« Lorenzaccio », Scène 2   

Scène 2

Une rue.Pierre et Thomas strozzi, sortant de prison.

PIERRE — J’étais bien sûr que les Huit me renverraient absous, et toi aussi. viens, frappons à notre porte, et allons embrasser notre père. Cela est singulier; les volets sont fermés !

LE PORTIER, ouvrant — Hélas! Seigneurs, vous savez les nouvelles ?

PIERRE — Quelles nouvelles ? Tu as l’air d’un spectre qui sort d’un tombeau, à la porte de ce palais désert.

LE PORTIER — Est-il possible que vous ne sachiez rien ? (Deux moines arrivent.)

THOMAS — Et que pourrions-nous savoir? Nous sortons de prison. Parle; qu’est-il arrivé ?

LE PORTIER — Hélas! mes pauvres seigneurs! cela est horrible à dire.

LES MOINES — S’approchant. Est-ce ici le palais des strozzi?

LE PORTIER — Oui; que demandez-vous ?

LES MOINES — Nous venons chercher le corps de Louise strozzi. voilà l’autorisation de Philippe, afin que vous nous laissiez l’emporter.

PIERRE — Comment dites-vous ? Quel corps demandez-vous ?

LES MOINES — Eloignez-vous, mon enfant, vous portez sur votre visage la ressemblance de Philippe; il n’y a rien de bon à apprendre ici pour vous

(il s’assoit à l’écart.)

THOMAS — Comment ? elle est morte ? morte ? ô Dieu du ciel !

PIERRE — Je suis plus ferme que vous ne pensez. Qui a tué ma sœur? car on ne meurt pas à son âge dans l’espace d’une nuit, sans une cause surnaturelle. Qui l’a tuée, que je le tue ? Répondez-moi, ou vous êtes mort vous-même.

LE PORTIER — Hélas! hélas! qui peut le dire? Personne n’en sait rien.

PIERRE — Où est mon père? viens, Thomas, point de larmes. Par le Ciel, mon cœur se serre comme s’il allait s’ossifier dans mes entrailles, et rester un rocher pour l’éternité.

LES MOINES — Si vous êtes le fils de Philippe, venez avec nous ; nous vous conduirons à lui ; il est depuis hier à notre couvent.

PIERRE — Et je ne saurai pas qui a tué ma sœur ? Ecoutez-moi, prêtres ; si vous êtes l’image de Dieu, vous pouvez recevoir un serment. Par tout ce qu’il y a d’instruments de supplice sous le ciel, par les tortures de l’enfer... Non ; je ne veux pas dire un mot. Dépêchons-nous, que je voie mon père. ô Dieu ! ô Dieu ! faites que ce que je soupçonne soit la vérité, afin que je les broie sous mes pieds comme des grains de sable. venez, venez ; avant que je perde la force, ne me dites pas un mot; il s’agit là d’une vengeance, voyez-vous, telle que la colère céleste n’en a pas rêvé. (ils sortent.)