologie, de la notoriété douteuse de l'alcoolique, franc compagnon et bagarreur notable, pour s'attacher au personnage mélancolique et désabusé ayant toutes les peines du monde à écrire et à produire une œuvre littéraire importante. Intéressant pour qui aime encore cet auteur malheureusement déjà un peu oublié de nos jours.




Les arènes de vasane la rouge (2014) ajoutée le 17 déc. 2015

Pour obtenir le titre envié de Peyor, les plus impitoyables guerriers s'entretuent tous les trente ans dans l'arène de Vasane, la ville rouge. Le gagnant sera promu immortel. Il deviendra le bras armé de Nergal, la redoutable divinité aux cornes noires, et sera l'égal d'un dieu. Choisi parmi une centaine d'autres jeunes gens, Karim doit représenter son peuple dans ces joutes particulières. Il doit d'abord affronter un gros Vasanien d'une trentaine d'années au visage porcin qui n'est que le premier de la longue série d'adversaires qu'il devra battre. Mais Karim y parviendra-t-il  ?

« Les arènes de Vasane la rouge » est une longue nouvelle ou novella qui sert en réalité de préquel pour inciter le lecteur à s'intéresser aux autres épisodes de la série. Cette version fantaisie des jeux du cirque avec leurs gladiateurs impitoyablement achevés s'ils sont perdants n'est pas d'une grande originalité. Les combats succèdent aux combats. Seuls varient l'aspect des combattants et les armes qu'ils utilisent. C'est un peu juste pour maintenir l'intérêt de bout en bout. Ceci dit, le style est agréable et enlevé. Petit bouquin distrayant comme un péplum ou un jeu video. Rien de plus.




Deplasma 1 (2015) ajoutée le 16 déc. 2015

Lors d'un talk-show de trash télévision, l'animatrice Summer interroge le docteur Bertrand Earnest au sujet de sa nouvelle invention, l'intrin-net, un procédé de communication qui devrait bientôt permettre à toute personne équipée d'une puce à l'arrière du crâne de diffuser et de recevoir toutes sortes d'informations par télépathie. Dans un vaisseau spatial en route vers la station où officie Earnest, la jeune Melody McCabe, chercheuse en neurométrie, voyage aux côtés de Beulah Biggins, une veuve âgée et plutôt bavarde. Arrivée à destination, Melody est bloquée par une hôtesse qui ne lui permet pas d'accéder à son laboratoire car elle est arrivée trois jours trop tôt... Quelque part sur une planète désertique, une sorte de Robinson Crusoe de l'espace semble perdu dans l'immensité et sans grand espoir de rejoindre la civilisation.

(deplasma)1 est une bande dessinée de science-fiction qui se veut ultra-moderne et décoiffante. Après un démarrage abscons et plutôt incohérent, le lecteur débouche assez vite sur une narration plus classique quoique toujours un peu décousue. L'intrigue est intéressante mais semble inachevée. Peut-être est-ce pour ménager une possibilité d'autres épisodes. Les personnages et les dialogues sont sans grande originalité. Le graphisme en noir et blanc n'est pas désagréable tout en restant assez rudimentaire. Le lecteur notera une recherche certaine et de belles réussites esthétiques surtout dans les planches consacrées au naufragé de l'espace, nettement plus travaillées que les autres et dépourvues de dialogues.




De spiritis (2015) ajoutée le 11 déc. 2015

A Paris, en 1860, Eugène Chambois, jeune étudiant en philosophie plutôt rationaliste et incrédule, veut mener une enquête sérieuse sur l'ésotérisme et le paranormal. Après quelques expériences peu concluantes auprès de Messieurs Mesmer, Kardec et quelques autres, il contacte la jeune et jolie Violette Cochand, une spirite qui veut lui démontrer l'existence des esprits en lui faisant visiter une maison hantée.

« De Spiritis » est une longue nouvelle, ou novella, d'inspiration fantastique relativement bien menée selon une intrigue des plus classiques. Le lecteur suit les tribulations du jeune chercheur qui se perd dans des illusions assez cauchemardesques jusqu'à une fin bien amenée et laissant place au doute et aux interprétations. Le style est classique et agréable. Les personnages sont bien campés. Le lecteur passe un bon moment de divertissement. Mais cela ne va pas plus loin. Il aurait fallu un peu plus d'humour et d'originalité pour atteindre un niveau supérieur.




Les mélodies de la chasse d'eau (2015) ajoutée le 8 déc. 2015

Intermittent du spectacle, c'est à dire humoriste courant le cachet, Alexandre essaie de gagner sa vie en exerçant toutes sortes de petits boulots minables et mal rémunérés comme manutentionnaire au marché gare ou serveur dans une grande brasserie. En attendant le jour béni où il pourra percer comme comédien, il lui faut aider Nina, la femme qu'il aime, à faire bouillir la marmite et à élever leur enfant qu'il appelle « le microbe ».

« Les mélodies de la chasse d'eau » est un roman d'auto-fiction relatant les galères d'un homme qui se voit obligé de travailler dans des secteurs qui lui déplaisent souverainement. Le lecteur y trouve un intérêt certain ne serait-ce que par la description du quotidien de métiers assez peu connus ainsi que des affres de la scène. Si l'auteur s'égare parfois un peu trop dans des tirades fulminantes sur l'exploitation de l'homme par l'homme, il n'en reste pas moins ferme sur un style de langage parlé, tonitruant, presque écrit au fil de la plume et pourtant fort agréable à lire. Dommage que ce texte bourré d'anecdotes amusantes ou attristantes mais toujours passionnantes soit entaché de très nombreuses coquilles. Un premier roman honnête et si attachant qu'il est difficile d'en abandonner la lecture. Un auteur à suivre.




Services spéciaux 1935 - 1945 (1975) ajoutée le 6 déc. 2015

En 1935, alors que tout commence à mal tourner en Europe (Nuit des longs couteaux, Incendie du Reichstag, plébiscite d'Hitler, entrainement en URSS de la Luftwaffe et scandales financiers en France), le jeune lieutenant Paillole, frais émoulu de Saint-Cyr et sortant d'un stage dans la Gendarmerie, se retrouve nommé au 2ème Bureau, sous les ordres du commandant de Robien. Très vite, il découvre les agissements de l'Abwehr, service secret militaire allemand dirigé par l'amiral Canaris. Des agents infiltrés lui apprennent le projet d'Hitler de réoccuper la rive gauche du Rhin. Et ce n'est que le tout début d'une carrière de dix années qui le mènera de Paris à Marseille en zone non occupée, puis à Alger en passant par Madrid et Londres.

Que de découvertes ne fait-on pas en lisant ce gros livre aussi touffu que passionnant. Souvent l'histoire officielle ignore l'autre, l'histoire secrète, celle que se livrent les services secrets, qui n'est pas moins cruelle et moins importante que l'autre. Le contre-espionnage français de l'époque, sans grands moyens et avec des directions aussi chaotiques que celles de Darlan puis de Giraud puis de de Gaulle, ne déméritera jamais et portera même de très rudes coups à l'ennemi. Lequel parviendra d'ailleurs à craquer tous les codes secrets de la Marine de Toulon alors que de notre côté la machine « Enigma » des nazis n'avait plus de secret. L'Abwehr sera également en possession des plans de la ligne Maginot alors que nos services connaissaient le plan de contournement mis au point par la Wehrmacht. Que d'erreurs auraient pu être évitées, que de vies auraient pu être sauvées si les responsables politiques et militaires avaient mieux tenu compte des rapports de leurs services spéciaux ! Lesquels durent payer un lourd tribut (300 morts) pour la libération du territoire. De notre côté, les exécutions, condamnations à mort pour trahison et autres opérations de liquidation de collabos furent fort nombreuses. La force de ce livre, outre sa grande précision, est sa totale honnêteté. Paillole balance tout, même l'arrivisme de de Gaulle, c'est dire. Livre indispensable à qui veut découvrir la réalité des services secrets de cette époque terrible.




Un kimono pour linceul (2015) ajoutée le 28 nov. 2015

Gutxi, ancien membre de l'ETA militaire, débarque à Tokyo après huit années passées en prison à Madrid et douze autres d'exil en Argentine. Une fois libéré, un médecin lui a annoncé sans ménagement qu'il ne lui restait que fort peu de temps à vivre. Tamae, son épouse japonaise, est morte dans des circonstances troubles alors qu'il était encore incarcéré. Désireux de retrouver le cadre de son ancien bonheur, Gutxi n'aspire qu'à en terminer dans une certaine sérénité. L'ennui, c'est que dès son deuxième jour dans la capitale japonaise, il est contacté par des yakusa parfaitement au courant de son passé de terroriste. Il apprend également que Tamae a eu un enfant dont il serait le père et qui aurait une vingtaine d'années aujourd'hui.

« Un kimono pour linceul » est un authentique thriller dans la mesure où les cadavres s'accumulent au fil de cette sombre et douloureuse histoire. Il a néanmoins la particularité d'être atypique tout d'abord pour son cadre exotique (l'auteur semble avoir une connaissance approfondie de la société japonaise en général et de la mafia en particulier) et ensuite pour son personnage principal, un basque, ancien complice des terroristes de l'ETA, qui ressort broyé de la machine répressive espagnole et auquel la vie n'a pas fait de cadeau. D'où une empathie immédiate pour son destin tragique. L'intrigue de qualité est menée habilement. On y trouve du suspens, des rebondissements et des questions pendantes qui ménagent l'intérêt tout au long du livre et jusqu'à une fin assez surprenante. Le style est souvent descriptif et parfois un peu lent mais ce n'est pas vraiment un défaut vu que cela permet d'apprendre tant de choses sur un Japon peu connu et une réalité yakusa plutôt terrifiante.




Merci pour ce macchab' (2015) ajoutée le 27 nov. 2015

Un soir, lors d'une promenade sur le port, une personne de petite taille raconte à son ami, le comte de Kerkadek, qu'il l'a vu en rêve en train d'écrire un roman policier alors que l'assassin habitait chez lui. Mais Kerkadek est un écrivain maudit qui voit tous ses manuscrits refusés par les éditeurs. Finalement, tous deux décident de se lancer dans l'écriture à quatre mains dans la cabane de pêcheur du comte. L'ennui, c'est qu'il ne sort rien de bon de cette collaboration. Les chapitres pairs sont niais et ennuyeux alors que les impairs sont plus violents mais mal écrits. La servante bigoudène qui veille à leur confort finit par se laisser aller. Pour passer le temps, elle, qui n'a jamais rien lu, se met à se passionner pour un livre déniché chez un vieux bouquiniste...

« Merci pour ce macchab' » est un très court roman ou une longue nouvelle policière amusante et assez imprégnée de fantastique. D'inspiration très bretonne, le lecteur y trouvera quelques farfadets, elfes et korrigans dont on se demande ce qu'ils font dans cette histoire distrayante car pleine de fantaisie barrée et surtout d'humour décalé. Les allusions et clins d'oeil raviront les amateurs de littérature. Quant à la biographie complètement loufoque qui se trouve en fin d'ouvrage, elle complète parfaitement un ensemble aussi agréable que divertissant. Mis gratuitement à disposition par les Editions de Londres. Pourquoi s'en priver ?




Le livre de la bonne humeur (2013) ajoutée le 19 nov. 2015

Des célébrités qui ont été des cancres à l'école aux grands esprits qui se sont trompés sur l'avenir du train, de la radio, du cinéma ou de l'ordinateur, en passant par les virelangues, ces phrases difficiles à prononcer mais si utiles pour les comédiens ou par des histoires de chats capables de parcourir des centaines voire des milliers de kilomètres pour rentrer chez eux, les rubriques, anecdotes, historiettes et autres citations (Alain, Warren Buffett et autres...) ne manquent pas dans cette sympathique anthologie de la bonne humeur.

Charmant fourre-tout de bizarreries amusantes, ce livre a pour but de divertir avec toutes sortes de curiosités sans grand lien les unes avec les autres. On apprend ainsi le véritable nom de chanteurs, chanteuses, comédiens et comédiennes célèbres tout comme on y découvre ou redécouvre la fameuse triple passoire de Socrate. Avant de raconter quelque chose à propos de quelqu'un toujours se demander si c'est vrai, bon et utile. Au bout du compte, un livre facile à lire qui fait passer un agréable moment sans prise de tête mais avec la possibilité d'apprendre diverses choses plus ou moins signifiantes pour le lecteur. Merci à l'auteur de l'offrir en libre accès sur toutes les plateformes.




Les enfants de toulghar / la malédiction (2013) ajoutée le 19 nov. 2015

A Hemligstad, petit village tranquille du nord de la Suède, tous les enfants se mettent un jour à disparaître mystérieusement. Des battues sont organisées. La population, la police et l'armée sont mobilisées mais personne ne trouve rien. Quelques jours plus tôt, en arrachant la souche d'un arbre pluri-centenaire, un fermier a dégagé un énorme trou dans le sol dans lequel quelques enfants curieux ont découvert un coffret. En l'ouvrant, ils sont entrés en possession d'un ancien poignard orné de pierres précieuses. Dans les temps anciens, cette arme magique appelée Molvar aurait permis de défendre le monde de Toulghar contre Feulkhan, personnalisation des forces du mal maintenues inoffensives tant que le Molvar ne revient pas en leur pouvoir...

« Les enfants de Toulghar », est un roman de fantaisie dont l'intrigue semble librement inspirée du conte allemand « Le joueur de Flute de Hamelin » mais avec une intrigue nettement plus contemporaine et beaucoup plus gore. Avec ses peuples étranges, ses personnages et décors bizarres, le monde de Toulghar a quelque chose d'à la fois charmant et angoissant. Le mal y est omniprésent mais les « bons » peuples savent s'allier pour le combattre. Sur terre, les représentants de l'armée sont prêts à utiliser les moyens les plus extrêmes comme la bombe atomique pour éradiquer le mal. Le résultat est une improbable alliance d'un manichéisme un peu naïf. Ceci dit, on ne s'ennuie pas un instant à lire cette histoire pleine de suspens et de rebondissements. Dommage que ce texte n'ait pas bénéficié d'une bonne relecture. Les coquilles, erreurs grammaticales ou orthographiques, qui sont légion, gâchent un peu le plaisir du lecteur. A titre d'exemple, juste trois approximations parmi tant d'autres : « ce dont pourquoi... » (page 286), « une chance d'en venir à bout de... » (page 290), « la lumière les aveugles... » (page 336). Malgré tout, un auteur plein d'imagination et de talent qui mérite vraiment d'être encouragé et suivi car ce livre n'est que le premier tome d'une trilogie.




Là-haut (2015) ajoutée le 10 nov. 2015

Attentat dans le RER à la station Saint Michel. De passage à Paris, Jean, guide de haute montagne, est grièvement blessé. Blandine, la femme qui l'accompagne, déchiquetée par l'explosion de la bombe, meurt immédiatement. Quand Jean se réveille sur un lit d'hôpital, c'est pour apprendre qu'il a été amputé sous le genou et qu'il ne reverra plus jamais celle qu'il aimait. Il est désespéré. Il sait, qu'avec une jambe en moins, il ne pourra plus jamais exercer son métier. Dès son retour en Savoie, il se remet à marcher et même à grimper avec sa prothèse. Un beau jour, il fait la connaissance d'Isabelle, jeune et charmante bibliothécaire blonde qui, comme lui, s'intéresse aux questions de spiritualité.

« Là-haut » est un roman émouvant et prenant qui aborde un thème difficile et assez rarement traité, celui du handicap et d'un handicap particulièrement cruel et injuste, celui qui est causé par un attentat terroriste. Le lecteur suit pas à pas le héros dans sa longue et lente progression pour échapper par le haut à l'enfer dans lequel il a été plongé. Tout est si minutieusement détaillé par l'auteur, si finement observé qu'on se dit que ça sent le vécu. Même si l'auteur dérive un peu beaucoup dans la métaphysique (recherche de preuves de l'existence de Dieu, citations de paroles de sagesse hindoue) et affiche un anticléricalisme militant, l'ouvrage reste un témoignage puissant qui ne pourra laisser personne indifférent. D'autant plus que Thierry Ledru, qui possède un style très personnel, très efficace et de très bonne facture, sait rendre son propos particulièrement percutant. Un très bel hymne à la résilience, au courage et à l'amour.




La chambre rouge (2015) ajoutée le 6 nov. 2015

Tom Godwil a perdu son épouse Madeleine dans des circonstances particulièrement tragiques. Elle s'est tranché les veines et la police a conclu à un suicide. Pour soulager sa peine, Tom se consacre totalement à la peinture. Il peint exclusivement des portraits de la défunte. Pour voir de nouveaux visages, il a ouvert deux chambres d'hôtes qui remportent un réel succès. L'ennui, c'est qu'un de ses locataires est retrouvé mort dans sa chambre avec les veines du poignet droit tranché. Puis c'est au tour d'un second de subir le même sort. Mais autant le premier avait de bonnes raisons de se suicider, autant le second n'en avait aucune. Thomas Carnicki, ami de Godwil, se lance alors dans une enquête qui s'annonce difficile et risquée.

« Avec la chambre rouge », les amateurs de sensations fortes seront servis. Non seulement ils suivront une enquête policière de belle facture et menée de main de maître dans la tradition de Conan Doyle, de Gaston Leroux et d'Agatha Christie, mais en plus ils auront en prime une ambiance d'épouvante digne de « l'Exorciste » ou « d'Amityville » avec esprits frappeurs, maison hantée et autres ectoplasmes vengeurs. C'est parfaitement rythmé, fort bien écrit et si passionnant que le lecteur n'a pas pu lâcher cette novela d'une centaine de pages avant d'avoir eu la clé (surprenante) de l'énigme. Un excellent divertissement offert par les éditions L'IvreBook. Pourquoi s'en priver ?




Etincelles d'éveil (1995) ajoutée le 6 nov. 2015

Dans ce livre, Sogyal Rinpoché, élève des plus grands maîtres bouddhistes tibétains, propose à ses lecteurs 365 méditations sur la vie et la mort. Pas moins d'une par jour de l'année. Sous des formes variées : courtes ou longues citations de maîtres bouddhistes ou non (Montaigne, par exemple est cité deux ou trois fois), enseignements, petites histoires en forme de paraboles voire poèmes, aucune ne dépassant jamais le format de la page. Chaque mois de l'année est représenté par un mantra particulier dans sa transcription originale toujours très épurée et esthétique. L'enseignement de Rinpoché tourne autour de quelques thèmes récurrents : la méditation (et tous les moyens de la pratiquer), la nécessité d'être bienveillant avec son prochain et l'obligation de se préparer à la mort à tout âge de la vie. L'ensemble donne à la fois l'impression d'une grande simplicité, d'une évidence et celle d'une terrible complexité intellectuelle et mystique. Certains termes ou notions peuvent sembler accessibles au premier abord comme « éveil » ou « nirvana » ou même plus exotiques comme « bardo », « samsara », « karma », « rigpa » ou « bodhisattva », en fait rien n'est simple et tout demanderait à être encore et encore éclairci et explicité.

Un livre à lire et à relire à petites doses, pas forcément à la suite, rempli d'une grande sagesse spirituelle qui peut apporter beaucoup à condition de faire sienne cette vision du monde, de la méditer, d'en entrevoir toute la richesse et toute la complexité. A réserver à celles et ceux que le bouddhisme intéresse ou passionne.




Caverne, les disparus du val (2015) ajoutée le 3 nov. 2015

Siméon Brocciante a décapité son père, sa mère, sa femme et ses deux enfants après avoir transformé ceux-ci en punching-ball et celles-ci en poupées gonflables. Trois gendarmes, le maréchal des logis chef Michel Crouzet, la suédoise de Strasbourg Marion Terboven et le « bleu bite » Josselin Cortignac ont mission de le convoyer de la prison de Nîmes à celle de Privas. Mais à la sortie d'un virage négocié trop vite, le fourgon cellulaire fait une embardée, quitte la chaussée et percute un arbre. Brocciante profite d'un moment d'inattention de ses gardiens pour disparaître à leur vue. Les battues pour le retrouver ne donnent rien. Vingt ans plus tard, l'évadé est toujours dans la nature et l'affaire enterrée. Mais elle obsède encore Josselin Cortignac devenu entre temps détective privé itinérant...

« Caverne » ou « Les disparus du val relève du thriller fantastique. Vaguement inspirée de la fameuse caverne de Platon, l'intrigue, avec ses mondes parallèles, ses disparitions incompréhensibles et ses failles dans l'espace-temps donne à fond dans le fantastique le plus échevelé ce qui ne pourra qu'irriter cartésiens et rationalistes et ravir tous les autres. Le volet « thriller » de l'affaire est nettement moins étoffé et c'est un peu dommage. Les « exploits » du monstre Brocciante, émule d'Hannibal Lecter, auraient mérité un large développement plutôt qu'une simple évocation. Les nombreux rebondissements et la fin assez surprenante font de la lecture de cet ouvrage un agréable moment si on fait abstraction d'un certain nombre de développements et de redîtes inutiles et de quelques petites lourdeurs narratives ou stylistiques. Il faut se montrer indulgent avec ce second roman d'un auteur dont l'originalité, l'imagination et la fantaisie méritent absolument le détour.




Noir & blanc (2004) ajoutée le 31 oct. 2015

Un curé, Jonathan Delaur est assassiné dans son église. On le retrouve allongé par terre dans une flaque de sang avec un poignard planté dans l'estomac. C'est l'oncle maternel de Mélanie, jeune policière qui n'a pas l'intention de laisser ce crime impuni. Laura, voleuse et racketteuse, ex-camarade de classe de Mélanie, se fait prendre en stop par un inconnu si charmant qu'elle accepte de passer la nuit avec lui. Au matin, elle le retrouve assassiné. Le lieutenant Robert Lachon a été saisi de l'enquête. Celle-ci s'annonce d'autant plus difficile qu'une mystérieuse société secrète, « Lumière Blanche » semble être impliquée dans ces affaires.

En libre accès sur le Net, « Noir et blanc » est un court roman policier (102 pages) aux limites du thriller qui ne manque ni de rythme ni d'intérêt. L'intrigue est rondement menée mais aurait mérité d'être nettement plus développée en particulier sur la partie concernant les agissements des deux sociétés secrètes, la blanche et la noire, l'une tuant au nom des forces du bien, l'autre au nom de celles du mal. On voit tout de suite le côté manichéen et simpliste de l'affaire. Le style est relativement efficace et agréable à lire à ceci près qu'il semble quand même écrit au fil de la plume, c'est à dire sans recherche et avec coquilles, lourdeurs et répétions en prime. Au bout du compte, un bilan assez mitigé. Lizzie Crawdagger « peut sans doute mieux faire », comme on dit aux écoles...




Quand le panchen-lama fut kidnappé (2015) ajoutée le 28 oct. 2015

En 1995 au Tibet, Guendun Tcheukyi, 6 ans, a été désigné par le Dalaï-Lama comme étant le onzième Panchen-Lama. Selon la tradition du bouddhisme tibétain, à la mort d'un lama, il faut rechercher le jeune garçon en qui celui-ci s'est réincarné. Pour des raisons politiques, les communistes chinois l'enlèvent et font disparaître sa famille. L'enfant est enfermé dans une jolie propriété non loin de Pékin et placé sous la responsabilité de Madame Li qui joue le rôle de seconde mère et de Monsieur Heng qui doit le convaincre que le Parti le protège contre les « diables » tibétains. Au départ de Madame Li, la situation s'aggrave encore. Sans aucun contact avec le monde extérieur, Guendun commence à se poser bien des questions...

Inspiré d'un fait historique réel, cet ouvrage dérive rapidement vers la fiction et s'achève sur une fin aussi invraisemblable que rocambolesque. Nul doute qu'un lecteur averti pensera que le destin de ce « plus jeune prisonnier politique du monde » est ou a été beaucoup plus cruel que ce que nous raconte cette intrigue un peu trop optimiste. A cette réserve près, le livre a néanmoins le mérite de mettre en lumière un épisode peu glorieux de la vie politique chinoise et de le présenter à un jeune public lequel ne pourra en tirer profit qu'à la condition d'avoir quelques notions lui permettant de bien comprendre le contexte et les enjeux de cette affaire. Bien écrit, ce livre, agréable à lire, donne donc aussi pas mal à réfléchir sur le problème du totalitarisme et sur celui du respect des cultures et des religions. Que demander de plus ?




Endgame : missions volume 1 (2015) ajoutée le 27 oct. 2015

Pour pouvoir participer avec succès au « Endgame », jeu final organisé par des extra-terrestres, quatre jeunes gens représentant quatre tribus primitives, les Minoens, les Sumériens, le peuple de Mu et les Kooris, doivent s'entrainer très durement et éliminer tous leurs adversaires. En Crète, Markus, le roi de l'escalade, doit choisir entre son amitié pour Alexander, son plus redoutable concurrent, et son destin de Joueur. Dans un désert du Moyen-Orient, Kala apprend le prix de l'amour avec son petit ami Alad. Au moment fatidique, elle n'aura pas la moindre hésitation. Au Japon, Chiyoko luttera jusqu'à la mort contre Akira, sa rivale plus brillante qu'elle, pour rester la Joueuse de sa lignée. En Australie, Alice devra liquider de sang froid un terroriste pour comprendre le sens de la terrible mission qui l'attend.

« Endgame », à en lire ce prequel de plus de 300 pages, s'annonce comme une efficace série d'horreur et de science-fiction pour ados. Les quatre personnages sont présentés successivement au fil de quatre chapitres qui sont autant d'histoires différentes. On se doute qu'ils s'affronteront dans les épisodes suivants et on imagine très bien quel genre d'ambiance va régner dans cette trilogie annoncée. La violence plus ou moins gratuite, la compétition sans la moindre pitié, la rage de vaincre et de tuer. Endgame a commencé. Endgame est un combat sans merci. Il n'y aura qu'un seul vainqueur. Encore et toujours un univers de jeu video, plein de sang, de mort, et de haine. « Aimer est une faiblesse, l'amour est une menace. Tuer est un choix sur lequel on ne revient pas. » y lit-on. Style efficace, à l'américaine, très page-turner, qui ne peut qu'accrocher. Ames sensibles s'abstenir. A réserver à des ados avertis et sachant faire la part des choses.




Des histoires du pays de vaud ajoutée le 25 oct. 2015

L'huissier Vincent-Pierre David rentre chez lui fort tard suite à une réunion un peu trop longue du Conseil Municipal. Son épouse Marguerite n'a de cesse de vouloir savoir de quoi ces messieurs ont bien pu discuter si longuement. Vincent-Pierre finit par lui raconter une histoire de pose de scellés sur toutes les cafetières du village en exigeant d'elle le secret le plus absolu. Marguerite s'empresse aussitôt de tout raconter à sa meilleure amie, laquelle en fait autant. En trois heures, toute la petite communauté villageoise est en révolution... Un coq, roi de la basse-cour voit d'un mauvais œil l'arrivée d'un plus jeune et d'un plus fringant dont toutes les poulettes sont folles. Il se jette sur lui et tente de lui régler son compte... Justin Bragognon veut épouser Fanchette Tarbaz. L'ennui, c'est qu'ayant trop trainé en chemin, il se présente trop tard devant le pasteur, Monsieur Prudent. Le mariage devra être reporté...

Ce recueil de six textes porte parfaitement son nom. Il s'agit bien d'histoires, de compte-rendus de petits faits divers relatifs à l'humble vie quotidienne des paysans du pays vaudois à la fin du XIXème siècle et au tout début du XXème. Seuls deux textes ont une inspiration un peu différentes : « Les deux coqs », charmante fable et « Un épisode de 1798 », récit de la campagne militaire menée par la grand-mère de l'auteur qui, par amour pour deux militaires, a suivi clandestinement l'armée de Bonaparte en Egypte. La lecture de cet ouvrage très bien écrit permettra au lecteur de faire une plongée dans un monde perdu, à la fois plus chaleureux et plus fraternel que le nôtre mais avec ses dangers quand même. (La dernière histoire, « La contrée d'Oron », avec ses bandits de grands chemins sans foi ni loi en est un bel exemple.) Ceresole, charmant écrivain qui pousse la modestie jusqu'à remercier le lecteur s'il a pris quelque plaisir à le lire et à s'excuser dans le cas contraire, mérite amplement de ne pas tomber dans l'oubli et d'être placé aux côtés des grands du terroir, les Pourrat, Erkmann-Chatrian, Giono et autres Vincenot.




L'aventure de shoscombe old place ajoutée le 25 oct. 2015

Sir Robert Norberton réside dans un beau manoir à Shoscombe Old Place. Personnage atypique, il est à la fois le cavalier le plus casse-cou de toute l'Angleterre, mais également un boxeur, un athlète, un joueur effréné et un don juan. Il se laisse parfois aller à de regrettables accès de violence. Ainsi a-t-il un jour corrigé à grands coups de cravache, Sam Brewer, un malheureux huissier. Il faut dire que le baronnet est criblé de dettes et qu'il compte se refaire en présentant au Derby son meilleur cheval. Alertés par la découverte d'ossements humains dans la chapelle du manoir, Sherlock Holmes et son fidèle Dr Watson mènent une discrète enquête sur le personnage...

« L'aventure de Shoscombe Old Place » est un court roman policier (novella?) fort agréable à lire. Cette enquête du célèbre Sherlock Holmes n'est pas la plus connue de toutes mais elle mérite le détour ne serait-ce que par l'astuce du subterfuge pratiqué pour échapper à la voracité des créanciers du baronnet. Inutile de dire que le style rapide, élégant et parfaitement rythmé du grand maître du policier et du fantastique britannique offre toujours un véritable régal pour tout lecteur un peu connaisseur et que le texte n'a pas pris la moindre ride. Alors, n'hésitez plus ! Lisez et même dévorez les œuvres de l'immense Conan Doyle et pourquoi se priver de celle-ci qui peut être obtenue gratuitement en e-book sur la plupart des plate-formes de distribution.




Le réseau spartacus (2012) ajoutée le 24 oct. 2015

Dans une époque lointaine, aux confins de la galaxie, l'humanité s'est organisée pour vivre sur deux planètes. L'une s'appelle « Activis Tero », c'est celle des jeunes actifs. L'autre, « Senex Planitis », est réservée aux anciens qui y ont été mis au rancart. Sur la première, on gaspille dans la plus totale insouciance. Sur la seconde, véritable enfer de glace, les ressources sont beaucoup plus limitées. D'un côté, une société qui se permet les pires pollutions. De l'autre, des êtres respectueux de l'environnement. Et pour ne rien arranger, l'apparition sur Activis d'un virus dévastateur qui menace d'éradiquer l'espèce humaine en s'en prenant aux femmes enceintes et aux enfants à naître. Atteinte par la limite d'âge, la vieille Marjolaine Werber débarque sur Senex alors que sa fille Angela et son gendre sont restés vivre sur Activis. Elle espère retrouver son vieux mari exilé quelques années plus tôt, mais elle n'est sûre de rien. L'a-t-il attendu ? A-t-il refait sa vie avec une autre femme ?

« Le réseau Spartacus » est un roman de science-fiction de facture assez classique. Son intrigue part sur une problématique originale et des présupposés intéressants mais se fourvoie assez vite comme si l'auteur avait voulu créer une intrigue dans l'intrigue. Une première attaque virale ayant été circonscrite et une première société secrète étant découverte, on a droit à une seconde attaque virale menée par une seconde société secrète, ce qui fait un peu « too much », d'autant plus que tout ceci est développé sur la bagatelle de 660 pages ! Un gros pavé bien indigeste et qui a tendance à tomber des mains du lecteur le plus indulgent. Le plus désagréable étant la lourdeur d'un style répétitif et assez médiocre (fautes de français, expressions triviales ou inadaptées, résumés inutiles), longues tirades sur la biologie moléculaire et autres développements scientifiques. Sans parler des personnages qui quittent la scène les pieds devant les uns après les autres et de l'impression de tristesse désabusée qui sourd de cette histoire finalement fort sombre et fort loin du conte philosophique. L'auteur a beau conclure en affirmant que rien ne pourra soumettre totalement l'être humain alors qu'il vient de faire la démonstration inverse, le lecteur demeure sceptique.




Plaisir d'humour (1900) ajoutée le 6 oct. 2015

Sur un boulevard parisien, un homme croise une très belle femme. Il a l'impression de l'avoir déjà rencontrée quelque part, mais impossible de se rappeler où. Il décide de la suivre de loin pour en avoir le cœur net... Les compagnies d'assurances contre le vol prolifèrent, leurs contrats rencontrent un succès certain. Alphonse Allais propose d'innover avec la création du « Phénix cellulaire », une compagnie qui proposerait aux voleurs une assurance contre les risques de la détention !... M. Erik Dahl, darwiniste convaincu, veut prouver la véracité de la fameuse théorie grâce à une expérience scientifique indiscutable. Il pêche un hareng, l'habitue peu à peu à se passer d'eau, puis lui apprend à ramper comme un serpent... Alphonse Allais détient un record cycliste assez extraordinaire, celui du millimètre sur piste et sur route, accompli en moins d'1/17000ème de seconde et en un peu plus de 1/14000ème de seconde... Pour ne pas risquer de voir ses chevaux dévorés par des tigres, Alphonse Allais décide de traverser l'Afrique dans un chariot tiré par une douzaine de... tigres... Le végétarisme intégral peut amener à être chaussé de bottines en herbe tressée... Les bouteilles vides s'accumulent dans le château du Comte de Rechef, aristocrate dans la dèche qui n'a plus que ça à collectionner...

« Plaisir d'humour » est un charmant recueil d'une quarantaine de textes un peu plus étoffés que ceux du « Parapluie de l'escouade » ou de « Contes humoristiques ». Leur format les rapproche de la nouvelle, de la chronique et même du mini roman feuilleton. Le lecteur y découvrira, entre autres pépites humoristiques, « L'inhospitalité punie », un superbe conte philosophique proche de la fable ou de la parabole, des pastiches, piques et moqueries à l'encontre du critique littéraire Francisque Sarcey qui faisait la pluie et le beau temps à l'époque et qui se piquait de « gros bon sens », autant dire le parfait bouc émissaire pour le malicieux auteur. Et toujours, les paradoxes, les énormités et les incursions dans l'absurde ou le fantastique mais un peu moins de blagues de potache. A noter également deux doublons (« Inconvénient du baudelairisme » et « Loup de mer ») également présents dans « Le parapluie de l'escouade ». Un excellent recueil à recommander à qui apprécie l'esprit français, la légèreté narquoise et l'humour décalé.




Le parapluie de l'escouade ajoutée le 4 oct. 2015

Madeleine trompe Jean, son mari, avec toutes sortes d'amants. A chaque fois, Jean réagit avec efficacité et à-propos... Alphonse Allais est invité au palais de l'Elysée par le Président Sadi Carnot très préoccupé par la question sociale. Heureusement, l'écrivain n'est jamais à court d'idées farfelues... Une nouvelle mode se répand dans Paris, celle des kangourous boxeurs. Allais mène l'enquête au Jardin des Plantes... Un jeune pharmacien, grand admirateur de Baudelaire, déclame des poèmes du maître en délivrant ses médicaments... A force de réclamer un roi, les grenouilles en récupèrent un en la personne de Léopold de Belgique... En Nouvelle Calédonie, des kanaks, obligés par l'auteur de repêcher un marin anglais en train de se noyer, ont une bien curieuse manière de l'aider à sécher !

« Le parapluie de l'escouade » est un recueil d'une quarantaine de textes du grand humoriste Alphonse Allais. En fait, il s'agit plutôt de courts récits, d'historiettes, d'anecdotes amusantes ou de faits divers drolatiques revus et corrigés par l'esprit malicieux et ironique de l'auteur. Inutile d'y chercher des intrigues compliquées ou des situations sentimentales ou psychologiques alambiquées. Non, chez notre conteur, tout est simple, drôle, évident, léger et pétillant comme des bulles de champagne. Au-delà des plaisanteries et des blagues de potache, on retrouve des pastiches (« Il neigeait » de Victor Hugo), des imitations, des interventions de personnages récurrents comme le Capitaine Cap et également des incursions dans le domaine de l'étrange et du fantastique comme dans « Posthume », une mini-nouvelle, qui, à elle seule, mérite le détour. Si la littérature est bien le reflet de son temps, de tels textes, si agréables à lire, pourraient faire regretter cette lointaine époque (fin du XIXème, début du XXème), avec son esprit gaulois, sa galanterie, sa naïveté et sa joie de vivre communicative. Lisez ou relisez Alphonse Allais, vous ne le regretterez pas.




Contes humoristiques ajoutée le 4 oct. 2015

Le capitaine Steelcock de la marine écossaise, commandant du trois-mâtsTopsy-Turvy, est très porté sur la gent féminine. A chacune de ses escales, il ne peut s'empêcher de partir en chasse... Gaston de Puyraleux s'est engagé pour cinq années dans le Royal Cambouis. Chaud lapin, lui aussi, il se fait escorter par une professionnelle. Au cours d'une promenade, ils font une étrange rencontre... Bonaventure Desmachins décède à l'âge de 28, ce qui est assez surprenant pour un jeune homme bien portant et de belle constitution. Collectionneur d'autographes, il s'est rendu malade dans l'espoir d'obtenir le paraphe d'un médecin célèbre... Dans l'Eure, le phare de Fatouville se dresse en plein milieu des terres. On se demande bien à quoi il sert...

« Contes humoristiques » est un recueil de petits textes amusants et sans prétention qui ne sont pas tous vraiment des contes mais plutôt des anecdotes croquées sur le vif et souvent inventées pour amuser le lecteur. Que d'humour et de légèreté dans cet ouvrage ! Le talent du grand Alphonse Allais y fait flèche de tout bois. Il aligne les blagues potaches, les polissonneries gentilles et les bizarreries en tous genres. Il use de jeux de mots (en particulier sur les noms des personnages), de calembours et même de latin de cuisine. Il sait faire preuve de fausse candeur, souvent et de vraie ironie, parfois. Il cultive les situations drolatiques, paradoxales et même complètement absurdes (en cela, c'est un précurseur). Quel plaisir de lire un homme d'esprit qui avait la modestie de ne chercher qu'à amuser la galerie ! Comme ça nous change des pisse-copie et des humoristes besogneux de notre époque sinistre !




Antithèse (2015) ajoutée le 26 sept. 2015

A l'université Paris XV, Thomas Fiera, enquêteur privé un peu désabusé, se présente au département linguistique en compagnie d'une certaine Héloïse, étudiante rencontrée en chemin. Il a rendez-vous avec Paul Dubreuil, le responsable de la recherche, qui s'inquiète d'un trafic de vrai faux diplômes. Les faussaires auraient bénéficié de diverses complicités à l'intérieur même de la faculté. Fierra, Héloïse et ses autres compères vont vite s'apercevoir que cette affaire débouche sur des rivages beaucoup plus crapuleux qu'ils ne se l'imaginaient au début...

« Antithèse » est un roman noir et d'atmosphère policière qui se dévore quasiment sans possibilité de le lâcher. L'intrigue est assez mince et les développements plutôt faciles pour ne pas dire téléguidés. Fiera et ses amis, lancés sur les traces d'un réseau d'infâmes trafiquants de chair humaine en provenance des pays de l'Est, ne font pas dans la dentelle. Ils y vont franco au décarpillage et au sulfatage dans un registre très « Tontons Flingueurs » ! En fait, tout le plaisir du lecteur vient de la truculence de l'auteur qui a un style très personnel et tout à fait dans la ligne des plus grands de ce genre particulier de polar. Il y a chez lui du Frédéric Dard pour la gauloiserie, de l'Audiard pour le recours à l'argot et aux expressions imagées et de l'Alphonse Boudard pour le ton décalé et teinté de d'humour noir. Sans parler de sa galerie de personnages, hauts en couleurs, caricaturaux jusqu'à l'improbable et marginaux bien déjantés. Un vrai régal à conseiller à ceux qui cherchent un roman de divertissement de bon aloi qui ne prend pas la tête.




Aliens, vaisseau et cie (2015) ajoutée le 25 sept. 2015

Le détective Philippe K. Dester mène une difficile enquête sur la société Boltic, spécialisée dans la plasticination de cerveaux humains, une technologie apparemment pas tout à fait au point. Lui-même a eu recours à ce procédé suite au décès de sa femme et de sa fille... Acteur de séries télé tout comme son frère Ted, Martin est en plein tournage quand il entend sa mère, commandante d'un vaisseau spatial, appeler au secours depuis les confins de l'espace... Après un terrible conflit continental qui a complètement redistribué les cartes en Afrique, le major Rochinko, alias Dosseldon, qui travaille pour les services secrets, convoie par avion quatre officiers de l'Abwehr qui lui font découvrir une étrange base spatiale perdue en plein désert... La commandante d'un vaisseau sur le point d'appareiller découvre qu'un des membres de l'équipage est atteint par un virus très contagieux qui va le rendre aveugle en attendant de le tuer... En Alsace, dans un futur glacé, Alex veut porter secours à Sonia et Adelin, deux jeunes gens de passage dans le coin. Ceux-ci l'entraînent dans une étrange cavale...

« Aliens, vaisseau & Cie » est un recueil de onze nouvelles de belle taille et de belle forme (assez longues, toutes relèveraient presque du format « novella ») qui peuvent être classées dans quasiment tous les registres de la littérature de l'imaginaire : anticipation, science-fiction, space-opera, post-apocalyptique et même uchronie. Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'auteur dispose d'une imagination débridée et qu'il sait à merveille jongler avec toutes les nouvelles technologies et avancées scientifiques en les poussant dans leurs plus improbables voire leurs plus terrifiants développements. L'avenir qu'il imagine n'est pas très réjouissant car en plus des apocalypses et autres cataclysmes, la plupart des nouvelles présentent quelque chose d'assez original : le féminisme a été transformé en « suprématisme féminin » avec réduction du mâle en esclavage. On remarquera également de nombreuses touches d'humour souvent noir ou grinçant, des clins d'oeil aux grands de la littérature (Stevenson, Chandler, Agatha Christie, Kipling, Grimm et même Hergé !). Sans oublier l'immense auteur autour de qui tout cet ouvrage est conçu, j'ai nommé Mister Philip K. Dick ! Jean-Christophe doit beaucoup l'aimer car il lui rend un hommage on ne peut plus appuyé. Chaque nouvelle est précédée d'une citation du maître. Les noms des personnages sont autant de références ou d'allusions. Sans parler des expressions, des scènes ou des circonstances qui rappelleront tant de choses aux fans de PKD ! Toutes les nouvelles ont leur charme et leur intérêt (ce qui est rare dans ce genre de recueil) mais trois dominent le lot, celle au titre en cyrillique, incompréhensible pour qui ne parle pas russe, « Importance toute relative » pour son côté uchronique et surtout « Neutral game », à notre goût la meilleure de toutes.




Feu (2015) ajoutée le 24 sept. 2015

Un forgeron doit redresser une clé tordue sertie de pierres précieuses... Alkinn, un jeune viking, doit passer l'épreuve du feu, un rituel initiatique nordique... Fréon part à la recherche de la flamme. Arrivé devant son sanctuaire, il retrouve Fréon, un ennemi qu'il a vaincu autrefois... Frei, 19 ans, fête son anniversaire en la seule compagnie de ses parents. Aucun de ses copains n'est venu... Englué dans un marécage, Athan en est sorti par l'intervention de Kymaeré, une très belle jeune femme... Altiya, la déesse du feu trouve que les hommes ne lui rendent plus le culte qui lui est dû. Elle décide de se venger d'eux... Prof, le grand-père de Lino, sorte de Geo Trouvetout diplômé, a inventé une machine à remonter le temps. Il propose à Lino de tester son invention... Dans le métro, une étudiante dérobe un briquet dans la poche d'un homme étrange...

« Feu » est un recueil de quinze nouvelles de quinze auteurs différents abordant toutes le thème du feu, de la flamme, de l'incendie. Ces textes, d'une grande variété d'inspiration et de registre, vont de la poésie au policier et à l'horreur en passant par l'érotique et la fantaisie. Ces deux derniers genres étant les plus représentés. Comme toujours dans ce genre d'ouvrage, le lecteur y trouvera le meilleur et le moins bon pour ne pas dire le médiocre et l'à peu près. Par indulgence, nous nous en tiendrons aux trois textes du sortent nettement du lot : « Assis dans le noir » d'Isabelle Leblond, « Fille du feu » d'Eric Lysoe et « Altiya, déesse du feu ». A eux seuls, ils méritent le détour. Originalité de l'intrigue, intérêt de la problématique, qualité de l'écriture. Trois pépites, trois belles découvertes, trois auteurs à suivre...




Petit piment (2015) ajoutée le 14 sept. 2015

Non loin de Pointe Noire (Congo), Moïse, jeune orphelin au nom imprononçable et affublé du surnom de « Petit Piment », a été recueilli à la naissance dans un orphelinat dirigé par l'autoritaire et très corrompu Dieudonné Ngoulmoumako qui a engagé ses nombreux cousins pour faire office de « surveillants de couloir ». Avec son unique ami, Bonaventure Kokolo, fils naturel et abandonné d'un fonctionnaire du service des eaux, ses rares plaisirs sont les leçons de catéchisme atypique pour ne pas dire loufoque de l'aumônier Papa Moupelo. Mais un jour, celui-ci disparaît mystérieusement alors que la « révolution socialiste » commence à bouleverser le pays. Une section de jeunes pionniers de la Révolution est même créée dans l'orphelinat...

« Petit Piment » est à la fois un roman social et un témoignage sur la vie des orphelins du Congo, enfants abandonnés car souvent fruits d'amours illicites qui sont élevés durement, « à la chicote » et qui, quelquefois, deviennent enfants des rues avant de terminer leur vie comme SDF ou comme handicapés mentaux. La composition du livre est assez particulière. Il démarre sur un ton détaché, truculent et même picaresque et finit par un drame qui semble aussi surprenant qu'inattendu. Le lecteur qui s'est pris d'empathie et de compassion pour le petit héros se retrouve obligé de reconsidérer son jugement, déçu qu'il est de l'absence de happy end. Mais cette petite ombre au tableau mise à part, il en reste un ouvrage délicieux qui se dévore plus qu'il ne se lit tant la plume d'Alain Mabanckou est légère et élégante et tant ses personnages sont originaux, attachants et pleins d'humanité. Quelle merveilleuse plongée sans concession dans la réalité du Congo ! Avec une grande lucidité et une belle honnêteté, l'auteur ne craint pas d'énoncer des vérités qui dérangent comme le fait que l'esclavage était présent en terre africaine bien avant l'arrivée des Blancs ou que toute la politique actuelle du pays est conditionnée par les pesanteurs tribales et ethniques. Un roman passionnant à ne pas manquer.




Mon retour à la terre : guide du néo-rural (2014) ajoutée le 2 sept. 2015

Nombreux sont les citadins lassés de la vie trépidante des grandes villes qui rêvent de retourner à la terre, de s'installer à la campagne et, tels Candide, d'y cultiver leur jardin et de vivre de ses productions. Mais du rêve à la réalité, il peut y avoir plus que de la coupe aux lèvres. D'où l'intérêt de ce guide qui présente avec une grande honnêteté et avec une belle expertise tous les aspects du problème d'un reconversion de ce type. Nicolas Fabre ne cache pas qu'il n'est pas évident pour un citadin candidat au néo-ruralisme de se faire accepter par les autochtones du cru. Toute sa vie, il restera l'étranger, le « Parisien » ou le « horsain » (en Normandie). De même, la recherche de l'autonomie intégrale ou partielle est un long chemin plus semé d'embûches que de roses. Les élevages de chevaux, vaches, chèvres, moutons et autres sont abordés sans en cacher toutes les difficultés. Nicolas Fabre est un fervent adepte de la permaculture basée en premier lieu sur l'arboriculture, les plantations en brise-vent et en piège à chaleur. Il prône également les plantes vivaces, les variétés anciennes plus résistantes aux parasites et plus adaptées aux terrains de chez nous. De nombreux dessins, croquis et notes ainsi qu'une bibliographie et une sitothèque accompagnent cette édition de qualité. Le meilleur ouvrage du genre depuis l'inégalable « Revivre à la campagne » de John Seymour, lequel était nettement plus encourageant et plus optimiste. Mais un homme averti n'en vaut-il pas deux ?




L'enfant rebelle (2015) ajoutée le 31 août 2015

En 1897, la jeune Adèle Vigan, 17 ans, orpheline, travaille comme fileuse dans une usine de Saint Jean du Gard pendant la semaine et à la ferme de ses parents adoptifs le dimanche. Leur fils aîné, Martin Bonnal, abuse d'elle. Elle se retrouve enceinte de ses œuvres. Saisie par la honte, elle s'enfuit de chez elle et gagne Alès puis Nîmes. En janvier 1898, elle accouche d'un enfant qu'elle abandonne quelques jours plus tard à Arles, au couvent des Soeurs de la Charité. Elle le prénomme Raphaël en souvenir du jeune pasteur dont elle est toujours amoureuse. Très vite, Raphaël est adopté par un couple d'âpres paysans cévenols...

« L'enfant rebelle » est un roman à la limite du terroir (les Cévennes, le protestantisme, les magnaneries), de l'historique (l'auteur nous promène de 1897 à 1934 avec une séquence se déroulant pendant la Première Guerre Mondiale au Chemin des Dames), du sentimental (le fond est assez mélodramatique, on suit deux personnages au destin triste à pleurer) et de la saga familiale (sans être une suite du précédent roman de Laborie « Les Rochefort », celui-ci reprend certains personnages et renvoie à des évènements racontés précédemment). Bien écrit, ce long ouvrage de plus de 500 pages assez agréable à lire pose le problème de l'adoption, de l'exploitation des enfants à la campagne et de l'usurpation d'identité (surtout sur la fin). Ce dernier rebondissement donne d'ailleurs une fin un peu « fabriquée ». Quant à l'échange d'identité qui est le nœud central de l'intrigue, il laisse le lecteur sur sa faim vu que l'auteur ayant traité le destin de Vincent dans le précédent livre, s'attache surtout à celui de Raphaël. Un ensemble en demi-teinte qui peut plaire aux amateurs du genre et laissera de marbre les autres.




Le silence des bombes (2015) ajoutée le 27 août 2015

En juillet 1940, Lydia, une petite Anglaise de onze ans, portant une grosse valise et un masque à gaz, descend du train dans la petite gare d'une ville désertée du Suffolk. Elle cherche à rejoindre Greyfriars, l'endroit où elle a grandi et où elle espère retrouver sa mère et les autres membres de sa famille. Comme la zone a été évacuée, elle trouve la maison vide, abandonnée. Un peu plus tard, un inconnu vêtu d'un uniforme de l'armée anglaise s'y introduit. Il est blessé à l'épaule et, sous la menace de son arme, oblige Lydia à rester en sa compagnie.

« Le silence des bombes » est un face à face dans un huis clos oppressant sur un arrière fond historique inquiétant. Deux personnages qui n'auraient jamais dû se rencontrer vont s'affronter, dialoguer, et même s'entraider sur un registre assez théâtral et mélodramatique. Comme le reconnaît l'auteur dans la postface, ce n'est qu'une œuvre de fiction. Tout est inventé et finalement assez improbable. Le thème est usé jusqu'à la corde. Tous les habituels poncifs et idées reçues sur cette guerre s'y retrouvent et ne peuvent qu'agacer quiconque est un peu connaisseur de la période. La seule originalité et le seul intérêt de ce roman réside dans son écriture de grande qualité et dans cette façon particulière de tisser par petites touches impressionnistes deux histoires parallèles pas très vraisemblables et nous faire peu à peu découvrir les pans cachés de la réalité des deux malheureux protagonistes de ce drame. Mais autant c'est dur et surprenant du côté de Heiden, autant c'est faible et assez peu convaincant du côté de Lydia. La quatrième de couverture parle de livre « envoûtant et déchirant », ce qui n'est pas faux et de mélange entre « petite et grande histoire ». Le lecteur y verra surtout une tranche d'Histoire vue par le petit bout de la lorgnette et au lieu de « rédemption » et de « part d'humanité », la rencontre d'une gamine et d'un salopard. Ne serait-on pas en train de nous refaire le coup d'un certain Jonathan Littell ?




Meurtres du côté de chez proust (2015) ajoutée le 21 août 2015

En 1895, le jeune Marcel Proust, à l'aube de sa carrière de romancier, et son ami Reynaldo Hahn, musicien déjà célèbre, prennent le train à vapeur pour se rendre à Quiberon. Ils doivent y embarquer pour rejoindre Belle-Ile en mer où ils souhaitent passer saluer la grande actrice Sarah Bernhardt en villégiature dans son fortin face à l'océan. Dans le train, ils font la connaissance d'un certain Tin Kerel, un jeune marin brut de décoffrage et au passé plutôt douteux. Arrivés à Belle-Ile, ils apprennent que des bagnards se sont échappés en tuant un gardien, assistent à l'incendie de l'église paroissiale et apprennent la mort du sacristain et du vicaire. Un vol de chandeliers en argent semble être le mobile de ces crimes. Un dénommé Pinkerton, détective privé de son état, cherche à les rencontrer pour pouvoir démarrer ses investigations...

Ainsi débute une difficile enquête ponctuée d'un nombre impressionnant de meurtres. Le roman ne se situe pourtant pas dans le registre du thriller, ni dans celui du roman policier classique, ni même dans celui du roman noir. On est plutôt dans le style « feuilleton rocambolesque » des bouquins de Gaston Leroux ou de Maurice Leblanc. Il semble que Serge Le Gall s'en soit grandement inspiré et qu'il soit un connaisseur de l'oeuvre et de la vie de Proust, ce qui n'est pas désagréable en dépit du petit côté kitsch et suranné de l'ensemble qui peut surprendre. Beaucoup de descriptions minutieuses de cette région de Bretagne enlèvent un peu de rythme à la narration. L'enquête se suit pas à pas, sans rebondissement ni fausse piste, ce qui est un peu dommage. Le style est de grande qualité ce qui permet une lecture agréable et donne même parfois l'impression de lire un véritable auteur du XIXème... Cette dernière remarque est à prendre comme un compliment bien sûr.




L'étrange secret de marie cloarec (2012) ajoutée le 20 août 2015

A Sainte Marine sur l'embouchure de l'Odet, Gwenn Rosmadec, ancien grand reporter, exerce maintenant le métier d'écrivain public. Maître Lefort, notaire honorablement connu à Quimper, fait appel à ses services. Il lui demande de bien vouloir rédiger l'histoire de sa vie qui semble comporter pas mal de parts d'ombre. Son père, après avoir participé à la guerre d'Indochine avec les fusiliers marins, aurait acquis une plantation de caoutchouc et fait fortune d'une manière assez mystérieuse. Pour l'aider à dénouer les fils de cette étrange affaire, Gwenn pourra compter sur l'aide de son épouse Soazic fort douée en sophrologie et en hypnotisme...

« L'étrange secret de Marie Cloarec » est un roman policier de facture parfaitement classique qui garantit un bon moment de divertissement. Le style est rapide, précis et fluide. Les découvertes étonnantes s'enchainent si parfaitement que lecteur a de la peine à poser le livre. Le plus de cette histoire réside dans les lieux très bien décrits. Notre enquêteur est breton. Le suivre est l'occasion de visiter en sa compagnie, la vallée de l'Odet, le pays bigouden, l'île de Sein, la ville de Quimper. Les amoureux de la Bretagne apprécieront.




L'agriculture naturelle (2006) ajoutée le 19 août 2015

Pour Fukuoka, l'agriculture naturelle ne nécessite que très peu de travail, ne provoque aucune pollution et maintient les terres éternellement fertiles. Le paysan ne doit recourir à aucune machine agricole moderne et même pas à la traction animale. Son seul principe : suivre et respecter la nature car seule la nature est parfaite et rien ne peut égaler ses rendements. Pas de labourage. Pas de fertilisant. Pas de sarclage. Et pas de pesticides. Il oppose cette agriculture naturelle à l'agriculture scientifique et lui trouve même des rendements supérieurs. Elle garantit un véritable revenu au paysan et lui permet de répondre à tous ses besoins à condition qu'il sache se contenter des produits de saison bien entendu. Et pour cela, point n'est besoin de champs immenses, d'exploitations de plus en plus énormes qui, après avoir nourri de moins en moins de monde, en sont à ruiner purement et simplement le monde agricole. L'agriculture scientifique, n'étant qu'une déformation voire qu'un viol de la nature, ne peut être qu'inefficace et imparfaite.

« L'agriculture naturelle » est un véritable traité d'agronomie appliquée moins facile d'abord que la « Révolution d'un seul seul brin de paille », plus anecdotique et moins radical. D'une lecture un peu aride, ce livre laisse le lecteur intéressé par les questions agricoles on ne peut plus songeur. Aurait-on fait fausse route pendant toutes ces décennies de « modernisation » de l'agriculture ? Fukuoka aurait-il retrouvé à la fois la voie de la sagesse, le salut des agriculteurs et le moyen de nourrir la planète sans la ravager ? Même s'il est proche de démarches comme celles de la permaculture ou de la biodynamie, il en diffère par bien des côtés. Sa démarche est holistique, philosophique et très inspiré du bouddhisme zen. C'est même tout un mode de vie qu'il propose. Quand on sait qu'il a pratiqué avec grand succès toutes les méthodes qu'il préconise pendant de nombreuses années, on ne peut qu'être interpellé. De nombreux schémas illustrent une pensée claire et cohérente, très en avance sur son époque car basée sur l'observation et sur une sagesse très ancienne. Un livre majeur à conseiller même s'il demande un peu d'attention et reste très cantonné sur la culture du riz, de l'orge et de divers fruits et légumes japonais inconnus chez nous. La démarche est néanmoins transférable partout...




Le nez d'un notaire (1862) ajoutée le 16 août 2015

Sous le Second Empire, Alfred L'Ambert, héritier fortuné d'une longue lignée de notaires, est un des habitués du foyer de l'Opéra de Paris où il fait une cour platonique et assidue à une petite danseuse de 14 ans en lui offrant sucettes et bonbons. L'ennui c'est qu'il a un rival, un certain Ayvaz-Bey, secrétaire à l'ambassade de Turquie, qui est en passe de le supplanter dans le cœur de la belle enfant. Au cours d'une bousculade, Alfred percute involontairement le nez de l'Ottoman. Le sang coule. Ayvaz-Bey veut venger son honneur bafoué par un duel. D'un grand coup de yatagan, il ampute le pauvre notaire de son appendice nasal. La médecine pourra-t-elle réparer les dégâts ? La greffe du nouveau nez du notaire tiendra-t-elle ?

« Le nez du notaire » est un charmant conte philosophique qui donne à réfléchir sur les limites de la chirurgie réparatrice, sur les solidarités humaines et sur la vanité de certains préjugés sociaux. C'est une formidable parabole pleine d'humour, d'ironie et parfois même de dérision. Donneur et receveur placés aux deux bouts de l'échelle sociale sont beaucoup plus liés qu'ils ne le croient. Ils se cherchent, se trouvent, se perdent, se rejettent et le plus dépendant n'est pas forcément celui que l'on pourrait s'imaginer au départ... Le style de cet auteur, malheureusement un peu oublié de nos jours, est magnifique, enlevé, rythmé, sans description ennuyeuse et d'une modernité étonnante. Ce texte n'a pas pris la moindre ride et mérite mieux que de disparaître dans les limbes de l'oubli. Si lassé des sottises convenues et mal écrites que les éditeurs nous infligent trop souvent, vous avez envie de retrouver de bonnes histoires, de belles plumes et des esprits ouverts, intelligents et sarcastiques, lisez Daudet, Allais, Jarry, Mirbeau ou About. Vous ne serez jamais déçu ! C'est facile, ça ne coûte pas un kopeck, il suffit de télécharger les fichiers sur « Ebooks libres et gratuits » (entre autres).




Le pacte immoral (2014) ajoutée le 14 août 2015

Quand le ministre de l'Education Gilles de Robien, conscient des ravages causés par la méthode globale d'enseignement de la lecture, décrète le retour officiel de la méthode syllabique, il déclenche un tollé, la machine Education Nationale se grippe et reste braquée sur la solution bâtarde de la méthode mixte qui, telle le pâté d'alouette, comporte un cheval de global pour une alouette de syllabique. Quand Luc Chatel veut en finir avec les RASED, ces réseaux d'aides spécialisées aussi discriminants que contre productifs, le mammouth freine des quatre fers et la défaite du ministre est presque aussi complète que celle de son collègue...

« Le pacte immoral » est une enquête effectuée sur le fonctionnement de notre système éducatif par Sophie Coignard, grand reporter à l'hebdomadaire « Le Point ». A l'instar de la pléiade de bouquins publiés sur le même sujet, le constat de celui-ci est aussi terrifiant que décourageant. De plus en plus mal classée dans les études PISA de l'OCDE, la France, qui consacre son plus gros budget à l'Education, se retrouve au fin fond du classement des pays développés, aussi bien en efficacité qu'en réussite. Et pourtant tous les hommes politiques de droite comme de gauche n'ont cessé de proclamer qu'ils voulaient faire de l'Education la priorité des priorités ! On se demande ce qu'il serait arrivé si elle avait été le cadet de leurs soucis ! En sous-titrant l'ouvrage : « Comment ils sacrifient l'éducation de nos enfants », l'auteur annonce tout de suite la couleur. Il y a bien une volonté de dévoiement, de perversion sous prétexte d'égalité des chances, de non discrimination et autres sornettes du même tonneau. Depuis plus de 40 ans, en voulant la réformer, les puissants détruisent l'école de la République en se gardant d'ailleurs bien d'y placer leurs propres rejetons. Pour ces « héritiers », du solide, du sérieux du traditionnel, pas de méthodes fumeuses, d'éveil transversal et autres sensibilisations ludiques sorties des crânes d'oeufs des pédagogistes disciples de Meyrieu. Le livre regorge de faits avérés qui sont autant de condamnations sans appel. Il se termine par cette constatation : il suffirait de peu de choses pour que ça fonctionne. Oui, sans doute, beaucoup de courage politique et un grand nettoyage pour se débarrasser de tous les Diafoirus jargonnants et autres malfaisants qui pantouflent dans les hautes sphères. Là, d'ailleurs, réside une certaine faiblesse du livre. Sophie Coignard se cantonne un peu trop aux couloirs du ministère, aux magouilles diverses et variées, aux tractations et tripatouillages entre décideurs, hauts fonctionnaires et syndicalistes. Elle aurait pu donner un peu plus la parole aux soutiers et aux galériens, ces enseignants du terrain qui, la plupart du temps, en trichant avec les instructions délirantes, arrivent envers et contre tout à maintenir à flot ce radeau de la Méduse pris de folie.




L'histoire en question ajoutée le 12 août 2015

Le 29 octobre 1965, Mehdi Ben Barka, principal opposant au régime du roi Mohammed V du Maroc est enlevé en plein Paris par un commando composé de policiers français, d'un agent du SDECE et de gangsters spécialisés dans la lutte contre l'OAS. Qui a commandité l'enlèvement de ce leader tiers-mondiste, grand ami de Fidel Castro ? Le roi lui-même qui souhaitait le voir rentrer au pays pour lui confier un poste important ? Le général Oufkir et la fraction la plus radicale qui régime qui craignent d'être écarté du pouvoir ? Les truands Boucheseiche, Dubail, Le Ny, Palisse, manipulés par un certain Figon qui cherche à tirer un maximum de profit des Marocains ? Ou encore la CIA qui instrumentalise Oufkir pour se débarrasser de cet opposant radical et encombrant ?

Le 27 novembre 1942, les Alliés ayant débarqué en Afrique du Nord et détruit dans les ports les navires de guerre français, après que les Anglais aient coulé la flotte française dans le port de Mers el Kébir, les Allemands décident d'envahir la zone libre pour empêcher un débarquement sur la côte méditerranéenne. Ils risquent de s'emparer du reste de la flotte française basée à Toulon. Celle-ci est prête à appareiller. L'amiral Laborde attend juste un ordre du maréchal Pétain, ordre qui ne viendra jamais. Pour respecter la parole donnée à Winston Churchill de ne jamais passer sous contrôle allemand, tous les vaisseaux se sabordent dans la rade. Seuls trois sous-marins parviendront à s'échapper...

Dans ce recueil basé sur l'émission de télévision éponyme, Alain Decaux tente d'élucider un certain nombre d'affaires plus ou moins troubles ou méconnues de l'histoire contemporaine. Il nous raconte avec brio et intelligence l'enlèvement d'Eichmann, la tentative d'assassinat au Petit Clamart, la tragédie de Budapest, les travaux scientifiques effectués sur le suaire de Turin, l'affaire Cicéron et les missiles de Cuba. L'historien s'est basé sur ses propres recherches et sur celles de ses pairs. Il est allé enquêter sur le terrain, a su retrouver des témoins négligés et même des acteurs comme le fameux Cicéron, ce valet de chambre de l'ambassadeur d'Allemagne qui avait fourni des informations stratégiques de première qualité aux nazis qui non seulement ne l'avaient pas cru mais encore l'avaient payé en fausses livres sterling. Un ouvrage intéressant pour les passionnés d'Histoire.




Les infâmes (2015) ajoutée le 6 août 2015

Elle dit s'appeler Freedom Oliver et avoir tué sa fille. En réalité, son nom est Nessa Delanay. Mise sous protection policière, elle a dû changer d'identité. Elle est alcoolique et serveuse dans un bar pour bikers du fin fond de l'Oregon. Elle est mère de deux enfants, Mason et Rebekah que les services sociaux ont placés, suite au drame qu'elle a vécu, dans une famille d'accueil, celle d'un pasteur responsable d'une secte assez louche, les Aventistes du troisième jour. Elle se cache car elle a été impliquée dans l'assassinat de Mark, son mari policier. Matthew, son beau-frère, qui vient de purger une peine de 18 années de prison pour le meurtre en question, regagne le foyer familial, bien décidé à se venger de l'injustice qu'il a subie. Il retrouve Lynn, sa mère obèse et cocaïnomane et ses trois frères. Il s'agit maintenant de traquer Freedom, laquelle aimerait bien retrouver ses enfants qu'elle n'a pas revu depuis tout ce temps.

« Les infâmes » est plus un roman noir qu'un thriller à proprement parler. Présenté comme le premier ouvrage de Jax Miller, il semble pourtant une œuvre de vrai routier du polar tant est grande la maîtrise de la narration, l'art du rebondissement et le maintien du suspens d'un bout à l'autre de la lecture de cette terrible histoire. Le lecteur ne peut qu'être en empathie avec cette malheureuse Freedom à qui il arrive tant de malheurs et qu'être révulsé par la galerie de monstres et de dégénérés qui croisent sa route ou qui la persécution. Cette plongée dans la réalité de l'Amérique profonde a quelque chose d'assez dérangeant. Heureusement qu'elle pourra bénéficier du soutien de Mattley, le flic honnête et de Peter, le seul frère Delanay bien équilibré mentalement. Une belle réussite. Un vrai bouquin de divertissement qu'on ne peut plus lâcher une fois qu'on en a commencé la lecture.




1917, la révolte des soldats russes en france (2007) ajoutée le 5 août 2015

En 1916, un corps expéditionnaire russe composé de deux brigades, soit environ 20 000 hommes, est envoyé par le Tsar sur le front de l'ouest pour épauler l'effort de guerre français. Ces hommes échangés contre des fusils, des canons et des munitions sont très vite engagés en Champagne où ils paieront un très lourd prix du sang. Mais en 1917, dès qu'ils apprennent que le Tsar a été détrôné et qu'un gouvernement provisoire a pris les rênes du pouvoir, ils se sentent déliés de leur serment de fidélité envers l'empereur et demandent à être libérés et à rentrer en Russie. Des soviets de soldats sont créés partout. Une grande majorité décide de mettre la crosse en l'air et de cesser de se sacrifier dans une guerre qui ne profite qu'aux banquiers et aux bourgeois. Les gradés ne sont plus ni salués ni respectés. Craignant que ce vent de mutinerie ne gagne les troupes françaises, l'état-major éloigne du front les deux brigades et les installe avec leurs armes dans le camp militaire de La Courtine dans la Creuse. Les esprits ne se calmant pas, les revendications étant toujours les mêmes, on passe aux ultimatums et à l'épreuve de force, ce qui ne résout rien. Finalement, les Russes « loyalistes », encadrés par 5000 soldats français prêts à intervenir en cas de débordement, s'emparent du camp après une importante préparation d'artillerie et trois jours de combats acharnés. Que faire des survivants ? Juger les meneurs, renvoyer les « loyalistes » au front, faire travailler à l'arrière les volontaires ou déporter en Algérie ceux qui refusent tout compromis ?

Cet ouvrage très sérieux et parfaitement documenté sort de l'oubli un fait calamiteux mais beaucoup moins connu que les autres mutineries de 1917. A ma connaissance, seuls Pierre Poitevin en son temps et Jean Anglade dans son livre « Y a pas de bon Dieu ! » l'avaient évoqué. Il faut dire que l'attitude de l'état-major russe qui pratiquait encore systématiquement les brimades et les châtiments corporels et celle des politiques et militaires français qui, s'ils ne participèrent pas physiquement au massacre (les historiens restent divisés sur le nombre de morts lequel varie de quelques dizaines à quelques milliers, tous les documents ayant été détruits...), firent tout pour qu'il se produise en fournissant matériel, armes, logistique et encadrement militaire. La révolution ne devait à aucun prix faire tache d'huile ! Et pour ne rien arranger, les conséquences de cette révolte furent aussi calamiteuses sinon encore pires que la répression elle-même, aussi bien du côté des mutins que de celui des « loyalistes ». Très bon travail d'historien que celui de Rémi Adam qui ne cache pas son parti pris favorable aux insurgés et reste d'une discrétion de violette sur l'après, c'est à dire sur le retour en URSS sous Lénine et Trotsky des hommes de ces brigades sacrifiées.




L'épervier d'amérique (1985) ajoutée le 1 août 2015

En 1803, à Nantes, le capitaine Jean Audubon, héros de l'Indépendance des Etats-Unis et ancien planteur spolié de Saint Domingue, envoie de l'autre côté de l'Atlantique son fils Jean-Jacques, 18 ans, avec un faux passeport pour lui éviter la conscription. Celui-ci est un beau jeune homme aux longs cheveux, rêveur, plutôt artiste et qui aime passer son temps dans les marais à observer les oiseaux et à les dessiner. Il fut un temps élève du peintre David mais il ne le resta pas longtemps car il refusait de dessiner des plâtres et ne s'intéressait qu'aux modèles posant nues. Durant la traversée, il attrape la fièvre jaune. Débarqué à Philadelphie, il est soigné par les sœurs Bingham puis recueilli par la famille Fisher dont il séduit la fille, Mary... Ainsi débute une longue épopée jalonnée de bonnes fortunes féminines, de périodes de vaches maigres et d'explorations le long du Mississippi, en Louisiane et aux quatre coins des Etats-Unis, épopée qui se terminera glorieusement quarante ans plus tard quand il sera considéré comme un des plus grands artistes de son temps. Aujourd'hui encore, Audubon est, avec La Fayette, le Français le plus célèbre aux USA.

« L'épervier d'Amérique » est présenté comme une « extraordinaire biographie romancée ». Claude Chebel a fait la part belle aux nombreuses légendes attachées à la vie de l'artiste (épisode de l'apprentissage chez David, possibilité qu'Audubon, enfant naturel ait été en réalité Louis XVII, l'enfant de la prison du Temple...) et surtout à ses nombreuses conquêtes féminines. Le lecteur, au-delà de la vie du naturaliste, trouvera surtout son compte dans la description de l'Amérique du tout début du XIXème siècle, jeune nation encore en construction. Le Texas ne fait même pas encore partie de l'Union ainsi que plusieurs autres états encore sous domination espagnole. Le grand Ouest est à peine exploré et les guerres indiennes ne sont pas encore terminées. Le pays est sauvage, immense, secret et plein de promesses. Il est à l'échelle de cet aventurier pittoresque, libre, grand séducteur et peintre de génie. Dommage que cet ouvrage soit plus un roman, bien écrit et intéressant d'ailleurs, qu'une véritable biographie.




Le journal du docteur tom dooley (1964) ajoutée le 18 juil. 2015

En 1954, suite au désastre de Dien Bien Phu, l'Indochine se retrouve coupée en deux entre le nord communiste et le sud nationaliste. Un corps expéditionnaire américain est chargé de faire respecter les accords de cessez le feu. Mais très vite, des centaines de milliers de réfugiés traumatisés par les massacres et autres tortures fuient le nord et viennent s'entasser dans des camps de transit, non loin d'Haïphong, zone provisoirement démilitarisée et encore protégée. C'est là que le jeune Tom Dooley, médecin de marine, commence à soigner toutes sortes de pathologies, blessures et tortures diverses. Il organise un centre médical qui se transforme peu à peu en hôpital de fortune. A ce petit peuple martyrisé, il se dévoue corps et âme, nuit et jour, sans jamais compter sa peine. Peu à peu, les premiers assistants, américains d'abord, puis indochinois, viennent l'aider. L'évacuation de milliers de malheureux réalisée et la zone passée derrière le rideau de bambou, Tom Dooley repart aider et soigner ses frères humains dans le nord du Laos. Son extraordinaire dévouement est célébré dans toute l'Amérique. Mais la maladie aura raison du grand homme. Il mourra d'un cancer en 1961.

« Le journal du docteur Tom Dooley » est un témoignage émouvant, bouleversant et passionnant à bien des égards. Il se compose en fait de trois livres : « Délivrez-nous du mal », relatant l'expérience indochinoise, « L'aube du lendemain », sur le Laos et « La nuit où la montagne brûla » sur la seconde implantation toujours au Laos et sur sa maladie. Dooley fut un émule du célèbre Docteur Schweitzer qui l'avait d'ailleurs encouragé et avait accepté la présidence honoraire de « Medico », son mouvement caritatif. Dans cet ouvrage qui n'a pas pris la moindre ride, le lecteur découvrira ou redécouvrira certains aspects de l'horreur des exactions communistes dans le sud-est asiatique, page d'histoire si calamiteuse que les médias se sont empressée de la glisser avec la poussière sous le tapis des dommages collatéraux de l'avancée glorieuse du progressisme mondial. Il se retrouvera également à la source même de la démarche humanitaire, celle de l'ingérence au nom de la solidarité humaine dans laquelle s'engouffreront plus tard les premières ONG comme « Médecins sans frontières ». Mais en 1954, ce n'était pas encore du « charity business », juste une main tendue vers les plus pauvres et les plus persécutés... En plus de tous ses biens, Dooley y laissa d'ailleurs sa santé et sa vie. Une belle figure exemplaire des temps modernes qui bouleversa l'Amérique au point de lui consacrer films, émissions et même une très célèbre chanson. A lire et qui mériterait d'être réédité !




Tempête sur la ville d'ys (1962) ajoutée le 7 juil. 2015

Aux temps lointains des débuts du christianisme en Bretagne, la ville d'Ys, située à la pointe du Finistère, non loin de l'emplacement actuel de Douarnenez, vit ses dernières heures d'insouciance et de volupté. Plusieurs secousses sismiques l'ont déjà ébranlée sans faire trop de dégâts mais chacun sent que la nature ne va pas en rester là. Son seigneur et maître, le roi Gradlon, est en route vers elle pour évaluer la situation. Sa fille, la belle et volage Ahès, se réveille entre les bras de Gudolf, son amant du moment. Elle le quitte pour aller chevaucher dans la campagne. Ce qu'elle y voit est loin de la rassurer : les quais du port sont délabrés, la grande écluse perd ses clous, les digues se fissurent et se rompent un peu partout. Comment Ys pourra-t-elle résister aux assauts furieux de la mer ?

« Tempête sur la ville d'Ys » est un roman dramatique ou mélodramatique basé sur une ancienne légende mythologique qui a assez peu de fondements historiques. Le lecteur pouvait s'attendre à ce que Queffélec fasse preuve d'imagination et nous retrace les dernières heures de la cité dans un contexte sociologique et anthropologique plus large. Il se contente de raconter cette version bretonne de Sodome et Gomorhe ou d'Herculanum et Pompéï en ne s'attachant qu'à un nombre restreint de personnages, la plupart peu sympathiques comme Ahès, fille gâtée, égoïste et meurtrière, Gradlon, roi veule et pas à la hauteur de la situation quand il laisse l'initiative à un homme peu recommandable, etc. Seuls Guénolé, l'ermite et son confrère druide représentent les héros positifs, ceux qui tentent de calmer la folie des hommes et d'apaiser la fureur de la nature à leurs dépens bien entendu. Beaucoup de descriptions peu utiles et un certain manque de rythme rendent la lecture un tantinet laborieuse. Il faut dire également que le style de ce livre un peu ancien (1962) a assez mal vieilli et que, dans ce registre « catastrophiste », d'autres auteurs plus « punchy » comme Richard Harris et quelques autres ont brillé. Cet ouvrage ne supporte malheureusement pas très bien la comparaison.




Services discrets (1978) ajoutée le 29 juin 2015

De 1941 à 1975, Vernon Walters poursuivit une carrière militaire brillante qui, du grade de simple seconde classe le mena à celui de général de corps d'armée et de conseiller particulier de cinq présidents américains : Harry Truman, Dwight Eisenhower, Richard Nixon, John F. Kennedy et Gerald Ford. En 1942, il débarqua au Maroc avec le corps expéditionnaire américain et commença une extraordinaire carrière d'interprète en interrogeant les prisonniers français. Capable de parler plusieurs langues, il accompagna les présidents dans leurs déplacements à l'étranger, put ainsi rencontrer la plupart des dirigeants de cette époque (De Gaulle, Pompidou, Khrouchtchev, Tito, Franco etc...) et participer aux négociations les plus secrètes comme celles devant mettre fin à la guerre du Viet-Nam ou celles permettant de renouer des relations diplomatiques avec la Chine. Il termina sa carrière comme directeur adjoint de la C.I.A à un moment crucial de son histoire, celui de l'affaire du « Watergate ».

« Services discrets » est une autobiographie et un témoignage de première main d'une grande franchise. Le général Walters fut un témoin privilégié qui se retrouva placé, grâce à ses talents de polyglotte, au centre névralgique des plus grandes affaires internationales de l'époque. Il nous fait partager une expérience unique des hommes et des évènements qui ont marqué l'histoire du vingtième siècle. Nous y découvrons la grande amitié qui régnait entre De Gaulle et Eisenhower, la fabuleuse mémoire de De Gaulle, les talents de comédien de Mossadegh, le courage de Nixon pris dans des émeutes à Lima et Caracas, la haine des Nord-vietnamiens réclamant avec une froide détermination la tête du général Thieu etc, etc... Un livre un peu ancien car publié en 1978 mais qui intéressera tous ceux que l'Histoire récente passionne et tous ceux qui cherchent des clés pour comprendre notre présent.




Des millions de regrets (2012) ajoutée le 19 juin 2015

Dans un village du nord de la France, Sébastien Levieux passe son temps à boire au café du « Rendez-vous » en compagnie de quelques amis chômeurs. Chaque semaine, ils se cotisent pour jouer à l'Euromillions. Les numéros qu'ils ont cochés ne sortent jamais. Et pourtant, un jour, un miracle se produit, leurs numéros s'affichent ! Ils laissent éclater leur joie. Mais il y a un petit ennui, Lucie, la buraliste, qui chaque semaine est chargée de valider le billet, n'est pas là. L'ennui devient un énorme problème quand on découvre Lucie assassinée. D'abord blessée à la tête puis poignardée de 27 coups de couteau de boucher. Un par million perdu. En compagnie du capitaine de gendarmerie Boneuil, Sébastien mène l'enquête... Il y a quatre ans que Magali Beaumont a disparu. Quand on sait qu'au-delà de huit jours, il n'y a pratiquement aucune chance de retrouver un mineur vivant, on se demande pourquoi Boneuil s'acharne à vouloir poursuivre les recherches...

« Des millions de regrets » est un court recueil de nouvelles policières de facture assez classique proposé par les éditions « L'anthologiste » à titre de « teaser » ou de « préquel » destiné à inciter les lecteurs à poursuivre la lecture des enquêtes des personnages récurrents de cette série. L'ennui, c'est que l'intérêt est très relatif, les personnages mal campés et l'intrigue quelconque avec une fin sans surprise. Le format novella ou longue nouvelle a ses impératifs particuliers. Il demande du rythme, de l'originalité, de la fantaisie et une qualité d'évocation puissante et rapide. Ce qui n'est pas le cas de cet ouvrage. La seconde nouvelle est présentée inachevée, ce qui ne permet pas de savoir si ces défauts sont récurrents. Quoi qu'il en soit, on pourra éviter. N'est pas Agatha Christie qui veut...




Les vacanciers (2015) ajoutée le 14 juin 2015

A Manhattan, une famille américaine aisée, les Post, se préparent à partir en vacances en Europe. Ils doivent passer une quinzaine de jours à Majorque dans la magnifique villa d'une amie artiste branchée. C'est l'occasion pour Franny, la mère qui organise tout, de rassembler autour d'elle sa petite famille : son mari Jim, sa fille Sylvia fraîchement diplômée et bientôt étudiante à l'Université, son fils aîné Bobby, agent immobilier résidant à Miami, et sa compagne Carmen, prof d'aérobic. Charles et Lawrence, deux amis homosexuels doivent rejoindre sur place la petite famille. Pour qu'ils passent tous un agréable séjour, Franny a tout prévu, baignades, visites de musées et même un jeune et charmant professeur d'espagnol pour que Sylvia ne bronze pas idiote.

« Les vacanciers » est un roman intimiste, familial et social dans lequel tous les ingrédients sont réunis pour obtenir une recette agréable au plus grand nombre. L'ennui, c'est qu'on est plus près de l'oeuvrette que du chef d'oeuvre. Les personnages ? Une bande de bobos new-yorkais branchés mais ni particulièrement intéressants ni spécialement sympathiques. Chacun des sous-groupes représente une tranche d'âge avec des problèmes bien dans l'air du temps. De l'ado au portable greffé dans la main qui ne pense qu'à perdre sa virginité aux deux sexagénaires torturés par le démon de midi en passant par le jeune couple en train de se détricoter sans oublier les deux homos proches de l'extase car en passe de devenir parents, il y en pour tous les goûts. L'originalité de l'intrigue ne va pourtant pas au-delà de quelques histoires de tromperies, de coucheries et de réconciliations sur l'oreiller. On cherche en vain l'humour et le ton décalé qui auraient dû pétiller à chaque page. Si on y ajoute les clichés politiquement corrects usés jusqu'à la corde et une psychologie de magazine féminin, l'agacement finit par l'emporter. A réserver aux fans de ce « genre littéraire » particulier.




Duane est amoureux (2015) ajoutée le 11 juin 2015

Duane Moore, âgé de 64 ans, rentre d'un voyage en Egypte. Il retrouve la petite ville de Thalia au Texas où il a toujours vécu. Autrefois patron d'une petite société pétrolière dont son fils Dickie a pris la direction, il est maintenant à la retraite et assez déboussolé. En effet, tout est loin d'être rose pour Duane. Il a perdu sa femme dans un accident de la circulation. Une de ses filles veut quitter son mari et se faire nonne. L'autre vient de découvrir son homosexualité et a tout plaqué pour aller vivre avec une autre femme. Lui-même suit une thérapie avec Honor Carmichaël, une psy lesbienne qu'il aime platoniquement depuis longtemps. Solitaire, un peu dépressif et incapable de revivre dans la maison familiale désertée, Duane s'est replié dans une cabane en bois perdue au sommet d'une colline. Il a abandonné son 4X4 au profit d'un modeste vélo et son cœur donne des signes de faiblesse. Il ne sait plus trop où il en est lorsqu'il croise la route d'Annie Cameron, pétillante géologue californienne qui pourrait être sa fille et qu'il trouve parfaitement capable de réveiller sa sexualité endormie. Mais parviendra-t-il à l'intéresser et à susciter son désir ?

« Duane est amoureux » se présente au premier abord comme un roman sentimental et psychologique classique mais si l'on va un peu au delà des amours et des coucheries du héros, on s'aperçoit que c'est aussi un roman social, abordant la vie de braves gens dans un coin paumé du Texas, sans oublier les problèmes des seniors, de la retraite, les rapports entre les générations, le vide causé par le veuvage, l'angoisse de la mort et le sentiment d'abandon ressenti par les parents quand les enfants sont partis. Le tout raconté avec délicatesse, élégance et intelligence. Sans aller jusqu'à tomber dans les éloges dithyrambiques du bandeau « Un talent démesuré ! » ou de la quatrième de couverture « Un style inimitable ! », le lecteur se contentera de parler d'un style agréable, léger et facile à lire, d'une histoire originale, humoristique et assez romanesque et de personnages sympathiques, pétris d'humanité et très proches de nous. L'ensemble est une belle réussite qui ne pourra que plaire au plus grand nombre. « Duane est amoureux » est le quatrième roman où apparaît Duane, héros récurrent de McMurtry. On espère qu'il y en aura d'autres tellement ce sexagénaire dépressif et amoureux attire la sympathie.




L'épreuve d'admission (2010) ajoutée le 7 juin 2015

Le jeune David âgé de 18 ans a pour ambition de devenir un maître de la Communauté des Planètes. Pour cela il doit intégrer Eden, le seul collège de la communauté de la Terre préparant à cette difficile mission. Mais d'abord il lui faut subir la terrible épreuve de l'admission concoctée par le maître le plus célèbre et le plus redouté du collège, Greg Arsh. Pendant trois semaines, David et les autres impétrants vont devoir marcher à la baguette. Humiliations, épreuves diverses et variées, nourriture infecte, privation de sommeil, rien ne leur sera épargné au cours de cette étrange descente aux enfers. Survivre à tout ça, poser des actes gratuits, vaincre ses phobies, se surpasser en permanence, n'accorder sa confiance qu'à bon escient, tels sont les principes qui leur seront inculqués. David parviendra-t-il au terme de toutes ces épreuves ?

« L'épreuve d'admission » est le premier tome d'une saga de science-fiction qui en comporte dix (pour l'instant ?). Dans ce roman, les gens prennent l'astronef comme d'autres prennent le bus ou le TGV et les lits flottent dans le vide. A part ça, pas grand chose d'autre pour se rattacher au genre. L'éducation dispensée à ces collégiens a beaucoup à voir avec celle des anciens Spartiates. Il s'agit d'endurcir l'homme, de lui forger un caractère en acier trempé pour qu'il puisse par la suite assumer les missions les plus délicates. L'ennui c'est que toute l'intrigue repose sur cette seule et unique problématique et que Danielle Tremblay prend un malin plaisir à accumuler les épreuves comme d'autres enfilent des perles et ne s'occupe de rien d'autre sauf au début où elle esquisse un peu les antécédents de Greg Arsh. Les personnages ne sont pas très attachants et le style plutôt classique ennuyeux. Le lecteur n'a trouvé ni le souffle, ni l'originalité, ni la fantaisie qui pourraient l'inciter à poursuivre dans une saga fleuve aussi longue qui demanderait une imagination exceptionnelle pour le tenir en haleine sur une aussi longue distance. Dommage.




Le deshonneur d'ann campbell (1994) ajoutée le 5 juin 2015

A Fort Hadley, base de l'armée américaine en Géorgie, Anne Campbell, militaire de carrière et fille du général « Battling » Campbell, est retrouvée nue, ligotée, violée et assassinée sur le champ de tir. Paul Brenner, officier du C.I.D, division d'investigation criminelle de la police militaire, se voit chargé de l'enquête avant que le F.B.I ne s'en mêle. L'affaire est extrêmement délicate car elle touche à l'honneur et à la réputation de plusieurs hauts gradés de l'armée. Paul pourra bénéficier de l'aide de Cynthia Sunhill, enquêtrice spécialisée dans les affaires de harcèlement et de viol, qui est également son ancienne maîtresse et surtout la dernière personne qu'il aurait souhaité trouver à ses côtés. Mais qui a bien pu trucider la très belle et très désirable Anne Campbell, à la fois militaire irréprochable et femme fatale aux liaisons multiples ?

« Le déshonneur d'Anne Campbell » est un roman policier classique avec meurtre, enquête, suspects et découverte du coupable au dernier chapitre. Vu son départ sur les chapeaux de roues, le lecteur s'attend à une histoire menée tambour battant avec de nombreux rebondissements, des personnages hauts en couleurs, des fausses pistes etc... La réalité est un peu différente. L'enquête se révèle poussive et tatillonne ; très vite les soupçons se portent sur le responsable et par conséquent, la fin apparaît plutôt décevante. Le récit se perdant dans des détails sans grand intérêt et des redites nombreuses, la lecture en devient assez vite laborieuse d'autant plus que les deux personnages principaux que l'on s'attendait à voir s'entredéchirer ou au moins à se chicaner se laissent embarquer dans l'option inverse c'est à dire un retour de flamme un peu mièvre. Au total, un polar presque médiocre ayant pour seul mérite une description des conditions de vie sur une base militaire US. On rêve de ce qu'auraient pu en faire une Agatha Christie ou un Simenon.




Arlequin (1974) ajoutée le 23 mai 2015

A Zurich, le banquier d'affaires Georges Arlequin est victime d'un coup monté frauduleux. Les ordinateurs de sa société ont été piratés et un important découvert a été opéré en sa faveur alors qu'il se trouvait à l'hôpital souffrant d'un mal mystérieux. Presque immédiatement « Creative Systems Incorporated », une société américaine dirigée par le sulfureux Basil Yanko fait une proposition alléchante en vue de racheter Arlequin. Georges est d'abord tenté et, à la réflexion, décide de refuser. Parviendra-t-il à résister aux assauts de Yanko, homme sans scrupule, brutal, efficace, ambitieux et capable des pires vilenies pour parvenir à ses fins ? Nul doute qu'il devra forcer sa nature d'Européen cultivé, élégant et respectueux des lois et des usages. Il pourra bénéficier de l'aide du narrateur, Paul Desmond, son bras droit et son meilleur ami.

« Arlequin » est un thriller fort bien construit dévoilant les coulisses peu reluisantes du monde des affaires. Tous les coups y sont permis pourvu que l'on utilise des tiers pour les porter et donc qu'on ne se salisse jamais les mains. Jamais Arlequin ne pourra prouver devant la justice la culpabilité de Yanko. L'honnête homme qu'il est se retrouve donc obligé d'utiliser les mêmes méthodes que son adversaire autant dire qu'il doit se rabaisser à son niveau. Un livre qui fait réfléchir sur le thème des multinationales sans foi ni loi, de l'argent roi, des bulles financières et de méthodes mafieuses pour venir à bout de turpitudes. Mais la fin justifie-t-elle les moyens ? Quand le lecteur pense à Yanko, il imagine facilement de quels grands banquiers Morris West a pu s'inspirer pour créer son personnage. Et là encore la réalité dépasse la fiction, ces gens-là sont encore pires que lui. La plume de West est fluide et agréable, l'intrigue bien menée et pleine de rebondissements montant crescendo et amenant à une fin plutôt surprenante. Un bon moment de lecture pour un roman un peu ancien (1974) mais qui n'a pas pris une ride.




Juillet en hiver (1999) ajoutée le 18 mai 2015

A la mort d'Aurélien, le patriarche respecté de la famille Laverzac, c'est Juillet, son fils adoptif qui se retrouve nommé administrateur du domaine viticole de Fonteyne dans la région bordelaise, non loin de Margaux. Si deux de ses frères trouvent la décision du père justifiée, ce n'est pas le cas d'Alexandre qui est très mécontent et va même jusqu'à décider d'attaquer en justice le testament de son père. Il engage une jolie et fringante avocate qui n'accepte l'affaire que pour entrer plus facilement en contact avec Juillet sur qui elle a des visées. Mais celui-ci est amoureux de Laurène avec laquelle il va se marier et qui est d'ailleurs enceinte de leur premier enfant. La hargne et la détermination d'Alexandre ne faiblissant pas, comment Juillet parviendra-t-il à maintenir la cohésion de la famille et la pérennité de l'exploitation, un des plus beaux fleurons des vignobles de Bordeaux ?

« Juillet en hiver » se présente comme un roman de terroir et malheureusement n'en est pas vraiment un. Le lecteur n'y apprendra pratiquement rien sur la culture de la vigne et sur les techniques de vinification car toute l'intrigue tourne autour des amours contrariées, des rivalités entre frères et de divers chassés croisés amoureux ou sexuels. On est donc plus dans le registre du roman sentimental, fleur bleue, eau de rose pour ne pas dire du roman de gare ou de la collection Harlequin. Madame Bourdin écrit bien, elle dispose d'une belle plume et pourtant la lecture de cet opus semble laborieuse, limite ennuyeuse. A quoi cela tient-il ? Sans doute au manque d'originalité de l'intrigue. Ce genre d'affaires de famille, a été cent fois décrit et même magistralement narré par Mauriac ou Bazin entre autres et pour ne citer que les plus célèbres. Mais il y a pire, les personnages masculins sont aussi peu intéressants qu'ils sont antipathiques. Ce conflit entre un violent cassant et autoritaire et un alcoolique aussi bête que méchant lasse très vite. Si on y ajoute une fin en forme d'éternel recommencement doublée d'un happy end peu vraisemblable, on est certain d'être très loin du chef d'oeuvre !




Accelerando (2015) ajoutée le 11 mai 2015

Au début du XXIème siècle, Manfred Macx, courtier en trouvailles et inventions dans le domaine de l'informatique et des technologies de pointe, milite pour « l'open source », c'est à dire pour la totale liberté d'accès aux découvertes. Tout en se disant respectueux de la propriété intellectuelle. Totalement bénévole, il permet ainsi à pas mal de gens de s'enrichir. Lui-même vit très confortablement alors qu'il n'a officiellement aucun revenu. De discrets mécènes pourvoient à tous ses besoins. C'est la raison pour laquelle il est harcelé par un agent du fisc, en l'occurence son ex compagne, qui lui réclame une somme faramineuse... Un jour, Manfred se fait voler toute sa mémoire... Quelques années plus tard, sa fille Amber, conçue en éprouvette, vogue avec quelques amis vers une naine brune à la recherche d'un signal extraterrestre...

Avec « Accelerando », le lecteur se retrouve face à un OLNI (objet littéraire non identifié) tant l'ouvrage est étrange, inclassable et déroutant. Il ne s'agit pas à proprement parler d'un roman d'un seul tenant avec une intrigue construite et une histoire classique avec début, développement et fin, mais de neuf chapitres ou de neuf nouvelles sans autre lien que des personnages récurrents qui évoluent à des périodes et dans des contextes différents. Mais il y a bien pire que cette impression de grand foutoir sans queue ni tête, il faut aussi subir le jargon permanent, l'abus de termes techniques voire pseudo scientifiques qui obligent le lecteur à se référer presque à chaque page à un important glossaire qui peut sans doute éclairer informaticiens, astrophysiciens, chimistes et autres scientifiques de haute volée mais qui laisse le béotien dans une frustrante incompréhension. De nombreux thèmes sont abordés comme le clonage, la fécondation in vitro, la post humanité, l'invasion numérique, l'avenir de l'humanité, l'intelligence artificielle ou l'optimisation des performances du cerveau humain. Mais l'ennui, c'est qu'une idée chasse l'autre, qu'une théorie scientifique annihile l'autre, qu'une tentative d'explication disparaît ou se ramifie dans une autre et qu'au bout du compte, tout ce verbiage se révèle confus, embrouillé et abscons. « Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement et les mots pour le dire en viennent aisément... » Avec Stross, c'est malheureusement loin d'être le cas et l'on a toutes les peines du monde à suivre les méandres d'un discours pour le moins obscur Très vite, Stross lasse la patience du lecteur le plus indulgent. Trop occupé à déballer toute cette esbrouffe scientifique, l'auteur devient vite pesant pour ne pas dire pédant tout en ne racontant rien de bien intéressant ni de bien original. La quatrième de couverture parle d'intelligence et d'humour. Le lecteur, s'il n'est ni snob ni geek, les cherchera en vain.




Le chêne vénérable (1992) ajoutée le 6 mai 2015

Au Palais Episcopal, Fra Anjill s'apprête à abuser d'une jeune prostituée quand se produit une formidable explosion. Son supérieur, Pra Ging, fait irruption dans la cellule du moine et découvre la scène compromettante. Pour ne pas avoir été capable de rester chaste, Anjill mérite la mort dans d'atroces supplices. Et pourtant Pra Ging lui demande de le suivre. Pour l'heure, il s'agit d'abord d'aller porter secours aux blessés et d'évaluer l'ampleur des dégâts. Un survivant leur apprend que Su-pra Froll a réussi à mettre au point la formule mentale recherchée par des générations de chercheurs du Chène Vénérable. C'est l'application de cette formule dérobée par Rohel Le Vioter, un membre du Jahad considéré comme félon, qui a déclenché le cataclysme... Toute la puissance de l'église du Chène Vénérable va être mise en œuvre pour retrouver Rohel et récupérer la précieuse formule...

« Rohel, le Chène Vénérable » est le premier tome d'une saga qui n'en comporte pas moins de quatorze. Il est proposé gratuitement en e-book par l'éditeur, « L'Atalante », à l'occasion de la réédition de la série datant de 1992. L'ouvrage relève du « space opera » classique avec une bonne dose de fantaisie assez proche de celle d'Orson Scott Card, un des principaux inspirateurs du prolifique auteur français. L'intrigue est solide, bien construite, passionnante. Le style impeccable et plein de rythme. Inutile de dire qu'il est difficile d'arrêter la lecture avant la fin et qu'on ne s'ennuie pas une seconde. Fin ouverte car il faut donner envie de continuer avec le héros, pas spécialement sympathique d'ailleurs mais nettement plus intéressant que le ramassis de crapules qui reste en permanence à ses trousses. En un mot : de la littérature populaire d'excellente qualité avec une réflexion sur le totalitarisme et l'obscurantisme religieux. Que demander de mieux ?




Le tour de france des alternatives (2014) ajoutée le 2 mai 2015

Un jeune journaliste indépendant a passé plusieurs mois à sillonner la France du nord au sud et d'est en ouest pour y dénicher une douzaine d'initiatives originales et innovantes comme cette épicerie coopérative dont les clients sont les héros, cette jardinière qui veut sauver les semences anciennes, cette entreprise sans patron, ce village breton en autonomie énergétique grâce à des éoliennes, cet habitat collectif de la Drôme, cette banque solidaire, ce collège différent des autres ou cette étrange communauté des zadistes de Notre Dame des Landes.

Il a découvert qu'un peu partout éclosent toutes sortes de projets alternatifs qui sont comme autant de petites parcelles d'espérance, de minuscules étoiles brillant dans la nuit de l'individualisme forcené et du consumérisme abrutissant. Ils permettent d'entrevoir un monde plus coopératif, plus démocratique, plus solidaire et plus respectueux de l'environnement que le nôtre. S'engager à plus grande échelle sur cette voie pourrait peut-être permettre de faire pièce au capitalisme libéral et amoral, à la mondialisation totalitaire et inhumaine et à un système politique oligarchique dévoyé et discrédité. Ainsi pourrait émerger une société plus conviviale, plus participative et plus autonome simplement en relocalisant l'économie, en mangeant plus sainement, en luttant contre le gaspillage et l'obsolescence programmée et en fabricant soi-même le plus possible de choses. Reprendre son destin en main, changer le présent et imaginer d'autres futurs, c'est ce que nous propose ce petit livre bien sympathique et porteur d'espoir. A conseiller aux rêveurs et aux utopistes.




La silhouette sur la plage (2015) ajoutée le 30 avr. 2015

Marc vient d'avoir quinze ans. A part Damien, il n'a pas d'ami. Sa mère Odette est devenue alcoolique pour « accompagner » son père. Enfant non désiré, Marc est peu à peu devenu un enfant martyr. Une nuit, un incendie ravage la maison familiale. Marc parvient à sauver sa vie de justesse alors que ses parents périssent dans les flammes. Il est recueilli par ses grands parents. Il voudrait pouvoir travailler dans une exploitation viticole alors qu'il n'a pas suivi les études nécessaires et s'est arrêté après le bac. Son avenir semble problématique d'autant plus qu'il peut parfois être sujet à des accès de violence totalement imprévisibles.

« La silhouette sur la plage » est un roman noir et quasiment un thriller assez surprenant car il ne reprend pas l'ensemble des codes du genre. Toute l'intrigue est centrée sur Marc, ce nouveau « Docteur Jeckill et Mister Hyde », qui sème les cadavres sur son chemin comme d'autres les canettes de bière ou les mégots. Le lecteur croit tout d'abord que Marc tue pour venger les humiliations de son enfance, qu'il assassine pour prendre une revanche sur la vie ou sur les femmes et qu'il continue à trucider presque par habitude et même de plus en plus gratuitement. Mais un dénouement (qu'il ne faut pas déflorer) finit par faire découvrir une toute autre version de l'histoire et d'autres facettes du héros. Finalement, le lecteur ressort plutôt déstabilisé et même déboussolé de cette « expérience » qui aborde de nombreux thèmes comme l'enfance martyrisée, l'euthanasie ou l'ultra violence. Cet ouvrage aurait donc pu se situer à la limite du gore et du glauque insupportable. Mais, heureusement, la plume délicate et légère de Jean-Pierre Artin réussit à évoquer toutes ces horreurs avec élégance et efficacité. En effet, le style minimaliste de l'auteur suggère plus qu'il ne décrit et raconte beaucoup en peu de pages (157 seulement, un format proche des novellas anglo-saxonnes). Certaines scènes importantes auraient sans doute mérité de plus amples développements. L'avantage, c'est que le rythme est soutenu et que le livre se dévore d'une traite. Donc jamais d'ennui dans cette lecture qui pose plus de problèmes qu'elle n'en résout. Malheureusement, le lecteur déplorera la présence d'un trop grand nombre de coquilles et fautes d'orthographe qui déparent un ouvrage aussi intéressant qu'original.




Queue du bonheur (2014) ajoutée le 29 avr. 2015

Le premier orgasme d'Alexandre minutieusement décrit... Le torride retour d'une ex d'Alexandre un tantinet dépressive qui s'offre quand même un petit revenez-y pas piqué des hannetons. Rendez-vous dans un hôtel borgne. Les yeux bandés, Alexandre attend la venue d'une inconnue rencontrée sur le net... Premiers émois, amours enfantines, adolescentes ou tardives. Toute première fois et toute dernière fois... Rencontres d'un week-end ou d'une nuit. Défense et illustration de la masturbation, de l'emploi des godemichés, du sexe anal et autres pratiques sado-maso... Le merveilleux et inépuisable vivier des sites de rencontre sur internet...

« Queue du bonheur » se présente comme une compilation de 35 notes, posts et billets d'abord publiés sur le blog éponyme de l'auteur. Tous, excepté l'avant-dernier, tournent autour du sexe (hétéro) et des plans cul sous toutes leurs formes. Malgré de pathétiques efforts pour traiter du sujet avec un certain humour et un certain détachement, très vite l'ennui et la lassitude s'emparent du lecteur tant ces descriptions de scènes pornographiques sont monotones et répétitives. Seuls deux chapitres sortent un peu du lot « Partir en beauté » et « La chasseuse de sperme ». Silenus s'y est essayé à la science-fiction avec un très relatif succès. On mettra à part le 34ème post où l'auteur parle un peu de la réalité de sa vraie vie. Son nom n'est qu'un pseudonyme. Il se cache et sévit donc sous un avatar dans un monde de virtualité onirique (Twitter, Facebook et autres Meetic). Sa vie n'a pas grand chose à voir avec ce qu'il raconte. Sa petite amie l'a plaqué il y a deux ans. Quand à son boulot, il dit ne plus en avoir pour bien longtemps. Tout ceci relativise un peu la portée de ces textes et les ramène à ce qu'ils sont vraiment, une série de fantasmes pornographiques sortis principalement de l'imagination (?) d'un obsédé sexuel. L'ennui, c'est qu'il faut beaucoup de talent pour produire de la bonne littérature à partir de ce genre de matériel. Avec « Queue du bonheur » on n'en est très loin. N'est pas Pierre Louys ou le marquis de Sade qui veut...




Autres contes populaires de bretagne (2009) ajoutée le 27 avr. 2015

Un pauvre paysan demande à sa femme de grimper au sommet d'un arbre magique pour aller frapper à la porte du paradis. La femme rencontre Dieu et lui demande de réaliser sa promesse, c'est à dire de donner à sa famille son pain de chaque jour, si possible avec un pichet de cidre pour accompagner. Ne souffrant plus de la faim et ayant la vie facile, les deux paysans présentent de nouvelles exigences jusqu'à atteindre les limites de la bienveillance de leur Créateur... Un pêcheur attrape un poisson doré qui lui dit être le roi des poissons et qui lui demande de le relâcher immédiatement. En échange, il assure au pêcheur qu'il ramènera toujours de grandes quantités de poisson. Mais un jour, le pêcheur fait naufrage... Une fée donne trois objets à Jean : un bâton qui lui permettra de se rendre invisible à volonté, un anneau pour toujours rester en contact avec elle et une médaille pour pouvoir obtenir une chose qu'il n'a pas à sa disposition...

Ce second tome des « Contes populaires de Bretagne » est un recueil de plus de cinquante textes de tailles variées et d'inspirations diverses. Certains contes tiennent sur une demi-page ou une page alors que d'autres sont nettement plus longs et plus développés. Ils sont tirés de journaux anciens ou de documents laissés par d'authentiques conteurs. Tous sont référencés et sourcés avec nom d'auteur ou de conteur et date de parution. La magie, le merveilleux et l'imaginaire le plus débridé est partout présent. Les animaux ont quasiment autant d'importance que les hommes. On retrouve d'ailleurs dans des versions un peu différentes des histoires connues comme celle du Petit Poucet ou du Chaperon Rouge, sans parler de celles du Roman de Renard (revisité) ou de personnages comme Blanche-Neige, Cendrillon, les nains, les fées, les sorcières et autres korrigans ou blanches hermines. Tout un folklore, toute une vie campagnarde saine et souvent pauvre qui parle d'un temps lointain, oublié, celui d'une France rurale, finaude, triste ou joyeuse mais toujours pleine de ressource et d'imagination. Gérard Lomenec'h, musicien, musicologue et chercheur à Vannes qui avec ces deux ouvrages a produit un travail de compilation remarquable, a classé ces histoires en quatre grands chapitres, histoire de donner une unité thématique à l'ensemble. Ainsi passe-t-on du coq à l'âne, puis aux animaux fantastiques, et au bestiaire amoureux avant de terminer par les fables et les facéties. Un bel ouvrage très agréable à lire.




Chesstomb (2014) ajoutée le 24 avr. 2015

De nos jours, dans la petite ville de Chesstown (Massachussetts), se déroule un premier drame. Un bucheron, Terry Sheldon est retrouvé mort dans la forêt écrasé par un arbre. Peu de temps après, rebelote, c'est toute sa famille, c'est à dire sa femme Deborah et ses trois enfants Swann, Cathy et Paul qui sont retrouvés morts, atrocement mutilés par des coups de tronçonneuse, dans leur petite maison. La police ne sait quoi en conclure. La famille était honorablement connue et personne ne lui connaissait le moindre ennemi. Quelque temps plus tard, un journaliste célèbre, William Shelby arrive en ville pour enquêter à son tour. Il commence par s'intéresser à une drôle de maison, une demeure victorienne fermée depuis de longues années et affublée de l'étrange nom de « Myseri ». Le jardin est abandonné, tout est verrouillé comme un coffre-fort et pour ne rien arranger, elle jouxte un cimetière plutôt lugubre. Puis il fouille dans le passé jusque dans les années 20.

« Chesstomb » démarre très fort, un peu comme un thriller style Stephen King, mais dérive très vite vers le fantastique, le gore et l'horreur. John Ethan Py, pseudonyme de Sébastien Péguin, nous propose un récit choral avec changement fréquent de narrateur et même de vecteur de narration. Ainsi passe-t-on d'articles de journaux à des comptes rendus ou procès verbaux en passant par des transcriptions de videos, des lettres, des extraits d'archives et divers documents. Cela pourrait déstabiliser le lecteur et lui faire perdre le fil conducteur, mais ce n'est pas le cas tellement le procédé est bien maitrisé. On s'y fait d'ailleurs assez vite et on est même content d'avoir l'impression de participer à l'enquête. Laquelle s'avère être un leurre mais seulement une fois que l'on a échafaudé des tas d'hypothèses qui ne collent jamais. Tout est révélé dans une fin surprenante en forme de pirouette un peu facile mais qui laisse la part belle au rêve, enfin au cauchemar. Au total, une histoire bien écrite, bien menée, avec du suspens, des paroxysmes dans le monstrueux et le malsain (les âmes sensibles feront bien de s'abstenir) qui surfe sur les tendances actuelles (satanisme, sadisme, relativisme et goût pour les scènes de grand guignol). On notera l'importance donnée à Lovecraft qui joue un petit rôle dans cette affaire et l'influence d'oeuvres cultes comme « La nuit des morts vivants », « Je suis une légende » ou « World War Z ». « Chesstomb » qui est une véritable réussite et même un coup de maître ne dépare pas dans cette liste. Compliment pour la magnifique couverture du talentueux Alexandre Dainche. Mais mauvais point à « L'homme sans nom » pour les trop nombreuses coquilles présentes dans ce texte.




Jours tranquilles à manhattan (1996) ajoutée le 18 avr. 2015

A New-York, Elsa Shutz, qui a écrit des dizaines de romans à l'eau de rose sous le pseudonyme d'Hermione Beldame, se retrouve à 55 ans à la croisée des chemins. Partie de rien, elle a réussi au-delà de ses espérances. Elle est riche, célèbre, deux fois veuve et deux fois divorcée. Elle pensait ne plus rien avoir à espérer de l'amour quand elle rencontra un certain George qui fit battre son cœur, qui l'attira fortement mais qui sembla assez décevant dès le début. Il lui donnait des rendez-vous, les annulait, lui préférant des réunions de travail et des séminaires. Il discutait avec elle mais n'avait jamais un geste tendre. Il finit même par l'abandonner pour retourner dans le Sud des Etats-Unis. Cette brève rencontre, cet amour frustrant et inachevé troubla Elsa au point de l'amener à replonger dans ses souvenirs et à se repasser toute l'histoire de sa vie. De son enfance pauvre auprès d'une mère aimante mais tyrannique jusqu'à ses succès littéraires en passant par son court passage à l'Université avec sa première expérience amoureuse.

« Jours tranquilles à Manhattan » est un roman psychologique et sentimental qui ne tombe jamais dans l'eau de rose et dans la mièvrerie. Avec finesse et intelligence, Marilyn French nous y conte la vie d'une femme depuis les années 50 jusqu'à nos jours avec ses joies, ses peines, ses compagnons, ses amies, les accouchements, la maladie, les divorces, la mort de deux conjoints. La vraie vie à la fois belle et moche, facile et difficile, exaltante et morne. L'écriture est agréable à lire, simple et efficace. Le personnage d'Elsa est attachant car il est facile de s'identifier à lui. De plus, le cadre et la réalité de la vie plutôt difficile vers le milieu de l'autre siècle est fort bien rendu tout comme le contraste avec l'ambiance survoltée de New-York. Un roman très réussi qui se lit avec plaisir car il pose les questions essentielles, la vie, la mort, la jeunesse, la vieillesse, l'amour, l'amitié, etc...




La femme de brighton (1979) ajoutée le 16 avr. 2015

En 1825, à Brighton, Daniel Warwyck, aristocrate ruiné et boxeur professionnel prometteur, se retrouve par hasard témoin d'une étrange vente aux enchères, celle d'une jolie femme, prénommée Kate dont un fermier veut se débarrasser comme d'une tête de bétail sans intérêt. Daniel se retrouve obligé de surenchérir sur son frère Harry qui est tombé amoureux de Kate au premier regard. Daniel finit par l'emporter. Mais lui, a une autre idée derrière la tête : se présenter « marié » devant un vieil oncle cacochyme, rentrer dans ses bonnes grâces et ainsi avoir une chance de récupérer le domaine familial. Mais quand il arrive, l'oncle est déjà décédé. Il a eu le temps de se marier avec une servante, de lui faire un enfant, de l'avoir couché sur son testament et ainsi d'avoir déshérité Daniel. Kate ne représentant plus le moindre intérêt pour lui, il la renvoie avec une petite somme en dédommagement, au grand désespoir de son frère cadet.

« La femme de Brighton » est un roman aux limites de l'historique, du social, du terroir et du sentimental. L'intrigue est intéressante, pleine de péripéties et fort bien menée dans une écriture classique et agréable à lire. Tout le monde se cherche dans cette histoire. Untel aime unetelle qui ne l'aime pas et qui en aime un autre lequel est plutôt attiré par une autre... On l'aura compris, le milieu de la boxe au dix neuvième siècle, la condition des ouvriers et des paysans restent en toile de fond et presque secondaires, car au bout du compte ce qui importe ce sont les amours contrariées. Ainsi se retrouve-t-on rapidement dans le classique roman sentimental, limite roman de gare et presque collection Harlequin. Il s'en fallait de peu pour que cet ouvrage soit une totale réussite. Juste d'un meilleur dosage, celui qui fait la différence entre le livre de qualité et le tout venant divertissant sans plus. Pour les amateurs (trices) du genre uniquement. Les autres pourront s'abstenir...




Livre 2 (2015) ajoutée le 12 avr. 2015

L'expédition de l'Empire Chrétien Moderne a enfin atteint sa destination finale, la planète Akya du Centaure sur laquelle est censé se trouver le tombeau du Christ. Le débarquement des troupes est à peine effectué, l'immense camp militaire juste installé et la première ville presque sortie de terre et déjà les premiers incidents surviennent. Profitant du rassemblement provoqué par une bénédiction holographique du pape Urbain IX, Albéric de Villejust et un fort parti de soldats et techniciens inermes désertent avec armes et bagages pour aller s'installer dans des grottes cachées des confins de la planète. Tancrède de Tarente et la belle Clorinde filent le parfait amour. Mais les premiers combats contre les Atamides leur apportent de cruelles déconvenues. Les guerriers autochtones se révèlent mieux organisés et bien plus redoutables que prévu. Les Croisés se retrouvent dos au mur. De plus, ils découvrent vite qu'ils ne sont pas engagés dans une simple guerre de conquête ou de colonisation mais plutôt dans une guerre d'extermination. Que peuvent-ils espérer dans des circonstances pareilles ?

« Dominium Mundi » est le second volet d'une saga de science-fiction qui en comporte deux. Le premier retraçait uniquement le voyage vers Akya du Centaure, fonctionnait sous forme de huis clos et laissait espérer quelque chose de plus flamboyant pour la suite. L'auteur dit s'être inspiré du poème épique « La Jérusalem délivrée » de Le Tasse. En réalité, il ne fait que transposer dans l'espace et dans le futur sa propre vision de la première Croisade. Il va jusqu'à utiliser les noms, caractères et même actes d'un certain nombre de personnages historiques bien connus. Il ne s'agit pas vraiment d'une uchronie quoiqu'il y ait bien une époque imaginée et une absence de correspondance dans le temps ni d'une dystopie car il ne s'agit ni d'une contre utopie ni d'une anti utopie, mais plutôt d'une sorte de pamphlet anachronique, d'une déconstruction de l'histoire de la première croisade à la lumière des postulats philosophiques de la pensée actuelle. L'église du futur est une sorte de monstre totalitaire imposant son dogme et sa volonté de puissance sur une base totalement fallacieuse. A contrario, les indigènes atamides sont des êtres doux, respectueux, dotés pour certains de pouvoirs incroyables comme ceux de causer d'égal à égal avec le plus puissant des ordinateurs ou de pratiquer le voyage immédiat, c'est à dire franchir en une seconde les années-lumières. Dans ce genre littéraire , le lecteur doit pouvoir accepter bien des choses, même le manichéisme le plus simpliste, mais en aucun cas l'ennui qui finit par le saisir au cours de la laborieuse lecture de cet énorme pavé (800 pages) finalement assez indigeste et pas si original que cela. Si on y ajoute une fin décevante, controuvée et fort invraisemblable, une grande quantité de coquilles voire de mots manquants, on ne peut qu'en conclure qu'on est loin du chef d'oeuvre promis.




Chroniques de l'après-monde (2014) ajoutée le 5 avr. 2015

La jeune Casca, 12 ans, dite également « la Marcheuse », « l'Etrangère », « L'ombre furtive » ou « l'Errante » a passé toute son enfance dans les dédales d'un abri souterrain en compagnie de sa mère, scientifique, et de son père, mécanicien. Vivant en vase clos, elle a toujours rêvé de pouvoir profiter de la lumière du soleil et de se rouler dans l'herbe verte des prairies de la surface. Mais depuis déjà plusieurs générations, les survivants d'une guerre terrible entre l'ATAN (puissances de l'Ouest) et la CARA (forces de l'Est et du Sud), doivent rester sous terre pour échapper aux dangers de la radioactivité et des autres pollutions qui contaminent la terre. Une nuit, sa mère, appelée en urgence, disparaît et son père meurt victime d'un virus inconnu. Casca se retrouve seule et unique survivante dans une station bien trop grande pour elle. Peu à peu, les machines permettant la survie tombent en panne les unes après les autres. Une dizaine d'années plus tard, Casca n'a plus d'autre alternative que de quitter les lieux et de partir chercher sa mère dans le vaste monde...

C'est un pur roman de science-fiction post apocalyptique que nous propose Geoffrey Claustriaux avec ses « Chroniques de l'Après-monde ». Nous suivons Casca, la jeune héroïne courageuse, dans une quête qui la mène de ville en ville et presque d'univers en univers. Ainsi par exemple, passe-t-on avec elle d'une ambiance western avec convoi de troupeaux dans le désert à la fureur de jeux du cirque dignes de la Rome la plus décadente. Chaque visite de site donne lieu à une sorte de nouvelle indépendante, ce qui donne une intrigue séquentielle avec un fil rouge des plus ténus, la recherche de la mère. La chute, qu'on se gardera de dévoiler, est assez surprenante et suffisamment ouverte pour permettre sans doute l'écriture d'autres épisodes autour de ce personnage récurrent. Le style de l'auteur est efficace, ramassé et même compact. Il lui suffit de 200 pages pour déployer ce « roadbook » là où la plupart des auteurs auraient besoin du double ! Les descriptions de décor et d'états d'âme sont réduites au minimum ce qui peut plaire aux amateurs de minimalisme et déplaire à ceux qui veulent qu'un auteur explique tout par le menu. Intéressant malgré une intrigue un peu faible. Se lit très vite et s'oubliera tout autant.




Maman a tort (2015) ajoutée le 4 avr. 2015

Quand Vasile, psychologue scolaire dans le secteur du Havre, découvre que Malone, écolier de 3 ans et demi, considère que sa mère n'est pas sa véritable mère et que Gouti, son doudou en peluche, lui raconte chaque soir une nouvelle histoire, il alerte la commandante Marianne Augresse qui peine à croire à cette histoire. Il faut dire qu'elle a d'autres chats à fouetter et des affaires bien plus importantes à régler comme un hold-up à Deauville qui a mal tourné avec deux morts et deux ou trois malfaiteurs en cavale qu'elle n'arrive pas à coincer. Mais le psychologue est si charmant et si convaincant que la commandante accepte quand même de l'aider. Ainsi s'enclenche un engrenage bizarre qui n'en finira pas de surprendre tout le monde.

« Maman a tort » est un thriller particulièrement astucieux et bien tourné. Bussi part d'un fait banal, presque anodin comme cette histoire de gamin imaginatif qui se raconte des histoires puis, de fil en aiguille et souvent par toutes sortes de chemins détournés, nous entraine dans une intrigue pleine de suspens et de rebondissements jusqu'à une fin plutôt surprenante. Du grand art. L'auteur sait rester au niveau de l'enfant, voir par ses yeux et tout ressentir comme lui. D'où l'originalité de l'approche qui change des romans habituels, la plupart du temps axés sur les adultes. Ici, c'est l'enfant qui est le pivot central, lui qui est au cœur de l'énigme et qui est lui-même un mystère. En plus d'être un très bon roman de divertissement, ce livre peut faire réfléchir sur les problèmes de la mémoire chez le tout jeune enfant ainsi que sur les rapports avec les adultes, la suggestion, la soumission à l'autorité et quelques autres sujets psychologiques. Original, intelligent et bien écrit, que demander de plus à un ouvrage de ce genre ?




La voix de l'empereur (2014) ajoutée le 30 mars 2015

Une compagnie d'une cinquantaine de vétérans commandée par un certain Lorgeam est en marche vers la Cité de Pierre, bastion des Seigneurs de Fervadora. Ils accompagnent deux diplomates, Aymeric et Tirsand... Frimas fige dans la glace une bande de brigands de grands chemins... Le paladin Ravel sauve son frère, un nourrisson, et part le confier aux bons soins des clercs qui devront se charger de son éducation... Victime d'un empoisonnement lent, Brisard, l'empereur de Ferva n'en finit pas de mourir. Son fils, le prince Elin, soutenu par Gweleth, le grand chancelier chargé de son éducation, s'apprête à prendre la succession de son père alors que toutes sortes de conspirateurs s'agitent dans l'ombre.

« La voix de l'empereur » se présente comme le premier tome d'une saga de fantaisie que l'éditeur, qui ne doute de rien, nous annonce comme proche de Robin Hobb mais que le lecteur hésitera à classer entre « dark » et « heroïc » tant son esprit n'en est que pseudo moyennâgeux, pseudo poétique et pseudo raffiné. En dehors de quelques combats, de quelques dialogues souvent inutiles, de longues descriptions quelquefois bien ennuyeuses (quatre pages pour un simple crochetage de serrure par exemple!), il ne se passe pas grand chose dans ce premier tome. Ouali se contente de présenter toute une galerie de personnages sans grande consistance et plutôt antipathiques. Dans de courts chapitres maniérés, il saute de l'un à l'autre sans trop se préoccuper de les relier les uns aux autres. Le résultat donne une intrigue atomisée, mal construite, une histoire où le lecteur peine à se retrouver. Un fouillis qui oblige très souvent à repartir en arrière pour essayer de comprendre qui est qui, qui fait quoi et où tout cela mène. A ce handicap majeur, s'ajoute celui d'un style que d'aucuns au premier abord, pourraient trouver raffiné voire sophistiqué ne serait-ce que par l'emploi de mots recherchés ou par l'utilisation systématique du subjonctif passé. Si on l'analyse plus finement, on notera quelques pléonasmes, pas mal de coquilles, de nombreuses approximations lexicales et autres erreurs de syntaxe qui ne peuvent en aucun cas passer pour des licences poétiques. L'inclusion de poèmes plus ou moins longs, plus ou moins abscons et plus ou moins travaillés dans un texte en prose vendu comme roman d'aventures n'est pas non plus du meilleur effet. En raison d'un manque de rythme permanent et sans doute voulu, d'une absence d'originalité, de fantastique et de merveilleux (ennuyeux pour de la fantaisie!), ce premier tome tombe vite des mains et ne donne pas envie de continuer avec cette saga. Et pourtant, l'éditeur a le culot de noter en quatrième de couverture cette publicité mensongère : « Un roman rare, une histoire flamboyante comme un voyage à travers des lieux merveilleux où règne une atmosphère d'éternité. »




Pukhtu (2015) ajoutée le 26 mars 2015

En janvier 2008, un responsable d'Al-Qaïda nommé Al-Libi est tué dans un village du Wazistan du Nord par un missile tiré depuis un drone américain. Auparavant, une fine équipe de mercenaires sans foi ni loi avait bien préparé le terrain. Convoqué sur les lieux assez bizarrement avec ses enfants, Sher Ali, un contrebandier pachtoun respecté dans la région, réchappe miraculeusement à cette terrible frappe mais y perd son fils et sa fille. C'est un homme meurtri et rempli de haine qui regagne son clan. Pour retrouver son honneur perdu, il va minutieusement préparer une terrible vengeance qui sera autant dirigée vers les Américains qu'il considère comme des lâches que contre les traitres afghans qui collaborent avec les « croisés ».

« Pukhtu » est un énorme pavé de près de 700 pages assez indigeste et de lecture un peu laborieuse. DOA (Dead On Arrival), son auteur anonyme (on se demande bien pourquoi) mène de front un grand nombre de personnages et de situations, il tisse et entremêle plusieurs histoires qui semblent ne pas avoir de lien évident entre elles et se maintient sur un registre descriptif type reportage de guerre. L'attention du lecteur finit par se relâcher assez vite d'autant plus que les attentats, combats, enlèvements et autres faits de guerre sont assez répétitifs et souvent doublés par des articles de journaux racontant la même chose. Ce côté foisonnant, dispersé aux quatre coins du monde s'explique peut-être par le fait qu'un second tome sous titré « Secundo » est prévu et permettra certainement de répondre aux questions que le lecteur se pose une fois le livre fermé. Une plongée bien documentée et assez ébouriffante dans un guerre sale et d'une cruauté inouïe ainsi que dans l'univers des trafiquants de toutes sortes sans oublier les coulisses des décideurs, autres arrières cuisines nauséabondes. Un livre à conseiller à toutes celles et tous ceux qui veulent en savoir plus sur cette guerre américaine contre « le terrorisme » avec ce bémol : âmes sensibles s'abstenir car les scènes choquantes (décapitations, égorgements, viols) ne manquent pas !




Corpus prophetae (2014) ajoutée le 21 mars 2015

A Demvillle (Australie), dans un futur relativement proche, Vincent Montalescot, archéographe du World SPARC, société spécialisée dans les voyages temporels, doit faire face à une assemblée hostile lors d'une conférence de présentation du nouveau projet « Yeshua ». Il s'agit de repartir vers le passé pour trouver de nouveaux éléments permettant d'établir enfin la véritable biographie du Christ... Sur un mont des déserts glacés de l'Antarctique, un monastère cistercien datant du Moyen-Age est découvert en parfait état de conservation. Il aurait servi à cacher toute une bibliothèque de livres hérétiques en totale contradiction avec les dogmes professés par l'église catholique. Les premières découvertes du SPARC indiquent que le Christ, simple humain, aurait été écartelé et que ses membres auraient été disséminés en cinq endroits secrets de la planète. Montalescot se lance dans une nouvelle enquête alors que le Vatican veille au grain et place en embuscade la congrégation de la doctrine de la foi, avatar moderne de la terrible Inquisition.

Comment caractériser « Corpus Prophetae » ? Nous ne sommes pas dans la science-fiction quand bien même l'auteur nous promène de siècles en siècles de manière quasi aléatoire ce qui ne simplifie pas le travail de compréhension du lecteur. Ses incursions dans le futur sont datées de 2077. Les avancées technologiques sont assez restreintes de sorte qu'on est à peine dans l'anticipation. Restent le fantastique et surtout l'horreur. Verdier est généreux en fusillades, tueries et boucheries en tout genre. Avec lui, souvent l'hémoglobine coule à flot. Le lecteur aurait aimé qu'il en fut autant de l'intelligence, de la vraisemblance et de la tenue psychologique des personnages. Mais le pire est à venir. Il se niche dans le manque d'originalité. Encore une histoire de machine à remonter le temps. Encore des délires sur la vie de Jésus, sur une descendance physique du Christ, sur une puissance fantasmée d'une religion qui serait établie sur une longue série de mensonges et d'impostures. De ce fatras à la Dan Brown (en beaucoup plus mal ficelé), ne surnagent que les descriptions de créatures diaboliques bien répugnantes comme cet ange Gabriel revu et corrigé style Frankenstein ou Grand Guignol, une certaine lassitude car il faut se faire violence pour finir ce pavé ennuyeux et surtout l'impression qu'il ne suffit pas d'accumuler les ingrédients des best-sellers américains (voyages aux quatre coins de la planète, séquences coup de poing, violence plus ou moins gratuite et pseudo révélations historiques) pour rivaliser avec les maîtres du genre. Sans grand rythme, le style de Verdier est honnête et facile à lire si l'on ne tient pas compte de quelques coquilles et autres confusions lexicales (telles perpétrer et perpétuer, page 192), indignes d'une bonne maison d'édition.




La maison ogre (2014) ajoutée le 17 mars 2015

Dans la région de Brest, le jeune Tom, 6 ans, est un orphelin pris en charge par une institution où il traine une vie des plus malheureuses. Un grand, Eddy Mezert, profite de sa force pour abuser de lui... A Brunoy, petite ville de la région parisienne, se produit un bizarre accident. Deux voitures se seraient pourchassées et une troisième, une grosse berline sombre, les auraient envoyées s'encastrer dans un arbre avant de disparaître mystérieusement. Etrangement passive, la police considère ce drame comme un banal accident de la route et classe immédiatement l'affaire. Ce que n'accepte pas Eric, un jeune généalogiste chercheur d'héritiers, qui décide de mener l'enquête avec quelques amis. Et ce qu'il va découvrir a de quoi faire se dresser les cheveux sur la tête.

« La maison Ogre » peut se classer comme thriller avec une dose d'horreur vaguement surréaliste. Il ne faut pas trop chercher de vraisemblance dans une intrigue un peu bizarroïde et qui se perd souvent dans les détails sans intérêt. Les thèmes des manipulations mentales, des dérives sectaires et autres soumissions à l'autorité sont plus suggérés et déviés vers le grand guignol qu'intelligemment exploités. Pour ne rien arranger, ce gros bouquin finit par lasser un peu à cause d'un manque de rythme, d'originalité, de peps et beaucoup par une abondance de coquilles, de fautes de frappe (mots en trop ou manquants) ou de vocabulaire (« bringuebalé de droite à gauche » en lieu et place de « brinquebalé » réussissant l'exploit d'ajouter un pléonasme à une belle erreur et ne parlons pas des confusions entre soufflet et soufflé ou palais et palet!!!). Les Editions du Riez n'auraient-elles pas les moyens de s'offrir les services d'un bon correcteur ? Sinon, le style de l'auteur n'a rien de particulier. Pour conclure, l'ouvrage est moyen et même un peu terne. Il ne relève pas vraiment des critères de la véritable littérature de l'imaginaire, le fantastique étant beaucoup trop éclipsé par le thriller.




Vortex (2012) ajoutée le 14 mars 2015

A Houston (Texas), Orrin Mather, un jeune vagabond attaqué par des inconnus qui veulent lui dérober la dizaine de carnets qu'il défend farouchement, est secouru par Jefferson Bose, un flic qui le conduit au State Care, un centre social pour personnes en détresse, où la doctoresse Sandra Cole doit statuer sur son cas et peut-être décider de son internement. Sandra est étonnée par l'attitude timide et soumise du jeune homme et surtout par ce que racontent ses carnets. Elle y lit que perdu dans un désert sur Equatoria, un certain Turk Finley aurait fait un bond de 10 000 ans dans le futur en passant par un arc temporel conçu par les « Hypothétiques ». Il aurait été capturé par les « Fermiers » puis transféré en compagnie d'une certaine Treya, dite Allison Pearl, sur Vox, un archipel artificiel destiné à rejoindre la Terre devenue toxique et inhabitable. Mais que faut-il croire dans ce qui ne semble être que des élucubrations dignes d'un roman de science-fiction ?

Après « Spin » et « Axis », « Vortex » vient clore une sorte de trilogie de science-fiction humaniste où chaque épisode peut se lire indépendamment car si un certain nombre d'éléments comme le Spin, les Hypothétiques ou les Arcs temporels se retrouvent dans les trois ouvrages, les personnages et les époques diffèrent. Nous n'avons pas affaire à une saga au sens habituel mais plutôt à trois volets d'un univers foisonnant et d'une extraordinaire originalité. La construction littéraire est originale puisqu'elle se développe sur deux plans avec mise en abyme : d'un côté une enquête menée par Sandra Cole et Jefferson Bose et de l'autre les récits de Turk Finley et d'Allison Pearl. Tous deux également passionnants. Il faut lire « Vortex » ne serait-ce que pour avoir les ultimes clés de compréhension des deux autres livres de Wilson. Sans les dévoiler, le lecteur remarquera seulement que le dénouement de cette histoire bizarroïde est proprement époustouflant, qu'il répond à toutes les interrogations laissées pendantes et que la vision globale de l'évolution de la vie sur Terre est quand même fortement pessimiste. A noter, la très intéressante métaphore du « Coryphée », cette sorte de conscience universelle à laquelle chacun est branché et qui régule à distance joies et peines de l'humanité. Une trilogie passionnante que ne doivent rater sous aucun prétexte les amateurs de science-fiction et d'anticipation intelligente, originale, puissante et surtout très bien écrite. Attention, chef d'oeuvre !




Le tour du doigt (2015) ajoutée le 13 mars 2015

Fils d'un pauvre carrier, Jules Vendange est une jeune auvergnat affublé d'une particularité gênante : il déteste le fromage. A défaut d'être paysan, il sera donc maître d'école. Il n'en a pas fini avec l'école normale que déjà sonnent les clairons de la première guerre mondiale. Grièvement blessé et amputé d'une jambe au Chemin des Dames, il reprend ses études et rate le brevet supérieur, le béhesse comme il dit. Il n'en est pas moins affecté dans l'école à classe unique d'un tout petit village de montagne...

En quatre cent pages rééditées en l'honneur du centenaire du prolifique patriarche de la littérature dite de terroir, « Le tour du doigt » nous déroule toute la vie d'un personnage qui ressemble beaucoup à celle de l'auteur mais avec un décalage d'une vingtaine d'années. Le lecteur y découvrira combien la vie d'enseignant de base pouvait tout à la fois être différente et combien plus difficile que maintenant tout en n'étant pas si éloignée que cela, ne serait-ce que par les joies et les peines de ce métier si beau et si difficile. Les personnages sont pratiquement tous de petites gens, honnêtes, courageux et touchants avec un cas à part, celui d'Automne, la belle quarteronne antillaise, dont Jules est tombé amoureux et qui semble ne pas daigner répondre à son attente. Inutile de rappeler les immenses qualités narratives de Jean Anglade. Un destin, une vie simple d'honnête homme. Un très beau texte.