« Le bossu », Le neuvième coup   

Le neuvième coup

Gonzague promena sur les convives un regard de maître.

– Il n'a pas la tête à lui, murmura-t-il, je l'excuse; mais, s'il en était un parmi vous…

– Elle acceptera, balbutia Navailles pour l'acquit de sa conscience; elle acceptera la main de Chaverny.

Ceci était assurément une protestation bien timide.

C'était peu. Les autres n'en firent pas même autant. La menace de ruine avait porté.

La honte est comme les morts de Burger, qui vont vite.

Et c'est surtout en ces siècles trafiquants que la chute est rapide et profonde.

Gonzague savait qu'il lui était désormais permis de tout oser. Ces gens étaient tous ses complices. Il avait une armée. Gonzague remit le bouquet à sa place.

– Assez sur ce sujet, dit-il, nous sommes d'accord. Il est quelque chose de plus grave. Neuf heures ne sont point sonnées.

– Monseigneur a-t-il appris du nouveau ? demanda Peyrolles.

– Rien. J'ai seulement pris mes mesures; tous les abords du pavillon sont gardés. Gauthier, avec cinq hommes, défendent l'entrée de la ruelle, La Baleine et deux autres sont en dehors de la porte du jardin. Lavergne et cinq hommes font sentinelle dans le jardin. Au vestibule, nous avons nos domestiques en armes.

– Et ces deux drôles ? demanda Navailles.

– Cocardasse et Passepoil ? Je ne leur ai point donné de poste. Ils attendent comme nous, ils sont là.

Il montrait l'entrée de la galerie, où l'on avait éteint les lustres lors de son arrivée. La porte de la galerie était grande ouverte depuis ce même instant.

– Qui attendent-ils et qui attendons-nous ? demanda tout à coup Chaverny, dont l'oeil morne eut un éclair d'intelligence.

– Tu n'étais pas là, hier, quand j'ai reçu cette lettre, cousin ? dit Gonzague.

– Non. Qui attendez-vous ?

– Quelqu'un pour remplir ce siège, répliqua le prince en montrant le fauteuil resté vide depuis le commencement du souper.

– La ruelle, les jardins, le vestibule, l'escalier, tout cela plein d'estafiers ! prononça Chaverny avec un geste de mépris, tout cela pour un seul homme ?

– Cet homme s'appelle Lagardère, dit Gonzague avec une emphase involontaire.

– Lagardère ! répéta Chaverny.

Puis, se parlant à lui-même : – Je le hais ! ajouta-t-il; mais il m'a tenu sous lui, renversé, et il a eu pitié de moi.

Gonzague se pencha pour l'écouter mieux, et secoua de nouveau la tête. Puis il se redressa : – Messieurs, dit-il, pensez-vous que les précautions prises soient suffisantes ?

Chaverny haussa les épaules et se mit à rire.

– Vingt contre un ! murmura Navailles, c'est honnête !

– Parbleu ! s'écria Oriol rassuré par le compte de cette formidable garnison, nous n'avions pas peur.

– Pensez-vous, reprit Gonzague, que vingt hommes pour l'attendre, le surprendre, le saisir vivant ou mort, ce soit assez ?

– Trop, monseigneur ! c'est trop ! s'écria-t-on de toutes parts.

– Alors, vous me répondez d'avance que nul ne me reprochera d'avoir manqué de prudence ?

– Je me porte caution pour cela, s'écria Chaverny; ce qui manque, ce n'est pas la prudence.

– J'avais besoin de ce témoignage, dit Gonzague; et maintenant, voulez-vous que je vous dise mon avis, à moi ?

– Dites, monseigneur, dites ! Ils s'étaient remis à boire, M. le prince de Gonzague se leva.

– Mon avis, prononça-t-il, d'une voix lente et grave, c'est que rien n'y fera, rien. Je connais l'homme. Lagardère a dit : « A neuf heures, je serai parmi vous. » A neuf heures, nous verrons Lagardère face à face, je le sais, j'en jurerais.

Il n'y a pas d'armée qui puisse empêcher Lagardère de venir au rendez-vous assigné. Descendra-t-il par la cheminée ? sautera-t-il par la fenêtre ? surgira-t-il du plancher ? Je ne sais. Mais, à l'heure dite, ni avant, ni après, nous le verrons s'asseoir à cette table.

– Pardieu ! s'écria Chaverny, qu'on me le donne, mais homme contre homme.

– Tais-toi, interrompit Gonzague durement, je n'aime les combats de nain à géant qu'à la foire. Cette conviction est chez moi si profonde, messieurs, ajouta-t-il en se tournant vers les autres convives, que tout à l'heure j'éprouvais la trempe de ma rapière.

Il dégaina et fit plier sa lame d'acier souple et brillante.

– L'heure vient, acheva-t-il en regardant la pendule du coin de l'oeil; faites comme moi. Je vous engage fort à ne compter que sur vos épées.

Tous les regards suivirent le sien, et interrogèrent le cadran de la magnifique pendule à poids qui grondait dans la caisse de bois rose.

L'aiguille allait marquer neuf heures. Les convives coururent prendre leurs épées déposées çà et là sur les meubles.

– Qu'on me le donne ! répétait Chaverny; seul à seul !

– Où vas-tu ? demanda Gonzague à Peyrolles qui se dirigeait vers la galerie.

– Fermer cette porte, répondit le prudent factotum.

– Laisse cette porte. J'ai dit qu'elle resterait grande ouverte, grande ouverte elle restera.

– C'est un signal, messieurs, continua-t-il en s'adressant aux convives en armes. Si les deux battants se referment, réjouissez-vous; cela voudra dire : « L'ennemi a succombé.

» Mais, tant qu'ils restent ouverts, veillez.

Peyrolles se mit au dernier rang avec Oriol, Taranne et les financiers.

Auprès de Gonzague se tenaient Choisy, Navailles, Nocé, Gironne, tous les gentilshommes. Chaverny était de l'autre côté de la table et le plus près de la porte. Ils avaient tous l'épée à la main. Tous les regards étaient avidement fixés sur la galerie sombre.

Certes, cette attente inquiète et solennelle donnait une grande idée de l'homme qui allait venir, La pendule eut ce grondement que rendent les rouages à l'instant où l'heure va sonner.

– Vous y êtes, messieurs ? dit Gonzague, l'oeil sur la porte.

– Nous y sommes ! fut-il répondu tout d'une voix.

Ils venaient de se compter. Le nombre fait souvent le courage.

Gonzague, qui avait la pointe de son épée fichée dans le parquet, prit son verre sur la table, et dit d'un air fanfaron, au moment même où sonnait le premier coup de neuf heures : – A la santé de M. de Lagardère; le verre d'une main et l'épée de l'autre ! Il leva son verre.

– Le verre d'une main, l'épée de l'autre ! répéta le chœur sourd.

Puis ils restèrent muets, la tasse emplie jusqu'aux bords, la brette au poing. Ils attendaient, l'oeil au guet, l'oreille attentive. Pendant ce grand silence, un bruit de fer se fit au dehors. L'horloge sonnait lentement. Elle fut un siècle à tinter ses neufs coups. Au huitième, ce bruit de fer qui avait lieu au-dehors cessa, Au neuvième, les deux battants de la porte se refermèrent brusquement. Il y eut un hourra prolongé. Les épées s'abaissèrent.

– A Lagardère mort ! cria Gonzague.

– A Lagardère mort ! répétèrent les convives en vidant leurs verres d'un trait.

Chaverny seul ne bougea point et garda le silence. Mais on vit tout à coup Gonzague tressaillir au moment où il portait son verre à ses lèvres. Au milieu de la chambre, les capes et les manteaux entassés sur le bossu oscillèrent et se soulevèrent. Gonzague ne songeait plus au bossu. Il ignorait, d'ailleurs, la fin de sa folle équipée. Gonzague avait dit : « Je ne sais pas s'il sautera par la fenêtre, s'il tombera par la cheminée ou s'il surgira du sol; mais, à l'heure dite, il sera parmi nous. » A la vue de cette masse qui remuait, il s'arrêta de boire et tomba en garde. Un éclat de rire sec et strident, sortit de dessous les manteaux.

– Je suis des vôtres, fit une voix grêle; me voici, me voici ! Ce n'était pas Lagardère.

Gonzague se prit à rire et murmura : – C'est notre ami le bossu.

Celui-ci sautilla sur ses pieds, saisit un verre, et, se mêlant aux buveurs qui trinquaient : – A Lagardère ! fit-il; le poltron aura su que j'étais ici; il n'aura pas osé venir !

– Au bossu ! au bossu ! cria le chœur en riant; vive le bossu !

– Eh ! eh ! messieurs, fit celui-ci avec simplicité; quelqu'un qui ne connaîtrait pas comme moi votre vaillance et qui vous verrait si joyeux croirait que vous avez eu une belle peur. Mais que veulent ces deux braves ?

Il montrait, devant la porte close de la galerie, Cocardasse et Passepoil immobiles comme deux statues.

Ils avaient l'air triomphant.

– Nous venons apporter nos têtes, dit le Gascon hypocritement.

– Frappez ! ajouta le Normand, envoyez deux âmes de plus au ciel.

– Réparation d'honneur ! s'écria gaiement Gonzague; qu'on donne un verre de vin à ces braves; ils trinqueront avec nous.

Chaverny les regardait avec ce dégoût qu'on a en avisant le bourreau.

Il s'éloigna de la table quand ils en approchèrent.

– Sur ma parole ! dit-il à Choisy, qui se trouvait près de lui, je crois que si ce Lagardère fût venu, je me serais mis avec lui.

– Chut ! fit Choisy.

Le bossu, qui avait entendu, montra du doigt Chaverny à Gonzague et lui demanda : – Monseigneur est-il bien sûr de cet homme-là ?

– Non, répondit le prince.

Cocardasse et Passepoil trinquaient avec ces messieurs.

Chaverny, dégrisé, les écoutait. Passepoil parlait du pourpoint blanc ensanglanté; Cocardasse racontait de nouveau l'histoire de l'amphithéâtre du Val-de-Grâce.

– Mais tout cela est infâme ! dit Chaverny en poussant droit à Gonzague; mais il est évident qu'on parle ici d'un homme assassiné !

– Hein ? fit le bossu en feignant un étonnement profond; d'où sort celui-ci ?

Cocardasse insolent et moqueur, présentait en ce moment son verre à Chaverny, qui se détourna avec horreur.

– Palsambleu ! fit encore Ésope II, ce gentilhomme me paraît avoir de singulière répugnances ! Les autres convives étaient muets. Gonzague mit sa main sur l'épaule de Chaverny.

– Prends garde, cousin, murmura-t-il, tu as trop bu.

– Au contraire, monseigneur, fit Ésope II à son oreille, je trouve, moi, que le cousin n'a pas bu assez. Croyez-moi; je m'y connais.

Gonzague fixa sur lui son oeil soupçonneux.

Le bossu riait et secouait la tête comme un homme sûr de son fait.

– C'est bien, dit Gonzague; tu as peut-être raison; je te le livre.

– Merci monseigneur, répondit Ésope II.

Puis, s'approchant du petit marquis, le verre à la main, il ajouta : – Dédaignez-vous aussi de trinquer avec moi ? C'est une revanche ! Chaverny se mit à rire et tendit son verre.

– A vos noces, beau fiancé ! s'écria le bossu.

Ils s'assirent en face l'un de l'autre, entourés déjà de leurs parrains et juges du camp. Le duel bachique recommençait entre eux.

Dans ce salon, où l'orgie avait fait long feu jusqu'alors, chacun avait un poids de moins sur le cœur, un poids énorme, Lagardère était mort, puisqu'il avait manqué à sa parole fanfaronne, Lagardère vivant et désertant le rendez-vous assigné, c'était l'impossible ! Gonzague lui-même ne doutait plus. Et, s'il ordonna à Peyrolles de faire une ronde au-dehors et d'inspecter les sentinelles, c'était excès de prudence italienne. Précaution ne nuit jamais. Les estafiers échelonnés au-dehors étaient payés pour la nuit entière. Il n'en coûtait rien de les laisser à leur poste. Plus on avait eu peur, plus on était joyeux. C'était le vrai commencement de la fête. L'appétit naissait, la soif aussi.

La gaieté refoulée faisait invasion de toutes parts.

Tubleu ! nos gentilshommes ne se souvenaient plus d'avoir tremblé; nos financiers étaient braves comme César.

Cependant, à tout ridicule comme à toute faute, il faut un bouc émissaire. Le pauvre gros Oriol avait été choisi pour victime : il expiait la poltronnerie générale. On le harcelait, on le pilait; tous les frissons, toutes les pâleurs, toutes les défaillances étaient accumulés sur sa tête.

Oriol, seul, avait tremblé; ceci fut bien convenu entre ces messieurs.

Il se débattait comme un beau diable, et proposait des duels à tout le monde.

– Ces dames ! ces dames ! criait-on, pourquoi ne fait-on pas revenir ces dames ?

Sur un signe de Gonzague, Nocé alla ouvrir la porte du boudoir. Ce fut comme une nuée d'oiseaux s'élançant hors de la volière, Elles entrèrent, parlant toutes à la fois, se plaignant de la longue attente, riant, criant, minaudant, Nivelle dit à Gonzague en montrant dona Cruz : – Voici une petite curieuse ! je l'ai arrachée dix fois au trou de la serrure.

– Mon Dieu ! répondit le prince innocemment, qu'aurait-elle pu voir ? Nous vous avons éloignées, charmantes, dans votre propre intérêt. Vous n'aimez pas les discussions d'affaires.

– Nous a-t-on rappelées pour quelque chose ? s'écria la Desbois.

– Est-ce enfin la noce ? demanda la Fleury.

Et Cidalise, prenant d'une main le menton brun de Cocardasse junior, de l'autre la joue rougissante d'Amable Passepoil, fit cette question : – Est-ce vous qui êtes les violons ?

– Capédédiou ! répliqua Cocardasse roide comme un piquet, nous sommes des gentilshommes, la belle ! Frère Passepoil tressaillit de la tête aux pieds au contact de cette main douce qui avait bonne odeur. Il voulut parler, la voix lui manqua.

– Mesdames, disait cependant Gonzague, qui baisait le bout des doigts de dona Cruz, nous ne voulons point avoir de secrets pour vous. Si nous nous sommes privés un instant de votre présence, c'était pour régler les préliminaires de ce mariage qui doit avoir lieu cette nuit.

– C'est donc vrai ! s'écrièrent d'une même voix toutes ces folles; nous allons voir la comédie ?

Gonzague protesta d'un geste.

– Il s'agit d'une union sérieuse, prononça-t-il gravement, comme si le lieu même et l'entourage ne lui donnaient pas d'avance un suffisant démenti.

Il se pencha vers dona Cruz et ajouta : – Il est temps d'aller prévenir votre amie.

Dona Cruz le regarda d'un air inquiet.

– Vous m'avez fait une promesse, monseigneur, murmura-t-elle.

– Tout ce que j'ai promis, je le tiendrai, répondit Gonzague.

Puis, en reconduisant dona Cruz vers la porte, il ajouta : – Elle peut refuser, je ne m'en dédis point; mais pour elle-même et pour un autre que je ne veux pas nommer, souhaitez qu'elle accepte.

Dona Cruz ignorait le sort de Lagardère, et Gonzague comptait là-dessus. Dona Cruz ne pouvait pas mesurer la profonde hypocrisie de ce tartufe païen. Cependant elle s'arrêta avant de passer le seuil.

– Monseigneur, dit-elle avec un accent de prière, je ne doute point que vous n'ayez pour agir des motifs nobles et dignes de vous, mais ce sont de bien étranges choses qui se passent depuis hier. Nous sommes là deux pauvres jeunes filles, et nous n'avons point l'expérience qu'il faut pour deviner les énigmes. Par amitié pour moi, monseigneur, par compassion pour cette pauvre enfant que j'aime et qui se désole, dites-moi, un mot, un mot qui explique, un seul mot qui puisse m'éclairer et servir d'argument contre ses résistances. Je serais bien forte, si je pouvais lui dire en quoi ce mariage peut sauvegarder la vie de celui qu'elle aime.

Gonzague l'interrompit.

– N'avez-vous pas confiance en moi, dona Cruz, dit-il d'un ton de reproche, et n'a-t-elle point confiance en vous ?

J'affirme, vous croyez : affirmez, elle croira. Et faites vite, acheva-t-il en donnant à ses paroles un accent plus impérieux; je vous attends.

Il salua, et dona Cruz se retira. En ce moment un grand tumulte se faisait dans le salon. Ce n'étaient que clameurs joyeuses et retentissants éclats de rire.

– Bravo, Chaverny ! disaient les uns.

– Hardi, le bossu ! criaient les autres.

– Le verre de Chaverny était plus plein !

– – Ne trichons pas ! C'est un combat à mort ! Et les femmes : – Ils vont se tuer ! ils sont fous !

– Ce petit bossu est un diable.

– S'il a autant d'actions bleues qu'on le dit, murmura la Nivelle, moi, d'abord, j'ai toujours eu un faible pour les bossus.

– Mais voyez donc ce qu'ils absorbent !

– Deux entonnoirs ! deux madrépores !

– Deux gouffres ! Bravo, Chaverny !

– Hardi, le bossu ! Deux abîmes ! Ils étaient là en face l'un de l'autre, Ésope II, dit Jonas, et le petit marquis entourés d'un cercle qui allait toujours s'épaississant.

C'était la seconde fois qu'ils en venaient aux mains.

L'invasion des mœurs anglaises, qui date de cette époque, avait mis à la mode ces tournois de la bouteille.

Auprès d'eux une douzaine de flacons vides témoignait des vaillants coups portés, ou plutôt avalés de part et d'autre. Chaverny était livide; ses yeux, déjà injectés de sang, semblaient vouloir s'échapper de leurs orbites. Mais il avait l'habitude de ces joutes. C'était, malgré l'élégance de sa taille et le peu de capacité apparente de son estomac, un buveur redoutable. On ne comptait plus ses exploits. Le bossu, au contraire, montrait un teint animé. Ses yeux brillaient d'un éclat extraordinaire.

Il s'agitait, il parlait; ce qui est, comme chacun sait, une condition mauvaise. Le bavardage enivre presque autant que le vin. Tout champion de la bouteille doit être muet, dans une rencontre sérieuse.

Voyez les poissons ! Les chances semblaient être du côté du petit marquis.

– Cent pistoles pour Chaverny ! cria Navailles; le bossu va retourner sous les manteaux.

– Je tiens ! riposta le bossu, qui chancela sur son fauteuil.

– Mon portefeuille pour le marquis ! fit la Nivelle, qui vit cela.

– Combien dans le portefeuille ? demanda Ésope II entre deux lampées.

– Cinq actions bleues… toute ma fortune, hélas !

– Je les tiens contre dix ! s'écria le bossu, passez du vin..

– Laquelle aimerais-tu le mieux ? murmura Passepoil à l'oreille de son noble ami.

Il regardait tour à tour Cidalise, Nivelle, Fleury, Desbois et les autres.

– Le pécaïré il va se noyer, vivadiou ! répondit Cocardasse junior, qui ne quittait pas des yeux le bossu. Je n'ai jamais vu qu'un seul homme boire comme cela.

Ésope II quitta son siège; on crut qu'il allait tomber.

Mais il s'assit gaillardement sur la nappe, promenant à la ronde son regard cynique et moqueur.

– N'avez-vous pas de plus grands verres ? s'écria-t-il en jetant le sien au loin. Avec ces coquilles de noisettes, nous pourrions rester là jusqu'à demain !

 

Table des matières

Titre

Le petit parisien

Première partie - Les maîtres en fait d’armes

La Vallée de Louron

Cocardasse et Passepoil

Les trois Philippe

Le petit Parisien

La botte de Nevers

La fenêtre basse

Deux contre vingt

Les maîtres en fait d’armes

Deuxième partie - L’hôtel de Nevers

La maison d’or

Deux revenants

Les enchères

Largesses

Où est expliquée l’absence de Faënza et de Saldagne

Dona Cruz

Le prince de Gonzague

La veuve de Nevers

Le plaidoyer

J’y suis

Où le bossu se fait inviter au bal de la Cour

Troisième partie - Les Mémoires d’Aurore

La maison aux deux entrées

Souvenirs d’enfance

La gitana

Où Flor emploie un charme

Où Aurore s’occupe d’un petit marquis

En mettant le couvert

Maître Louis

Deux jeunes filles

Les trois souhaits

Deux dominos

Lagardère !

Première partie - Le Palais-Royal

Sous la tente

Entretien particulier

Un coup de lansquenet

Souvenirs des trois Philippe

Les dominos roses

La fille du Mississipi

La charmille

Autre tête-à-tête

Où finit la fête

Guet-apens

Deuxième partie - Le contrat de mariage

Encore la Maison d’Or

Un coup de Bourse sous la Régence

Caprice de bossu

Gascon et Normand

L’invitation

Le salon et le boudoir

Une place vide

Une pêche et un bouquet

Le neuvième coup

Triomphe du bossu

Fleurs d’Italie

La fascination

La signature du contrat

Troisième partie - Le témoignage du mort

La chambre à coucher du régent

Plaidoyer

Trois étages de cachots

Vieilles connaissances

Cœur de mère

Condamné à mort

Dernière entrevue

Anciens gentilshommes

Le mort parle

Amende honorable