« Lorenzaccio », Scène 5   

Scène 5

Chez la Marquise.

LA MARQUISE — Parée, devant un miroir. Quand je pense que cela est, cela me fait l’effet d’une nouvelle qu’on m’apprendrait tout à coup. Quel précipice que la vie ! Comment! il est déjà neuf heures, et c’est le duc que j’attends dans cette toilette ! Qu’il en soit ce qu’il pourra, je veux essayer mon pouvoir. (Entre le cardinal.)

LE CARDINAL — Quelle parure, marquise. Voilà des fleurs qui embaument.

LA MARQUISE — Je ne puis vous recevoir, Cardinal ; j’attends une amie ; vous m’excuserez.

LE CARDINAL — Je vous laisse, je vous laisse. Ce boudoir dont j’aperçois la porte entrouverte là-bas, c’est un petit paradis. Irai-je vous y attendre?

LA MARQUISE — Je suis pressée, pardonnez-moi ; non, pas dans mon boudoir; où vous voudrez.

LE CARDINAL — Je reviendrai dans un moment plus favorable. (il sort.)

LA MARQUISE — Pourquoi toujours le visage de ce prêtre ? Quels cercles décrit donc autour de moi ce vautour à tête chauve, pour que je le trouve sans cesse derrière moi quand je me retourne? Est-ce que l’heure de ma mort serait proche? (Entre un page qui lui parle à l’oreille.) C’est bon, j’y vais. Ah ! ce métier de servante, tu n’y es pas fait, pauvre cœur orgueilleux. (Elle sort.)