« Le roman d'un jeune homme pauvre », Mardi, 28 avril   

Mardi, 28 avril

Ce matin, à neuf heures, je sonnais à la porte de M. Laubépin, espérant vaguement que quelque hasard aurait hâté son retour ; mais on ne l’attend que demain. La pensée m’est venue aussitôt de m’adresser à Mme Laubépin, et de lui faire part de la gêne excessive où me réduit l’absence de son mari. Pendant que j’hésitais entre la pudeur et le besoin, la vieille domestique, effrayée apparemment du regard affamé que je fixais sur elle, a tranché la question en refermant brusquement la porte. J’ai pris alors mon parti, et j’ai résolu de jeûner jusqu’à demain. Je me suis dit qu’après tout on ne meurt pas pour un jour d’abstinence : si j’étais coupable en cette circonstance d’un excès de fierté, j’en devais souffrir seul, et par conséquent cela ne regardait que moi.

Là-dessus je me suis dirigé vers la Sorbonne, où j’ai assisté successivement à plusieurs cours, en essayant de combler, à force de jouissances spirituelles, le vide qui se faisait sentir dans mon temporel ; mais l’heure est venue où cette ressource m’a manqué, et aussi bien je commençais à la trouver insuffisante. J’éprouvais surtout une forte irritation nerveuse que j’espérais calmer en marchant. La journée était froide et brumeuse. Comme je passais sur le pont des Saints-Pères, je me suis arrêté un instant presque malgré moi ; je me suis accoudé sur le parapet, et j’ai regardé les eaux troubles du fleuve se précipiter sous les arches. Je ne sais quelles pensées maudites ont traversé en ce moment mon esprit fatigué et affaibli : je me suis représenté soudain sous les plus insupportables couleurs l’avenir de lutte continuelle, de dépendance et d’humiliation dans lequel j’entrais lugubrement par la porte de la faim ; j’ai senti un dégoût profond, absolu, et comme une impossibilité de vivre. En même temps, un flot de colère sauvage et brutale me montait au cerveau, j’ai eu comme un éblouissement, et, me penchant dans le vide, j’ai vu toute la surface du fleuve se pailleter d’étincelles...

Je ne dirai pas, suivant l’usage : Dieu ne l’a pas voulu. Je n’aime pas ces formules banales. J’ose dire : Je ne l’ai pas voulu ! Dieu nous a faits libres, et si j’en avais pu douter auparavant, cette minute suprême où l’âme et le corps, le courage et la lâcheté, le bien et le mal, se livraient en moi, si clairement un mortel combat, cette minute eût emporté mes doutes à jamais.

Redevenu maître de moi, je n’ai plus éprouvé vis-à-vis de ces ondes redoutables que la tentation fort innocente et assez niaise d’y étancher la soif qui me dévorait. J’ai réfléchi au surplus que je trouverais dans ma chambre une eau beaucoup plus limpide, et j’ai pris rapidement le chemin de l’hôtel, en me faisant une image délicieuse des plaisirs qui m’y attendaient. Dans mon triste enfantillage, je m’étonnais, je ne revenais pas de n’avoir point songé plus tôt à cet expédient vainqueur. Sur le boulevard, je me suis croisé tout à coup avec Gaston de Vaux, que je n’avais pas vu depuis deux ans. Il s’est arrêté après un mouvement d’hésitation, m’a serré cordialement la main, m’a dit deux mots de mes voyages et m’a quitté à la hâte. Puis, revenant sur ses pas : « Mon ami, m’a-t-il dit, il faut que tu me permettes de t’associer à une bonne fortune qui m’est arrivée ces jours-ci. J’ai mis la main sur un trésor : j’ai reçu une cargaison de cigares qui me coûtent deux francs chacun, mais qui sont sans prix. En voici un, tu m’en diras des nouvelles. Au revoir, mon bon ! »

J’ai monté péniblement mes six étages, et j’ai saisi, en tremblant d’émotion, ma bienheureuse carafe, dont j’ai épuisé le contenu à petites gorgées ; après quoi j’ai allumé le cigare de mon ami, en m’adressant dans ma glace un sourire d’encouragement. Je suis ressorti aussitôt, convaincu que le mouvement physique et les distractions de la rue m’étaient salutaires. En ouvrant ma porte, j’ai été surpris et mécontent d’apercevoir dans l’étroit corridor la femme du concierge de l’hôtel, qui a paru décontenancée de ma brusque apparition. Cette femme a été autrefois au service de ma mère, qui l’avait prise en affection, et qui lui donna en la mariant la place lucrative qu’elle occupe encore aujourd’hui. J’avais cru remarquer depuis quelques jours qu’elle m’épiait, et, la surprenant cette fois presque en flagrant délit : « Qu’est-ce que vous voulez ? lui ai-je dit violemment. – Rien, monsieur Maxime, rien, a-t-elle répondu fort troublée ; j’apprêtais le gaz. » J’ai levé les épaules, et je suis parti.

Le jour tombait. J’ai pu me promener dans les lieux les plus fréquentés sans craindre de fâcheuses reconnaissances. J’ai été forcé de jeter mon cigare, qui me faisait mal. Ma promenade a duré deux ou trois heures, des heures cruelles. Il y a quelque chose de particulièrement poignant à se sentir attaqué, au milieu de tout l’éclat et de toute l’abondance de la vie civilisée, par le fléau de la vie sauvage, la faim. Cela tient de la folie ; c’est un tigre qui vous saute à la gorge en plein boulevard.

Je faisais des réflexions nouvelles. Ce n’est donc pas un vain mot, la faim ! Il y a donc vraiment une maladie de ce nom-là ; il y a vraiment des créatures humaines qui souffrent à l’ordinaire, et presque chaque jour, ce que je souffre, moi, par hasard, une fois en ma vie. Et pour combien d’entre elles cette souffrance ne se complique-t-elle pas encore de raffinements qui me sont épargnés ? Le seul être qui m’intéresse au monde, je le sais du moins à l’abri des maux que je subis : je vois son cher visage heureux, rose et souriant. Mais ceux qui ne souffrent pas seuls, ceux qui entendent le cri déchirant de leurs entrailles répété par des lèvres aimées et suppliantes, ceux qu’attendent dans leur froid logis des femmes aux joues pâles et des petits enfants sans sourire !... Pauvres gens !... Ô sainte charité !

Ces pensées m’ôtaient le courage de me plaindre ; elles m’ont donné celui de soutenir l’épreuve jusqu’au bout. Je pouvais en effet l’abréger. Il y a ici deux ou trois restaurants où je suis connu, et il m’est arrivé souvent, quand j’étais riche, d’y entrer sans scrupule, quoique j’eusse oublié ma bourse. Je pouvais user de ce procédé. Il ne m’eût pas été plus difficile de trouver à emprunter cent sous dans Paris ; mais ces expédients, qui sentaient la misère et la tricherie, m’ont décidément répugné. Pour les pauvres cette pente est glissante, et je n’y veux même pas poser le pied : j’aimerais autant, je crois, perdre la probité même que de perdre la délicatesse, qui est la distinction de cette vertu vulgaire. Or, j’ai trop souvent remarqué avec quelle facilité terrible ce sentiment exquis de l’honnête se déflore et se dégrade dans les âmes les mieux douées, non seulement au souffle de la misère, mais au simple contact de la gêne, pour ne pas veiller sur moi avec sévérité, pour ne pas rejeter désormais comme suspectes les capitulations de conscience qui semblent les plus innocentes. Il ne faut pas, quand les mauvais temps viennent, habituer son âme à la souplesse ; elle n’a que trop de penchant à plier.

La fatigue et le froid m’ont fait rentrer vers neuf heures. La porte de l’hôtel s’est trouvée ouverte ; je gagnais l’escalier d’un pas de fantôme, quand j’ai entendu dans la loge du concierge le bruit d’une conversation animée dont je paraissais faire les frais, car à ce moment même le tyran du lieu prononçait mon nom avec l’accent du mépris.

– Fais-moi le plaisir, disait-il, Mme Vauberger, de me laisser tranquille avec ton Maxime. Est-ce moi qui l’ai ruiné, ton Maxime ? Eh bien, qu’est-ce que tu me chantes alors ? S’il se tue, on l’enterrera, quoi !

– Je te dis, Vauberger, a repris la femme, que ça t’aurait fendu le cœur si tu l’avais vu avaler sa carafe... Et si je croyais, vois-tu, que tu penses ce que tu dis, quand tu dis nonchalamment, comme un acteur : « S’il se tue, on l’enterrera !... » Mais je ne le crois pas, parce qu’au fond tu es un brave homme, quoique tu n’aimes pas à être dérangé de tes habitudes... Songe donc, Vauberger, manquer de feu et de pain ! Un garçon qui a été nourri toute sa vie avec du blanc-manger et élevé dans les fourrures comme un pauvre chat chéri ! Ce n’est pas une honte et une indignité, ça, et ce n’est pas un drôle de gouvernement que ton gouvernement qui permet des choses pareilles !

– Mais ça ne regarde pas du tout le gouvernement, a répondu avec assez de raison M. Vauberger... Et puis, tu te trompes, je te dis... il n’en est pas là... il ne manque pas de pain. C’est impossible !

– Eh bien ! Vauberger, je vais te dire tout : je l’ai suivi, je l’ai espionné, là, et je l’ai fait espionner par Édouard ; eh bien, je suis sûre qu’il n’a pas dîné hier, qu’il n’a pas déjeuné ce matin, et comme j’ai fouillé dans toutes ses poches et dans tous ses tiroirs, et qu’il n’y reste pas un rouge liard, bien certainement il n’aura pas dîné aujourd’hui, car il est trop fier pour aller mendier un dîner...

– Eh bien ! tant pis pour lui ! Quand on est pauvre, il ne faut pas être fier, a dit l’honorable concierge, qui m’a paru en cette circonstance exprimer les sentiments d’un portier.

J’avais assez de ce dialogue ; j’y ai mis fin brusquement en ouvrant la porte de la loge, et en demandant une lumière à M. Vauberger, qui n’aurait pas été plus consterné, je crois, si je lui avais demandé sa tête. Malgré tout le désir que j’avais de faire bonne contenance devant ces gens, il m’a été impossible de ne pas trébucher une ou deux fois dans l’escalier : la tête me tournait. En entrant dans ma chambre, ordinairement glaciale, j’ai eu la surprise d’y trouver une température tiède, doucement entretenue par un feu clair et joyeux. Je n’ai pas eu le rigorisme de l’éteindre ! j’ai béni les braves cœurs qu’il y a dans le monde ; je me suis étendu dans un vieux fauteuil en velours d’Utrecht que des revers de fortune ont fait passer, comme moi-même, du rez-de-chaussée à la mansarde, et j’ai essayé de sommeiller. J’étais depuis une demi-heure environ plongé dans une sorte de torpeur dont la rêverie uniforme me présentait le mirage de somptueux festins et de grasses kermesses, quand le bruit de la porte qui s’ouvrait m’a réveillé en sursaut. J’ai cru rêver encore, en voyant entrer Mme Vauberger ornée d’un vaste plateau sur lequel fumaient deux ou trois plats odoriférants. Elle avait déjà posé son plateau sur le parquet et commencé à étendre une nappe sur la table avant que j’eusse pu secouer entièrement ma léthargie. Enfin, je me suis levé brusquement.

– Qu’est-ce que c’est ? ai-je dit. Qu’est-ce que vous faites ?

Mme Vauberger a feint une vive surprise.

– Est-ce que monsieur n’a pas demandé à dîner ?

– Pas du tout.

– Édouard m’a dit que monsieur...

– Édouard s’est trompé : c’est quelque locataire à côté ; voyez.

– Mais il n’y a pas de locataire sur le palier de monsieur... Je ne comprends pas...

– Enfin ce n’est pas moi... Qu’est-ce que cela veut donc dire ? Vous me fatiguez ! Emportez cela !

La pauvre femme s’est mise alors à replier tristement sa nappe, en me jetant les regards éplorés d’un chien qu’on a battu. – Monsieur a probablement dîné, a-t-elle repris d’une voix timide.

– Probablement.

– C’est dommage, car le dîner était tout prêt ; il va être perdu, et le petit va être grondé par son père. Si monsieur n’avait pas eu dîné par hasard, monsieur m’aurait bien obligée...

J’ai frappé du pied avec violence. – Allez-vous-en, vous dis-je ! – Puis, comme elle sortait, je me suis approché d’elle : – Ma bonne Louison, je vous comprends, je vous remercie ; mais je suis un peu souffrant ce soir, je n’ai pas faim.

– Ah ! monsieur Maxime, s’est-elle écriée en pleurant, si vous saviez comme vous me mortifiez ! Eh bien, vous me paierez mon dîner, là, si vous voulez ; vous me mettrez de l’argent dans la main quand il vous en reviendra ;... mais vous pouvez être bien sûr que quand vous me donneriez cent mille francs, ça ne me ferait pas autant de plaisir que de vous voir manger mon pauvre dîner ! C’est une fière aumône que vous me feriez, allez ! Vous qui avez de l’esprit, monsieur Maxime, vous devez bien comprendre ça, pourtant.

– Eh bien, ma chère Louison... que voulez-vous ? Je ne peux pas vous donner cent mille francs... mais je m’en vais manger votre dîner... Vous me laisserez seul, n’est-ce pas ?

– Oui, monsieur. Ah ! merci, monsieur. Je vous remercie bien, monsieur. Vous avez bon cœur.

– Et bon appétit aussi, Louison. Donnez-moi votre main : ce n’est pas pour y mettre de l’argent, soyez tranquille. Là... Au revoir, Louison.

L’excellente femme est sortie en sanglotant.

 

J’achevais d’écrire ces lignes après avoir fait honneur au dîner de Louison, quand j’ai entendu dans l’escalier le bruit d’un pas lourd et grave ; en même temps j’ai cru distinguer la voix de mon humble providence s’exprimant sur le ton d’une confidence hâtive et agitée. Peu d’instants après, on a frappé, et, pendant que Louison s’effaçait dans l’ombre, j’ai vu paraître dans le cadre de la porte la silhouette solennelle du vieux notaire. M. Laubépin a jeté un regard rapide sur le plateau où j’avais réuni les débris de mon repas ; puis, s’avançant vers moi et ouvrant les bras en signe de confusion et de reproche à la fois : – Monsieur le marquis, a-t-il dit, au nom du ciel ! comment ne m’avez-vous pas ?... – Il s’est interrompu, s’est promené à grands pas à travers la chambre, et s’arrêtant tout à coup : – Jeune homme, a-t-il repris, ce n’est pas bien ; vous avez blessé un ami, vous avez fait rougir un vieillard ! – Il était fort ému. Je le regardais, un peu ému moi-même et ne sachant trop que répondre, quand il m’a brusquement attiré sur sa poitrine, et, me serrant à m’étouffer, il a murmuré à mon oreille : – Mon pauvre enfant !... – Il y a eu ensuite un moment de silence entre nous. Nous nous sommes assis. – Maxime, a repris alors M. Laubépin, êtes-vous toujours dans les dispositions où je vous ai laissé ? Aurez-vous le courage d’accepter le travail le plus humble, l’emploi le plus modeste, pourvu seulement qu’il soit honorable, et qu’en assurant votre existence personnelle, il éloigne de votre sœur, dans le présent et dans l’avenir, les douleurs et les dangers de la pauvreté ?

– Très certainement, monsieur ; c’est mon devoir, je suis prêt à le faire.

– En ce cas, mon ami, écoutez-moi. J’arrive de Bretagne. Il existe dans cette ancienne province une opulente famille du nom de Laroque, laquelle m’honore depuis de longues années de son entière confiance. Cette famille est représentée aujourd’hui par un vieillard et par deux femmes, que leur âge ou leur caractère rend tous également inhabiles aux affaires. Les Laroque possèdent une fortune territoriale considérable, dont la gestion était confiée dans ces derniers temps à un intendant que je prenais la liberté de regarder comme un fripon. J’ai reçu le lendemain de notre entrevue, Maxime, la nouvelle de la mort de cet individu : je me suis mis en route immédiatement pour le château de Laroque, et j’ai demandé pour vous l’emploi vacant. J’ai fait valoir votre titre d’avocat, et plus particulièrement vos qualités morales. Pour le conformer à votre désir, je n’ai point parlé de votre naissance : vous n’êtes et ne serez connu dans la maison que sous le nom de Maxime Odiot. Vous habiterez un pavillon séparé où l’on vous servira vos repas, lorsqu’il ne vous sera pas agréable de figurer à la table de famille. Vos honoraires sont fixés à six mille francs par an. Cela vous convient-il ?

– Cela me convient à merveille, et toutes les précautions, toutes les délicatesses de votre amitié me touchent vivement ; mais, pour vous dire la vérité, je crains d’être un homme d’affaires un peu étrange, un peu neuf.

– Sur ce point, mon ami, rassurez-vous. Mes scrupules ont devancé les vôtres, et je n’ai rien caché aux intéressés. – Madame, ai-je dit à mon excellente amie Mme Laroque, vous avez besoin d’un intendant, d’un gérant pour votre fortune : je vous en offre un. Il est loin d’avoir l’habileté de son prédécesseur ; il n’est nullement versé dans les mystères des baux et fermages ; il ne sait pas le premier mot des affaires que vous daignerez lui confier ; il n’a point de pratique, point d’expérience, rien de ce qui s’apprend, mais il a quelque chose qui manquait à son prédécesseur, que soixante ans de pratique n’avaient pu lui donner, et que dix mille ans n’auraient pu lui donner davantage : il a, madame, la probité. Je l’ai vu au feu, et j’en réponds. Prenez-le : vous serez mon obligée et la sienne. – Mme Laroque, jeune homme, a beaucoup ri de ma manière de recommander les gens, mais finalement il paraît que c’était une bonne manière, puisqu’elle a réussi.

Le digne vieillard s’est offert alors à me donner quelques notions élémentaires et générales sur l’espèce d’administration dont je vais être chargé ; il y ajouta, au sujet des intérêts de la famille Laroque, des renseignements qu’il a pris la peine de recueillir et de rédiger pour moi.

– Et quand devrai-je partir, mon cher monsieur ?

– Mais, à vrai dire, mon garçon (il n’était plus question de monsieur le marquis), le plus tôt sera le mieux, car ces gens là-bas ne sont pas capables à eux tous de faire une quittance. Mon excellente amie, Mme Laroque, en particulier, femme d’ailleurs recommandable à divers titres, est en affaires d’une incurie, d’une inaptitude, d’une enfance qui dépasse l’imagination. C’est une créole.

– Ah ! c’est une créole ? ai-je répété avec je ne sais quelle vivacité.

– Oui, jeune homme, une vieille créole, a repris sèchement M. Laubépin. Son mari était Breton : mais ces détails viendront en leur temps... À demain, Maxime, bon courage !... Ah ! j’oubliais... Jeudi matin, avant mon départ, j’ai fait une chose qui ne vous sera pas désagréable. Vous aviez parmi vos créanciers quelques fripons dont les relations avec votre père avaient été visiblement entachées d’usure : armé des foudres légales, j’ai réduit leurs créances de moitié, et j’ai obtenu quittance du tout. Il vous reste en définitive un capital d’une vingtaine de mille francs. En joignant à cette réserve les économies que vous pourrez faire chaque année sur vos honoraires, nous aurons dans dix ans une jolie dot pour Hélène... Ah çà ! venez demain déjeuner avec maître Laubépin, et nous achèverons de régler cela... Bonsoir, Maxime, bonne nuit, mon cher enfant.

– Que Dieu vous bénisse, monsieur !