A propos de « L'attente du soir » (2008 - Français) ajouté par zout le 1 avr. 2015    

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Roman

Résumés  

Par zout le 1 avr. 2015

Ils sont trois à parler à tour de rôle, trois marginaux en bord de monde.

Il y a d'abord Giacomo, vieux clown blanc, dresseur de caniches rusés et compositeur de symphonies parfumées. Il court, aussi vite qu'il le peut, sur ses jambes usées pour échapper à son grand diable noir, le Sort, fauteur de troubles, de morts et de mélancolie.

Il y a la femme grise sans nom, de celles qu'on ne remarque jamais, remisée dans son appartement vide. Elle parle en lignes et en carrés, et récite des tables de multiplication en comptant les fissures au plafond pour éloigner l'angoisse.

Et puis il y a le môme, l'enfant sauvage qui s'élève seul, sur un coin de terrain vague abandonné aux ordures. Le môme lutte et survit. Il reste debout. Il apprendra les couleurs et la peinture avant les mots, pour dire ce qu'il voit du monde.

Seuls, ces trois-là n'avancent plus. Ils tournent en rond dans leur souffrance, clos à eux-mêmes. Comment vivre ? En poussant les parois de notre cachot, en créant, en peignant, en écrivant, en élargissant chaque jour notre chemin intérieur, en le semant d'odeurs, de formes, de mots. Et, finalement, en acceptant la rencontre nécessaire avec l'autre, celui qui est de ma famille, celui qui, embarqué avec moi sur l'esquif ballotté par les vents, est mon frère.

On ne cueille pas les coquelicots, si on veut les garder vivants. On les regarde frémir avec ces vents, dispenser leur rouge de velours, s'ouvrir et se fermer comme des coeurs de soie. Giacomo, la femme grise, le môme, que d'autres ont voulu arracher à eux-mêmes, trouveront chacun dans les deux autres la terre riche, solide et lumineuse, qui leur donnera la force de continuer.

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Critiques  

Par zout  le 1 avr. 2015

Parer d'une blancheur crayeuse l'âcre noirceur de la vie : telle est la folle entreprise dans laquelle se lance, avec ce pre-mier roman, une psychologue de 30 ans. Ce badigeonnage immaculé n'a aucune vocation d'effacement, ni de camouflage. C'est un roman blanc, comme il y a la page blanche, le clown blanc, la voix blanche : pétri d'angoisse brute et de rêves étoilés. Compartimentés dans des chapitres de moins en moins étanches, trois personnages felliniens y chuchotent des mots fleuris, secs et violents. Giacomo, enfant de la balle devenu dresseur de caniches dans un cirque miteux. Mlle B, enfant du silence que sa mère n'a jamais regardée, secouée de monologues intérieurs ensorcelants : « Je me couchai, en proie à des fusées d'idées qui rendaient la peau de mon crâne de plus en plus transparente. Je sentais ma cervelle se détacher de moi et je la voyais, blanche et pleine de filaments, voleter à travers la pièce. Il y avait des idées qui s'en détachaient pour s'inscrire dans l'air comme des messages de fumée, mais je ne pouvais pas les lire. » Enfin, il y a « le môme », l'enfant sauvage, l'enfant-légume, l'enfant-déchet, qui survit dans un terrain vague...

Si le roman démêle les liens qui unissent ces trois âmes perdues, c'est quand il leur accorde individuellement le droit d'exister qu'il se montre le plus envoûtant. Fortement imprégnée par son travail en milieu psychiatrique, Tatiana Arfel regarde au plus profond des êtres, pour en extirper ce qu'ils ont de plus beau. Peu à peu son roman se teinte de mille couleurs, reflets chatoyants de leur aptitude à exprimer les nuances de leurs émotions. Pour devenir, à l'instar des toiles que « le môme » finit par peindre, un livre « qui crie ».

Le 28/03/2009 - Mise à jour le 18/09/2013 à 17h04

Marine Landrot - Telerama n° 3089

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