« Le bossu », Largesses   

Largesses

Ce devait être un bossu de beaucoup d'esprit, malgré l'extravagance qu'il commettait en ce moment. Il avait l'œil vif et le nez aquilin. Son front se dessinait bien sous sa perruque grotesquement révoltée, et le sourire fin qui raillait autour de ses lèvres annonçait une malice d'enfer.

Un vrai bossu ! Quant à la bosse elle-même, elle était riche, bien plantée au milieu du dos, et se relevant pour caresser la nuque. Par-devant, son menton touchait sa poitrine. Les jambes étaient bizarrement contournées, mais n'avaient point cette maigreur proverbiale qui est l'accompagnement obligé de la bosse, Cette singulière créature portait un costume noir complet, de la plus rigoureuse décence, manchettes et jabots de mousseline plissée d'une éclatante blancheur. Tous les regards étaient fixés sur lui, et cela ne semblait point l'incommoder.

– Bravo ! sage Ésope II ! s'écria Chaverny ; tu me parais un spéculateur hardi et adroit !

– Hardi, répéta Ésope II en le regardant fixement ; assez…

Adroit, nous verrons bien ! Sa petite voix grinçait comme une crécelle d'enfant. Tout le monde répéta : – Bravo, Ésope II ! bravo ! Cocardasse et Passepoil ne pouvaient plus s'étonner de rien. Leurs bras étaient tombés depuis longtemps ; mais le Gascon demanda tout bas : – N'avons-nous jamais connu de bossu, mon bon ?

– Pas que je me souvienne.

– Vivadiou ! il me semble que j'ai vu ces yeux-là quelque part.

Gonzague aussi regardait le petit homme avec une remarquable attention.

– L'ami, dit-il, on paye comptant, vous savez ?

– Je sais, répondit Ésope II, car, à dater de ce moment, il n'eut plus d'autre nom, Chaverny était son parrain.

Ésope II tira un portefeuille de sa poche et mit aux mains de Peyrolles soixante billets d'État de cinq cents livres. On s'attendait presque à voir ces papiers se changer en feuilles sèches, tant l'apparition du petit homme avait été fantastique. Mais c'étaient de belles et bonnes crédules de la compagnie.

– Mon reçu, dit-il.

Peyrolles lui donna son reçu. Ésope II le plia et le mit dans son portefeuille, à la place des billets. Puis, frappant sur le carnet : – Bonne affaire ! dit-il. A vous revoir, messieurs ! Il salua bien poliment Gonzague et la compagnie.

Tout le monde s'écarta pour le laisser passer.

On riait encore, mais je ne sais quel froid courait dans toutes les veines. Gonzague était pensif.

Peyrolles et ses gens commençaient à faire sortir les acheteurs, qui déjà eussent voulu être au lendemain. Les amis du prince regardaient encore, et machinalement, la porte par où le petit homme noir venait de disparaître.

– Messieurs, dit Gonzague, pendant qu'on va disposer la salle, je vous prie de me suivre dans mes appartements.

– Allons ! dit Cocardasse derrière la draperie, c'est le moment ou jamais, marchons !

– J'ai peur, fit le timide Passepoil.

– Eh donc ! je passerai le premier.

Il prit Passepoil par la main, et s'avança vers Gonzague, chapeau bas.

– Parbleu ! s'écria Chaverny en les apercevant, mon cousin a voulu nous donner la comédie ! c'est la journée des mascarades. Le bossu n'était pas mal, mais voici bien la plus belle paire de coupe-jarrets que j'aie vus de ma vie !

Cocardasse junior le regarda de travers. Navailles, Oriol et consorts se mirent à tourner autour de nos deux amis en les considérant curieusement.

– Sois prudent ! murmura Passepoil à l'oreille du Gascon.

– Capédédiou ! fit ce dernier, ceux-ci n'ont donc jamais vu deux gentils hommes, qu'ils nous dévisagent ainsi !

– Le grand est de toute beauté ! dit Navailles.

– Moi, repartit Oriol, j'aime mieux le petit.

– Il n'y a plus de niche à louer ; que viennent-ils faire ici ?

Heureusement qu'ils arrivaient auprès de Gonzague, qui les aperçut et tressaillit.

– Ah ! fit-il, que veulent ces braves ?

Cocardasse salua avec cette grâce noble qui accompagnait chacune de ses actions. Passepoil s'inclina plus modestement, mais en homme cependant qui a vu le monde. Cocardasse junior, d'une voix haute et claire, parcourant de l'œil cette foule pailletée qui venait de le railler, prononça ces paroles : – Ce gentilhomme et moi, vieilles connaissances de monseigneur, nous venons lui présenter nos hommages.

– Ah ! fit encore Gonzague.

– Si monseigneur est occupé d'affaires trop importantes, reprit le Gascon qui s'inclina de nouveau, nous reviendrons à l'heure qu'il voudra bien nous indiquer.

– C'est cela, balbutia Passepoil ; nous aurons l'honneur de revenir.

Troisième salut, puis ils se redressèrent tous deux, la main à la poignée de la brette.

– Peyrolles ! appela Gonzague.

L'intendant venait de faire sortir le dernier adjudicataire.

– Reconnais-tu ces beaux garçons ? lui demanda Gonzague. Mèneles à l'office, qu'ils mangent et qu'ils boivent. Donne-leur à chacun un habit neuf, et qu'ils attendent mes ordres !

– Ah ! monseigneur ! s'écria Cocardasse.

– Généreux prince ! fit Passepoil.

– Allez ! ordonna Gonzague.

Ils s'éloignèrent à reculons, saluant à toute outrance et balayant la terre avec les vieilles plumes de leurs feutres.

Quand ils arrivèrent en face des rieurs, Cocardasse le premier planta son feutre sur l'oreille, et releva du bout de sa rapière le bord frangé de son manteau. Frère Passepoil l'imita de son mieux. Tous deux, hautains, superbes, le nez au vent, le poing sur la hanche, foudroyant les railleurs de leurs regards terribles, ils traversèrent la salle sur les pas de Peyrolles, et gagnèrent l'office, où leur coup de fourchette étonna tous les serviteurs du prince.

En mangeant, Cocardasse junior disait : – Mon bon, notre fortune est faite !

– Dieu le veuille ! répondait, la bouche pleine, frère Passepoil toujours moins fougueux.

– Ah çà ! fit Chaverny au prince quand ils furent partis, depuis quand te sers-tu de semblables outils ?

Gonzague promena autour de lui un regard rêveur, et ne répondit point.

Ces messieurs, cependant, parlant assez haut pour que le prince pût les entendre, chantaient un dithyrambe à sa louange et faisaient honnêtement leur cour. C'étaient tous nobles un peu ruinés, financiers un peu tarés : aucun d'eux n'avait encore commis d'action absolument punissable selon la loi, mais aucun d'eux n'avait gardé la blancheur de la robe nuptiale. Tous, depuis le premier jusqu'au dernier, ils avaient besoin de Gonzague, l'un pour une chose, l'autre pour une autre ; Gonzague était au milieu d'eux seigneur et roi, comme certains patriciens de l'ancienne Rome parmi la foule famélique de leurs clients.

Gonzague les tenait par l'ambition, par l'intérêt, par leurs besoins et par leurs vices.

Le seul qui eût gardé une portion de son indépendance était le jeune marquis de Chaverny, trop fou pour spéculer, trop insoucieux pour se vendre.

La suite de ce récit montrera ce que Gonzague voulait faire d'eux, car, au premier aspect, placé comme il était à l'apogée de la richesse, de la puissance et de la faveur, Gonzague semblait n'avoir besoin de personne.

– Et l'on parle des mines du Pérou ! disait le gros Oriol pendant que le maître se tenait à l'écart. L'hôtel de monsieur le prince vaut à lui seul le Pérou et toutes ses mines ! Il était rond comme une boule, ce traitant ; il était haut en couleur, joufflu, essoufflé. Ces demoiselles de l'Opéra consentaient à se moquer de lui amicalement pourvu qu'il fût en fonds et d'humeur donnante.

– Ma foi, répliqua Taranne, financier maigre et plat, c'est ici l'Eldorado.

– La Maison d'or ! ajouta monsieur de Montaubert, ou plutôt la Maison de diamant !

– Ya ! traduisit le baron de Batz, tê tiamant blitôt.

– Plus d'un grand seigneur, reprit Gironne, vivrait toute une année avec une semaine de revenu du prince de Gonzague.

– C'est que, dit Oriol, le prince de Gonzague est le roi des grands seigneurs !

– Gonzague, mon cousin, s'écria Chaverny d'un air plaisamment piteux, par grâce, demande quartier, ou cet ennuyeux hosanna durera jusqu'à demain.

Le prince sembla s'éveiller.

– Messieurs, dit-il, sans répondre au petit marquis, car il n'aimait pas la raillerie, prenez la peine de me suivre dans mon appartement ; il faut que cette salle soit libre.

Quand on fut dans le cabinet de Gonzague : – Vous savez pourquoi je vous ai convoqués, messieurs, reprit-il.

– J'ai entendu parler d'un conseil de famille, répondit Navailles.

– Mieux que cela, messieurs, une assemblée solennelle, un tribunal de famille où Son Altesse Royale le Régent sera représenté par trois des premiers dignitaires de l'État ; le président de Lamoignon, le maréchal de Villeroy et le vice-président d'Argenson.

– Peste ! fit Chaverny. S'agit-il donc de la succession à la couronne ?

– Marquis, prononça sèchement le prince, nous allons parler de choses sérieuses, épargnez-nous !- N'auriez-vous point, cousin, demanda Chaverny en bâillant par avance, quelques livres d'estampes pour me distraire pendant que vous serez sérieux ?

Gonzague sourit afin de le faire taire, – Et de quoi s'agit-il, prince ? demanda M. de Montaubert.

– Il s'agit de me prouver votre dévouement, messieurs, répondit Gonzague.

Ce ne fut qu'un cri : – Nous sommes prêts ! Le prince salua et sourit.

– Je vous ai fait convoquer, spécialement vous, Navailles, Gironne, Chaverny, Nocé, Montaubert, Choisy, Lavallade, etc… en votre qualité de parents de Nevers ; vous, Oriol, comme chargé d'affaires de notre cousin de Châtillon ; vous, Taranne et Albret, comme mandataires des deux Châtellux…

– Si ce n'est la succession de Bourbon, interrompit Chaverny, ce sera donc la succession de Nevers qui sera mise sur le tapis ?

– On décidera, répondit Gonzague, l'affaire des biens de Nevers, et d'autres affaires encore.

– Et que diable avez-vous besoin des biens de Nevers, vous, mon cousin, qui gagnez un million par heure ?

Gonzague fut un instant avant de répondre.

– Suis-je seul ? demanda-t-il ensuite d'un accent pénétré, N'ai-je pas votre fortune à faire ?

Il y eut un vif mouvement de reconnaissance dans l'assemblée. Tous les visages étaient plus ou moins attendris.

– Vous savez, prince, dit Navailles, vous pouvez compter sur moi !- Et sur moi ! s'écria Gironne.

– Et sur moi ! et sur moi !- Sur moi aussi, pardieu ! fit Chaverny après tous les autres. Je voudrais seulement savoir…

Gonzague l'interrompit pour dire avec une hauteur sévère : – Toi, tu es trop curieux, petit cousin ! cela te perdra.

Ceux qui sont avec moi, comprends bien ceci, doivent entrer résolument dans mon chemin bon ou mauvais, droit ou tortueux.

– Mais cependant…

– C'est ma volonté ! Chacun est libre de me suivre ou de rester en arrière ; mais quiconque s'arrête a rompu volontairement le pacte ; je ne le connais plus. Ceux qui sont avec moi doivent voir par mes yeux, entendre par mes oreilles, penser avec mon intelligence. La responsabilité n'est pas pour ceux qui ont les bras, mais pour moi qui suis la tête. Tu m'entends bien, marquis, je ne veux pas d'amis faits autrement que cela !

– Et nous ne demandons qu'une chose, ajouta Navailles, c'est que notre illustre parent nous montre la route.

– Puissant cousin, dit Chaverny, m'est-il permis de vous adresser humblement et modestement une question ?

Qu'aurai-je à faire ?

– A garder le silence et à me donner ta voix dans le conseil.

– Dussé-je blesser le touchant dévouement de nos amis, je vous dirai, cousin, que je tiens à ma voix à peu près autant qu'à un verre de champagne vide, mais…

– Point de mais ! interrompit Gonzague.

Et tous avec enthousiasme : – Point de mais !- Nous nous serrerons autour de Monseigneur, ajouta lourdement Oriol.

– Monseigneur, ajouta Taranne, le financier d'épée, sait si bien se souvenir de ceux qui le servent ! L'invite pouvait n'être pas adroite, mais elle était au moins directe.

Chacun prit un air froid, pour n'avoir point l'air d'être complice.

Chaverny adressait à Gonzague un sourire triomphant et moqueur.

Gonzague le menaça du doigt, comme on fait à un enfant méchant.

Sa colère était passée.

– C'est le dévouement de Taranne que j'aime le mieux, dit-il avec une légère nuance de mépris dans la voix.

Taranne, mon ami, vous avez la ferme d'Épernay.

– Ah ! prince ! fit le traitant.

– Point de remerciements, interrompit Gonzague ; mais je vous prie, Montaubert, ouvrez la fenêtre, je me sens mal.

Chacun se précipita vers les croisées. Gonzague était fort pâle, et des gouttelettes de sueur perlaient sous ses cheveux. Il trempa son mouchoir dans le verre d'eau que lui présentait Gironne, et se l'appliqua sur le front.

Chaverny s'était rapproché avec un véritable empressement.

– Ce ne sera rien, dit le prince ; la fatigue… J'avais passé la nuit, et j'ai été obligé d'assister au petit lever du roi.

– Et que diable avez-vous besoin de vous tuer ainsi, cousin ? s'écria Chaverny ; que peut pour vous le roi ? je dirais presque : que peut pour vous le bon Dieu ?

A l'égard du bon Dieu, il n'y avait rien à reprocher à Gonzague.

S'il se levait trop matin, ce n'était certes point pour faire ses dévotions.

Il serra la main de Chaverny, Nous pouvons bien dire qu'il eût payé volontiers un bon prix la question que Chaverny venait de lui faire.

– Ingrat ! murmura-t-il, est-ce pour moi que je sollicite ?

Les courtisans de Gonzague furent sur le point de s'agenouiller.

Chaverny eut bouche close.

– Ah ! messieurs ! reprit le prince, que notre jeune roi est un enfant charmant ! Il sait vos noms, et me demande toujours des nouvelles de mes bons amis.

– En vérité ! fit le chœur.

– Quand monsieur le Régent, qui était dans la ruelle avec Madame Palatine, a ouvert les rideaux, le jeune Louis a soulevé ses belles paupières, toutes chargées de sommeil, et il nous a semblé que l'aurore se levait.

– L'Aurore aux doigts de roses ! fit l'incorrigible Chaverny.

Personne n'était sans avoir un peu envie de le lapider.

– Notre jeune roi, poursuivit Gonzague, a tendu la main à Son Altesse Royale, puis m'apercevant : « Eh ! bonjour, prince ; je vous ai rencontré l'autre soir au Cours-la-Reine, entouré de votre cour. Il faudra que vous me donniez M. de Gironne, qui est un superbe cavalier !… » Gironne mit la main sur son cœur. Les autres se pincèrent les lèvres.

– « M. de Nocé me plaît aussi », continua Gonzague, rapportant les paroles authentiques de Sa Majesté. « Et ce M. de Saldagne, tudieu ! ce doit être un foudre de guerre.

»- A quoi bon ceci ? lui glissa Chaverny à l'oreille ; Saldagne est absent.

On n'avait vu, en effet, depuis la veille au soir, ni M. le baron de Saldagne, ni M. le chevalier de Faënza.

Gonzague poursuivit sans prendre garde à l'interruption : – Sa Majesté m'a parlé de vous, Montaubert ; de vous aussi, Choisy, et d'autres encore.

– Et Sa Majesté, interrompit le petit marquis, a-t-elle daigné remarquer un peu la galante et noble tournure de M. de Peyrolles ?

– Sa Majesté, répliqua sèchement Gonzague, n'a oublié personne, excepté vous.

– C'est bien fait pour moi ! dit Chaverny ; cela m'apprendra !- On sait déjà votre affaire des mines, à la cour, Albret, poursuivit Gonzague. « Et votre Oriol », m'a dit le roi en riant, « savez-vous qu'on me l'a donné comme étant bientôt plus riche que moi ! » – Que d'esprit ! Quel maître nous aurons là ! Ce fut un cri d'admiration générale.

– Mais, reprit Gonzague avec un fin et bon sourire, ce ne sont là que des paroles ; nous avons eu mieux, Dieu merci !

Je vous annonce, ami Albret, que votre concession va être signée.

– Qui ne serait à vous, prince ? s'écria Albret.

– Oriol, ajouta le prince, vous avez votre charge noble ; vous pouvez voir d'Hozier pour votre écusson.

Le gros petit traitant s'enfla comme une boule, et faillit crever du coup.

– Oriol, s'écria Chaverny, te voilà cousin du roi, toi qui es déjà cousin de toute la rue Saint-Denis… Ton écusson est tout à fait : d'or, aux trois bas de chausses d'azur, deux et un ; et sur le tout, un bonnet de nuit flamboyant, avec cette devise : « Utile dulci ! » On rit un peu, sauf Oriol et Gonzague. Oriol avait reçu le jour au coin de la rue Mauconseil, dans une boutique de bonneterie. Si Chaverny eût gardé ce mot pour le souper, il aurait eu un succès fou.

– Vous avez votre pension, Navailles, reprit cependant M. de Gonzague, cette vivante providence ; Montaubert, vous avez votre brevet.

Montaubert et Navailles se repentirent d'avoir ri.

– Nocé, continua le prince, vous monterez demain dans les carrosses.

Vous, Gironne, je vous dirai, quand nous serons seuls tous deux, ce que j'ai obtenu pour vous.

Nocé fut content, Gironne le fut davantage.

Gonzague, poursuivant le cours de ses largesses, qui ne lui coûtaient rien, nomma chacun par son nom. Personne ne fut oublié, pas même le baron de Batz.

– Viens çà, marquis, dit-il enfin.

– Moi ! fit Chaverny.

– Viens çà, enfant gâté !

– Cousin, je connais mon sort ! s'écria plaisamment le marquis ; tous nos jeunes condisciples qui ont été sages ont eu des satisfecit… moi, le moins que je risque, c'est d'être au pain et à l'eau. Ah ! ajouta-t-il en se frappant la poitrine, je sens que je l'ai bien mérité !

– M. de Fleury, gouverneur du roi, était au petit lever, dit Gonzague.

– Naturellement, repartit le marquis, c'est sa charge.

– M. de Fleury est sévère.

– C'est son métier.

– M. de Fleury a su ton histoire aux Feuillantines avec Mlle de Clermont.

– Aïe ! fit Navailles.

– Aïe ! aïe ! répétèrent Oriol et consorts.

– Et tu m'as empêché d'être exilé, cousin ? dit Chaverny ; grand merci !

– Il ne s'agissait pas d'exil, marquis.

– De quoi donc s'agissait-il, cousin ?

– Il s'agissait de la Bastille.

– Et tu m'as épargné la Bastille ? Deux fois grand merci.

– J'ai fait mieux, marquis.

– Mieux encore, cousin ? Il faudra donc que je me prosterne ?

– Ta terre de Chaneilles fut confisquée sous le feu roi.

– Lors de l'édit de Nantes, oui.

– Elle était d'un beau revenu, cette terre de Chaneilles ?

– Vingt mille écus, cousin, pour moitié moins je me donnerais au diable.

– Ta terre de Chaneilles t'est rendue.

– En vérité ! s'écria le petit marquis.

Puis tendant la main à Gonzague et d'un grand sérieux : – Alors, c'est dit, je me donne au diable ! Gonzague fronça le sourcil. Le cénacle entier n'attendait qu'un signe pour crier au scandale. Chaverny promena tout autour de lui son regard dédaigneux.

– Cousin, prononça-t-il lentement et à voix basse, je ne vous souhaite que du bonheur. Mais si les mauvais jours venaient, la foule s'éclaircirait autour de vous. Je n'insulte personne ; c'est la règle ; dussé-je rester seul, alors, cousin, moi je resterai !

 

Table des matières

Titre

Le petit parisien

Première partie - Les maîtres en fait d’armes

La Vallée de Louron

Cocardasse et Passepoil

Les trois Philippe

Le petit Parisien

La botte de Nevers

La fenêtre basse

Deux contre vingt

Les maîtres en fait d’armes

Deuxième partie - L’hôtel de Nevers

La maison d’or

Deux revenants

Les enchères

Largesses

Où est expliquée l’absence de Faënza et de Saldagne

Dona Cruz

Le prince de Gonzague

La veuve de Nevers

Le plaidoyer

J’y suis

Où le bossu se fait inviter au bal de la Cour

Troisième partie - Les Mémoires d’Aurore

La maison aux deux entrées

Souvenirs d’enfance

La gitana

Où Flor emploie un charme

Où Aurore s’occupe d’un petit marquis

En mettant le couvert

Maître Louis

Deux jeunes filles

Les trois souhaits

Deux dominos

Lagardère !

Première partie - Le Palais-Royal

Sous la tente

Entretien particulier

Un coup de lansquenet

Souvenirs des trois Philippe

Les dominos roses

La fille du Mississipi

La charmille

Autre tête-à-tête

Où finit la fête

Guet-apens

Deuxième partie - Le contrat de mariage

Encore la Maison d’Or

Un coup de Bourse sous la Régence

Caprice de bossu

Gascon et Normand

L’invitation

Le salon et le boudoir

Une place vide

Une pêche et un bouquet

Le neuvième coup

Triomphe du bossu

Fleurs d’Italie

La fascination

La signature du contrat

Troisième partie - Le témoignage du mort

La chambre à coucher du régent

Plaidoyer

Trois étages de cachots

Vieilles connaissances

Cœur de mère

Condamné à mort

Dernière entrevue

Anciens gentilshommes

Le mort parle

Amende honorable