« Noir & blanc », Chapitre 7 - Violence   

Chapitre 7 - Violence

Je me suis arrêtée à une boulangerie pour aller chercher des croissants et du jus de fruits, et j’ai garé la voiture un peu plus loin, pour qu’on puisse s’asseoir au bord de la route pour prendre notre petit-déjeuner.

« Bon, ai-je dit en mordant un croissant. Tu m’expliques ?

— Fernand, a commencé Laura en décapsulant une canette. Tu dis qu’il était infiltré chez les anars. Mais moi je le trouvais plutôt convaincu. Et je ne suis peut-être pas la seule à avoir penser ça.

— Je ne vois pas où tu veux en venir. »

Elle a avalé quelques gorgées de jus de pommes avant de me répondre.

« Bertrand Yvain était un coureur de jupons. Et bisexuel. En plus de ça, il ne lui aurait pas manqué grand chose pour changer de camp.

— Changer de camp ? Devenir un démon ?

— En tout cas, je devais obtenir des informations sur lui pour savoir si ça pouvait être envisageable.

— Et mon oncle disait que le Bien et le Mal, ça revenait au même. Enfin, d’après ce que tu dis.

— Il ne l’a peut-être pas tout à fait formulé comme ça. En tout cas, les trois victimes avaient un point commun : elles n’étaient pas très catholiques. Ou en tout cas, pas assez.

— Donc, tu penses qu’ils auraient été tués par Lumière Blanche ?

— Ou par des purs et durs en son sein. C’est la seule explication logique que je puisse trouver. Par contre, j’ai un peu plus de mal à voir le lien avec moi.

— Comment ça, le lien avec toi ?

— Tu l’as dit toi-même, je connaissais les trois victimes. Ça fait trop de coïncidences.

— Ouais, ai-je admis en finissant mon croissant. Bon. De toutes façons, notre problème principal, c’est plus vraiment ça, hein ? »

Laura m’a fait un sourire triste, et a baissé la tête.

« Je suis désolée. Je t’ai entraînée dans cet enfer.

— J’ai fait un choix.

— Mais je ne t’ai apporté que des emmerdes.

— Ouais, ai-je dit en souriant. Mais je m’ennuie beaucoup moins avec toi. »

*****

« Tu veux que je conduise ? m’a demandé Laura alors qu’on se remettait en route.

— Ça ira.

— Comme tu veux », a-t-elle dit en s’asseyant du côté du passager.

Je me suis assise à mon tour et ai démarré la voiture.

« J’appelle mon contact à Cannes, alors ? » a demandé Laura.

J’ai fait la moue. Demander de l’aide à des démons ne m’enthousiasmait pas.

« Si ça ne te plaît pas, on peut laisser tomber. Dans ce cas, il faut trouver un coin où se planquer.

— Ça ne me plaît pas. Mais je ne vois pas d’autres moyen. Je doute qu’on puisse trouver beaucoup de coins où on peut éviter efficacement Lumière Blanche.

— J’appelle, alors. »

Elle a sorti son téléphone et a composé un numéro.

« C’est Laura, a-t-elle dit au bout d’un moment. Je suis dans la merde. J’ai besoin d’un coup de main. Il faudrait qu’on se voit ce soir. Je te rappelle. »

Elle a raccroché, et a regardé son téléphone un moment.

« Il faut se débarrasser de nos portables, a-t-elle dit. Passe moi le tien. »

J’ai obéi, et lui ai tendu mon téléphone.

« On ne pourrait pas se contenter de l’éteindre ?

— C’est moins drôle que de les envoyer sur une fausse piste, a-t-elle répliqué. Arrête toi là. »

On était dans un petit village de campagne. Je me suis garée sur un parking. Il était maintenant huit heures trente, mais il n’y avait personne.

Laura est sortie de la voiture, a rapidement crocheté la serrure d’une autre, a posé les deux portables sous un siège, et est remontée.

« Au prochain arrêt, a-t-elle dit alors qu’on repartait, il faudrait aussi qu’on change de bagnole.

— Ou alors, on pourrait prendre le train ? ai-je suggéré.

— Pour qu’un type en face de nous ait vu ma photo dans le journal et me dénonce ?

— Je n’avais pas pensé à ça, ai-je admis. Mais tu saurais voler une voiture ?

— Pas de problème. C’est juste que je n’arrive jamais à les faire démarrer.

— En même temps, ai-je soupiré, ça ne sert pas à grand chose d’avoir une voiture si on doit la pousser.

— Il suffit de voler les clés. Arrête toi là. »

J’ai obéi sans comprendre. Il n’y avait aucun village, aucune habitation autour de nous. On était au bord d’un lac, certes fort joli, mais je ne voyais pas où elle voulait trouver une voiture.

« Tu comptes piquer une tête ? ai-je demandé.

— Pas moi. La voiture.

— Quoi ?

— Plus on met de temps à la retrouver, mieux ce sera pour nous.

— Et on continue comment ?

— À pied. Mais tu peux m’attendre ici, si tu veux. »

J’ai fini par accepter. J’ai vu avec un pincement au cœur ma Twingo être engloutie par le lac. Je n’avais même pas fini de la payer.

Ensuite, on a commencé à marcher au bord de la route. Il nous a fallu une demi-heure pour atteindre la prochaine habitation. C’était un grand chalet. En ce qui nous concernait, il y avait surtout deux voitures à l’extérieur : une Peugeot récente et une belle Mercedes.

« Attends moi là, a dit Laura.

— Attends, tu ne vas pas...

— Je récupère les clés et je m’en vais.

— Il est plus de neuf heures ! Il y a sûrement quelqu’un de réveillé à l’intérieur.

— T’en fais pas. Reste là. Non, va plutôt m’attendre cent mètres plus loin. »

Alors que je continuais mon chemin, je l’ai regardée entrer dans le jardin avec une démarche féline. J’étais morte de trouille. Mon cœur a manqué quelques battements quand j’ai vu un homme sortir sur un balcon avec une cigarette et une tasse de café. Mais Laura s’était déjà aplatie derrière un mince buisson, et l’homme n’a pas paru la remarquer.

Je me suis arrêtée après le virage et je l’ai attendue en me rongeant les ongles. J’ai patienté dix minutes en me faisant un sang d’encre.

Et puis j’ai aperçu une Peugeot 307 qui roulait dans la pente, le moteur éteint.

« Votre carrosse est avancé », a dit Laura en m’ouvrant la porte.

Je me suis empressée de m’asseoir à côté d’elle. Elle a mis le contact et on est parti.

« Comment tu as fait ? Il y avait un type...

— Deux, a corrigé Laura. C’est pour ça que j’ai mis si longtemps.

— Ils ne t’ont pas vue ?

— Non. Je les ai endormis par derrière.

Endormis ? Tu veux dire, assommés ? »

Laura a levé les yeux au ciel.

« Et bien, je n’avais pas le temps de leur chanter une berceuse, hein ?

— Tu n’as pas frappé trop fort, au moins ?

— Mais non, a-t-elle soupiré.

— Je culpabilise un peu, quand même. Ils n’y étaient pour rien.

— Force majeure, a répliqué Laura. Et puis, ils sont assurés.

— Ouais, je sais, mais je peux pas m’empêcher de culpabiliser. »

*****

L’arrêt de la voiture m’a réveillée et m’a, du même coup, fait réaliser que je m’étais endormie. On était à une station service.

« On s’arrête déja ?

— Même les démons ont parfois besoin d’une pause pipi, a expliqué Laura en souriant. Et il faut remettre de l’essence. Et puis, il est presque midi. »

J’ai grimacé. Je ne pensais pas avoir autant dormi. J’ai fini de me réveiller alors que Laura remettait de l’essence, puis on est allé au magasin.

Après un tour aux toilettes, elle a pris deux boîtes de deux sandwiches triangulaires et est allée payer.

Je me suis tendue en entendant que la radio parlait de nous, ou en tout cas de Laura. Mon cœur s’est arrêté quand j’ai vu qu’il y avait un flic en uniforme dans la boutique.

J’ai essayé de me calmer en me disant que ce n’était qu’une coïncidence, qu’avec un peu de chance il n’écoutait pas ce que la radio disait, mais j’étais paniquée. J’espérais juste que ça ne se voyait pas trop.

« Cheveux bruns, yeux verts, qu’ils ont dit », a remarqué le vendeur de la boutique, un gros type chauve. « Ça pourrait être vous. »

J’ai essayé de respirer lentement. Le flic s’était mise derrière elle, mais j’espérais qu’il faisait juste la queue.

« Ouais, a dit Laura en souriant. Mais armée et dangereuse, qu’ils ont dit. D’accord, mon copain dit toujours que je suis dangereuse au volant, mais en tout cas je n’ai pas d’arme.

— Je me doute bien, a dit le type, souriant aussi. J’imagine que vous n’êtes pas la seule fille aux cheveux bruns et aux yeux verts dans ce pays. Vous payez par carte ? »

J’ai soufflé. Fausse alerte.

« Espèces, a dit Laura en sortant un billet de cinquante euros.

— Vous n’aimez pas les cartes bleues ? » a demandé le flic.

Peut-être pas une fausse alerte, en fait. Laura est restée impassible, contrairement à moi. Heureusement que personne ne me regardait.

« C’est plutôt les cartes bleues qui ne m’aiment pas », a soupiré Laura, avant d’expliquer : « Interdit bancaire ».

Le vendeur a souri en encaissant le billet.

« Je pourrais voir votre carte d’identité ? a insisté le policier.

— Pourquoi ? a demandé Laura. On n’a pas le droit de payer en billets ? »

Le policier paraissait crispé.

« Votre carte d’identité, mademoiselle.

— Et moi, je peux voir la vôtre ? Qui me dit que vous êtes un flic et pas un pervers ? »

Le policier a sorti son arme de service. Laura a sursauté et levé les mains, mais elle n’était pas autant paniquée que moi. Heureusement.

« Calmez vous, a-t-elle dit. Tout va bien. J’ai juste payé en espèces. Je vais vous montrer ma carte, d’accord ?

— Allez-y. »

Elle a hoché la tête et a sorti son portefeuille de la main gauche, et a cherché à l’intérieur.

« Comment elle s’appelle, déjà, la fille qui est recherchée ? a demandé le vendeur, joyeusement. Laura quelque chose ?

— Vogier, ai-je dit, lugubre.

— Voilà, c’est ça. »

Laura a lentement sorti sa carte et l’a regardée un moment.

« Non, c’est pas moi, a-t-elle dit.

— Montrez moi ça », a dit le flic.

Laura lui a tendu sa carte. Le policier l’a examinée, puis a baissé son arme et la lui a rendue.

« Désolé, mademoiselle. Mais vous comprenez, si vous aviez été ce démon...

— J’ai vraiment une tête de démon ? » s’est offensée Laura.

« Explique moi, ai-je fait en remontant dans la voiture. Quelle carte tu lui as montrée ?

— Celle de Hélène Durand.

— C’est qui, Hélène Durand ?

— C’est la personne qui nous a gentiment prêté cette voiture.

— Tu lui as fauché sa carte en plus de la voiture ?

— Elle n’avait qu’à pas me ressembler, aussi. »

*****

« On irait quand même plus vite sur l’autouroute, a grogné Laura en s’arrêtant à un feu rouge dans un énième patelin qu’on traversait.

— Je peux reprendre le volant.

— Je veux bien. Il faut que j’aille téléphoner aussi. »

On s’est arrêté au bord de la route, près d’une cabine, et je l’ai regardée téléphoner à son « contact ».

« Alors ? ai-je demandé quand elle est remontée dans la voiture.

— Il veut bien nous voir. De là à dire qu’il va nous aider...

— Il s’appelle comment, ton contact ?

— Il se fait appeler Bob.

— Et tu le connais depuis longtemps ?

— Non. Six mois, pas plus. Avant, j’étais affiliée à quelqu’un d’autre, mais il s’est fait descendre.

— Comment ça, affiliée ?

— C’est mon chef, quoi. Il me donne des ordres, et je les exécute. Lui reçoit ses ordres de son chef, qui les reçoit de son chef, tout ça jusqu’au grand chef, Satan himself. Sauf que comme c’est démoniaque, on appelle ça premier cercle, deuxième cercle, etcaetera. au lieu de dire chefs, grands chefs et PDG.

— C’est pas un peu hiérarchique, tout ça, pour des seigneurs du chaos ? »

Laura s’est contentée de hausser les épaules.

« L’organisation reste très chaotique. Beaucoup de démons font ce qu’ils veulent dans leur coin. Et puis tous ne sont pas au service de Satan.

— Ah ?

— Non. Une grande majorité seulement. Certains sont indépendants. Mais tout le monde ne peut pas l’être.

— Toi, tu ne peux pas ? ai-je demandé.

— Je suis un démon inférieur. Sous-fifre, quoi.

— Et en tant que démon, tu as des pouvoirs spéciaux ?

— Je ne sais pas. Attirer les emmerdes, c’est considéré comme un pouvoir ? »

*****

Il était presque huit heures quand on est arrivé aux environs de Cannes. On avait passé toute la journée dans la voiture, et je commençais à en avoir vraiment marre.

Malgré ça, je n’étais pas pressée de rencontrer ce Bob. Laura ne m’avait pas dit grand chose sur lui, mais je me doutais qu’il n’accepterait pas de nous aider si facilement.

Elle avait repris le volant depuis une heure, et elle nous dirigeait sur les chemins sinueux au-dessus de Cannes, à la recherche de la villa de son chef.

Elle a fini par trouver, et on s’est garé à l’intérieur. C’était très beau et très cher. Il y avait une vue magnifique, une pelouse bien tondue et une piscine énorme.

Un type nous attendait en short et en chemise hawaïenne devant la porte de la villa. J’ai supposé qu’il s’agissait de Bob.

« Salut, a fait Laura.

— Bonsoir. Qui êtes vous ? »

J’ai supposé que la question était pour moi.

« Je m’appelle Mélanie, ai-je dit. Je suis...

— Vous m’expliquerez ça à l’intérieur », a-t-il coupé.

Avant qu’on puisse s’assoir, un grand type costaud et moustachu nous a demandé de lui donner nos armes. J’ai supposé qu’il s’agissait d’un garde du corps. Laura a tendu son revolver en souriant et je lui ai donné mon Desert Eagle. Le Uzi était resté sous le siège de la voiture, mais j’avais toujours le Beretta à l’intérieur de ma veste, et le garde du corps n’avait pas paru le remarquer. Tant mieux, ça pourrait toujours être utile, au cas où.

Laura a expliqué la situation à Bob devant un verre. Ça a pris un certain temps, parce qu’il n’arrêtait pas de l’interrompre pour lui poser des questions. Il hochait ensuite la tête, l’air pensif.

Durant toute la discussion, le garde du corps s’était tenu derrière Bob, debout, les bras croisés. Il avait l’air de follement s’amuser.

« Je vois, a simplement dit Bob quand elle eût fini. Ça explique vos photos dans le journal.

— Vous allez nous aider, alors ? » a demandé Laura.

Bob a avalé une gorgée de Tequila. Puis il a grimacé.

« Je vais voir ce que je peux faire. Il ne devrait pas être très difficile de vous fournir une nouvelle identité.

— Merci, a dit Laura.

— Cependant », a fait Bob. Je m’attendais à ce qu’il y ait un « mais », mais je me suis quand même raidie quand il a commencé. « Il y a quelque chose qui me pose un problème. »

Il y a eu un court moment de silence. Puis Bob a lentement pointé son doigt vers moi.

« Qu’est-ce que cette fille fout chez moi ? » a-t-il hurlé.

C’est à ce moment là que j’ai compris que les choses n’allaient pas bien se passer.

« Elle m’a aidée... a commencé Laura.

— Je n’en ai rien à cirer ! Rien ne nous dit qu’elle n’appartient pas à Lumière Blanche !

— C’est absurde, a protesté Laura. C’est elle qui m’a sortie de leurs griffes.

— Ou alors », a dit Bob avec les yeux injectés de sang, « ils t’ont laissée partir pour pouvoir remonter jusqu’à moi ! »

Il a plongé son bras dans sa veste et a sorti un pistolet, qu’il a lancé à Laura. Elle l’a attrapé par réflexe.

« Je veux que vous la tuiez, a-t-il dit.

— Vous êtes cinglé, a répliqué Laura en secouant la tête.

— Tuez la ! » a crié Bob.

J’ai fermé les yeux, et j’ai essayé de me calmer. Qu’est-ce que j’étais censée faire dans ce genre de cas ? Combien de temps est-ce qu’il me faudrait pour sortir mon Beretta ? Est-ce qu’une balle bien placée suffirait à éliminer un démon ?

Quand j’ai rouvert les yeux, Laura pointait son arme sur Bob.

« Et si c’était plutôt vous que je descendais, Bob ? » a-t-elle demandé.

Il s’est contenté de sourire.

« Vous aurez du mal. J’ai enlevé le chargeur. Vous êtes tellement prévisible.

— On dirait », a dit Laura, lugubre.

Elle a tout de même pressé la détente en visant le plafond. On ne savait jamais. Mais le pistolet n’a fait qu’un misérable « clic ».

« Vous et votre soi-disant conscience, a continué Bob en sortant une autre arme. Pour être factrice au Vatican, ça va, mais pour le reste... Vous préféreriez tuer un être de votre race plutôt qu’un simple humain.

— Oh, allez, a-t-elle fait en secouant la tête. Vous n’allez quand même pas nous ressortir le vieux vomi sur les races supérieures. »

Bob n’a pas répondu, et s’est contenté de lever son arme vers Laura.

J’ai bloqué ma respiration, et j’ai donné un coup de pied dans la table. Laura a plongé et Bob a tiré. Il a ensuite tourné son arme vers moi mais j’avais déjà sorti mon Beretta. J’ai fait feu.

La balle a atteint son bras droit, mais ça ne lui a pas fait lâcher son arme. J’ai tiré une nouvelle fois. La balle l’a atteint en pleine tête. Il s’est écroulé au fond du canapé, un trou rouge au milieu du front.

J’ai levé mon arme vers le garde du corps, prête à tirer, mais il n’avait pas bougé.

Les bras toujours croisés, il a souri en voyant que je n’allais pas l’abattre.

« De toutes façons, c’était un sale con, a-t-il lâché.

— Je confirme, a lancé Laura en se relevant.

— Tu vas bien ? ai-je demandé.

— Grâce à toi. »

Elle s’est approchée du cadavre de Bob et a vérifié son pouls.

« Il est mort, a-t-elle dit.

— Je m’en doutais.

— Ouais, joli tir. Mais on ne sait jamais. »

Elle a souri en regardant le crâne explosé de Bob.

« Hé, a-t-elle dit, ton oncle aurait été fière de toi. Une Delaur en plus tueuse de démons. »