« Le bossu », La fenêtre basse   

La fenêtre basse

La nuit s'annonçait noire. Les masses sombres du château de Caylus se détachaient confusément sur le ciel.

– Voyons, chevalier, dit Cocardasse, au moment où Lagardère se levait et resserrait le ceinturon de son épée, pas de fausse honte, vivadiou ! Acceptez nos services pour ce combat qui doit être inégal.

Lagardère haussa les épaules. Passepoil lui toucha le bras par-derrière.

– Si je pouvais vous être utile, murmura-t-il en rougissant outre mesure, pour la galante équipée…

La Morale en action affirme, sur la foi d'un philosophe grec, que le rouge est la couleur de la vertu. Amable Passepoil avait au plus haut degré la couleur, mais il manquait absolument de vertu.

– Palsambleu ! mes camarades, s'écria Lagardère, j'ai coutume de faire mes affaires tout seul, et vous le savez bien. La brune vient ; une dernière rasade, et décampez ; voilà le service que je réclame.

Les aventuriers allèrent à leurs chevaux. Les maîtres d'armes ne bougèrent pas. Cocardasse prit Lagardère à part.

– Je me ferais tuer pour vous comme un chien, candiéou ! chevalier, dit-il avec embarras… mais…

– Mais quoi ?

– Chacun son métier, vous savez. Nous ne pouvons pas quitter ce lieu.

– Ah ! ah ! Et pourquoi cela ?

– Parce que nous attendons aussi quelqu'un.

– Vraiment ! qui est ce quelqu'un ?

– Ne vous fâchez pas. Ce quelqu'un est Philippe de Nevers.

Le Parisien tressaillit.

– Ah ! ah ! fit-il encore ; et pourquoi attendez-vous M. de Nevers ?

– Pour le compte d'un digne gentilhomme…

Il n'acheva pas. Les doigts de Lagardère lui serraient le poignet comme un étau.

– Un guet-apens ! s'écria ce dernier, et c'est à moi que tu viens dire cela !

– Je vous fais observer… commença frère Passepoil.

– La paix, mes drôles ! je vous défends, vous m'entendez bien, n'est-ce pas ? je vous défends de toucher un cheveu de Nevers, sous peine d'avoir affaire à moi ! Nevers m'appartient ; s'il doit mourir, ce sera de ma main, en loyal combat. Mais de la vôtre, non pas… tant que je serai vivant ! Il s'était dressé de toute sa hauteur. Il était de ceux dont la voix, dans la colère, ne tremble pas, mais vibre plus sonore. Les spadassins l'entouraient, irrésolus.

– Ah ! c'est pour cela, reprit-il, que vous vous êtes fait enseigner la botte de Nevers ! et c'est moi… Carrigue !

Celui-ci vint à l'ordre, avec ses gens qui tenaient par la bride leurs chevaux chargés de fourrage.

– C'est une honte, reprit Lagardère, une honte que de telles gens nous aient fait partager leur vin !

– Voilà un mot bien dur ! soupira Passepoil, dont les yeux se mouillèrent…

Cocardasse junior blasphémait en lui-même tous les savants jurons que purent jamais produire ces deux fertiles terres, la Gascogne et la Provence.

– En selle, et au galop ! poursuivit Lagardère ; je n'ai besoin de personne pour faire justice de ces drôles !

Carrigue et ses gens, qui avaient tâté des rapières de prévôt, ne demandaient pas mieux que d'aller un peu plus loin jouir de la fraîcheur de la nuit.

– Quant à vous, continua Lagardère, vous allez déguerpir, et vite ; ou, par la mort de Dieu ! je vais vous donner une seconde leçon d'armes… à fond !

Il dégaina. Cocardasse et Passepoil firent reculer les estafiers, qui, forts de leur nombre, avaient des velléités de révolte.

– Qu'avons-nous à nous plaindre, insinua Passepoil, s'il veut absolument faire notre besogne ?

Pour la logique, vous ne trouverez pas beaucoup de Normands plus ferrés que frère Passepoil.

– Allons-nous-en ! tel fut l'avis général.

Il est vrai que l'épée de Lagardère sifflait et fouettait le vent.

– Capédédiou ! fit observer Cocardasse en ouvrant la retraite, le bon sens dit que nous n'avons pas peur ; chevalier, nous vous cédons la place.

– Pour vous faire plaisir, ajouta Passepoil, adieu !

– Au diable ! répliqua le Parisien en tournant le dos.

Les fourrageurs partirent au galop, les estafiers disparurent derrière l'enclos du cabaret. Ils oublièrent de payer ; mais Passepoil ravit en passant un doux baiser à la maritorne qui demandait son argent.

Ce fut Lagardère qui solda tous les écots.

– La fille ! dit-il, ferme tes volets et mets les barres. Quoi que tu entendes, là dans la douve, cette nuit, que chacun dans ta maison dorme sur les deux oreilles. Ce sont affaires qui ne vous regardent point.

La maritorne ferma ses volets et mit ses barres.

La nuit était presque complète, une nuit sans lune et sans étoiles, Un lumignon fumeux, placé à la tête du pont de planches, sous la niche d'une sainte vierge, brillait faiblement, mais n'éclairait point au delà d'un cercle de dix ou douze pas. Sa lumière d'ailleurs ne pouvait descendre dans les douves, à cause du pont qui la masquait.

Lagardère était seul. Le galop des chevaux s'était étouffé au lointain. La vallée de Louron se plongeait déjà dans une obscurité profonde, où luisaient çà et là quelques lueurs rougeâtres marquant la cabane d'un laboureur ou la loge d'un berger. Le son plaintif des clochettes attachées au cou des chèvres montait, quand le vent donnait, avec les murmures sourds du gave d'Arau, qui verse ses eaux dans la Clarabide, au pied du Hachaz.

– Huit contre un, les misérables ! se disait le jeune Parisien en prenant le chemin charretier pour descendre au fond de la douve ; un assassinat ! Quels bandits ! C'est à dégoûter de l'épée.

Il donna contre les tas de foin ravagés par Carrigue et sa troupe.

– Par le ciel ! reprit-il en secouant son manteau, voici une crainte qui me pousse. Le page va prévenir Nevers qu'il y a ici une bande d'égorgeurs, et Nevers ne viendra pas, et ce sera une partie manquée, la plus belle partie du monde.

Diable d'enfer ! s'il en est ainsi, demain il y aura huit coquins d'assommés.

Il arrivait sous le pont. Ses yeux s'habituaient à l'obscurité.

Les fourrageurs avaient fait une large place nette, juste à l'endroit où Lagardère était en ce moment devant la fenêtre basse. Il regarda cela d'un air content, et pensa qu'on serait bien en ce lieu pour jouer de la flamberge.

Mais il pensait encore à autre chose. L'idée de pénétrer dans cet inabordable château le tenait au collet. Ce sont de vrais diables que ces héros qui ne tournent point vers le bien la force exceptionnelle dont ils sont doués. Murailles, verrous, gardiens, le beau Lagardère se riait de tout cela.

Il n'eût point voulu d'une aventure où quelqu'un de ces obstacles eût manqué.

– Faisons connaissance avec le terrain, se disait-il, rendu déjà à l'espiègle gaieté de sa nature. Morbleu ! M. le duc va nous arriver bien colère, et nous n'avons qu'à nous tenir !

Quelle nuit ! il faudra ferrailler au jugé. Du diable si on pourra voir la pointe des épées ! Il était au pied des grands murs. Le château dressait à pic au-dessus de sa tête sa masse énorme, et le pont traçait un arc noir sur le ciel.

Escalader ce mur à l'aide du poignard, c'était l'affaire de toute une nuit. En tâtonnant la main de Lagardère rencontra la fenêtre basse.

– Bon, cela ! s'écria-t-il. Çà ! que vais-je lui dire à cette fière beauté ? Je vois d'ici l'éclair de ses yeux noirs, ses sourcils d'aigle froncés par l'indignation…

Il se frotta les mains de tout cœur.

– Délicieux ! délicieux ! Je lui dirai… il faut quelque chose de bien tourné. Je lui dirai… Palsambleu ! Épargnons nos frais d'éloquence.

Mais qu'est cela ? s'interrompit-il tout à coup. Ce Nevers est charmant ! Il s'arrêta pour écouter. Un bruit avait frappé son oreille.

Des pas sonnaient en effet au bord de la douve, des pas de gentilshommes, car on entendait le tintement argentin des éperons.

– Oh ! oh ! pensa Lagardère, maître Cocardasse aurait-il dit vrai ?

Monsieur le duc se serait-il fait accompagner ?

Le bruit de pas cessa. Le lumignon placé à la tête du pont éclaira deux hommes enveloppés de longs manteaux et immobiles. On voyait bien que leurs regards cherchaient à percer l'obscurité de la douve.

– Je ne vois personne, dit l'un d'eux à voix basse.

– Si fait, répondit l'autre, là-bas, près de la fenêtre.

Et il appela avec précaution.

– Cocardasse ?

Lagardère resta immobile.

– Faënza ! appela encore le second interlocuteur, c'est moi… M. de Peyrolles !

– Il me semble que je connais ce nom de coquin ! pensa Lagardère.

Peyrolles appela pour la troisième fois : – Passepoil ? Staupitz ?

– Si ce n'était pas un des nôtres ?… murmura son compagnon.

– C'est impossible, répliqua Peyrolles ; j'ai ordonné qu'on laissât ici une sentinelle. C'est Saldagne, je le reconnais…

Saldagne ?

– Présent ! répondit Lagardère qui prit à tout hasard l'accent espagnol.

– Voyez-vous ! s'écria M. de Peyrolles, j'en étais sûr !

Descendons par l'escalier… ici… voilà la première marche.

Lagardère pensait : – Du diable si je ne joue pas un rôle dans cette comédie !

Les deux hommes descendaient. Le compagnon de Peyrolles était, sous son manteau, de belle taille et de riche prestance. Lagardère avait cru reconnaître dans son accent, quand il avait parlé, un léger ressouvenir de la gamme italienne.

– Parlons bas, s'il vous plaît, dit-il en descendant avec précaution l'escalier étroit et raide.

– Inutile, monseigneur, répondit Peyrolles.

– Bon ! fit Lagardère, c'est un monseigneur.

– Inutile, poursuivit le factotum ; les drôles savent parfaitement le nom de celui qui les paye.

– Moi ! je n'en sais rien, pensa le Parisien, et je voudrais bien le savoir.

– J'ai eu beau faire, reprit M. de Peyrolles, ils n'ont pas voulu croire que c'était M. le marquis de Caylus.

– C'est déjà précieux à savoir, se dit Lagardère ; il est évident que j'ai affaire ici à deux parfaits coquins.

– Tu viens de la chapelle ? demanda celui qui semblait être le maître.

– Je suis arrivé trop tard, répondit Peyrolles d'un air contrit.

Le maître frappa du pied avec colère.

– Maladroit ! s'écria-t-il.

– J'ai fait ce que j'ai pu, monseigneur, J'ai bien trouvé le registre ou Rernard avait inscrit le mariage de Mlle de Caylus avec M. de Nevers, ainsi que la naissance de leur fille…

– Eh bien ?

– Les pages contenant ces inscriptions ont été arrachées.

Lagardère était tout oreilles.

– On nous a prévenus ! dit le maître avec dépit ; mais qui ?

Aurore ? oui, ce doit être Aurore. Elle pense voir Nevers cette nuit, elle veut lui remettre, avec l'enfant, les titres qui établissent sa naissance. Dame Marthe n'a pu me dire cela, puisqu'elle l'ignorait elle-même ; mais je le devine.

– Eh bien, qu'importe ? fit Peyrolles. Nous sommes à la parade.

Une fois Nevers mort…

– Une fois Nevers mort, repartit le maître, l'héritage va tout droit à l'enfant.

Il y eut un silence. Lagardère retenait son souffle.

– L'enfant… recommença très bas Peyrolles.

– L'enfant disparaîtra, interrompit celui qu'on appelait monseigneur. J'aurais voulu éviter cette extrémité ; mais elle ne m'arrêtera pas. Quel homme est ce Saldagne ?

– Un déterminé coquin.

– Peut-on se fier à lui ?

– Pourvu qu'on le paye bien, oui.

Le maître réfléchissait.

– J'aurais voulu, dit-il, n'avoir d'autre confident que nous-mêmes, mais ni toi ni moi n'avons la tournure de Nevers.

– Vous êtes trop grand, répliqua Peyrolles ; je suis trop maigre.

– Il fait noir comme dans un four, reprit le maître, et ce Saldagne est à peu près de la taille du duc. Appelle-le.

– Saldagne ? fit Peyrolles.

– Présent ! répondit encore le Parisien.

– Avance ici ! Lagardère s'avança. Il avait relevé le col de son manteau, et les bords de son feutre lui cachaient le visage.

– Veux-tu gagner cinquante pistoles outre ta part ? lui demanda le maître.

– Cinquante pistoles ! répondit le Parisien ; que faut-il faire ?

Tout en parlant, il faisait ce qu'il pouvait pour distinguer les traits de l'inconnu ; mais ce dernier était aussi bien caché que lui.

– Devines-tu ? demanda le maître à Peyrolles.

– Oui, répliqua celui-ci.

– Approuves-tu ?

– J'approuve. Mais notre homme a un mot de passe.

– Dame Marthe me l'a donné. C'est la devise de Nevers.

– Adsum ? demanda Peyrolles.

– Il a coutume de dire en français : J'y suis !

– J'y suis ! répéta involontairement Lagardère.

– Tu prononceras cela tout bas sous la fenêtre, dit l'inconnu qui se pencha vers lui. Les volets s'ouvriront, puis derrière la grille, qui est à charnière, une femme paraîtra ; elle te parlera, tu ne sonneras mot, mais tu mettras un doigt sur ta bouche. Comprends-tu ?

– Pour faire croire que nous sommes épiés ? Oui, je comprends.

– Il est intelligent, ce garçon-là, murmura le maître.

Puis reprenant : – La femme te remettra un fardeau, tu le prendras en silence, tu me l'apporteras…

– Et vous me compterez cinquante pistoles ?

– C'est cela.

– Je suis votre homme.

– Chut ! fit M. de Peyrolles.

Ils se prirent tous trois à écouter. On entendait un bruit lointain dans la campagne.

– Séparons-nous, dit le maître ; où sont tes compagnons ?

Lagardère montra sans hésiter la partie des douves qui tournait, au-delà du pont, vers le Hachaz.

– Ici, répliqua-t-il, en embuscade dans le foin.

– C'est bien ; tu te souviens du mot de passe ?

– J'y suis !

– Bonne chance, et à bientôt !

– A bientôt ! Peyrolles et son compagnon remontèrent l'escalier ; Lagardère les suivait des yeux. Il essuya son front que la sueur trempait.

– Dieu me tiendra compte à mes derniers moments, se dit-il, de l'effort que j'ai fait pour ne pas mettre mon épée dans le ventre de ces misérables ! Mais il faut aller jusqu'au bout. Désormais je veux savoir ! Il mit sa tête entre ses mains, car ses pensées bouillaient dans son cerveau. Nous pouvons affirmer qu'il ne songeait plus guère à son duel ni à son escapade d'amour.

– Que faire ? se dit-il ; enlever la petite fille ? car ce fardeau, ce doit être l'enfant. Mais à qui la confier ? je ne connais dans ce pays que Carrigue et ses bandouliers, mauvaises gouvernantes pour une jeune demoiselle ! Et pourtant il faut que je l'aie ! Il le faut ! Si je ne la tire pas de là, les infâmes tueront l'enfant comme ils comptent tuer le père. Par la mordieu ! ce n'était cependant point pour cela que j'étais venu.

Il se promenait à grands pas entre les meules de foin.

Son agitation était extrême. A tout instant il regardait cette fenêtre basse, pour voir si les contrevents ne roulaient point sur leurs gros gonds rouillés. Il ne vit rien ; mais il entendit bientôt un bruit faible à l'intérieur. C'était la grille qui s'ouvrait derrière les volets.

– Adsum ? dit une voix douce de femme qui tremblait.

Lagardère enjamba d'un saut les bottes de foin qui le séparaient du rempart, et répondit sous la croisée : – J'y suis !

– Dieu soit loué ! fit la voix de femme.

Et les contrevents s'ouvrirent à leur tour.

La nuit était bien obscure ; mais les yeux du Parisien étaient faits depuis longtemps aux ténèbres. Dans la femme qui se pencha au-dehors de la fenêtre il reconnut parfaitement Aurore de Caylus, toujours belle, mais pâle et brisée par l'épouvante.

Si vous eussiez dit en ce moment à Lagardère qu'il avait fait dessein d'entrer dans la chambre de cette femme par surprise, il vous eût donné un démenti. Cela, de la meilleure foi du monde.

Ne fût-ce que pour quelques minutes, sa fièvre folle faisait trêve. Il était sage en restant hardi comme un lion.

Peut-être qu'à cette heure un autre homme naissait en lui.

Aurore regarda au-devant d'elle.

– Je ne vois rien, dit-elle. Philippe, où êtes-vous ?

Lagardère lui tendit sa main, qu'elle pressa contre son cœur.

Lagardère chancela. Il se sentit venir des larmes.

– Philippe, Philippe, reprit la pauvre jeune femme, êtes-vous bien sûr de ne pas avoir été suivi ? Nous sommes vendus, nous sommes trahis !…

– Ayez courage, madame, balbutia le Parisien.

– Est-ce toi qui as parlé ? s'écria-t-elle ; tiens, c'est certain, je deviens folle ! je ne reconnais plus ta voix.

L'une de ses mains tenait le fardeau dont M. de Peyrolles et son compagnon avaient parlé ; de l'autre elle se pressa le front, comme pour fixer ses pensées en révolte.

– J'ai tant de choses à te dire ! reprit-elle. Par où commencerai-je ?

– Nous n'avons pas le temps, murmura Lagardère, qui avait pudeur de surprendre certains secrets ; hâtons-nous, madame.

– Pourquoi ce ton glacé ? Pourquoi ne m'appelles-tu pas Aurore ?

Est-ce que tu es fâché contre moi ?

– Hâtons-nous, Aurore, hâtons-nous !

– Je t'obéis, mon Philippe bien-aimé, je t'obéirai toujours ! Voici notre petite chérie, prends-la, elle n'est plus en sûreté avec moi. Ma lettre a dû t'instruire. Il se trame autour de nous quelque infamie.

Elle tendit l'enfant, qui dormait enveloppée dans une pelisse de soie.

Lagardère la reçut sans dire une parole.

– Que je l'embrasse encore ! s'écria la pauvre mère dont la poitrine éclatait en sanglots ; rends-la-moi, Philippe…

Ah ! je croyais mon cœur plus fort ! Qui sait quand je reverrai ma fille ! Les larmes noyèrent sa voix. Lagardère sentit qu'elle lui tendait un objet blanc, et demanda : – Qu'est-ce que ceci ?

– Tu sais bien… Mais tu es aussi troublé que moi, mon pauvre Philippe. Ce sont les pages arrachées au registre de la chapelle, tout l'avenir de notre enfant ! Lagardère prit les papiers en silence. Il craignait de parler.

Les papiers étaient dans une enveloppe au sceau de la chapelle paroissiale de Caylus. Au moment où il les recevait, un son de cornet à bouquin, plaintif et prolongé, se fit entendre dans la vallée.

– Ce doit être un signal, s'écria Mlle de Caylus ; sauve-toi, Philippe, sauve-toi !

– Adieu, dit Lagardère, jouant son rôle jusqu'au bout pour ne pas briser le cœur de la jeune mère ; ne crains rien, Aurore, ton enfant est en sûreté.

Elle attira sa main jusqu'à ses lèvres et la baisa ardemment.

– Je t'aime ! fit-elle seulement à travers ses larmes.

Puis elle ferma les contrevents et disparut.

 

Table des matières

Titre

Le petit parisien

Première partie - Les maîtres en fait d’armes

La Vallée de Louron

Cocardasse et Passepoil

Les trois Philippe

Le petit Parisien

La botte de Nevers

La fenêtre basse

Deux contre vingt

Les maîtres en fait d’armes

Deuxième partie - L’hôtel de Nevers

La maison d’or

Deux revenants

Les enchères

Largesses

Où est expliquée l’absence de Faënza et de Saldagne

Dona Cruz

Le prince de Gonzague

La veuve de Nevers

Le plaidoyer

J’y suis

Où le bossu se fait inviter au bal de la Cour

Troisième partie - Les Mémoires d’Aurore

La maison aux deux entrées

Souvenirs d’enfance

La gitana

Où Flor emploie un charme

Où Aurore s’occupe d’un petit marquis

En mettant le couvert

Maître Louis

Deux jeunes filles

Les trois souhaits

Deux dominos

Lagardère !

Première partie - Le Palais-Royal

Sous la tente

Entretien particulier

Un coup de lansquenet

Souvenirs des trois Philippe

Les dominos roses

La fille du Mississipi

La charmille

Autre tête-à-tête

Où finit la fête

Guet-apens

Deuxième partie - Le contrat de mariage

Encore la Maison d’Or

Un coup de Bourse sous la Régence

Caprice de bossu

Gascon et Normand

L’invitation

Le salon et le boudoir

Une place vide

Une pêche et un bouquet

Le neuvième coup

Triomphe du bossu

Fleurs d’Italie

La fascination

La signature du contrat

Troisième partie - Le témoignage du mort

La chambre à coucher du régent

Plaidoyer

Trois étages de cachots

Vieilles connaissances

Cœur de mère

Condamné à mort

Dernière entrevue

Anciens gentilshommes

Le mort parle

Amende honorable