« Le bossu », La fascination   

La fascination

Pour ne point comprendre ce que la situation avait de terrible, il n'y avait là que dona Cruz et ces dames. Toute la partie mâle de l'assemblée, financiers et gentilshommes, avait le frisson dans les veines. Cocardasse et Passepoil tenaient leurs yeux fixés sur le bossu, comme deux chiens tombés en arrêt.

En présence de ces femmes étonnées, inquiètes, curieuses, en présence de ces hommes énervés par le dégoût, mais qui n'avaient point ce qu'il fallait de force pour rompre leur chaîne, Aurore était calme, Aurore avait cette douce et radieuse beauté, cette tristesse profonde mais résignée de la sainte qui subit son épreuve suprême sur cette terre de deuil et qui déjà regarde le ciel, La main de Gonzague s'était tendue vers les fleurs; mais la main de Gonzague retomba. Cette situation le prenait à l'improviste. Il s'était attendu à une lutte quelconque, à la suite de laquelle ces fleurs, données ostensiblement à la jeune fille, eussent scellé la complicité de ses adhérents.

Mais, en face de cette belle et douce créature, la perversité de Gonzague s'étonna. Ce qui restait de cœur au fond de sa poitrine se souleva. Le comte Canozza était un homme.

Le bossu fixait sur lui son regard étincelant. Trois heures de nuit sonnèrent à la pendule. Au milieu du profond silence, une voix s'éleva derrière Gonzague. Il y avait là un coquin dont le cœur desséché ne pouvait plus battre. M. de Peyrolles dit à son maître : – Le tribunal de famille se rassemble demain.

Gonzague détourna la tête et murmura : – Fais ce que tu voudras.

Peyrolles prit aussitôt le bouquet de fleurs dont Gonzague lui-même avait révélé la destination. Dona Cruz, saisie d'une vague crainte, dit à l'oreille d'Aurore : – Que me parlais-tu de ces fleurs ?

– Mademoiselle, prononçait en ce moment Peyrolles, vous êtes libre. Toutes ces dames ont des bouquets, permettez que je vous en offre un.

Il fit cela gauchement. Son visage, à cette heure, suait l'infamie.

Aurore, cependant, avança la main pour prendre les fleurs.

– Capédédiou ! fit Cocardasse, qui s'essuya le front; il y a là quelque diablerie ! Dona Cruz, qui regardait Peyrolles avidement, s'élança d'instinct; mais une autre main l'avait prévenue. Peyrolles, repoussé durement, recula jusqu'à la cloison. Le bouquet s'échappa de ses mains, et le bossu le foula aux pieds froidement. Toutes les poitrines furent déchargées d'un fardeau.

– Qu'est-ce à dire ? s'écria Peyrolles, qui mit l'épée à la main.

Gonzague regarda le bossu avec défiance.

– Pas de fleurs ! dit celui-ci. Moi seul ai désormais le droit de faire de ces cadeaux à ma fiancée. Que diable, vous voilà tous consternés comme des gens qui ont vu tomber la foudre. Rien n'est tombé, qu'un bouquet de fleurs fanées. J'ai laissé aller les choses pour avoir tout le mérite de la victoire. Rengainez, l'ami, et vite ! Il s'adressait à Peyrolles.

– Monseigneur, reprit-il, ordonnez à ce chevalier de la triste figure de ne point troubler nos plaisirs. Bonté du ciel ! je vous admire ! vous jetez comme cela le manche après la cognée; vous rompez les négociations. Permettez-moi de ne pas renoncer si vite.

– Il a raison ! il a raison ! cria-t-on de toutes parts.

Chacun se raccrochait à un moyen de sortir du noir. La gaieté n'avait pu prendre dans le salon de Gonzague cette nuit. Il va sans dire que Gonzague lui-même n'espérait rien de la tentative du bossu.

Cela lui donnait seulement quelques minutes pour réfléchir. C'était précieux.

– J'ai raison, pardieu ! je le sais bien, poursuivit Ésope II.

Que vous avais-je promis ? Une leçon d'escrime amoureuse. Et vous agissez sans moi ! et vous ne me laissez même pas dire un mot ! Cette jeune fille me plaît; je la veux, je l'aurai.

– A la bonne heure ! fit Navailles, voilà qui est parler !

– Voyons, dit le gros petit traitant en arrondissant avec soin sa phrase, voyons si tu es aussi fort aux tournois d'amour qu'aux luttes bachiques.

– Nous serons juges, ajouta Nocé; entame la bataille.

Le bossu regarda Aurore, puis le cercle qui les entourait.

Aurore, épuisée par le suprême effort qu'elle venait de faire, s'affaissait entre les bras de dona Cruz. Cocardasse roula vers elle un fauteuil. Aurore s'y laissa tomber.

– Les apparences ne sont pas pour ce pauvre Ésope II, murmura Nocé.

Comme Gonzague ne riait pas, on resta sérieux; les femmes ne s'occupaient que d'Aurore, excepté Nivelle, qui pensait : – J'ai idée que ce petit homme est un Crésus.

– Monseigneur, dit le bossu, permettez-moi de vous adresser une requête. Vous êtes trop haut placé assurément pour avoir voulu vous jouer de moi. Si l'on dit à un homme : « Courez ! » il ne faut pas commencer par lui lier les deux jambes. La première condition du succès, c'est la solitude. Où vîtes-vous une femme s'attendrir quand elle se voit entourée de regards curieux ? Soyez juste, c'est là l'impossible.

– Il a raison ! fit encore le chœur des convives.

– Tout ce monde l'effraye, reprit Ésope II; moi-même, je perds une partie de mes moyens; car, en amour, le tendre, le passionné, l'entraînant, est toujours tout près du ridicule.

Comment trouver de ces accents qui enivrent les faibles femmes, en présence d'un auditoire moqueur ?

Il était vraiment drôle, ce petit homme, prononçant son discours d'un air avantageux et fat, le poing sur la hanche et la main au jabot.

Sans le sinistre vent qui soufflait cette nuit dans la petite maison de Gonzague, on aurait bien ri.

On rit un peu. Navailles dit à Gonzague : – Accordez-lui sa requête, monseigneur.

– Que demande-t-il ? fit Gonzague toujours distrait et soucieux.

– Qu'on nous laisse seuls, ma fiancée et moi, répondit le bossu; je ne demande que cinq minutes pour faire taire les répugnances de cette charmante enfant.

– Cinq minutes ! se récria-t-on; comme il y va ! On ne peut pas lui refuser cela, monseigneur.

Gonzague gardait le silence. Le bossu s'approcha de lui tout à coup et lui dit à l'oreille : – Monseigneur, on vous observe. Vous puniriez de mort celui qui vous trahirait comme vous vous trahissez vous-même !

– Merci, l'ami, répondit le prince, qui changea de visage, l'avis est bon. Nous aurons décidément un gros compte à régler ensemble, et je crois que tu seras grand seigneur avant de mourir.

Puis, s'adressant aux autres : – Messieurs, reprit-il, je songeais à vous. Nous avons gagné cette nuit une terrible partie. Demain, suivant toute apparence, nous serons au bout de nos peines, mais il ne faut pas échouer en entrant dans le port. Pardonnez ma distraction et suivez-moi.

Il s'était fait un visage riant. Toutes les physionomies s'éclairèrent.

– N'allons pas trop loin, dirent ces dames; il faut jouir du coup d'oeil.

– Dans la galerie ! opina Nocé; nous laisserons la porte entrebâillée.

– En besogne, Jonas ! tu as le champ libre !

– Surpasse-toi, bossu ! nous te donnons dix minutes au lieu de cinq, montre à la main !

– Messieurs, dit Oriol, les paris sont ouverts.

On jouait sur tout et à propos de tout. Le cours des gageures fut coté à un contre cent pour Ésope II, dit Jonas.

En passant auprès de Cocardasse et Passepoil, Gonzague leur dit : – Pour une bonne somme, retourneriez-vous bien en Espagne ?

– Nous ferions tout pour obéir à monseigneur, répliquèrent nos deux braves.

– Ne vous éloignez donc pas, fit le prince en se mêlant à la foule de ses affidés.

Cocardasse et Passepoil n'avaient garde.

Quand tout le monde eut quitté le salon, le bossu se tourna vers la porte de la galerie, derrière laquelle on voyait triple rangée de têtes curieuses.

– Bien ! fit-il d'un air guilleret, très bien ! comme cela vous ne me gênez pas du tout, Ne pariez pas trop contre moi, et consultez vos montres. J'oubliais une chose, interrompit-il en traversant le salon pour se rapprocher de la galerie, où est monseigneur ?

– Ici, répondit Gonzague. Qu'y a-t-il ?

– Avez-vous un notaire tout prêt ? demanda le bossu avec un magnifique sérieux.

Pour le coup, personne n'y put tenir. Il y eut un franc éclat de gaieté dans la galerie.

– Rira bien qui rira le dernier ! murmura Ésope II.

Gonzague répliqua, non sans un mouvement d'impatience : – Fais vite, l'ami, et ne t'inquiète point. Il y a un notaire royal dans ma chambre.

Le bossu salua et revint vers les deux femmes groupées.

Dona Cruz le regardait venir avec une sorte d'effroi.

Aurore avait toujours les yeux baissés. Le bossu vint se mettre à genoux devant le fauteuil d'Aurore. Gonzague, au lieu de regarder ce spectacle, qui avait tant de succès auprès de ses affidés, se promenait à l'écart au bras de Peyrolles. Ils allèrent s'accouder tout au bout de la galerie.

– D'Espagne, disait Peyrolles, on peut revenir.

– On meurt en Espagne comme à Paris, murmura Gonzague.

Il reprit, après un court silence : – Ici, l'occasion est manquée. Nos femmes devineraient.

Dona Cruz parlerait.

– Chaverny… commença M. de Peyrolles.

– Celui-là sera muet, interrompit Gonzague.

Ils échangèrent un regard dans l'ombre, et Peyrolles ne demanda point d'autres explications.

– Il faut, poursuivit Gonzague, qu'au sortir d'ici elle soit libre, absolument libre, jusqu'au détour de la rue…

Peyrolles se pencha tout à coup en avant et prêta l'oreille.

– C'est le guet qui passe, dit Gonzague. .

Un bruit d'armes se faisait au-dehors. Mais ce bruit s'étouffa sous le grand murmure qui s'éleva tout à coup dans la galerie.

– C'est étonnant ! s'écria-t-on; c'est prodigieux !

– Avons-nous la berlue ? que diable lui dit-il ?

– Parbleu ! fit Nivelle, ce n'est pas difficile à deviner, il lui fait le compte des actions qu'il a.

– Mais voyez donc ! dit Navailles; qui a parié cent contre un ?

– Personne, répondit Oriol; je ne gagerais seulement pas à cinquante. Fais-tu vingt-cinq ?

– Pas, s'il vous plaît ! voyez donc ! voyez donc ! Le bossu était toujours à genoux auprès du fauteuil d'Aurore. Dona Cruz voulut se mettre entre eux deux. Le bossu l'écarta en disant : – Laissez.

Il avait parlé bas. Sa voix était si étrangement changée, que dona Cruz s'écarta comme malgré elle, et ouvrit de grands yeux. Au lieu des accents stridents et discords qu'on était accoutumé à entendre sortir de cette bouche, c'était une voix mâle et douce, harmonieuse et profonde.

Cette voix prononça le nom d'Aurore. Dona Cruz sentit sa jeune compagne tressaillir faiblement entre ses bras. Puis elle l'entendit murmurer : – Je rêve.

– Aurore ! répéta le bossu toujours à genoux.

La jeune fille se couvrit la tête de ses mains. De grosses larmes coulèrent entre ses doigts qui tremblaient, Ceux qui regardaient dona Cruz par la porte entre ouverte croyaient assister à une sorte de fascination, Dona Cruz était debout, la tête rejetée en arrière, la bouche béante, les yeux fixes.

– Par le ciel ! s'écria Navailles, voilà qui tient du miracle.

– Chut ! regardez ! l'autre semble attirée comme par un irrésistible pouvoir.

– Le bossu a un talisman, un charme !

Nivelle seule donnait un nom au charme et au talisman.

Cette jolie fille, immuable en ses opinions, croyait au surnaturel pouvoir des actions bleues.

C'était vrai, ce que l'on disait derrière la porte. Aurore se penchait comme malgré elle vers la voix qui l'appelait.

– Je rêve ! je rêve ! balbutia-t-elle parmi ses sanglots; c'est affreux ! je ne sais plus !

– Aurore ! répéta le bossu pour la troisième fois.

Et, comme dona Cruz allait ouvrir la bouche, il lui imposa silence d'un geste impérieux.

– Ne tournez pas la tête, reprit-il doucement en s'adressant à Mlle de Nevers; nous sommes ici au bord même de l'abîme; un mouvement, un geste, tout est perdu.

Dona Cruz fut obligée de s'asseoir auprès d'Aurore, Ses jambes chancelaient.

– Je donnerais vingt louis pour savoir ce qu'il leur dit ! s'écria Navailles.

– Palsambleu ! fit Oriol, je commence à croire… Et cependant, il ne lui a rien donné à boire.

– Cent pistoles pour le bossu, au pair ! proposa Nocé.

Le bossu poursuivait : – Vous ne rêvez point, Aurore, votre cœur ne vous a point trompée, c'est moi.

– Vous ! murmura la jeune fille; je n'ose ouvrir les yeux.

Flor, ma sœur, regarde ! Dona Cruz la baisa au front, pour lui dire plus bas et de plus près : – C'est lui ! Aurore entre ouvrit ses doigts placés au-devant de ses yeux et glissa un regard. Son cœur sauta dans sa poitrine; mais elle parvint à étouffer son premier cri. Elle demeura immobile.

– Ces hommes qui ne croient pas au ciel, dit le bossu après avoir lancé un coup d'oeil rapide vers la porte, croient à l'enfer; ils sont faciles à tromper pourvu qu'on feigne le mal. Obéissez, non pas à votre cœur, Aurore, ma bien-aimée, mais à je ne sais quelle bizarre attraction qui est, suivant eux, l'œuvre du démon. Soyez comme fascinée par cette main qui vous conjure…

Il fit quelques passes au-dessus du front d'Aurore, laquelle se pencha vers lui obéissante.

– Elle y vient ! s'écria Navailles stupéfait.

– Elle y vient ! répétèrent tous les convives.

Et le gros Oriol, s'élançant tout essoufflé vers la balustrade : – Vous perdez le plus beau, monseigneur ! s'écria-t-il; du diable si cela ne vaut pas la peine d'être vu ! Gonzague se laissa entraîner vers la porte.

– Chut ! chut ! ne les troublons pas ! disait-on au moment où le prince arrivait.

On lui fit place. Il demeura muet d'étonnement. Le bossu continuait ses passes. Aurore, entraînée et charmée, s'inclinait de plus en plus vers lui. Le bossu avait eu raison. Ceux qui ne croient point en Dieu ont souvent foi en ces billevesées qui venaient alors surtout d'Italie : les philtres, les charmes, les pouvoirs occultes, la magie.

Gonzague murmura, Gonzague l'esprit fort : – Cet homme possède un maléfice ! Passepoil, qui était auprès de lui, se signa ostensiblement, et Cocardasse junior grommela : – Le couquinasse, il a de la graisse de pendu ! As pas pur ! cela se voit.

– Ta main, disait tout bas le bossu à Aurore; lentement, bien lentement, comme si une invincible puissance te forçait à me la donner malgré toi.

La main d'Aurore se détacha de son visage et descendit par un mouvement automatique. Si les gens de la galerie avaient pu voir son adorable sourire ! Ce qu'ils voyaient, c'était son sein agité, sa jolie tête renversée dans la masse de ses cheveux. Ils regardaient maintenant le bossu avec une sorte d'épouvante.

– Capédédiou ! fit Cocardasse, elle donne sa main, la petite bagasse ! Et tous dirent avec un ébahissement profond : – Il fait d'elle tout ce qu'il veut. Quel démon !

– As pas pur ! ajouta Cocardasse en adressant un coup d'oeil à Passepoil; ces choses-là, il faut les voir pour y croire.

– Quand je les vois, moi, dit M. de Peyrolles derrière Gonzague, je n'y crois point.

– Eh ! pardieu ! protesta-t-on de toutes parts, on ne peut nier l'évidence pourtant ! Peyrolles secoua la tête d'un air chagrin.

– Ne négligeons rien, continua tout bas le bossu, qui avait ses raisons sans doute pour compter sur la complicité de dona Cruz; Gonzague et son âme damnée sont là maintenant. Il s'agit de les tromper aussi. Quand ta main va toucher la mienne, Aurore, il faut tressaillir et jeter autour de toi un regard stupéfait. Bien !

– J'ai joué cela dans la Belle et la Bête, à l'Opéra, dit Nivelle, qui haussa les épaules; j'étais plus étonnée que cette petite, n'est-ce pas Oriol ?

– Vous étiez charmante comme toujours, répondit le gros petit financier; mais quel choc la pauvre enfant a éprouvé quand leurs mains se sont rencontrées !- Preuve qu'il y a antipathie et domination diabolique ! prononça gravement Taranne.

Le baron de Batz, qui n'était pas un ignorant, dit : – Ya ! andibadie; ya ! ya ! tôminazion tiapôligue, sacrament ! ya, ya !

– Maintenant, reprit le bossu, tourne-toi vers moi, tout d'une pièce, lentement, lentement.

Il se leva et la domina du regard.

– Lève-toi, poursuivit-il, comme un automate. Bien ! regarde-moi, fais un pas, et laisse-toi tomber dans mes bras.

Aurore obéit encore. Dona Cruz restait immobile comme une statue.

Il y eut derrière la porte, qui s'ouvrit toute grande, un tonnerre d'applaudissements.

La charmante tête d'Aurore s'appuyait contre la poitrine d'Ésope II, dit Jonas.

– Juste cinq minutes, s'écria Navailles, montre à la main.

– Est-ce qu'il a changé la jolie senorita en statue de sel ? demanda Nocé.

Le flot des spectateurs envahissait le salon en tumulte.

On entendit le petit rire sec du bossu, qui dit en s'adressant à Gonzague : – Monseigneur, ce n'est pas plus difficile que cela.

– Monseigneur, disait de son côté Peyrolles, il y a ici quelque chose d'incompréhensible. Ce drôle doit être un adroit jongleur, méfiez-vous.

– As-tu peur qu'il ne t'escamote la tête ? demanda Gonzague.

Puis, se tournant vers Ésope II, dit Jonas, il ajouta : – Bravo, l'ami ! nous donnerais-tu ta recette ?

– Elle est à vendre, monseigneur, répliqua le bossu.

– Et cela tiendrait-il jusqu'au mariage ?

– Jusqu'au mariage, oui, mais pas au-delà.

– Combien le vends-tu, ton talisman, bossu ? s'écria Oriol.

– Presque rien. Mais il faut, pour s'en servir, une denrée qui coûte cher.

– Quelle denrée ? demanda encore le gros petit financier.

– De l'esprit, répondit Ésope II; allez au marché, mon gentilhomme.

Oriol fit le plongeon dans la foule. On battit des mains.

Choisy, Nocé, Navailles, entouraient dona Cruz et l'interrogeaient avidement.

– Qu'a-t-il dit ? Parlait-il latin ? Avait-il à la main quelque fiole ?

– Il parlait hébreu, répondit la gitana, qui se remettait par degré.

– Et cette jolie fille le comprenait ?

– Couramment. Il a fourré sa main gauche dans sa poche et en a tiré quelque chose qui ressemblait… comment dirais-je ?

– A un anneau constellé ?

– A une liasse d'actions plutôt ! amenda Nivelle.

– Cela ressemblait à un mouchoir de poche, repartit la gitana, qui tourna le dos.

– Pardieu ! tu fais un homme précieux, l'ami, dit Gonzague, qui mit la main sur l'épaule du bossu; je t'admire !

– Pour un débutant, n'est-ce pas, monseigneur ? fit Ésope II, avec un sourire modeste. Mais, interrompit-il, priez ces messieurs de se reculer un peu : à distance ! s'il vous plaît, à distance ! qu'on n'aille pas me l'effaroucher. J'ai eu assez de peine. Où est le notaire ?

– Qu'on fasse venir le notaire royal ! ordonna M. de Gonzague.

 

Table des matières

Titre

Le petit parisien

Première partie - Les maîtres en fait d’armes

La Vallée de Louron

Cocardasse et Passepoil

Les trois Philippe

Le petit Parisien

La botte de Nevers

La fenêtre basse

Deux contre vingt

Les maîtres en fait d’armes

Deuxième partie - L’hôtel de Nevers

La maison d’or

Deux revenants

Les enchères

Largesses

Où est expliquée l’absence de Faënza et de Saldagne

Dona Cruz

Le prince de Gonzague

La veuve de Nevers

Le plaidoyer

J’y suis

Où le bossu se fait inviter au bal de la Cour

Troisième partie - Les Mémoires d’Aurore

La maison aux deux entrées

Souvenirs d’enfance

La gitana

Où Flor emploie un charme

Où Aurore s’occupe d’un petit marquis

En mettant le couvert

Maître Louis

Deux jeunes filles

Les trois souhaits

Deux dominos

Lagardère !

Première partie - Le Palais-Royal

Sous la tente

Entretien particulier

Un coup de lansquenet

Souvenirs des trois Philippe

Les dominos roses

La fille du Mississipi

La charmille

Autre tête-à-tête

Où finit la fête

Guet-apens

Deuxième partie - Le contrat de mariage

Encore la Maison d’Or

Un coup de Bourse sous la Régence

Caprice de bossu

Gascon et Normand

L’invitation

Le salon et le boudoir

Une place vide

Une pêche et un bouquet

Le neuvième coup

Triomphe du bossu

Fleurs d’Italie

La fascination

La signature du contrat

Troisième partie - Le témoignage du mort

La chambre à coucher du régent

Plaidoyer

Trois étages de cachots

Vieilles connaissances

Cœur de mère

Condamné à mort

Dernière entrevue

Anciens gentilshommes

Le mort parle

Amende honorable